Revue internationale et stratégique
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I.S.B.N.2130518303
212 pages

p. 99 à 110
doi: en cours

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Dossier

n° 42 2001/2

2001 Revue internationale et stratégique Dossier

La communauté hispanique et la politique étrangère des États-Unis : une influence émergente et ambiguë

Jean-Jacques Kourliandsky Chercheur à l’IRIS.
La Raza [1] est le nom que s’est choisi, il y a quelques années aux États-Unis, un groupe de migrants venus du sud, en quête de droits et de reconnaissance. Les activistes sociaux des années 60 auraient-ils trouvé en 2000, grâce à un militantisme recentré sur le terrain des élections, la clé nécessaire à l’expression d’une influence ?
Un constat s’est, de toute évidence, imposé au cours de la dernière campagne présidentielle nord-américaine. L’Amérique latine a occupé une place relativement importante dans le discours des deux principaux candidats, le démocrate Al Gore et le républicain George W. Bush. Ce dernier a, dès sa prise de fonction, désigné plusieurs personnes d’origine latino-américaine dans son cabinet [2]. Sa première visite à l’étranger, le 16 février 2001, a été consacrée à l’une des deux grandes puissances latines de l’« hémisphère occidental » : le Mexique. Sa délégation était composée d’éminentes personnalités avec Colin Powell, secrétaire d’État, Condoleezza Rice, conseillère chargée des questions de sécurité, Andrew Card, chef de cabinet, Ari Fleisher, porte-parole et John Maisto, directeur des affaires interaméricaines au Conseil national de sécurité.
George W. Bush, ancien gouverneur du Texas, État frontalier du Mexique, comprend l’espagnol et peut s’exprimer dans cette langue. À San Cristobal, localité proche de Guanajuato – où le recevait le président mexicain Vicente Fox, à l’occasion du sommet dit « des bottes » (tex-mex) –, il était manifestement en terrain de connaissance. Mais ce premier élément d’explication, à supposer que cela en soit effectivement un, ne permet manifestement pas de comprendre, depuis l’Europe habituée à cultiver un partenariat transatlantique intense – même s’il est parfois critique –, les affinités électives hispaniques manifestées par George W. Bush.
Intrigués par l’orientation nord-sud prise par la politique américaine, les observateurs européens et canadiens ont mis en évidence le poids de plus en plus important que joueraient les électeurs d’origine latino-américaine en raison notamment d’une croissance démographie dynamique et continue [3]. Ainsi, l’ « arrière-cour » latino-américaine, traitée hier avec « des dollars et un gros bâton » – selon la formule bien connue du président Théodore Roosevelt –, aurait pris une place majeure justifiée par l’apparition d’un véritable « lobby latin ». L’intérêt pour le sud des Amériques, signalé par une convergence d’initiatives et d’attitudes présidentielles à l’occasion de ces élections, serait le révélateur du moment historique où l’émergence du groupe de pression hispanique serait devenu physiquement perceptible et politiquement incontournable. Le passage de la « Ligne » – la Linea pour les Mexicains – par des centaines de milliers de clandestins chaque année depuis le début du siècle, aurait permis à la population latino-américaine présente sur le sol étasunien d’atteindre une masse critique suffisante, de nature à infléchir le discours et, peut-être, la substance de la politique américaine.
Cette hypothèse, comme toutes les hypothèses, a une valeur instrumentale, et doit être soumise au feu croisé d’une argumentation critique. Les interrogations sont, en effet, nombreuses et porteuses d’incertitudes. L’intérêt des États-Unis pour leurs voisins du sud est-il étroitement lié à la présence croissante d’électeurs d’origine latino-américaine ? La notion de communauté latino-américaine, ou hispanique, est sans doute culturellement recevable, compte tenu de sa différence avec la majorité anglo-saxonne de la population. Mais le caractère négatif et sommaire de cette caractérisation identitaire, ne masque-t-il pas des fractures profondes au sein de la communauté hispanique qui interdisent de considérer comme appartenant à un même groupe les Portoricains, les « Cubano-Américains » et les Chicanos (fils de migrants mexicains) [4] ? D’autre part, la linéarité convergente des attentes et des effets provoquée par la prise en compte du fait différentiel latino-américain aux États-Unis reste à démontrer. L’existence d’un mur frontalier entre le territoire des États-Unis et celui du Mexique, construit il y a quelques années à la hauteur de San Diego et de Tijuana, suggère, à tout le moins, une résistance des autorités. Celle-ci est justifiée par le soutien électoral d’une fraction (qui reste à définir) suffisamment importante de l’opinion publique. Est-elle à cent pour cent « anglo » ? A-t-elle une composante « latine » ?
 
LE GROUPE DE PRESSION « LATINO » EXISTE-T-IL ?
 
 
Des observateurs prêtent, sans se soucier de vérification pratique de leurs dires, aux « latinos » vivant et résidant aux États-Unis un poids électoral et une influence croissants [5]. Ce point de vue est celui qui est le plus communément repris par la presse et la télévision. Il y aurait, selon ces commentateurs, en raison d’évolutions démographiques considérées de façon strictement quantitative et fondées sur des catégories identitaires grossières, une sorte de vengeance des berceaux. Les immigrés d’hier et d’aujourd’hui, profondément natalistes, « latiniseraient » lentement mais sûrement les États-Unis, et plus particulièrement le Sud, dont le Mexique avait dû accepter la cession au milieu du XIXe siècle [6].
Les chiffres confortant cette thèse s’appuient, il est vrai, sur une singularité statistique nord-américaine. En effet, les recensements identifient et quantifient des minorités, et parmi celles-ci la minorité « latine ». Cette catégorie culturelle est curieusement mise sur le même plan que celles reposant sur des critères raciaux, à savoir celles des Noirs et des Blancs. Cette ambiguïté statistique donne lieu à d’autres glissements interprétatifs opposant les Blancs aux catégories des Noirs et des « Latins » supposées, indirectement, homogènes. Si l’on s’en tient aux chiffres officiels de l’administration nord-américaine, l’US Census Bureau, les États-Unis seraient d’ores et déjà un pays de langue espagnole parmi les plus importants. La tendance irait s’accentuant au fil du siècle au point de faire des « Latins » la première minorité en nombre devant les Noirs [7]. Les « Latins », dénombrés au 22e recensement effectué en 1999, formaient 11,7 % de la population totale et comptaient 31,7 millions de membres (hors Porto-Rico). En 2050, ils formeraient 20 % de la population totale (soit 88 millions de personnes). Dans certaines localités et régions, ils constituent déjà une composante majeure, et parfois majoritaire, de la population, en particulier dans une bande de territoire longeant la frontière mexicaine et dans certains comtés de Floride.
Un examen plus détaillé, et qualitatif, des données démographiques conduit à nuancer certaines conclusions par trop hâtives qui pourraient être tirées de ce dénombrement officiel de la population [8]. Cette population est, en effet, très hétérogène quant aux statuts juridiques personnels de ses membres.
Premier constat, une partie appréciable vit sans papiers et donc ne peut exercer de pressions directes dans le jeu politique nord-américain. Les sans-papiers, centraméricains, et surtout mexicains, ne peuvent interférer dans les dynamiques politiques que de façon indirecte, par l’intermédiaire de leurs gouvernements d’origine. Les problèmes posés par leur éventuelle expulsion ou régularisation constituent, de fait, une question incontournable dans l’agenda diplomatique de leur gouvernement et de celui des États-Unis.
Deuxième constat, les résidents légaux n’ont aucune homogénéité de statuts. Certains sont pleinement américains. Les descendants de Mexicains, vivant dans les territoires annexés en 1848, sont citoyens américains de plein droit même s’ils maintiennent souvent leurs spécificités culturelles – décrites avec humour par John Steinbeck dans l’un de ses romans, Tortilla Flat [9]. Ces spécificités sont parfois garanties, comme au Nouveau-Mexique, par le bilinguisme officiel de l’État. Ces « Latins » restent attachés à leurs racines ; ils ont conservé une sensibilité exacerbée pour tout ce qui a trait à leur culture et aux pays qui la partagent. Cela n’implique pas pour autant un engagement politique particulier.
Les Portoricains – dont l’île, ancienne colonie espagnole, a été annexée en 1898 – bénéficient d’un statut différent, en tant que membres d’un État libre associé. Résidents dans leur île, ils bénéficient de droits culturels exorbitants, l’espagnol étant selon les législations locales, et d’une élection à l’autre, soit langue co-officielle avec l’anglais, soit langue officielle unique. Installés aux États-Unis, pour beaucoup à New York, ils sont considérés comme citoyens à part entière, sans droits linguistiques spécifiques, même si leur style de vie, popularisé en 1961 par le film West Side Story, préserve des traits différentiels marqués. Les uns et les autres sont divisés, sur le plan politique, entre ceux pour qui la volonté de rester espagnol de culture est essentielle, et ceux qui considèrent comme prioritaires les avantages matériels tirés de la citoyenneté nord-américaine.
Les « Cubano-Américains » de Floride et du New Jersey, réfugiés politiques anticommunistes bénéficiant d’un niveau culturel appréciable, et souvent d’origine sociale élevée, ont été, pour ces raisons, rapidement intégrés. Résidents privilégiés, ayant massivement acquis la nationalité américaine, ils restent identitairement cubains. Leur forte concentration numérique leur a permis de prendre localement le pouvoir et d’élire un certain nombre de congressistes les représentant. Ils défendent les intérêts de leur communauté, mais prétendent également influer sur la politique du gouvernement fédéral à l’égard de Cuba.
Le dernier groupe, le plus important, est celui des Mexicains, travailleurs immigrés, dont les descendants – pour ceux qui sont arrivés depuis longtemps – ont la citoyenneté américaine. Leurs revendications sont pour l’essentiel, celles de tout citoyen ou résident de fraîche date, à savoir réussir leur intégration. Cette aspiration est couplée, pour certains d’entre eux, à un militantisme « antilatin » et « assimilationniste ».
D’autres groupes sont venus, ces dernières années, diversifier à l’extrême cette présence « latine ». Les crises politiques et les catastrophes naturelles, qui ont affecté l’Amérique centrale et plus récemment la Colombie, ont été la source d’un flux migratoire vers les États-Unis de plus en plus significatif de gens d’origine modeste, le plus souvent sans-papiers et inorganisés. D’autres, eux aussi Centraméricains, Colombiens, mais également Vénézuéliens, aux revenus élevés, ont émigré légalement (pour des raisons politiques) aux États-Unis, assez souvent en Floride. Ces groupes ont tenté aux États-Unis de défendre, auprès des autorités, leurs projets politiques.
 
STRATÉGIES IDENTITAIRES PARALLÈLES
 
 
La diversité des origines nationale et sociale et du statut juridique de chacun interdit de considérer comme « une » la communauté « latine ». Elle empêche toute expression d’un sentiment collectif, toute revendication de nature à influer sur la politique du gouvernement fédéral nord-américain. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de pressions exercées sur telle ou telle question particulière intéressant l’un ou l’autre des sous-groupes composant « la » communauté « latine ».
À la différence d’autres populations immigrées, les « Latins », appuyés sur des noyaux locaux protégés au Nouveau-Mexique et à Porto-Rico, alimentés par la proximité géographique des pays américains de langue espagnole, maintiennent leur spécificité et la confortent par leur nombre au point de voir les États-Unis devenir aujourd’hui un lieu de création littéraire, musicale, télévisuelle, majeur dans l’espace informel de l’hispanophonie. L’Académie nord-américaine de la langue espagnole est ainsi intégrée dans un réseau mondial. De nombreuses entreprises latino-américaines, soucieuses d’exploiter commercialement un marché culturel porteur, compte tenu de son pouvoir d’achat comparé, ont massivement investi ces dernières années aux États-Unis en s’appuyant sur les communautés « latines ». La télévision, la chanson et le disque, mais aussi la cuisine et ses dérivés, ont constitué le front principal d’une offensive centrée sur la Californie et la Floride. Les industries culturelles ont très vite accompagné le mouvement, qu’elles soient à capital étasunien ou latino-américain. De façon révélatrice, mais d’autres indicateurs pourraient être pris en compte, des Grammy Awards spécifiquement « latins » ont été attribués pour la première fois à Los Angeles au mois de septembre 2000 [10]. Cette réalité a ouvert un espace à un bilinguisme officialisé dans les années 80. Certaines localités prenant acte de leur basculement identitaire ont introduit l’espagnol comme langue d’usage dans la vie publique. Les autorités fédérales ont favorisé le développement d’écoles bilingues et de programmes sociaux favorables aux immigrés peu fortunés [11].
À l’inverse, et compte tenu de cette réalité particulière, les populations traditionnelles des États-Unis, Anglo-Saxons ou migrants non « latins », ont eu tendance, dans les régions sensibles, à exiger des autorités une politique linguistique défensive, jusqu’ici inconnue aux États-Unis. Un phénomène, assez proche de ceux constatés dans certains pays d’Europe, a provoqué des réactions agressives « antilatines », accompagnées de revendications politiques fortes. Des groupes se sont constitués en vue d’exiger un amendement constitutionnel faisant de l’anglais la langue officielle et unique des États-Unis. La plupart de ces initiatives ont été prises par des responsables issus des rangs du Parti républicain, très souvent dans les États du Sud, les plus touchés par la vague migratoire mexicaine et centraméricaine. Newt Gringrich, leader républicain représentatif de ce courant, a, dans un ouvrage publié en 1995, justifié en ces termes la nécessité pour les États-Unis de mettre en place une législation linguistique défensive : « Sans l’anglais il n’y aura pas de civilisation américaine. » [12] Diverses initiatives ont été prises en vue de réduire, ou supprimer, les dispositions sociales et linguistiques dont bénéficiaient les migrants hispaniques. Plusieurs associations sont apparues dès lors que la vague migratoire devenait une force difficile à ignorer : English Only en 1983, English First en 1986. L’électorat californien, à une écrasante majorité, a réagi positivement à l’adoption de lois supprimant la protection culturelle et sociale accordée à des migrants mexicains. La loi dite 187, adoptée le 8 novembre 1994, supprime tout accès à l’aide sociale accordée aux migrants, mexicains non régularisés. Deux ans plus tard, toujours en Californie, le 2 juin 1998, une loi portant le numéro 227, qui supprime l’enseignement bilingue, a été adoptée par référendum.
Au-delà de ces réalités culturelles, chaque communauté d’origine a pu, de façon isolée, tenter de faire prendre en considération par le gouvernement fédéral « son » problème ou la question qui préoccupe ses membres de façon collective. Les plus modestes, Mexicains et Centraméricains, ont des revendications voisines de celles des travailleurs migrant en Europe. Ils aspirent à la régularisation de leur situation tant administrative que sociale. Une société de sondage, Hispanic Trends, a signalé qu’au cours de la dernière campagne présidentielle les thèmes fondamentaux pour cette communauté ont été l’éducation bilingue et l’immigration [13].
Ils s’appuient sur les syndicats AFL-CIO, en quête d’adhérents, pour sensibiliser les élus démocrates. Ils ont parallèlement poussé à la constitution d’un groupe d’études, ou caucus, des congressistes d’origine latino-américaine et d’une association, le NALEO, dont la vocation est de regrouper l’ensemble des responsables hispaniques. Les membres de ce groupe, à l’exception de deux Cubains d’origine, siègent dans les commissions sociales du Congrès. Ils travaillent en concertation étroite avec un lobby, le CHCI (Congressionnal Hispanic Caucus Institute). Ce lobby organise une réunion annuelle destinée à passer en revue les problèmes intéressant au premier chef la « communauté ». Le domaine international a fait l’objet, à l’occasion de la conférence annuelle tenue en 2000, d’un seul exposé, sur onze points inscrits à l’ordre du jour. Son responsable, un élu démocrate du New Jersey, Robert Menendez, a privilégié deux thèmes, liés aux intérêts les plus directs de la communauté : les opportunités offertes par l’Amérique latine aux « Hispano-Américains » ; la nécessité d’une diversification du recrutement des diplomates, après un thème introductif présenté sous forme de question : politique étrangère et Hispano-Américains. Le 19 décembre 2000, dernier jour de la 106e session du Congrès, les démocrates Luis Gutierrez et Robert Menendez sont intervenus pour regretter la modestie des rallonges budgétaires votées, qui ne permettent pas, selon eux, de régulariser plus de 150 000 sans-papiers. La communauté « mexicano-américaine » s’est mobilisée lors de l’élection présidentielle du 7 novembre 2000 comme jamais dans le passé, pour contrer l’offensive anti-immigrée. Le Parti démocrate a gagné quatre sièges de congressistes en Californie, grâce au vote « latin ». Parallèlement, et depuis l’adhésion du Mexique à l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), les Hispaniques défendent auprès de Washington et de Mexico la nécessité d’admettre la libre circulation des hommes à côté de la libre circulation des marchandises. Cette requête est à l’ordre du jour depuis les années 40. Le gouvernement des États-Unis a été conduit à encadrer les arrivées d’une main-d’œuvre mexicaine dotée d’un statut de pleine légalité, contrairement à ce que souhaitaient les employeurs frontaliers, particulièrement dans l’agriculture. Les autorités mexicaines sont progressivement passées d’une diplomatie défensive centrée sur la nécessité de verrouiller tout nouvel empiétement territorial nord-américain sur le Rio Bravo, à une stratégie de soutien « instrumental » des Mexicains exilés aux États-Unis. Les migrations, et le sort réservé aux Mexicains des États-Unis, font l’objet de négociations et de protestations depuis 1942 [14]. Le pays d’origine est apparu pour les migrants comme un recours. Le Sénat mexicain en a tenu compte en accordant, en 1996, la double nationalité à ses ressortissants installés à l’étranger. Les vexations subies par les « Mexicano-Américains », les condamnations à mort de ressortissants hispaniques ont fait l’objet de démarches de la part des ambassades concernées. Le nouveau président mexicain Vicente Fox a, le 4 décembre 2000, soit trois jours après sa prise de fonction, reçu plusieurs responsables d’associations représentatifs de la communauté « latine » [15]. Il avait coché ce point sur son agenda le 16 février 2001, date de sa rencontre avec George W. Bush.
Les Portoricains se sont mobilisés, avec le soutien de membres du groupe des élus hispaniques, sur un thème propre, mais interférant avec la politique extérieure. Ils ont pendant plusieurs mois exigé la fermeture de la base appartenant à la marine militaire des États-Unis dans l’île de Vieques. Le PIP, Parti indépendantiste portoricain, très en pointe sur cette question, en a appelé à la solidarité d’organisations internationales dont il est membre, la COPPPAL (Conférence permanente des partis politiques latino-américains) et l’Internationale socialiste.
Les « Cubano-Américains » ont un seul objectif, qu’ils déclinent de façon diversifiée, avec une dose très variable d’agressivité et de militantisme : obtenir un durcissement de l’embargo appliqué par les États-Unis à l’égard de Cuba depuis 1962. Ils ont, à cet effet, constitué un réseau particulièrement dense d’organisations politiques et sociales. La plus puissante et la plus connue est la « Fondation nationale cubano-américaine » Mas Canosa. Cette fondation, qui a ouvert en février 2001 une « ambassade » à Washington, est, depuis sa naissance, présente dans les couloirs du Congrès. Elle apporte un soutien financier aux campagnes électorales présidentielles. Elle a financièrement soutenu en 1999 et 2000 les proches du petit Elian González – naufragé de la mer, rescapé et ayant perdu sa mère –, devenu bien malgré lui le symbole des libertés cubaines. Elle a développé des stratégies moins connues hors des États-Unis avec pour objet unique, l’isolement de Cuba. Elle a, par exemple, joué un rôle dans la transition politique en Russie, apportant un soutien à Boris Eltsine et espérant de la sorte accélérer la rupture des liens entretenus par Moscou avec La Havane. On a dit que, dans le même ordre d’idée, elle aurait aidé en Espagne, lors des élections générales de 1996, le Parti populaire et son leader José María Aznar à gagner contre le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) et Felipe González, suspects de sympathie castriste.
D’autres organisations ont développé, de façon plus violente, une politique identique, en affrétant des avions pour jeter des tracts sur La Havane, ou en envoyant des commandos poser des bombes. Ces initiatives prises à partir du territoire des États-Unis visaient à forcer la main à la Maison-Blanche, provoquer un cycle d’actions et réactions entre Washington et La Havane.
Si l’on cherche un point commun aux différentes stratégies développées par tous les sous-groupes « latinos » aux États-Unis, un mot s’impose, solidarité. Solidarité avec les membres de chaque collectif en vue d’améliorer leur situation administrative et sociale. Cette solidarité peut, à l’occasion, nécessiter un prolongement dans et avec le pays d’origine. Cette solidarité identitaire des « Cubano-Américains » se manifeste en faveur des nouveaux réfugiés et contre les autorités cubaines en place. Ce n’est pour l’instant qu’en dernier ressort que se manifeste une préoccupation solidaire à l’égard d’un collectif « latin » plus large. C’est ainsi que dans les années 80 le gouverneur hispanique du Nouveau-Mexique, Tony Anaya, a pratiqué une politique d’accueil généreuse à l’égard des réfugiés politiques d’Amérique centrale.
 
MAISON-BLANCHE, COMMUNAUTÉ ET AMÉRIQUE LATINES
 
 
Un tel contexte n’a, à aucun moment, imposé une quelconque contrainte à la politique étrangère des présidents nord-américains. Divisés nationalement, socialement, statutairement, les Hispaniques sont les dépositaires d’attentes trop diversifiées. D’autant plus que, pour l’essentiel, elles portent de façon très classique sur des revendications à caractère interne, visant à améliorer l’intégration des Hispaniques dans la société américaine. Mais, en raison de l’expansion démographique des communautés « latines », accompagnée d’une expression sociale de plus en plus perceptible, les présidents ont intégré davantage d’année en année les différents versants de la réalité hispanique des États-Unis.
Les deux candidats à la dernière élection présidentielle, le démocrate Al Gore et le républicain George W. Bush, compte tenu de la présence croissante d’électeurs d’origine latine, ont ouvert des sites en espagnol sur la toile [16]. Ces sites ont réservé une place importante aux questions sociales. Cette affirmation latine nouvelle sur le marché électoral a donné lieu à une réponse adaptée à l’attente des « clients » politiques, leur accordant de fait un droit à la différence culturelle. Les postes attribués après sa victoire par le président George W. Bush à des « Latins » dans son équipe de gouvernement reflètent cette approche. Ils concernent tous des secteurs d’activité en prise avec les attentes prioritaires de la majorité de cette population : statut personnel, couverture sociale, logement.
Les élus issus de cette communauté, de plus en plus nombreux, n’ont d’autres prétentions que de représenter leurs mandants et leurs problèmes auprès des autorités. Leur accession aux responsabilités électives est la traduction d’une majorité civique portée par la génération née aux États-Unis, soucieuse de reconnaissance et d’intégration réussies. Elle est la traduction naturelle d’une mise à niveau justifiée, aux yeux de la communauté, par une présence physique antérieure à celle des « Anglos » en Californie et au Texas [17]. Cette puissance montante articulée au sein d’un groupe d’élus d’origine hispanique, le Caucus des congressistes d’origine latino-américaine, est écoutée par les présidents [18]. Le 5 décembre 2000, ils ont été reçus par les conseillers du président Clinton pour défendre la nécessité de légaliser, avant la fin de la législature, la situation des sans-papiers. La propagande électorale des deux candidats à l’élection présidentielle du 7 novembre 2000 prétendait répondre aux attentes de l’électorat défendu par le Caucus. Elle valorisait les opportunités d’insertion et de réussite offertes par la société nord-américaine – société de migrants – aux derniers arrivants : les Mexicains. L’un des messages diffusés à la télévision par Al Gore était rédigé significativement de la façon suivante, We have come far / Hemos llegado lejos (Nous avons bien réussi). Le candidat George W. Bush, dans le programme Sabado Gigante – émission phare de la chaîne latine de Miami Univision –, a de son côté manifesté son « souhait d’aligner les conditions de vie des hispaniques sur celles du peuple américain ». Le président George W. Bush, à peine élu, a rencontré à Austin, dans l’État du Texas, 20 Hispaniques, représentatifs de cette réussite. Ileana Ros Lehtinen, l’une des députées républicaines, ayant assisté à l’entretien, a souligné que l’attention de George W. Bush témoignait de sa volonté de « réduire la désertion scolaire dans la communauté hispanique du pays ».
Deux communautés ont manifesté des préoccupations touchant au domaine de la sécurité et de la politique extérieure des États-Unis, les Portoricains et les « Cubano-Américains ». Le président Clinton, pressé par les revendications écologiques et antimilitaristes des Portoricains – souhaitant unanimement le démantèlement des bases de la marine dans l’île de Vieques –, a cherché un compromis. Ce compromis, négocié avec le PNP (Parti intégrationniste), a été sanctionné par la libération anticipée de onze indépendantistes condamnés à de lourdes peines de prison, la réduction qualitative des activités de la marine, et par la promesse d’un référendum organisé en faveur des résidents de l’île de Vieques. Mais seule la communauté « cubano-américaine » fait nettement exception, en donnant la priorité, dans ses actions et initiatives, à un élément qui touche aux intérêts extérieurs des États-Unis. Ses représentants ont, dans leur grande majorité, la nationalité américaine et donc le droit de vote. Ils maintiennent une identité culturelle, linguistique et politique forte, articulée sur des revendications mettant en cause leur pays d’origine et ayant à ce titre une incidence sur cet aspect particulier de la politique extérieure de leur pays d’accueil. La fin de la guerre froide aurait dû logiquement conduire à un assouplissement des rapports entre Washington et La Havane. On a, au contraire, assisté à un durcissement des préventions avec le vote des lois dites « Torricelli », du nom d’un congressiste démocrate, et Helms-Burton. Le président Clinton, qui avait tenté de recruter, au début de son premier mandat, un collaborateur cubain ouvert à une évolution, avait dû rapidement y renoncer [19]. Les dispositions qu’il a fait adopter au cours de ses deux mandats ont été abusivement présentées comme un allégement de l’embargo. Les unes facilitent les contacts interfamiliaux, postaux et aériens. Et la dernière, votée en 2000, ouvre la possibilité aux puissants lobbies céréaliers et pharmaceutiques, relayés par un solide groupe d’élus, de vendre du blé et des médicaments à Cuba, sans pour autant autoriser les Cubains à vendre quoi que ce soit aux États-Unis, pour répondre ainsi au vœu des « Cubano-Américains ». Au cours de la dernière campagne de l’élection présidentielle, les deux candidats ont très vite été conscients que l’élection allait se jouer dans un certain nombre d’États clés, dont celui de Floride. Tous deux ont donc tenté de caresser dans le sens du poil les dizaines de milliers d’électeurs « cubano-américains ». L’un, Al Gore, a mis en avant son colistier Joe Lieberman, ami de longue date de la Fondation nationale cubano-américaine. Deux jours avant le vote, le 5 novembre 2000, Joe Lieberman est allé, accompagné de journalistes, se recueillir devant la tombe du fondateur de l’association, Jorge Mas Canosa. Al Gore n’a pas hésité à verser dans l’excès en déclarant, au cours d’un meeting, que, lui élu, Cuba et Fidel Castro pourraient s’attendre « à une tolérance zéro ». Plus qu’ailleurs, il a évité de s’appuyer sur le bilan de William J. Clinton, obéré aux yeux des Cubains de Miami par la décision de justice prise sous le mandat de ce dernier de renvoyer le petit réfugié de la mer, Elian González, rejoindre son père et l’ « enfer » communiste. George W. Bush a tenu le même type de propos offensif à l’égard de F. Castro. Son discours est mieux passé, peut-être parce qu’il s’est exprimé en espagnol. Mais surtout parce que ni lui, ni son père, ni le parti républicain, ne pouvaient être soupçonnés, par les « Cubano-Américains », de laxisme sur ce dossier. Le responsable de la campagne de George W. Bush en Floride, un « Cubano-Américain », avait invité et accompagné le petit Elian au parc Disney d’Orlando. Il est aujourd’hui secrétaire au Logement. 82 % des 280 000 « Cubano-Américains » de Miami, selon un sondage, ont voté pour le candidat républicain [20]. Ils ont fait basculer la Floride du côté de George W. Bush. Ce dernier ne s’y est pas trompé. Les premières déclarations publiques faites par ses collaborateurs sur la situation cubaine ont été, sans surprise, conformes aux discours de campagne.
Les communautés latines sont, à l’exception des « Cubano-Américains », mobilisées par leurs problèmes d’insertion dans la société nord-américaine. Un tel contexte suscite peu de préoccupations extérieures et encore moins de pressions à ce sujet sur les autorités. Pourquoi donc, dans ces conditions, George W. Bush a-t-il réservé au Mexique son premier déplacement à l’extérieur ? Et pourquoi tant d’emphase réitérative sur l’Amérique latine de la part du candidat et du président George W. Bush ?
Le 25 août 2000, il a, en effet, exclusivement consacré l’un de ses discours de campagne à la politique latino-américaine des États-Unis. Devant l’auditoire de l’Université internationale de Floride, il a motivé cette déclaration d’intention de la façon suivante : « Les États-Unis sont l’une des plus grandes nations de langue espagnole dans le monde. » Le lendemain, il rencontrait à Dallas le président du Mexique, Vicente Fox, fraîchement élu et en attente de prise de fonction. Un jour après son entrée à la Maison-Blanche, le 22 janvier 2001, le porte-parole du département d’État, Richard Boucher, expliquait en ces termes le projet de rencontre entre les premiers mandataires nord-américains et mexicains. « Notre relation avec le Mexique est l’une des plus importantes et probablement des plus complexes que nous ayons dans le monde. Notre coopération avec le Mexique est vitale. Le choix d’en faire la première destination étrangère du président est cohérente et approprié. » Le 15 février 2001, devant les diplomates du département d’État, George W. Bush a réaffirmé l’importance qu’il attachait à une bonne relation avec les pays d’Amérique latine. « Certains regardent vers le sud et voient des problèmes. Moi, non. Je vois des opportunités. [J’aspire]... à un hémisphère uni par les idéaux partagés et le libre commerce. » [21]
George W. Bush est un Texan, homme de la frontière, dans le sens communément admis aux États-Unis, qui se rapproche davantage d’un front défiant la capacité et l’initiative de l’homme que d’une limite partageant hermétiquement deux mondes opposés. Son père déjà avait été à l’origine de l’ALENA et de l’Initiative des Amériques, dont avait hérité Bill Clinton [22]. La nouvelle frontière, le nouveau défi des États-Unis pour George W. Bush, se situe quelque part au sud du Rio Grande/Bravo.
Le défi auquel sont confrontés les États-Unis est aussi une menace : contrôler une déferlante migratoire venue du Mexique. Il est aussi celui de répondre aux remontrances et remarques des gouvernements mexicains, sollicités par leurs ressortissants nationaux arrêtés aux États-Unis ou vivant dans des conditions précaires. Dans la logique de ses prédécesseurs, qu’il ne fait que prolonger, il s’agit pour George W. Bush de gérer cette problématique au mieux des intérêts américains, à savoir ordonner les arrivées de migrants en fonction des besoins agricoles et industriels nord-américains ; fixer la main-d’œuvre – potentiellement mobile – au sud de la frontière en délocalisant des entreprises. De 1942 à 1965, les États-Unis et le Mexique ont signé des accords autorisant la venue d’ouvriers agricoles, les braceros. De 1965 à aujourd’hui le contrôle de la frontière a été, autant que possible, durci, et d’autres accords ont permis la création de zones franches industrielles, les Maquiladoras, sur la partie sud de la frontière, fixant ainsi plusieurs centaines de milliers de migrants potentiels.
Depuis 1995, avec l’ALENA, la frontière économique et commerciale a été reportée sur la ligne séparant le Mexique du Guatemala. Au cours de son entretien du 16 février 2001 avec le président V. Fox, George W. Bush n’a rien cédé sur la libre circulation des personnes entre les deux pays. Il a répété ce que disait l’équipe démocrate avant lui. La frontière sera levée, pour les personnes, le jour où les Mexicains « auront un niveau de vie équivalent à celui des États-Unis », avait déclaré à Mexico – le jour de l’entrée en fonction du président Vicente Fox –, le 1er décembre 2000, Madeleine Albright, secrétaire d’État nord-américaine.
Le défi est aussi une menace pour la sécurité des États-Unis, présentée comme la principale aujourd’hui. La lutte contre la consommation élevée de stupéfiants a pris, pour des raisons de politique intérieure et électorales, tout autant que de santé publique, une dimension centrale depuis la fin de la guerre froide. La responsabilité de cette situation a été reportée sur les voisins du Sud et leurs communautés présentes sur le sol nord-américain. De manière révélatrice, les héros négatifs popularisés par le cinéma de « série B » et le roman de gare, ne sont plus aujourd’hui communistes mais latino-américains – et le plus souvent colombiens [23]. La « certification » à l’origine d’un soutien ou d’un veto nord-américain devant les organisations financières internationales, en constitue l’instrument principal de pression [24]. Accessoirement, cette politique, qui peut s’accompagner de prolongements interventionnistes plus classiques, comme on l’a constaté en 1989 à Panama et aujourd’hui en Colombie, est la nouvelle expression d’une dissuasion permettant l’encadrement militaro-diplomatique des pays latino-américains. Sur cet aspect particulier, la communauté hispanique n’a aucun levier d’influence. Elle réserve ses interventions à corriger les images d’Épinal, négatives, accompagnant parfois, dans les médias et la culture populaire, le traitement des informations concernant l’Amérique latine et les José (terme péjoratif servant à désigner les résidents hispaniques).
Mais le défi est aussi une opportunité économique. Le Mexique est en passe de devenir le premier partenaire commercial des États-Unis. Cette évolution a très logiquement été prise en compte par le président G. W. Bush. Il s’est rendu au Mexique, alors que ses prédécesseurs recevaient traditionnellement le Premier ministre canadien peu après leur prise de fonction. Le Canada n’apparaît plus comme le premier vecteur du commerce et des investissements nord-américains. Le Canada n’offre pas en matière d’autonomie énergétique les mêmes espérances que le Mexique. Les entreprises nord-américaines ont de plus en plus tendance à prendre en compte un marché intérieur étasunien hispanophone et un marché extérieur, proche, également hispanophone, perçu comme complémentaire du premier. En sens inverse, les investisseurs latino-américains prolongent leurs initiatives sur un marché nord-américain hautement solvable et accessible en raison de la présence d’une communauté locale hispanophone importante. Ces différents éléments et la rugosité croissante des échanges internationaux permettent de comprendre pourquoi Washington a estimé nécessaire, pour affronter un monde de plus en plus global, de s’appuyer sur une nouvelle frontière, négociée avec les pays du Sud. Ce projet a un nom : la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques). Cette orientation, inventée par George Bush père peu après la disparition du système antagoniste Est/Ouest – assumée tant bien que mal par William J. Clinton –, a été reprise de façon dynamique par George W. Bush. L’opinion « anglo » a déjà intégré cette perspective. De 1990 à 1995, l’enseignement du français a spectaculairement chuté dans les collèges et les universités, alors que celui de l’espagnol a fortement progressé. L’option hémisphérique du président est bien entendu soutenue et accompagnée par la communauté latino-américaine des États-Unis. Elle leur offre des perspectives d’emploi leur permettant de valoriser leur culture mixte. Elle leur donne une légitimité morale et nationale, conséquence, comme au sein de l’Union européenne, de l’établissement de fortes interdépendances interétatiques, génératrices de coopérations et d’intégration. Ce phénomène a été théorisé par des chercheurs nord-américains et popularisé par des romanciers « sudistes ». L’un des héros transfrontaliers de Cormac McCarthy constate « que rien sur le terrain ne différenciait... [le Mexique]... du terrain qu’il quittait » [les États-Unis] [25]. La Mexamerica, inventée par l’essayiste Joël Garreau en 1981, a pris corps avec l’ALENA et s’est trouvé une profondeur territoriale nouvelle avec la ZLEA [26].
Il serait imprudent d’accepter une corrélation mécanique entre le réel accroissement du nombre et du poids électoral de la communauté hispanique et l’influence de cette réalité sur la politique étrangère des États-Unis. Cette communauté, en effet, unie par ses origines géographique et linguistique, est traversée de divisions sociales et politiques qui ne lui permettent pas de parler d’une seule voix sur beaucoup de sujets. Son existence est perçue, par une partie appréciable de l’électorat républicain et conservateur, comme une menace pesant sur l’identité anglo-saxonne, nécessitant des mesures d’endiguement et de refoulement physique et linguistique. Les revendications majoritaires des « Latins » sont d’ordre interne. À l’exception des « Cubano-Américains », qui ont peu de problèmes personnels et gardent un œil très politique sur leur pays d’origine, la grande masse (les Mexicains et les Centraméricains) se bat en vue d’obtenir une amélioration de sa condition de vie. Traditionnellement les Démocrates ont appuyé ce type de revendications et les Républicains s’y sont opposés. En revanche les aventures extérieures, militaires au début du siècle et commerciales aujourd’hui, ont toujours été initiées par les Républicains et modérées par les Démocrates. Théodore Roosevelt, président républicain, a lancé son pays dans un interventionnisme hémisphérique, abandonné par le démocrate Franklin Delano Roosevelt. George Bush, républicain, a inventé l’ALENA et lancé l’Initiative des Amériques, retardées l’une et l’autre par les Démocrates et les syndicats. L’intérêt national bien compris des États-Unis a relativisé ces positions croisées entre Démocrates et Républicains. L’Amérique latine offre des opportunités telles que le démocrate Bill Clinton a assumé les projets de son prédécesseur républicain. Son successeur, le républicain George W. Bush, a opéré un rapprochement spectaculaire en direction de la communauté latino-américaine et de ses valeurs culturelles. Cette convergence des deux grands partis est accompagnée par les Hispaniques. Nul doute qu’à l’avenir, compte tenu de leur poids démographique grandissant, de la montée progressive de leur niveau de vie et de leur présence électorale, ils sauront consolider les orientations actuelles.
 
NOTES
 
[1] La « Race », dénominateur commun de l’affirmation d’un « orgueil » ethnique fondé sur le « jour de la race », est célébrée traditionnellement par les peuples de langue espagnole le 12 octobre, pour commémorer l’épopée fondatrice de Christophe Colomb. La qualification de « Race de bronze », donnée aux Mexicains, peuple physiquement et culturellement métissé, est le fait de l’essayiste José Vasconcelos dans son livre La race cosmique. Les activistes chicanos en ont fait un signal d’identité revendicative en 1969. Voir Marcienne Rocard, Isabelle Vagnoux, Les États-Unis et l’Amérique latine, Nancy, Presses Universitaires, 1994.
[2] Mel Martinez, secrétaire au Logement, cubano-américain de Miami ; Al Gonzalez, conseiller juridique de la présidence, tex-mex ; Josefina Carbonell, sous-secrétaire à la Santé, cubano-américaine de Miami.
[3] Cf. infra.
[4] Déformation du mot Mexicano, « Mexicain », basée sur la phonétique. Voir Isabelle Vagnoux, Les Hispaniques aux États-Unis, Paris, PUF, « Que sais-je ? », no 3564, 2000, et Stéphanie Bernardo, The Ethnic Almanac, New York, Doubleday & Cy Inc, 1981, p. 50.
[5] En particulier dans un article sympathique et enthousiaste de Paolo Mastrolilli, « Reconquista, le pouvoir latino-américain aux États-Unis », Limes, Villeurbanne, Golias, no 3, été 2000.
[6] Pour plus d’informations sur les litiges frontaliers voir Jean Revel-Mouroz, « Mobilité du travail ou mobilité du capital, accords et conflits à la frontière Mexique - États-Unis », Problèmes d’Amérique latine, Paris, La Documentation française, no LIII, 31 octobre 1979.
[7] Selon le 22e sondage effectué par l’US Census Bureau en 1999 (http :// wwwwww. census. gov).
[8] À ce sujet, se reporter aux réflexions d’Alberto Moncada, Norteamérica con acento hispano, Madrid, Instituto de Cooperacíon Iberoamericano, 1988.
[9] John Steinbeck, Tortilla Flat, Paris, Folio, no 897, 1999.
[10] Se reporter à Florence Morgiensztern, Jean-Jacques Kourliandsky, Haut Conseil de la francophonie, « État de la francophonie dans le monde », troisième partie, chapitre VII, L’ensemble des pays de langue espagnole, Paris, La Documentation française, 2001, p. 513-515.
[11] Marcienne Rocard, Isabelle Vagnoux, op. cit.
[12] Newt Gringrich, To Renew America, New York, Harpers & Collins, 1995. Voir également Lorenzo Valeri, Le bouclier invisible, Internet et les Latino-Américains, Paris, Limes, Gallimard, no 1, 1997. Pour une description romancée du lepénisme à l’américaine se reporter à T. C. Boyle, The Tortilla Curtain, traduit en français sous le titre América, Paris, Grasset, « Livre de poche », no 14659, 1997.
[13] El Nuevo Herald, Miami, 6 novembre 2000.
[14] Jean Revel-Mouroz, op. cit.
[15] La Jornada, Mexico, 4 décembre 2000.
[16] georgebush.com/espanol et algore2000.com/espanol.
[17] Attestée par de nombreux observateurs et voyageurs, en particulier Robert Louis Stevenson, La route de Silverado, Paris, Éditions Phébus, 2000.
[18] Le Congressional Hispanic Caucus a été créé en 1976 par cinq parlementaires. Il s’est reconstitué après chaque élection depuis cette date. Après les dernières élections pour le 107e Congrès, le groupe a été officiellement remis en place le 3 janvier 2001. Il compte 19 membres.
[19] Jean-Jacques Kourliandsky, L’Année stratégique 1994, chapitre « Amérique latine », Paris, IRIS-Dunod, p. 89 ; Jean-Jacques Kourliandsky, « Un embargo, mère des sanctions économiques contemporaines », Relations internationales et stratégiques, Paris, IRIS-Arléa, no 24, hiver 1996.
[20] La Nacíon, Buenos Aires, 13 novembre 2000, sondage Robb Schrott and Assoc.
[21] CNN en Español. Com (16 février 2001) ; El Nuevo Herald (Miami, 16 février 2001).
[22] Jean-Jacques Kourliandsky, « George Bush et l’Amérique latine », Relations internationales et stratégiques, no 7, Paris, L’Harmattan-IRIS, automne 1992.
[23] À titre d’exemple de ce type de littérature, Tom Clancy, Clear and present danger (trad. fr. Danger immédiat), Paris, Albin Michel, « Livre de poche », no 7597 ; Stephen Coonts, Under siege (trad. fr. État de siège), Paris, Albin Michel, « Livre de poche », no 7647 ; A. C. Weisbecker, Cosmix banditos, Paris, NRF-Gallimard, « Série noire », no 2288.
[24] Jean-Jacques Kourliandsky, L’Année stratégique 2001, « Amérique latine », Paris, IRIS-Michalon, 2000, p. 360.
[25] Cormac Mc Carthy, The crossing (trad. fr. Le grand passage), Paris, Points, no 751.
[26] Joël Garreau, The nine nations of North America, New York, Avon Books, 1981 ; et José Luis Rhi Sausi, « La frontière mobile du Rio Grande », Limes, Paris, Gallimard, no 1, 1997 ; Alain Vanneph, « Conséquences culturelles des migrations frontalières » (Mexique - États-Unis), in Phénomènes migratoires et mutations culturelles, Europe-Amériques, Paris, Sorbonne nouvelle, 1998. Pour une lecture mexicaine du phénomène, voir Jorge-A. Bustamante, « Etnicidad en la frontera norte », L’ordinaire latino-américain, Toulouse, IEPALT, no 160-161, novembre 1995 - février 1996.
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El Nuevo Herald, Miami, 6 novembre 2000. Suite de la note...
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La Jornada, Mexico, 4 décembre 2000. Suite de la note...
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