Revue internationale et stratégique
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n° 43 2001/3

2001 Revue internationale et stratégique Dossier

La piraterie en Asie du Sud-Est

Isabelle Cordonnier Politologue.
En Asie du Sud-Est, la piraterie maritime constitue l’une des activités illicites transnationales les plus visibles. Pour enrayer son développement, acteurs privés, étatiques et organisations internationales s’efforcent de coopérer. L’entrée en vigueur, en décembre 1994, de la convention sur le droit de la mer de Montego Bay, illustre cependant les limites de cette coopération. En la matière, l’accumulation de règles et de structures ne suffit pas ; encore faut-il que les États aient les moyens et la volonté de participer. Et c’est ici que se révèle le caractère paradoxal de la situation, qui confie aux acteurs internationaux un rôle accru, alors que c’est en profitant d’un contexte géographique et géopolitique particulièrement trouble que la piraterie continue de se jouer des initiatives censées lui faire obstacle. Piracy in South-East Asia
In South-East Asia, sea piracy forms one of the most obvious transnational illegal activity. In order to stop its progress, private and state entities as well as international organisations strive to cooperate. The coming into effect in December 1994 of the convention on maritime law of Montego Bay shows however the limits of this cooperation. In this matter, the collection of rules and structures is not enough ; indeed, it is also important that states have the will to get involved. This is where the paradox comes to light : international actors are given an increased role in this situation, whereas piracy benefits from a geographical and geopolitical context particularly blurred and trifles with the obstacles put on its way.
La piraterie maritime est une de ces activités illicites transnationales dont le caractère complexe et diversifié porte à la fois atteinte à la souveraineté de l’État, à la sécurité des populations, et à la liberté de circulation sur les mers où elle sévit. Prospère dans un milieu où, par excellence, l’autorité étatique est particulièrement difficile à faire respecter, la piraterie maritime est avant tout une activité illicite au regard du droit international.
L’analyse portera ici sur la piraterie dans l’espace insulindien. Il s’agit à la fois de la région du monde où les actes de piraterie sont statistiquement les plus fréquents – 95 % des incidents rapportés en 1991, 57 % en 1996 [1] – et où les lignes directrices de l’analyse sont les plus riches et les plus complètes.
 
LA PIRATERIE MARITIME : UNE ACTIVITÉ ILLICITE AU REGARD DU DROIT INTERNATIONAL
 
 
La piraterie est une activité aussi vieille que le trafic maritime. Elle a pris une ampleur croissante à mesure que les flux d’échanges s’intensifiaient et que la valeur marchande des biens détournés augmentait.
Une activité pluriséculaire
La mer de Chine méridionale et les détroits insulindiens ont de tous temps été des espaces propices à la piraterie. La configuration de la région s’y prête en effet particulièrement : des dizaines de milliers d’îles, peu ou pas habitées, offrant des abris sûrs à de petits navires, des espaces maritimes traversés par d’intenses lignes de communication (600 navires marchands par jour), des eaux peu profondes parsemées de récifs et de petites îles contraignant les navires à une faible allure. L’Organisation maritime internationale a recensé 309 plaintes pour actes de piraterie en 1999, soit 47 % de plus qu’en 1998. 173 incidents – 56 % du total – ont eu lieu en Extrême-Orient, à raison de 37 dans le détroit de Malacca et 136 en mer de Chine méridionale. Il est intéressant de noter que 116 incidents ont eu lieu dans des eaux territoriales (cf. infra), contre seulement 24 dans les eaux internationales et 33 dans des zones portuaires [2]. Il convient toutefois de majorer ces chiffres, dans la mesure où, craignant la contre-publicité qui leur serait ainsi faite, les compagnies maritimes sont assez réticentes à déclarer les incidents.
Il est possible de distinguer deux types de piraterie, selon qu’elle s’exerce dans le monde malais ou dans le monde chinois [3]. Dans le monde malais, la piraterie est une activité socialement reconnue, un métier qui se transmet de génération en génération, alors que la piraterie chinoise est une activité en marge de la société, en relation avec d’autres activités de contrebande (drogue, armes, main-d’œuvre) et le crime organisé. Toutefois, les deux types de piraterie fonctionnent désormais de manière plus imbriquée qu’auparavant : les pirates malais apportant leurs marchandises aux réseaux criminels du monde chinois pour les y écouler [4].
La recrudescence de la piraterie à partir du début des années 90 – 3 incidents rapportés en 1989, 309 en 1999 [5] – trouve une explication dans la réduction ou le retrait des forces maritimes des États-Unis (fermeture de Subic Bay et Clark aux Philippines) et de l’Union soviétique (retrait de Cam Ranh au Vietnam) [6]. Les navires de guerre américains et soviétiques, dotés de moyens de détection et d’écoute sophistiqués, ont cessé de patrouiller la région, laissant un vaste espace à des pirates de mieux en mieux équipés (navires rapides, armes lourdes, moyens de communication modernes).
Une législation récente mais aux effets limités
La Convention sur le droit de la mer de Montego Bay, adoptée le 10 décembre 1982 sous l’égide des Nations unies, et entrée en vigueur le 16 novembre 1994, constitue une première étape dans l’effort international de lutte contre la piraterie.
D’une part, il existe désormais une définition universelle de la piraterie. L’article 101 de la Convention sur le droit de la mer dispose que l’ « on entend par piraterie l’un des actes suivants : (a) tout acte illégal de violence ou de détention ou toute dépravation, commis à des fins privées par l’équipage ou les passagers d’un navire ou d’un aéronef privé et dirigé (i) en haute mer, contre un autre navire ou aéronef, ou contre les personnes ou les biens à bord de ce navire ou de cet aéronef ; (ii) contre un navire, un aéronef, des personnes ou des biens dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun État ; (b) tout acte de participation volontaire dans l’utilisation d’un navire ou d’un aéronef lorsque son auteur a connaissance de faits dont il découle que ce navire ou aéronef est un navire ou aéronef pirate ; (c) tout acte ayant pour effet d’inciter à commettre les actes définis aux alinéas (a) et (b) du présent article, ou de les faciliter intentionnellement ».
D’autre part, la Convention sur le droit de la mer a étendu la souveraineté nationale à des espaces qui, autrefois, lui échappaient (États archipélagiques, zones économiques exclusives, détroits internationaux, etc.), précisant ainsi la juridiction dont relève chacun d’eux.
Dès lors, la Convention de Montego Bay contenait ses propres limites. D’abord, parce qu’elle « privilégi(e) le découpage, les espaces, les frontières, alors même qu’une pluralité d’activités sont transfrontières » [7]. Ensuite, parce que sa définition même de la piraterie ne prend en compte que les actes commis « dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun État » ou en haute mer. C’est souligner que les actes commis dans les eaux relevant de la souveraineté d’un État ne peuvent être poursuivis qu’aux termes de sa législation nationale. Le caractère illégal de la piraterie est donc lui-même fragmenté en deux volets, l’un international, l’autre national, qui ne coïncident pas nécessairement. Enfin, il n’était prévu aucun dispositif international de répression du phénomène.
Lors de la réunion des groupes de travail du CSCAP [8] sur la coopération maritime et sur le crime transnational en novembre 1999, il a été souligné combien le régime de lutte contre la piraterie instauré par la Convention de 1982 était obsolète. La définition donnée de la piraterie était trop large, et celle adoptée par le Bureau maritime international – « l’acte de monter à bord d’un navire avec l’intention de commettre un vol ou tout autre crime et avec l’intention ou la capacité d’utiliser la force » – beaucoup trop vague [9].
 
LA PIRATERIE : L’EXPLOITATION DES FAILLES DE L’ESPACE GÉOPOLITIQUE RÉGIONAL
 
 
La piraterie maritime en Insulinde est le fait de petits groupes d’acteurs à fort pouvoir de nuisance, sévissant dans un contexte stratégique favorable. Ces deux caractéristiques la rendent particulièrement difficile à appréhender, et donc à combattre.
S’il est impossible de quantifier le nombre de personnes impliquées dans les activités de piraterie, il est fort peu probable que celui-ci dépasse quelques milliers de personnes, par ailleurs très organisées. La protection absolue des navires marchands est impossible à assurer contre des petits groupes travaillant en commandos, à la faveur de la nuit, avec des moyens de plus en plus sophistiqués, dans un environnement géographique parfaitement connus d’eux. Les pirates sont le plus souvent connectés à d’autres réseaux d’activités illicites, principalement transnationales. Une infrastructure assez importante est, en effet, nécessaire pour vider les citernes des super-tankers ou décharger les conteneurs des gros navires transporteurs, comme pour écouler plusieurs dizaines ou centaines de tonnes de pétrole ou de marchandises. Par ailleurs, la revente des navires volés se fait par le truchement des pays disposant de pavillons de complaisance, et faisant preuve d’indifférence quant à l’origine du navire affrété.
En outre, la région dans laquelle la piraterie sévit à l’état endémique n’est pas anodine sur le plan des relations internationales. Qu’elle soit propice à son développement sur le plan géographique est une évidence qui a déjà été rappelée. Mais elle constitue également un espace stratégique complexe, traversé par de nombreuses lignes de fracture [10]. En premier lieu, c’est une zone vers laquelle convergent des intérêts souvent contradictoires : ceux des pays riverains membres de l’ASEAN, bien sûr, mais aussi ceux de la Chine, qui veut affirmer sa puissance tutélaire sur les mers méridionales ; ceux de pays plus éloignés, comme le Japon ou la Corée, dont les lignes d’approvisionnement et de communication maritimes traversent ces mers ; voire ceux des puissances occidentales qui affrètent les navires, ou souhaitent faire transiter leurs propres bâtiments militaires par les détroits internationaux. Cette contradiction entre les intérêts prioritaires des pays riverains, soucieux d’asseoir leur souveraineté, et ceux de pays plus éloignés, souhaitant disposer d’un droit de transit à la fois libre et sécurisé, révèle l’opposition de deux logiques, d’assise territoriale d’une part, et de liberté de flux d’autre part.
En second lieu, l’Insulinde est un espace marqué par la conflictualité, un espace polémogène [11]. Des guerres y ont eu lieu de manière quasi ininterrompue entre 1940 et 1991, entre l’occupation japonaise et la guerre du Pacifique, et le traité de Paris mettant fin à la guerre du Cambodge. Ce demi-siècle a également été riche en guérillas séparatistes à caractère ethnique ou religieux dans plusieurs pays de la région (Thaïlande, Indonésie, Philippines). Le départ du président Suharto, après trente ans de pouvoir autoritaire à Djakarta, a ouvert une période de contestation dans l’archipel, d’Aceh à l’Ouest, aux Moluques et à l’Irian Jaya à l’Est.
Il n’existe pas non plus de système de sécurité collective dans la région. La seule enceinte regroupant tous les pays asiatiques (de l’Inde à la Corée du Nord), ainsi que l’Union européenne, la Russie et les États-Unis est le Forum régional de l’ASEAN (ARF). Or, plus de six ans après sa création en juillet 1994, l’ARF reste un lieu de débats et de rencontres, mais n’a pas réussi à devenir le creuset où seraient forgées des résolutions obligatoires pour les dirigeants. La réflexion sur les activités criminelles transnationales est menée au sein d’autres institutions, para-diplomatiques, comme le CSCAP. Mais elle ne peut surmonter les réticences des gouvernements de la région à mettre en place de véritables politiques de lutte contre les activités criminelles transnationales. En Asie du Sud-Est, la sécurité est d’abord envisagée comme celle de l’appareil d’État, et non nécessairement celle des populations, nationales ou non, ni des mouvements de transit à travers l’espace maritime national.
Enfin, les systèmes de défense des États riverains de la région sont encore organisés selon un mode territorial. C’est-à-dire qu’ils n’ont été constitués que pour assurer la défense des frontières terrestres, et pour asseoir l’autorité de l’État sur le territoire national (lutte contre les rébellions séparatistes à caractère ethnique ou religieux qui ont sévi en Thaïlande, aux Philippines, au Vietnam et au Myanmar pendant plusieurs décennies jusqu’au milieu des années 90). Ces États ont donc une faible capacité de présence sur les mers, laissées aux « commerçants » étrangers. Les Philippines sont le seul État à appuyer leur revendication sur des îlots de l’archipel des Spratly par l’envoi régulier de quelques navires dans la zone.


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Toutefois, et il s’agit d’un phénomène récent, la plupart des marines d’Extrême-Orient sont en progression et en rajeunissement constants [12]. On remarque en particulier les projets d’intégration de sous-marins dans plusieurs pays de la zone : acquisition de deux submersibles néerlandais par la Malaisie, et de quatre sous-marins suédois rénovés par Singapour, location de plusieurs sous-marins allemands par la Thaïlande, acquisition de quatre sous-marins russes Kilo par la Chine, qui envisage de se lancer elle-même dans la construction de ses propres submersibles [13]. Au-delà des litiges de souveraineté, il semblerait donc que les préoccupations des dirigeants de la région se soient déplacées vers les espaces maritimes.
 
LE PARADOXE DE LA PIRATERIE MARITIME
 
 
Les contradictions de l’espace géopolitique insulindien se retrouvent pour partie dans le problème de la piraterie. Elles expliquent, en outre, son développement dans la zone. Cette activité illicite prospère d’autant plus que, dans le contexte régional de l’Insulinde, il est difficile d’en résoudre le paradoxe majeur.
La piraterie est le fait d’acteurs non étatiques contre des acteurs non étatiques. Les premiers sont des acteurs clandestins, liés à d’autres réseaux d’activités illicites, les seconds des acteurs opérant au grand jour, dont l’activité est indispensable à la prospérité mondiale. L’implication de militaires chinois, indonésiens ou philippins dans des actes de piraterie, si elle peut être constatée, ne saurait être considérée comme la preuve de l’engagement de leurs États sur une grande échelle. Tout au plus signifie-t-elle que certains membres de l’appareil d’État sont en relation avec des réseaux illicites, et que les autorités locales – militaires ou civiles – sont impuissantes à enrayer le phénomène, voire peu inclines à s’engager sur cette voie.
Or, la piraterie ne peut laisser les acteurs étatiques indifférents. D’une part, elle met en cause leur prospérité économique (bon déroulement de l’activité économique de leurs ressortissants, ou leur propre sécurité économique par approvisionnement). D’autre part, elle constitue une atteinte à leur souveraineté sur leur territoire maritime.
Néanmoins, la seule mesure quelque peu efficace prise pour lutter contre la piraterie a été le fait d’acteurs privés. En 1981, armateurs et assureurs ont ainsi créé le Bureau maritime international qui, en 1992, a mis en place à Kuala Lumpur un centre antipiraterie, dont l’objectif est de coordonner la lutte contre la piraterie, en faisant circuler à qui de droit – y compris aux agences chargées de l’application de la loi – toutes les informations disponibles sur les différents cas rapportés. L’International Shipping Company a publié en mai 1999 un guide antipiraterie [14]. Destiné aux commandants de navires amenés à traverser les zones à risques, cet opuscule comporte, entre autres, une description des modes d’opération des pirates, et fournit des conseils avisés quant à l’attitude à adopter en cas d’agression. Cependant, propriétaires et capitaines de navires sont encore assez réticents à signaler les attaques de pirates. Ils craignent en retour que cela ne conduisent les assureurs à augmenter leurs primes ou que leur image en soit ternie, et ne veulent pas, en outre, perdre du temps à quai pour les besoin d’une enquête [15].
Selon la Convention de Montego Bay, tout acte commis dans les eaux territoriales ou les zones économiques exclusives des États relève des juridictions nationales. Or, le degré de motivation des États, partant l’efficacité de leur capacité navale, varie considérablement [16]. Les moyens de lutte contre ce phénomène existent : avions de patrouille maritime, navires rapides de surveillance, systèmes radars. Ils sont toutefois coûteux à acquérir et à entretenir, alors que la crise économique et financière de 1997 a contraint les pays d’Asie du Sud-Est à réduire les moyens accordés aux garde-côtes et à la marine. De plus, les marines nationales ne souhaitent pas non plus adopter un rôle de maintien de la paix maritime, et préfèrent poursuivre leurs objectifs d’affirmation et de défense de la souveraineté.
À l’heure actuelle, plusieurs obstacles font qu’en matière de piraterie, toute coopération régionale entre États reste un objectif difficilement réalisable. Le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États membres de l’ASEAN reste toujours aussi prégnant. Les conflits de souveraineté sur les délimitations des frontières maritimes rendent impossibles les patrouilles conjointes aux limites des zones économiques exclusives. Pourtant, quand, en 1993 et pendant six mois, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour avaient effectué des patrouilles conjointes dans le détroit de Malacca, le nombre d’actes de piraterie avait enregistré une chute brutale et immédiate.
Devant la recrudescence des attaques contre ses navires marchands (15 en 1997, 20 en 1998 et 34 en 1999), et après celle d’un navire dont la cargaison était estimée à 20 millions de dollars en lingots d’aluminium, le Japon a toutefois pris l’initiative de convoquer à Tokyo une réunion de hauts responsables des questions maritimes et de sécurité de 15 pays asiatiques [17]. Si l’opposition chinoise a empêché toute résolution contraignante, la réunion de Tokyo a cependant été l’occasion de reconnaître officiellement, pour les États de la région, l’importance du phénomène de la piraterie. L’organisation de patrouilles et d’exercices maritimes conjoints est apparue comme le premier objectif à réaliser pour les gouvernements de la région. Mais aucune résolution contraignante n’a été signée, en raison de l’opposition de la Chine à toute implication du Japon dans des opérations de sécurité au-delà de ses frontières maritimes [18]. Ces patrouilles et exercices se feront donc sur la base du volontariat, à la grande frustration des représentants de plusieurs pays. Mais dès l’automne 2000, le Japon a commencé à mettre en place, avec l’Inde et la Malaisie, des exercices navals antipiraterie [19].
Une avancée potentielle de la coopération régionale en matière de lutte contre la piraterie pourrait passer par une harmonisation des juridictions des États riverains dans le domaine de la lutte contre les activités illicites. À ce jour, les seuls pays d’Asie-Pacifique à avoir ratifié la Convention de Rome de 1988, pour la suppression des actes illégaux contre la sécurité de la navigation maritime, sont la Chine, l’Inde, le Sri Lanka, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’objectif de cette convention était d’imposer aux États parties de prendre des mesures punitives, notamment l’extradition des pirates entre les pays signataires, ou des poursuites judiciaires à leur encontre. Mais à ce jour, aucun État membre de l’ASEAN n’a cependant ratifié cette convention, tant le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays membres reste prégnant.
 
CONCLUSION
 
 
Comme d’autres activités internationales illicites, la piraterie se développe dans les régions où persiste une appréhension rigide des notions de souveraineté et d’indépendance nationale. La permanence de rivalités bilatérales et la lutte pour l’influence régionale sont autant de freins à des mesures efficaces qui impliqueraient une coopération régionale renforcée, des mesures législatives transétatiques et un engagement de longue haleine des dirigeants politiques. La coopération régionale est la seule voie possible pour lutter contre l’ensemble de ces fléaux – et la piraterie figure ici sur le même plan que le trafic de drogue, le terrorisme, la pornographie ou la prostitution [20]. La volonté de nombreux États d’Asie orientale de développer leurs marines, ainsi que la détermination du Japon à assurer la sécurité de ses lignes de communication laissent présager des évolutions à long terme. Les mers de l’Insulinde pourraient redevenir des espaces occupés par les marines militaires. Les beaux jours de la piraterie en Asie du Sud-Est semblent dorénavant comptés.
 
NOTES
 
[1] Source : Centre antipiraterie du Bureau maritime international (BMI), Kuala Lumpur.
[2] Rapport 1999, OMI, 17 mars 2000.
[3] Éric Denécé, Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 129-133.
[4] Éric Denécé, op. cit., p. 134.
[5] Source : Centre antipiraterie du BMI, Kuala Lumpur.
[6] Solomon Kane et Laurent Passicousset, « La piraterie, symptôme d’une Asie fragilisée », Le Monde diplomatique, juin 2000, p. 6.
[7] Jean-François Lebeurre-Koenig, « Utilisation pacifique des mers et océans », Bulletin d’études de la marine, no 18, juillet 2000, p. 33.
[8] CSCAP : Council for Security Cooperation in the Asia-Pacific. Voir Carolina G. Hernandez, Gina R. Pattugalan (sous la dir. de), Transnational Crime and Regional Security in the Asia Pacific, Manille, ISDS, 1999, publication consécutive à deux rencontres du groupe de travail du CSCAP sur les activités criminelles transnationales.
[9] CSCAP Maritime Cooperation Working Group, Rapport d’activité 1999, p. 11.
[10] Isabelle Cordonnier, « L’espace stratégique en Asie du Sud-Est », Les Cahiers de mars, no 152, 1er trimestre 1997, p. 23.
[11] Bùi Xuân Quang, La troisième guerre d’Indochine (1975-1999), Paris, L’Harmattan, 2000, p. 43.
[12] Bùi Xuân Quang, op. cit., p. 521-22.
[13] Michael Richardson, « East Asians Acquiring Submarines to Guard Sea-Lanes », International Herald Tribune, 15 janvier 2001, p. 6.
[14] International Shipping Federation, « Pirates, Armed Robbers : a Master’s Guide », Londres, Marisec Publications, 1999, p. 15.
[15] John J. Brandon, « Piracy on High Seas is Big Business », The International Herald Tribune, 29 décembre 2000.
[16] Tammy Arbuckle, « Scourge of Piracy Returns to Southeast Asia », Jane’s International Defense Review, 8/1996, p. 29.
[17] « Japan : Asian Anti-Piracy Conference Opens in Tokyo », Kyodo News Service, 27 avril 2000.
[18] « China Refuses to Launch Joint Anti-Piracy Patrols », AFP en anglais, 28 avril 2000.
[19] Prasun K. Sengupta, « Japan Conducts First Bilateral Anti-Piracy Exercises in East Asia », Asian Defence Journal, décembre 2000, p. 10-11.
[20] Jose T. Almonte, « A Human Agenda for ASEAN », PacNet, no 1, 5 janvier 2001.
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Éric Denécé, op. cit., p. 134. Suite de la note...
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