2001
Revue internationale et stratégique
Controverse
Le « zéro-mort » : entre le slogan et le concept
André Dumoulin
Maître de conférences, Observatoire sur la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD), Université de Liège.
Le slogan « zéro-mort », introduit lors de la guerre du Golfe, est en voie de conceptualisation stratégique et culturelle dans le monde occidental. L’évolution des enjeux de la guerre, l’impact de la technologie en matière d’armement et la mutation des mentalités ont joué un rôle moteur dans l’avènement de cette volonté insistante de préserver les vies humaines. L’intégration progressive du « zéro-mort » génère d’ores et déjà de nombreuses modifications et des effets pervers dans les domaines de la stratégie militaire, de l’organisation nationale et internationale des armées, et de la psychologie des combattants. L’avenir de ce concept est cependant incertain, puisqu’il tend à nier la notion de risque dans l’intervention militaire, notion qui est pourtant inhérente à l’idée même de la guerre. Le concept de « zéro-mort » pourra-t-il orienter les stratégies militaires sans risquer de fragiliser la solidarité militaire occidentale et l’efficacité des missions ?
« Zero killed » : between slogan and concept
The « zero killed » slogan introduced during the Gulf War is in the process of being strategically and culturally conceptualised in the Western world. The changing stakes of war, the consequences of technologies applied to the armament industry and the evolution of mentalities have played a major role in the advent of a determination to preserve human lives. The progressive integration of the « zero killed » policy already triggers a number of changes and harmful effects on military strategy, on the national and international organisation of armed forces, and on the psychology of fighting units. However, the future of this concept remains uncertain as it tends to negate the risk issue inherent to military intervention and to the nature of war itself. The question of whether the concept of « zero killed » may guide military strategies without weakening western military solidarity and efficiency is now raised.
Les événements terroristes survenus aux États-Unis, le 11 septembre 2001, ont mis en avant l’article 5
[1] de solidarité collective de l’Alliance atlantique, exprimant une réponse à géométrie variable des Alliés face à cette agression dans le sanctuaire national américain, et impliquant ainsi une attitude davantage sacrificielle dans la prise de risque en cas de riposte militaire extérieure. Cependant, le rapport à la mort mis en jeu lors des interventions de maintien de la paix défendant des enjeux mineurs ou non fondamentaux étant, par essence, différent, il ne devrait donc pas être, théoriquement et fondamentalement, différent de l’attitude de prudence constatée avant cette date fatidique. Il y a bel et bien deux modèles différents d’attitude dans le mental militaire face aux risques militaires sur le terrain. Tout dépendra, en définitive, de l’atteinte ou non aux intérêts vitaux, territoriaux et aux symboles nationaux.
Les années 1990 nous ont montré la difficulté d’appréhender les espaces stratégiques européens dans leurs dimensions identitaire, politique, institutionnelle et militaire, l’apprentissage des concepts post-guerre froide et les actes diplomatiques et militaires imposés aux marges de l’Union européenne (UE) et ailleurs dans le monde bouleversant la définition et le contenu de la sécurité.
Les nouvelles contraintes, autres que la défense classique et la nécessité d’envisager la stabilité en termes de projection de forces, vont ainsi influencer les concepts stratégiques, la doctrine opératoire, la vision du politique, le mental du militaire. L’idée même de guerre prend en Occident de nouvelles valeurs, davantage limitatives, dans l’action, dans l’emploi de la violence. La difficulté à saisir, dans le passé, l’intraduisible de l’apocalypse nucléaire est rejointe aujourd’hui par celle d’appréhender et de répondre aux violences identitaires jouant hors des règles guerrières classiques, hors des normes.
Trois facteurs principaux vont influer sur la perception des risques et leur traitement par les puissances postindustrielles, définies ici comme faisant partie de l’espace euro-atlantique.
Primo, la mise en évidence des opérations de gestion de crises, de maintien de la paix et d’interventions inframilitaires, qui deviennent avant tout des missions multinationales et interarmées, où le caractère collectif domine le devant de la scène, dans les limites subtiles de la juxtaposition nationale des choix politiques et du contrôle d’emploi des forces
[2]. Les nouvelles nécessités d’intervention, la dépendance extrême à des paramètres non strictement militaires et les limites propres à cette forme d’engagement vont bouleverser la manière de gérer le risque.
Secundo, le jeu d’ascenseur qui implique que, dans cet après-guerre froide, « le plus grand engagement politique existe pour la menace la moins probable et l’engagement le plus faible pour la menace la plus probable »
[3], fait que l’article V de défense territoriale des alliances n’est plus l’expression première de la gesticulation militaire. Ce constat va provoquer également une révolution des esprits, toujours en cours aujourd’hui, allant du mental du militaire-citoyen européen aux valeurs à défendre et à faire partager, la question d’un nouveau Concept stratégique pour l’UE devenant l’un des objectifs centraux.
Les conflits identitaires et les haines irrédentistes, nationalistes et fondamentalistes bousculent l’image de la guerre
[4], déstabilisent le militaire européen projeté dans un autre monde. Les missions de Petersberg vont alors devenir extraordinairement complexes à mener, et les enjeux à démêler.
Tertio, la mise en évidence des nouvelles technologies – allant des senseurs multidirectionnels aux capacités de tir à distance, des tentatives de maîtrise de l’espace-temps au contrôle informationnel – fait que, inéluctablement, par effet miroir, par jeu d’imitation ou définition collective des besoins d’équipements, les États membres de l’UE pourraient s’accrocher, avec retard, à la Révolution américaine des affaires militaires, concept encore flou à entrées multiples. Derrière l’Initiative sur les capacités de défense (ICD) de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le processus de planification et d’examen (PARP) ou la définition des besoins collectifs de l’headline goal de l’UE, ne trouvons-nous pas de nouvelles interrogations sur le comportement du soldat dans la gestion des crises ? Ne peut-on voir dans le choix des systèmes d’armes une nouvelle conception des guerres non territoriales ?
Ces trois éléments que sont une surreprésentation des interventions hors zone, parallèlement à une survisibilité des outils de haute technologie, le tout dans un champ opératoire non stratégiquement vital, vont ainsi jouer un rôle dans la manœuvre des politiques, des stratèges et des militaires, lors du processus de décision et d’intervention dans le cadre des missions de gestion de crises.
Mais aux nouvelles capacités politiques, techniques, juridiques et militaires dans la projection vont s’adjoindre maintes contraintes, quelques pièges insidieux.
Qu’y a-t-il de ressemblant entre les événements somaliens
[5] de 1993, la chute des enclaves bosniaques, les 78 jours d’offensive aérienne de l’OTAN dans les Balkans, les incidents de Prizren de juin 1999 mettant aux prises la
Bundeswehr, ou les tensions ethniques autour du pont de Mitrovica au Kosovo ? N’est-ce pas cette dimension à la fois subtile et aliénante reprise sous le vocable de concept de « zéro-mort » ? Non pas le « zéro-mort » du ciblage militaire avec évitement ou le « zéro-mort » des armes non létales. Celui, plutôt, de cette propension à éviter des pertes humaines chez soi sans s’inquiéter, outre mesure, des pertes chez l’adversaire, la collatéralité civile étant supportée, subie ou recherchée. Bref, au pire, le « zéro-vivant » en face. N’est-ce pas, plus subtilement, le refus d’une prise de risques au nom d’une hiérarchisation des valeurs à défendre, des vies à protéger, des hommes à secourir, des intérêts à préserver ?
LES CAUSALITÉS DU « ZÉRO-MORT »
Le terme de « zéro-mort » est d’abord un slogan journalistique issu de la vision simpliste et toute relative des frappes de précision de la guerre du Golfe, mais où l’accent fut mis sur la faiblesse des pertes de la coalition face à l’armée de Saddam Hussein. Le « moindre mort », qui était déjà sous-jacent durant la guerre du Viêtnam, fut progressivement remplacé par cette volonté première et prioritaire de préserver ses propres hommes en opération de gestion de crises. Aussi, cette expression-slogan très signifiante va devenir le maître mot des commentateurs des missions de type Petersberg lorsqu’il est question de l’opportunité d’intervenir, du choix des systèmes d’armes et des stratégies opératoires ou de la façon de sortir de la crise. Le degré de prise de risque devient l’alpha et l’oméga des débats politico-médiatico-militaires. La préservation des hommes semble devenir le paramètre premier transcendant les autres objectifs, les décisions politiques, l’attitude des états-majors (selon le contexte et les armes employées). Aussi, le « zéro-mort » prend bel et bien ses racines dans plusieurs espaces.
Le premier espace est celui du champ politico-stratégique, parce que les interventions de Petersberg hors du cadre territorial de l’article V/5 ne concernent aucunement les intérêts vitaux. À des enjeux différents, il y a prise de risques différente. Cette échelle de valeurs est d’autant plus visible que « les occupations territoriales ne sont plus des buts politiques ni des enjeux de souveraineté dans la nouvelle ère électronique »
[6]. En outre, c’est parfois la simple présence de la force sur un théâtre extérieur qui constitue en soi un fait politique, sans que les autorités qui ont décidé de son déploiement ne se soucient particulièrement de lui fixer un mandat à assumer. On peut alors en arriver à ce que la stratégie d’intervention soit associée à la stratégie de sortie (
exit strategy)
. Le refus du risque veut que l’on soit parti avant d’être arrivé. Bref, on souhaite ne pas s’éterniser. Mais nous nous trompons souvent, comme on peut le constater en Bosnie et au Kosovo où la présence de la Force multinationale de stabilisation (SFOR) et de la Force de paix au Kosovo (KFOR) reste nécessaire sur le moyen terme.
Le deuxième espace intègre le champ technologique, parce que nous vivons le passage de la guerre des mégatonnes à celui des mégabits, avec cette croyance d’une guerre sans aléa (pour reprendre l’idée de François-Bernard Huygue), où nous pouvons distinguer les objets automatiques sacrifiés non récupérables (missiles, drones) des objets humains épargnés
[7]. Cette parcimonie où l’on fait la guerre en restant intact est apportée par l’apparition de nouvelles technologies post-guerre du Golfe. Les senseurs, les drones, le tir, la furtivité, les armes perforantes, la gestion des flux d’information, le renseignement, la relocalisation des cibles et les doctrines qui y sont associées (
Force XXI, Army After next, Joint Vision 2020, RAM
[8], etc.) alimentent alors le « zéro-mort » et
vice versa. L’adage de Williamson Murray
[9],
Clausewitz Out, Computer In, prend alors tout son sens, avec la figure de l’ingénieur militaire l’emportant, dans l’imaginaire, sur la figure du guerrier traditionnel.
C’est bien le règne de la répugnance au corps à corps, le choix de l’étouffement des mécanismes vitaux de l’adversaire sans contact physique, cette croyance à forte tonalité utopique, profondément enracinée dans la culture américaine et en passe peut-être de nous atteindre, selon laquelle tout conflit peut et doit être résolu par la technologie. Mais les limites sont bien présentes, à la fois parce que les rivalités inter-armes obèrent encore l’efficacité du système, mais aussi, et surtout, parce que ce raisonnement mécaniste sur l’apport des technologies ne tient pas suffisamment compte des facteurs humains, mais aussi de scénarios n’associant pas des conflits entre pairs, mais des conflits asymétriques. Enfin, les enseignements du conflit du Golfe ont montré que le différentiel de compétence et le qualitatif sont davantage significatifs
[10] dans la victoire finale, que la seule technologie.
Le troisième espace occupe le champ sociologique et anthropomorphique parce qu’il implique l’adoption d’une extrême prudence dans la prise de risque au sein des armées occidentales. Le vieillissement des populations et une démographie stagnante, l’individualisme prégnant et le poids des forces culturelles et sociales, le coût élevé dans la formation des personnels militaires, autant de facteurs créant les conditions d’une prise de valeur ajoutée des hommes par comparaison aux attitudes du passé. La préservation des vies est partie prenante d’un mental postguerrier, et la culture du « dédommagement » atteint le militaire. L’investissement familial et sociétal dans les sociétés postindustrielles est lui-même surdimensionné par la valeur ajoutée du militaire technicien, ce dernier étant davantage socialisé
[11] et intégré à la société civile.
Et la professionnalisation des armées est, quelque part, un effet de cette frilosité des États dominants et vieillissants. On ne va pas lever l’impôt du sang si la nation n’est pas directement menacée. Dans les sociétés postbelliques (pour reprendre François Géré), le rapport à la vie et à la mort tend à faire apparaître une potentialité différente à faire la guerre, le déficit thanatologique occidental
[12] à se représenter la mort étant bel et bien présent. La distanciation face à la mort et l’importance attachée à l’individu unique et « irremplaçable » (parce qu’exclusif) sont ainsi les matériaux permettant d’assurer le mental « zéro-mort ». À cette posture vient s’attacher la doctrine opératoire du tir à distance sans effet retour, soutenue par la haute technologie.
L’homme n’est plus la matière première, la denrée consommable de la guerre. Aujourd’hui, dans les armées occidentales, il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on améliore sans cesse le continuum de la chaîne des services de santé, afin de maximiser la survie des blessés. Mais si personne ne se plaindra de ce souci de réduire les pertes humaines – en principe cela apparaît comme l’un des objectifs des chefs militaires occidentaux ces dernières décennies –, l’impuissance virtuelle ou relative face au désordre des conflits identitaires ou asymétriques est posée.
À l’extrême, cette nouvelle perception des valeurs entre en interaction avec le jeu des médias pouvant soumettre la conduite des politiques aux variations de l’opinion et l’expression des opinions publiques, aux accents parfois permissifs, quelquefois directifs
[13], bornant en partie la marge de man
œuvre des décideurs en matière de sécurité. Le slogan du « zéro-mort » devient alors l’outil de légitimation relative dans cette recherche d’une adhésion des populations au principe d’intervention militaire.
Les enquêtes sociologiques et statistiques relatives aux opinions publiques indiquent une acceptation des pertes
[14], que nous qualifierions d’« à la carte », sous conditions. Chaque situation est un cas de figure, mais il semble se confirmer que l’homme politique serait plus sensible au problème des pertes humaines amies et à leur effet sur le public, que l’opinion publique elle-même, certes dans un jeu interactif assez serré. Et si 80 % des Européens
[15] estiment aujourd’hui que l’armée doit avoir pour rôle
[16] de maintenir ou rétablir la paix dans le monde – ce qui implique nécessairement un certain nombre de risques –, aucune certitude n’apparaît quant aux réactions face à la vue de « morts-citoyens », qu’ils soient issus de l’institution militaire professionnelle ou membres volontaires provenant de la conscription. La question du seuil de tolérance reste assurément difficile à quantifier, alors que la guerre devient un spectacle lointain télégénique (pour reprendre Martin Shaw).
À partir de ces différents facteurs d’influence, l’appropriation partielle du slogan du « zéro-mort » dans le champ doctrinal, opératoire et psychologique de la gestion des crises (hors article 5/V) va avoir de multiples conséquences dont nous n’avons pas encore pleinement conscience, et qui recèlent encore bien des pièges ou d’autres mutations conceptuelles.
DE MULTIPLES CONSÉQUENCES
Les effets du « zéro-mort » sont extraordinairement porteurs d’interrogations sur l’avenir de la guerre, la sociologie militaire, le devenir des alliances, la psychologie du combattant, les réactions de l’adversaire. Ces multiples conséquences, exigeant de plus larges développements que cette modeste approche, apparaissent à plusieurs niveaux.
D’une part, l’apparition de sociétés internationales privées de sécurité qui interviennent dans les conflits de très basse intensité, véritable sous-traitance des services publics à l’industrie privée, à moindres risques, et qui peuvent être un effet indirect du refus de prise de risques dans le hors zone. Phénomène alternatif à l’inaction ou à la paralysie décisionnelle, ces organismes
[17] peuvent parfois assister les États dans leur demande de soutien matériel ou tactique indirect comme nous avons pu déjà l’observer en Croatie ou en Afrique subsaharienne.
D’autre part, par effet retour, la volonté d’acquisition d’équipements sophistiqués, ouvrant la voie à l’information, la détection, le ciblage et la destruction à distance, peut modifier les paramètres budgétaires et stratégiques des États adoptant subtilement, peu ou prou, ce volontarisme dans l’anti-risque. Les nouveaux programmes pour l’acquisition, à l’horizon 2020, de drones armés
[18] sans pilote UCAV par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis sont très révélateurs à ce sujet, tout comme les essais actuellement en cours sur le drone
Predator doté d’un missile guidé antichar
Hellfire. Quand bien même ces systèmes sont imaginés à horizon prévisible comme outils complémentaires à l’avion de combat et non comme leur strict remplacement, ces systèmes d’armes sont bien des marqueurs, des révélateurs d’une mutation stratégique et guerrière.
Ensuite, le « zéro-mort » tend à court-circuiter davantage l’intensité et l’ampleur des frappes en instaurant des pauses et des paliers dans l’escalade, autant par prudence et sûreté que pour laisser ouverte la négociation diplomatique. Les frappes de semonce et les frappes limitatives sont ici l’expression d’un gradualisme politique, mais peuvent aussi être les effets directs d’une improvisation. Dans bien des cas, le gradualisme est associé au refus du risque, puisqu’il instaure une prudence dans l’escalade. Selon Pierre Hassner, la limite de cette posture stratégique est qu’elle « ne tient pas compte de l’importance de l’enjeu qui doit être plus grande chez celui qui bombarde que chez son adversaire »
[19]. On peut alors aboutir à des conflits sans vainqueur, ou à des guerres préservant – volontairement s’entend – les régimes en place, comme ce fut le cas durant la guerre du Golfe où la stratégie de décapitation fut évitée.
De même, la recherche dans l’économie extrême des pertes entraîne également une nouvelle hiérarchisation entre les armes, alimentant les rivalités
[20], souvent déjà prégnantes, entre les forces aériennes, navales et terrestres
[21], quand bien même le processus d’interarmisation tente, souvent sans grand succès, de réduire ces tensions subtiles
[22]. Les outils aérien et aéronaval deviennent les expressions armées du concept de « zéro-mort », permettant les frappes à distance, pouvant jouer sur l’instantanéité, la flexibilité, la réversibilité et la rapidité. Mais la déconnexion entre la stratégie aérienne et la stratégie terrestre – pour des motifs de prudence et, indirectement, en raison des
lobbies militaires sectoriels – peut alors entraîner plusieurs effets pervers, comme l’illusion de tout pouvoir gérer à distance, de pouvoir répondre aux conflits asymétriques par les airs tout en protégeant les valeurs et les populations victimes. Le Kosovo nous vient directement à l’esprit
[23]. En outre, cette stratégie tendrait, par facilité, à privilégier les cibles fixes faiblement protégées, à caractères économiques et industriels, accentuant alors les risques de dommages collatéraux ou les stratégies de déception, les effets retours sur les opinions publiques spectatrices et une plus forte cohésion, face aux épreuves, des sociétés vulnérabilisées.
La cinquième conséquence est l’apparition du différentiel de sécurité entre Alliés, défini comme la différence d’appréciation du risque autant que du poids respectif des forces militaires nationales en matière de renseignement et d’armements tirés à distance de sécurité. Le « zéro-mort » virtuel américain n’est-il pas le « moindre mort » européen ? Derrière cela peut se profiler un partage des tâches entre Européens et Américains, les premiers prenant déjà davantage de risques que les seconds, pour des motifs technologiques, historiques et doctrinaux. À l’extrême, le risque est grand de voir se codifier la guerre des « fantassins » réservée aux Européens et la guerre informationnelle et logistique aux États-Unis.
Les déclarations d’Anthony Lake
[24] en novembre 1996 et celles
[25] de Condoleezza Rice en octobre 2000, respectivement conseillers de William J. Clinton et de George W. Bush, sont révélatrices de cette permanence dans la politique des États-Unis, à savoir que la première mission des forces armées américaines n’est pas de conduire des missions de maintien de la paix, mais de gagner des guerres.
La différence de capacité, de mentalité, de culture militaire, de prise de risque existe d’ailleurs déjà au sein même des forces terrestres alliées. Alors que l’US Army s’enferme dans d’imposants camps retranchés, véritables petites villes, comme celui de Mc Govern (Bosnie) et de Bondsteel (Kosovo), les forces européennes ont tendance généralement à côtoyer – certes avec un minimum de précaution – les populations des sociétés à stabiliser. Cette attitude explique le refus américain d’apporter quelques renforts lors des incidents de Mitrovica afin de soutenir les unités européennes sur place. Finalement, cette conception du « zéro-mort » peut-elle aller jusqu’au retrait de l’armée de terre américaine du Vieux Continent au profit d’une capacité de projection et de reconstitution, laissant seulement opérer à terre les forces spéciales ? Cette évolution n’aura-t-elle pas, à terme, un effet sur le rééquilibrage des commandements au profit des Européens ? Du point de vue des alliances, la question fondamentale est bien de savoir si une alliance peut survivre à un différentiel de solidarité dans la mort en ce qui concerne ses différentes composantes nationales, même s’il s’agit d’opérations hors article V/5. Nous pouvons ainsi observer que ces disparités dans le domaine du risque entre Alliés ou entre forces peuvent bouleverser bien des paramètres stratégiques et ouvrir la voie, à terme, à des crises politiques larvées et à bon nombre d’ambiguïtés dans le processus de décision politico-militaire.
Enfin, avec cette notion de risque que l’on veut entièrement maîtriser, le mental militaire entre en mutation, entraîné dans cette spirale technique et conceptuelle. Cette déviance au sein même de la culture militaire occidentale produit plusieurs effets pervers.
Primo, elle érode la dimension du guerrier
[26] et l’acceptation du « déjà mort », le militaire étant moins que par le passé « un mort en sursis », une victime sacrificielle
[27], surtout dans l’esprit des nouveaux engagements au sein des armées professionnelles, même si la dimension « peur » joue un rôle essentiel dans l’étude psycho-médicale du comportement du militaire
[28]. L’esprit de dévouement, de courage et d’abnégation généralement propre à la culture militaire pourrait être mis à mal par le « zéro-mort ». À l’autre spectre, « la passion et la haine » de la part des forces d’intervention occidentales y deviennent interdites
[29], inadmissibles, incongrues, vulgaires. Ce bouleversement du mental militaire post-guerre froide dans les sociétés modernes vers le non-martial et le posthéroïsme (pour reprendre l’expression de François Géré) est formidablement interpellant, car il y a dorénavant déséquilibre entre la prise de risque nécessaire et le souci de se préserver.
Secundo, elle éloigne la vision directe de la mort par éloignement du théâtre d’affrontement. L’abstraction déjà présente dans les technologies de la simulation virtuelle et de la numérisation du champ de bataille peut envahir la totalité du champ mental de certaines catégories de militaires, au-delà des aviateurs et des missiliers. Les capacités des armes navales, aériennes et terrestres dans le tir à distance, dans la modélisation digitale des frappes, dans le « confort » des frappes depuis des zones totalement sécurisées deviennent l’objectif prioritaire. La distanciation par rapport au réel du combat, loin du choc collectif du « soldat Ryan », entraîne une vulnérabilité psychologique par rapport aux conflits identitaires asymétriques dont le paroxysme violent aboutit à l’absence de règles
[30] et d’éthique, engendrant exactions, charniers et fosses communes. Cette fragilité psychologique du combattant moderne
[31], déjà perceptible face aux nouvelles armes de saturation de zone
[32] dont il dispose lui-même et dont il connaît les effets, apparaît également à l’autre bout du spectre, dans la gestion des crises hors zone face à des guerres psychologiques et civiles. L’envoi de psychologues auprès de soldats de la
Bundeswehr, après l’incident du 13 juin 1999 à Prizren en est l’illustration parfaite. Le guerrier moderne pourrait-il ne plus être endossé que par les seules forces spéciales ?
On peut déjà constater une certaine inhibition du combattant occidental dans le combat de proximité dont les règles déontologiques et les règles d’engagement se heurtent à la logique d’efficacité morbide des combattants locaux et le chaos extrême. C’est ici que peut intervenir l’asymétrie des stratégies, où l’adversaire peut utiliser les freins culturels occidentaux pour engager des stratégies de contournement, de dispersion, d’esquive et de guerre parallèle comme on a pu l’observer au Kosovo, avec plus ou moins de réussite, à propos des tactiques des forces militaires et paramilitaires du régime Milosevic. L’objectif est alors une tentative de faire atteindre le seuil de renoncement et d’« insupportabilité » morale aux intervenants militaires postmodernes, en faisant durer un conflit sans code.
Tertio, cette déviance peut également faire apparaître une condition morale nouvelle qui « postule que la cause dans laquelle on s’engage n’est pas si importante puisque, libre d’y aller ou de ne pas y aller, on n’y va qu’en refusant tout sacrifice personnel »
[33]. Pour Michaël Walzer, en tout cas, dire que les autres vies peuvent être sacrifiées, mais pas les siennes propres, est une affirmation dépourvue de sens moral
[34]. Cette moralité à géométrie variable est même qualifiée d’« obscène » par le philosophe Norman Mailer
[35] pour qui – reprenant l’exemple franco-allemand – l’héroïsme réciproque porteur de deuil et de réconciliation peut être empêché par l’asymétrie du risque. Et, tout en niant l’ennemi
[36], le « zéro-mort » fait partager l’idée selon laquelle la guerre humanitaire ne vaut pas un coût humain occidental. La question est ainsi de savoir quel message peut être délivré en n’acceptant pas de risque au sol, sachant que le prix du sang, paradoxalement, représente la valeur attribuée à la vie. Et, dès lors, se pose la question de la valeur des populations sans défense au sol, la valeur donnée aux populations victimes à protéger. Derrière ces interrogations apparaîtront les difficultés à réconcilier, dans la période postconflit, les différentes factions et populations, les armées et la guérilla.
Au moment où la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) tente de prendre ses marques dans le cadre de la codification institutionnelle et politico-militaire des missions dites de Petersberg, le slogan du « zéro-mort », en partie en voie de conceptualisation stratégique et culturelle, par ce qu’il entraîne, aura des effets subtils et considérables sur la crédibilité des alliances. Mais, au-delà de cette question générale et incontournable, d’autres pistes nous sont ouvertes.
Le « zéro-mort » restera-t-il un mythe puisqu’il nie le risque militaire en opération – formidable illusion face au réel du terrain et à l’incertitude guerrière – ou finira-t-il par être dépassé par les avancées de la technologie, au point de désinhiber l’interventionnisme à distance et de faire disparaître toute hésitation ? En d’autres termes, si la haute technologie peut, en soi, faciliter l’interventionnisme parce qu’elle aide à réduire les risques, l’avènement de nouveaux systèmes d’armes davantage performants et protégés pourrait-il permettre une automaticité d’intervention, par la garantie suprême de l’absence de morts chez soi, la réticence politique à intervenir, les contraintes internes et les effets pernicieux de la médiologie et des opinions publiques étant résolus par des technologies à venir ?
Ne faut-il pas dès à présent introduire une pédagogie du risque, à la fois chez le militaire et le civil, car toute intervention entraîne sa présence ? Une politique européenne de sécurité et de défense – au-delà de la recherche d’un Concept stratégique en propre
[37] – ne pourra se passer d’une réflexion philosophique, sociologique et morale sur cette notion première à toute intervention, sachant qu’une mission de maintien de la paix est, en soi, dangereuse, et d’autant plus qu’elle peut dégénérer en mission de guerre.
À force de s’autoprotéger, ne développe-t-on pas un état d’esprit aboutissant déjà à l’adoption d’une sorte de code de bonne conduite par la prise en compte des zones collatérales et le dosage minutieux des feux, ce même dosage pouvant à moyen terme favoriser les conditions permettant d’aboutir au concept de « double zéro-mort » ? Nous ne sommes pas loin alors des stratégies de décapitation, de paralysie sociétale et d’armes non létales qui recèlent également leurs propres mythes, limites et contradictions. Le souci d’épargner des vies dans ses propres rangs finirait par entraîner la volonté de préserver celles de la partie adverse
[38], comme on peut déjà le lire dans les documents officiels
[39] les plus récents du ministère français de la Défense.
Jusqu’où ira l’Europe dans l’intégration confuse, ambiguë, dégradée du concept américain de « zéro-mort » ? Quels seront les effets de cette intégration partielle ou totale dans la planification des équipements, la formation dans les académies et écoles militaires supérieures, dans les doctrines opératoires nationales ? La récupération de ressortissants nationaux ne relève-t-elle pas des missions de Petersberg, qui se situent à la frontière entre le vital et le non vital, l’identité nationale et non plus l’identité territoriale pouvant être le symbole vivant d’intérêts premiers, favorisant ainsi une possible acceptation plus ouverte au risque ?
Enfin, l’obsession du « zéro-mort » hors zone, en voie d’intégration dans les esprits, peut-elle insidieusement altérer l’esprit de sacrifice autour des intérêts vitaux de l’article V/5 ? En d’autres mots, à force d’assimiler le concept de prudence dans le champ du militaire et du « zéro-mort », serait-on fragilisé face à une hypothétique menace majeure territoriale ?
Comment imaginer le passage d’un état d’esprit à l’autre si une opération ne relevant pas de l’article 5/V évolue en partie et parallèlement en une agression territoriale impliquant une nouvelle définition du vital, du réactif, et donc du rapport à la mort ?
Au-delà de ces interrogations théoriques, revient, lancinante, la nécessité d’une solidarité juridiquement contraignante, d’une clause d’assistance automatique multinationale lors des missions extérieures de type Petersberg. Comment, moralement, accepter la solidarité des différentes armées occidentales dans le champ territorial et la refuser lors des missions hors zone impliquant les mêmes unités ?
S’il est indécent de critiquer le principe de la préservation des vies, la notion de « zéro-mort », altérée ou nuancée, aux multiples facettes et interrogations, bouleverse déjà la conception que les Occidentaux ont de la guerre, de la crise et de la violence archaïque.
Les actes terroristes gravissimes intervenus aux États-Unis imposant une réponse proportionnée et plurisectorielle, tout en évitant la collatéralité moralement inacceptable, devraient conduire à une réelle prise de risque dès l’instant où l’agression fut majeure et impliquait le territoire national. Aujourd’hui, le « zéro-mort » se conjugue encore avec les missions non vitales pour des enjeux extérieurs à la défense du territoire.
Mais se pourrait-il, dès lors, que le nouvel état d’esprit des militaires américains, après ces milliers d’assassinats à Washington et à New York, puisse aller jusqu’à altérer une « politique du zéro-mort » dans le champ même des missions de gestion de crises hors article 5, hors du cadre strict de la solidarité collective ? De même, si les actes terroristes subis devaient s’exprimer hors du sanctuaire contre d’autres symboles nationaux, ce nouveau paysage de l’internationale terroriste aveugle libérerait-il des contraintes du « moindre mort » ? Où peuvent s’arrêter les réticences face aux risques ? La frontière dans l’attitude militaire et politique face au risque de mort est-elle en définitive uniquement calquée sur le binaire des intérêts vitaux et non vitaux définis sur le plan national ? Telles sont, finalement, les questions majeures face à un futur incertain.
[1]
L’article 5 du traité de l’Alliance atlantique et l’article V du traité de Bruxelles modifié (Union de l’Europe occidentale, UEO) impliquent une solidarité commune lorsque l’un des États membres est agressé territorialement – celui de l’UEO étant plus contraignant puisqu’il impose une aide automatique avec tous les moyens disponibles de chaque État, alors que celui de l’Alliance stipule que chaque allié assistera la partie agressée en prenant les actions qu’elle jugera nécessaires.
[2]
André Dumoulin, « L’internationalisation des politiques de défense : expressions, enjeux et limites »,
La revue internationale et stratégique, n
o 29, Paris, Arléa-IRIS, printemps 1998.
[3]
Rob de Wijk, « Vers une nouvelle stratégie politique pour l’OTAN »,
Revue de l’OTAN, n
o 2, Bruxelles, été 1998, p. 16.
[4]
André Dumoulin, « Les menaces militaires »,
Agir. Revue générale de stratégie, n
o 4, Paris, juin 2000.
[5]
Dix-huit Rangers américains y furent tués.
[6]
Alain Joxe, « Révolution dans les affaires militaires »,
in Thierry de Montbrial et Jean Klein (sous la dir.),
Dictionnaire de la stratégie, Paris, PUF, 2000.
[7]
François Géré,
Demain la guerre, Paris, Calmann-Lévy, 1997, p. 110.
[8]
La RAM est basée sur 4 principes : une supériorité dans le domaine de l’information, les synergies interarmes, le combat à distance et l’intégration militaire des technologies civiles.
[9]
Professeur de théorie militaire à l’Université du Marine Corps, article paru dans
The National Interest, Summer 1997, cité dans
DD&E, n
o 4, vol. 13, p. 10.
[10]
Théodore Caplow et Pascal Vennesson,
Sociologie militaire, Paris, Armand Colin, 2000, p. 179.
[12]
Albert Legault, « Les sociétés internationales de sécurité : menace ou signe des temps ? », bulletin
Le maintien de la paix, n
o 45, Institut québécois des hautes études internationales, mars 2000.
[13]
Voir C. Glynn, S. Herbst, B. O’Keefe et R. Shapuo,
Public Opinion, Boulder, Westview Press, 1999.
[14]
Philippe Grasset, « La thèse des deux guerres »,
DD&E, vol. 16, n
o 2, Bruxelles, 25 septembre 2000, p. 18. Relevons également l’« acceptation » par la population britannique des 142 morts nationaux lors de la guerre des Malouines.
[15]
Eurobaromètre mené entre le 14 novembre 2000 et le 19 décembre 2000 (voir, à ce sujet,
Public Opinion and European Defence. Convergence or Divergence ?, Proceedings, Ministry of Defense, Belgium, 3-4 avril 2001).
[16]
Après la défense du territoire (94 %), l’aide nationale face aux catastrophes (91 %) et l’aide internationale (84 %).
[17]
Le cas le plus connu est le
Military Professional Resources Inc (MPRI) basé en Virginie et composé de bon nombre d’officiers supérieurs américains à la retraite et qui aida au succès de l’offensive croate en Krajina et en Slavonie occidentale en 1995.
[18]
Aviation Week and Space Technology, 25 septembre 2000 et 2 octobre 2000 ;
Jane’s Defence Weekly, 13 décembre 2000 et 21 février 2001 ;
Jane’s International Defence Review, septembre 1999 ;
Air fan, août 1999.
[19]
Pierre Hassner, « Guerre sans morts ou morts sans guerre ? Les paradoxes de l’intervention au Kosovo »,
Critique internationale, n
o 4, Paris, Presses de Sciences Po, été 1999, p. 13.
[20]
Ce n’est pas un hasard si le nouveau SACEUR, le général Joseph Ralston (remplaçant le général Wesley Clark,
US Army), provient de l’
US Air Force. Notons que le conflit des Malouines et celui du Golfe eurent leur volet terrestre, de même que c’est probablement l’offensive de l’UCK, à la fin du mois de mai 1999, qui permit de débusquer une partie des forces serbes et de les réduire au moyen de B-52. En outre, les opérations de gestion de crises imposent une présence au sol longtemps après la phase la plus meurtrière.
[21]
Les hélicoptères « Apache » de l’
US Army ne furent pas utilisés suite aux réticences de l’état-major central du Pentagone, malgré les souhaits du général Clark (SACEUR). L’argumentaire voulait aussi que ces hélicoptères soient eux-mêmes protégés par une couverture de MLRS visant préalablement les sites anti-aériens serbes. Notons que la création, par l’armée de terre américaine, de brigades partiellement nouvelles comme les
Brigade Combat Teams dont la première est opérationnelle depuis octobre 2000, fortement mobiles, disponibles et dotées d’une large puissance de feu, participent de cette réponse au poids grandissant de l’USAF.
[22]
Vincent Desportes, « Interarmisation pour les forces américaines : discours ou réalité ? »,
Revue de Défense nationale, Paris, juillet 2001.
[23]
Charles Lyon, « Operation Allied Force : A Lesson on Strategy, Risk, and Tactical Execution »,
Comparative Strategy, n
o 20, Taylor & Francis, 2001, p. 57-75.
[24]
Le Monde, 8 novembre 1996.
[25]
New York Times, 21 octobre 2000.
[26]
Claude Barrois,
Psychanalyse du guerrier, Paris, Hachette, coll. « Pluriel-intervention », 1993, p. 23.
[27]
« On a ainsi une véritable perversion de la conception de l’action militaire : là où le soldat était voué à protéger la veuve et l’orphelin, fût-ce au prix de sa vie, il faudrait protéger la vie du soldat, fût-ce au prix de la vie de la veuve et de l’orphelin » (général Jean-René Bachelet, « La guerre sans pertes est-elle possible ? », Fondation pour la recherche stratégique, Paris, 17 mai 2000).
[28]
Claude Barrois,
op. cit., p. 143.
[29]
Claude Le Borgne, « Que mettra-t-on, soldat, sur ta tombe ? »,
Cultures et conflits, n
o 11.
[30]
Michel Fortmann, « À l’Ouest rien de nouveau ? Les théories sur l’avenir de la guerre au seuil du XXI
e siècle »,
Études internationales, vol. XXXI, n
o 1, mars 2000, p. 80.
[31]
Chef de bataillon Clément, « Gestion du stress en opération et force morale dans les engagements opérationnels actuels »,
Objectif Doctrine, n
o 21, Commandement de la doctrine et de l’enseignement militaire supérieur de l’armée de terre, Paris, janvier 2001, p. 40.
[32]
Le stress au combat et les troubles psychosociologiques incapacitants furent déjà à l’origine de 50 % des pertes alliées durant la guerre du Golfe.
[33]
Claude Le Borgne, « Zéro-mort »,
Le Monde des débats, Paris, février 1993, p. 5.
[34]
Le Monde, 9-10 mai 1999. Auteur de l’ouvrage
Guerres justes et injustes, Paris, Belin, 1979.
[35]
Libération, 31 mai 1999.
[36]
François-Bernard Huyghe, « Croire contre »,
Les Cahiers de médiologie, n
o 8.
[37]
André Dumoulin, « Les bases d’un concept stratégique européen »,
Revue de Défense nationale, Paris, juin 2001.
[38]
Lors de la planification de l’opération
Deliberate force en Bosnie, le COMAIRSOUTH de l’OTAN a choisi personnellement toutes les cibles, en coordination avec le commandant des forces des Nations unies (UNPROFOR) et du CINCSOUTH, avec l’idée maîtresse de chercher à éviter la mort d’hommes dans les troupes serbes.
[39]
Il est à noter que dans le Livre blanc français de la défense de 1994, nous pouvions déjà lire que la France déclarait vouloir « minimiser les pertes en vies humaines, dans nos rangs, chez l’adversaire éventuel et surtout dans la population civile ». Voir également l’intervention de Yves Gleizes, Délégation générale pour l’armement (DGA), conférence internationale de l’aéronautique et de l’espace de défense, Paris, 17 juin 2001, à propos de « L’économie des forces de la partie adverse ».