Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.213051832x
220 pages

p. 86 à 92
doi: en cours

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Dossier

n° 43 2001/3

2001 Revue internationale et stratégique Dossier

Les ambiguïtés des politiques conduites par les États pour lutter contre les activités financières illicites

Jacky Darne Député du Rhône.
La libéralisation des mouvements de capitaux et l’internationalisation du commerce se sont accompagnées d’une mutation des activités financières illicites, qui ont vu leurs profits et leur rapidité s’accroître, tandis que leurs débouchés s’élargissaient. Face à leurs opinions publiques et dans le but déclaré de lutter efficacement contre ces pratiques, les États ont été contraints de mettre en place, dans le cadre des organisations internationales, des systèmes de surveillance et des codes de conduite. Mais ces dispositions de lutte contre l’argent sale ont été souvent prises de mauvais gré et de façon totalement hypocrite : les États les plus puissants voient dans ces engagements des désavantages dont risquent de profiter leurs concurrents pour conquérir des marchés en dissimulant plus habilement les pratiques habituelles de corruption, alors que les États blanchisseurs ou criminels trouvent dans les transactions illicites une part importante de leurs revenus. Au final, les principales victimes de ces activités sont les populations des États les plus faibles. The ambiguous policies led by States to fight against illegal financial activities
The liberalisation of capital and the internationalisation of trade have been accompanied by a transformation of financial illegal activities : their profits and swiftness have increased, whereas their prospects have widened. Facing public opinion and pursuing the claimed objective of fighting efficiently against these practices, States have been forced to put together supervision systems and codes of behaviour within international organisations. But these measures to fight against dirty money have often met reluctance and hypocrisy : the strongest states perceive in these undertakings disadvantages their opponents will take advantage of to conquer markets by cunningly hiding usual corruption practises, whereas the states which launder money or the criminal states find in these illegal transactions an important part of their income. At the end of the day, the victims of these activities are the populations of the weaker states.
L’exercice du pouvoir s’est toujours conjugué avec son dévoiement. Le détenteur d’une autorité peut, s’il n’est pas contrôlé, avoir tendance à en abuser, à chercher à tirer un profit matériel personnel, direct ou indirect, de la position qu’il occupe. La tentation est d’autant plus forte que la fonction est élevée, les systèmes de contrôle se raréfiant. On ne peut pas dire que l’interrogation sur l’honnêteté dans l’exercice du pouvoir, comme l’étude de ses conséquences sur l’État et la société, soient récentes. Nombre de pages d’histoire content les malversations de tel ou tel roi, empereur ou ministre. Lorsque l’essentiel de la politique conduite prend de tels moyens, c’est l’État lui-même qui devient criminel. Mais sans aller jusqu’à cette extrémité, la gestion par les États des problèmes de « criminalité internationale » est souvent ambiguë, soit par nécessité, soit par duplicité, voire par volonté ou par négligence. Les Nations unies ont adopté le 14 novembre 2000 une convention qui vise à accroître la coopération entre les 189 États membres pour s’attaquer aux groupes criminels. La convention requiert des gouvernements qu’ils harmonisent leurs lois pour combattre plus efficacement le blanchiment d’argent et la corruption. Avec un tel objectif, partagé par toutes les nations membres, il n’est pas inutile de s’interroger sur les résultats escomptés d’un tel engagement.
Pour cela, il n’est pas possible de parler abstraitement de l’État sans examiner auparavant sa souveraineté. Il convient ensuite de procéder à un repérage des diverses conduites des États en ce domaine, pour enfin envisager les réponses pertinentes.
 
LES ÉTATS, LEUR SOUVERAINETÉ
 
 
Si la question de l’État fait aujourd’hui l’objet d’un réexamen, c’est qu’à l’évidence le principe de souveraineté est largement remis en cause.
La souveraineté de l’État a d’abord trouvé à s’appliquer dans le champ de la sécurité, intérieure et extérieure, puis s’est étendue à de nombreux autres domaines organisant la vie sociale et économique. Mais l’évolution scientifique et économique des dernières décennies a été marquée par la réduction progressive de cette souveraineté. Trois phénomènes ont particulièrement affecté la globalisation de l’économie : le poids des groupes multinationaux – plus puissants que de nombreux États –, la libéralisation et la globalisation des flux de capitaux et l’internationalisation du commerce. Tous les secteurs de l’activité humaine ont été concernés par cette évolution, qu’il s’agisse des biens matériels, des services, de la culture et plus spécifiquement de l’information et de la communication. Non seulement les frontières de l’État sont de plus en plus perméables, mais la capacité d’exercer durablement une autorité contraire aux principes de gouvernement acceptés dans le monde devient incertaine.
Beaucoup d’acteurs de la vie sociale demandent d’ailleurs que soit renforcé le nouveau cadre de régulation, afin de l’adapter aux évolutions du monde. Les entreprises voient dans les réglementations locales un frein à leur développement. Elles poussent, en conséquence, à ce que les législations nationales soient le plus possible en harmonie avec une « norme internationale ». L’exemple du droit des sociétés et de la réglementation comptable révèle ce rapprochement.
L’hostilité à cette mondialisation et/ou l’affaiblissement de l’État ont aussi conduit à un éclatement de ce dernier. Le régionalisme a ainsi tiré prétexte de cette situation pour se transformer en nationalisme, et la prolifération des États qui en a découlé a révélé une véritable perte de puissance de la part de ces derniers : la capacité à exercer la souveraineté étant d’autant plus faible que l’État est petit.
Ces bouleversements ont conduit à une évolution des relations internationales suivant trois directions :
les organisations régionales se sont tout d’abord multipliées, apportant une réponse à la fragmentation de zones en un nombre d’États trop important – ce processus de multiplication étatique s’avérant nuisible à la circulation des biens et des personnes ;
les organisations et les institutions internationales ont ensuite pris de l’importance, souvent pour compenser le mouvement de « dérégulation » normative à l’échelle nationale ;
enfin, le développement d’une sorte de morale universelle, conduisant à la création d’une cour pénale internationale, justifiant des interventions militaires dans des conflits locaux et expliquant la mobilisation de citoyens du monde entier sur tel ou tel événement, représente la dernière de ces avancées.
Les activités criminelles ont pu bénéficier de cette transformation du monde. Ainsi, aux activités criminelles traditionnelles artisanales – nationales ou internationales – se sont ajoutées de nouvelles activités illicites : marchés de stupéfiants, trafic d’êtres humains, commerce de biens volés, etc. L’importance accrue des marchés d’armement, d’infrastructures ou d’équipements lourds, due en partie aux évolutions technologiques et au nombre restreint de firmes en concurrence, rend la compétition pour gagner ces marchés plus rude et, ce faisant, la corruption encore plus attractive. Les nouvelles technologies, comme les nouvelles réglementations, conduisent à mettre au point de nouvelles techniques d’infractions financières (exemple : fraude à la TVA intracommunautaire).
Face à ces délits, les réponses des acteurs impliqués sont, dans les principes généraux, assez homogènes. Mais au-delà du discours général, il apparaît des divergences assez fortes entre le principe et les actions mises en œuvre. On peut distinguer quatre causes permettant d’expliquer ces différences :
en premier lieu, il faut citer les causes liées aux arrière-pensées supposées de celui qui prend l’initiative d’une action. Ainsi, les pays moins développés estiment souvent que les autres pays cherchent à leur imposer des règles qui n’auraient pour but que d’interdire à une économie émergente de se développer, en lui infligeant des contraintes qu’elle n’a pas encore la capacité d’assumer. La justification morale employée est alors considérée comme une manœuvre ;
les différences culturelles jouent également. Les habitudes de négociations, de relations et de discussions sont évidemment différentes d’une culture à l’autre. Les négliger et aller trop vite dans la mise en œuvre de réglementations internationales serait perçu comme une approche encore marquée d’une vision « impérialiste » ;
on peut remarquer ensuite que le principe de réalité doit primer sur le principe moral. Certaines infractions étant justifiées par la nécessité d’agir de la sorte en raison du désavantage créé par le comportement délictueux de la part des concurrents ;
enfin, la mauvaise foi est flagrante. Peu de criminels revendiquent en effet ouvertement leur état de criminalité, ce qui les conduit en permanence à tenter de s’octroyer les attributs de l’honorabilité.
 
LES COMPORTEMENTS DES ÉTATS
 
 
Évidemment, aucun État ne se revendique criminel ou trafiquant. Il ne peut qu’affirmer que les activités financières criminelles qui se déroulent sur son territoire sont le fait de mafias et autres groupes contre lesquels il entend lutter.
La communauté internationale se contente rarement de cette apparence de légalité. Elle se forge plus volontiers une opinion à l’occasion de scandales révélés par la presse ou de constats effectués directement par des politiques, des représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) ou des responsables d’entreprises chargés d’échanges commerciaux. C’est aussi souvent à l’occasion d’élections, de coups d’État, de changement de gouvernement ou de président que le régime précédent est accusé de toutes les turpitudes par le nouveau pouvoir. Ce sont maintenant des organismes internationaux de lutte contre la criminalité financière et contre le blanchiment de l’argent sale qui établissent des listes de pays non coopératifs. Ainsi, le Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI) a publié, en juin 2000, une liste de 15 pays non coopératifs : Bahamas, îles Caïmans, îles Cook, Dominique, Israël, Liban, Liechtenstein, îles Marshall, Nauru, Niue, Panama, Philippines, Russie, Saint Kitts et Nevis, Saint-Vincent et les Grenadines. Parallèlement, le forum de stabilité financière (émanation du G7) a publié en mai 2000 une liste de 42 pays classés en trois catégories, suivant leur degré de coopération avec les autorités de régulation financière.
Il serait naïf de n’envisager seulement que deux catégories : les États « honnêtes » d’une part, les États criminels d’autre part. Sans prétendre à l’infaillibilité, nous répartirons les États en cinq familles, suivant leur comportement par rapport à la criminalité financière :
les micro-États, aussi appelés « paradis fiscaux », dont l’une des sources d’enrichissement réside dans la possibilité qu’ils offrent de venir y blanchir de l’argent sale ;
les États dans lesquels les trafics sont d’une importance telle qu’ils ne peuvent se dérouler qu’avec l’assentiment passif, voire la complicité active, des principaux chefs politiques ;
les États dans lesquels l’appareil d’État voudrait réagir mais, débordé par les organisations criminelles qui gangrènent toute la société, n’a guère les moyens d’approfondir son action ;
les États apparemment démocratiques, mais dont les acteurs économiques tirent bénéfice à recevoir de l’argent d’où qu’il vienne ;
enfin, les « États victimes ».
Les micro-États blanchisseurs
Ils se caractérisent généralement par leur petite taille et un système financier surdimensionné par rapport à leur population et leur activité économique, et attirent les capitaux en conjuguant, à des degrés divers, trois ingrédients : secret bancaire, fiscalité insignifiante, coopération judiciaire internationale très faible, voire inexistante. Des différences existent cependant d’un pays à l’autre. Toute liste n’a alors de sens qu’en fonction des critères retenus. À titre d’exemple, les Éditions Francis Lefebvre ont publié un guide intitulé Paradis fiscaux et opérations internationales. Pays et zones à fiscalité privilégiée, dans lequel sont décrites les règles fiscales et juridiques applicables dans ces différents États. Les pays cités sont : Andorre, Jersey, Guernesey, l’île de Man, Gibraltar, le Liechtenstein, Anguilla, Aruba, les Bahamas, la Barbade, les Bermudes, Curaçao, les îles Caïmans, les îles turques et Caïques, les îles Vierges britanniques, Panama, Monaco, Chypre et Malte. Que tous ces pays aient trouvé astucieux de s’enrichir en attirant les capitaux du monde entier par un contrôle et une fiscalité allégés est compréhensible. Que les grands groupes mondiaux, comme de grandes banques, y établissent fréquemment filiales ou succursales est, en revanche, beaucoup plus discutable.
Les États criminels
Parler d’un État comme criminel renvoie à la définition de l’État née au XIXe siècle : une personne morale de droit public particulière. On parle d’État criminel lorsque les principaux dirigeants ne conduisent plus l’action publique selon les normes universellement reconnues. Les réactions de la communauté internationale sont alors variables, intervenant parfois de manière violente et discutée, ou se tenant plus volontiers à l’écart (Cambodge, Libye, Irak, Tchétchénie, Yougoslavie). Nous n’examinerons pas tous ces cas, le sujet se limitant à la criminalité financière. Prenons l’exemple de la Russie, pays des plus importants qui a beaucoup inquiété la communauté internationale.
Aucun dirigeant de ce pays n’a ouvertement revendiqué un comportement criminel. Bien au contraire, la volonté de faire face à la situation a toujours été affirmée (ainsi vient d’être votée une loi de lutte contre le blanchiment de l’argent sale). Il ne fait pourtant aucun doute que l’État est globalement compromis. Un titre du journal Le Monde, « La corruption a gangrené l’appareil d’État à Moscou et alimenté de vastes fuites de capitaux », ne fait que donner une synthèse des nombreux articles et reportages qui ont pu être lus ou entendus depuis des années. L’ampleur du mal est mise en évidence par des affaires connues, comme par exemple, l’affaire Fimaco, l’affaire de la Bank of New York, l’affaire Mabetex... Toutes tendent à démontrer une implication croissante de l’appareil d’État. À l’évidence, les grandes affaires internationales se développent symétriquement au fonctionnement des structures étatiques nationales. Là encore, un important reportage du Monde décrit clairement la situation : « Quand elle n’est pas contrôlée par la mafia, l’économie russe est aux mains d’oligarques, ces barons de la finance et de l’industrie liés aux milieux politiques, qui ont exploité les nationalisations et la déréglementation pour faire fortune. Leurs énormes profits sont le plus souvent blanchis ou investis à l’étranger. » Pour le politologue Alexeï Moukhine : « Faire de la politique sans les oligarques est impossible : ils tiennent les réseaux de pouvoir, l’argent, les médias et ont transformé les partis en sociétés par actions. » Chacun comprend les difficultés de réaction des organisations internationales. Ce qui est envisageable à l’encontre d’un « petit pays » ne l’est plus face à une grande puissance.
En attendant de pouvoir imposer les mesures adéquates, les États sont contraints à de simples mesures défensives. Ainsi, des banques suisses ont-elles recruté des émigrés russes ayant une bonne connaissance du pays et de ses élites pour les aider à détecter l’argent sale en provenance de Russie.
Les États « débordés »
Il s’agit là de pays dans lesquels un changement de pouvoir pourrait augurer une remise en ordre et un rehaussement de la dignité de l’État. La volonté de changement n’existe cependant pas toujours. Et souvent une classe politique se contente de mobiliser la population en dénonçant les turpitudes du régime précédent, dans le seul but de s’accaparer le pouvoir afin de l’exercer à son profit. Il peut s’agir aussi d’accuser faussement des adversaires politiques pour les éliminer plus efficacement. Heureusement toute volonté de rétablissement moral n’a pas disparu, même si parfois la violence de certaines actions laisse quelque peu dubitatif. Ainsi de l’exécution pour corruption de Cheng Kejie, ancien vice-président du Parlement chinois, dont l’agence Chine nouvelle justifie la condamnation parce qu’il aurait abandonné sa foi dans le communisme (AFP, 14 septembre 2000).
Les États bénéficiaires
Les débats qui ont eu lieu en 2000 au Parlement français pour introduire dans notre droit la convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les relations commerciales internationales, ont parfaitement illustré l’hypocrisie des États et des autres participants. Si nul n’a souhaité voir se poursuivre la possibilité légale de corrompre des fonctionnaires étrangers, nombreux ont été ceux qui estimaient que ce texte allait pénaliser les entreprises françaises. Les principales raisons peuvent être ainsi résumées : « Tous les pays ne sont pas signataires de la convention de l’OCDE, et même lorsqu’ils le sont, des dispositions légales, administratives ou judiciaires leur octroient des marges de manœuvre. Dans ces pays, la corruption est la règle. Ne pas s’y livrer conduit à perdre des marchés. »
Cet argumentaire n’est pas dénué de pertinence. Il a même été relayé par des déclarations d’éminentes personnalités. Citons, à titre d’exemple, le discours de Michel Camdessus, alors directeur général du FMI, lors de la réunion plénière du GAFI à Paris, le 10 février 1998 : « La mondialisation des marchés financiers est un phénomène majeur de notre temps. Quelles en sont les implications pour la lutte contre le blanchiment d’argent ? La plus évidente est que les stratégies de prévention doivent prendre une dimension universelle. Tous les pays doivent y être parties prenantes, sinon l’argent blanchi se dirigera rapidement vers le point le plus faible du système international. »
Yves Mény, dans un article publié en 1997 dans la Revue française d’administration publique ( « La corruption : question morale ou problème d’organisation de l’État » ), s’oppose au raisonnement de certains, justifiant la corruption par le fait qu’ « en présence d’organisations bureaucratiques extrêmement rouillées et verrouillées, qu’il est impossible de faire fonctionner de manière normale, un petit “bakchich”, une enveloppe, permet de régler des questions qui sans cela n’auraient pu l’être ».
On remarquera ici que rien ne serait entrepris si une telle argumentation était érigée en norme. Alors qu’à l’évidence la convention de l’OCDE marque une étape, finalement assez modeste par les limites fixées à l’action publique et aux faits incriminés, mais révélatrice de la volonté de la plupart des grands pays exportateurs de déclarer désormais illégal ce qui, jusqu’ici, était autorisé.
Les États victimes
Dans les États concernés par les activités financières illicites, les vraies victimes sont toujours les populations et les entreprises privées. Certains faits peuvent suggérer que l’activité criminelle profite à la population. Il en va ainsi de la vente des stupéfiants, qui, dans certaines régions du monde, permet à des paysans de se procurer les ressources pour vivre. Le 18 octobre 2000, le ministre colombien de la Défense, Luis Fernando Ramirez Acuna, déclarait : « Le trafic de drogue est le moteur de la violence en Colombie. 27 000 à 28 000 éléments subversifs commettent des assassinats, des massacres, des enlèvements et actes terroristes et maintiennent 40 millions de citoyens en situation de menace permanente. » Pour lui, l’une des clefs de la bataille menée contre la drogue réside dans l’accès des produits colombiens aux marchés des pays riches : « Si un paysan colombien cesse de cultiver des feuilles de coca, il faut qu’il cultive autre chose qui soit légal et rentable. »
 
LES PERSPECTIVES
 
 
Une implication nécessaire des institutions internationales
À l’évidence, rien ne peut être poursuivi de façon efficace en dehors des institutions internationales. Heureusement, la prise de conscience est désormais générale. Un des inconvénients tient cependant dans la dispersion des efforts. Nations unies, OCDE, Conseil de l’Europe, Union européenne, GAFI, tous préparent et signent des conventions sans qu’aucune cohérence ne soit assurée. En outre, l’Organisation mondiale du commerce, acteur premier du commerce entre États, refuse toujours d’intégrer la lutte contre l’argent sale et la corruption internationale dans le champ de ses négociations.
Dans le cadre de chaque accord, il convient de prêter attention à la mise en place de comités de suivi, composés de représentants des États signataires (c’est par exemple le cas pour l’OCDE). Ces comités n’ont d’intérêt qu’eu égard à la qualité des personnalités qui représentent leur pays. De ce point de vue, la France ne brille pas toujours par la qualité de ses délégués.
Enfin, les organisations internationales devront continuer à publier des listes de pays criminels, complaisants ou non coopératifs. On ne saurait négliger l’effet produit par cette stigmatisation. Les conséquences des premières listes ont été, de ce point de vue, très positives, au moins formellement.
La nécessaire mise au point de dispositifs efficaces
À l’heure où l’informatique et Internet permettent de faire circuler des capitaux entre de nombreuses banques appartenant à divers pays, le juge qui veut faire exécuter une commission rogatoire a besoin de longs mois – dans la meilleure des hypothèses – pour aboutir. Le repérage des obstacles est progressivement effectué ; les surmonter est une nécessité. Un seul exemple, extrait de l’exposé introductif de Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l’Économie et des Finances, devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la délinquance financière, illustre ce propos : « De meilleures normes internationales sont nécessaires. Par exemple, dans les transactions qui nous intéressent, il y a fréquemment utilisation de formes juridiques mal ou non réglementées, opaques ou qui ne laissent pas de trace, les sociétés-écrans. J’en tire la conclusion qu’il est souhaitable d’élaborer quelques normes dans le domaine du droit commercial afin d’interdire de telles sociétés. »
L’implication la plus large possible des citoyens et des institutions adaptées
Si les régimes autoritaires sont les plus propices à l’activité criminelle, les démocraties fondées sur le clientélisme, le corporatisme et les réseaux ne sont pas non plus à l’abri de pratiques criminelles trop répandues. Cela est vrai pour de nombreux pays occidentaux et pour bien d’autres.
Samir Ahmed Abuznaid, doyen de l’Institut des finances et du management (Université de Hébron), décrivait la situation au Moyen-Orient lors d’un colloque organisé en 1999 par le Nouvel Observateur, et consacré à la corruption internationale. Il terminait son intervention par la prescription suivante : « La lutte contre la corruption au Moyen-Orient nécessitera : le renforcement de l’idéologie du fonctionnariat, la création de centres Transparency International permettant à la population de se rapprocher de son gouvernement, la promulgation de valeurs civiques, la séparation des pouvoirs législatif et exécutif. »
La négociation de contrat de solidarité
La forme des relations économiques mondiales mérite d’évoluer ; nombre de pays le demandent. La conférence de Philippe Engelhard, lors de l’Université de tous les savoirs sur le thème « Économies informelles, économies criminelles : la face cachée de la mondialisation », fixe une priorité : établir un véritable contrat de solidarité avec les pays pauvres. Il explique fort bien que la meilleure coordination des États dans la lutte contre la criminalité a ses limites. Selon lui, continuer à dissocier croissance économique et lutte contre la pauvreté serait absurde. Il faut faire de la lutte contre la pauvreté un levier de changement économique, social et politique.
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