Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130518338
192 pages

p. 69 à 79
doi: en cours

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Dossier

n° 44 2001/4

2001 Revue internationale et stratégique Dossier

Les démocraties asiatiques et leurs capacités de résistance aux crises

Nathalie Hoffmann Chargée de cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et à l’Université du Havre.
Avec la fin du système bipolaire et le changement des priorités qui en ont résulté, l’Occident accorde désormais une attention toute particulière au respect de certains principes, au premier rang desquels la démocratie et les droits de l’homme. Cette attention toute nouvelle a suscité un nombre croissant de tensions avec nombre de pays asiatiques depuis la fin des années 1980. Plusieurs pays asiatiques y ont répondu en insistant sur les différences d’interprétation possibles de ce concept et en soulignant les spécificités qui les caractérisent. La démocratisation de la plupart des régimes asiatiques, bien réelle, se trouve cependant à un tournant face aux difficultés qu’ils éprouvent en raison, notamment, de la crise financière et économique de l’été 1997, mais aussi du développement de contestations internes et de la radicalisation de certains acteurs qui font craindre, en Occident, une fragilisation de ces démocraties. Asian democracies and their ability to cope with crisis
With the end of the bipolar world and the change in priorities which resulted from it, the West now draws particular attention to the respect of certain principles, the first one of them being democracy and human rights. This new focus has led to numerous tensions with several Asian countries since the end of the eighties. Some Asian countries have put forward the different interpretations possible of these concepts and have underlined the specificities which characterize them. The democratisation of most Asian regimes, although genuine, finds itself at a turning point with regard to the difficulties they meet, some due to the financial and economic crisis of summer 1997, but also some in relation with the emergence of internal tensions and the radicalisation of some actors which the Western countries fear could weaken these democracies.
En 2001, environ deux tiers des États asiatiques [1] présentent, selon les standards occidentaux, les caractéristiques essentielles des démocraties ou sont en voie de démocratisation. On constate que, depuis les indépendances, échelonnées de la fin des années 1940 aux années 1980 [2], la démocratisation n’a fait que des progrès relatifs dans l’ensemble de cet espace géographique.
Ce n’est toutefois pas la relative jeunesse de la plupart de ces régimes qui explique ou qui doit remettre en cause la réalité de l’implantation de la démocratie. Sinon, que dire de certaines nations occidentales et même européennes qui, comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne [3] (pour ne pas parler des pays d’Europe centrale et orientale ou de la Russie !), ont embrassé la démocratie plus tardivement que certains pays d’Asie, alors que personne aujourd’hui ne doute de la pérennité de ces régimes démocratiques ? Pouvons-nous donc, au seul motif de la distance géographique et de différences culturelles, remettre en cause la réalité de la démocratie dans plusieurs pays asiatiques ou s’inquiéter de leur viabilité à court terme ?
La difficulté tient vraisemblablement au fait que la conception de ce qu’est la démocratie recouvre des acceptions différentes en Occident et en Asie [4], et que l’on a, du fait de l’éloignement et d’une assez mauvaise connaissance de ces régimes, tendance à s’interroger sur la solidité de son enracinement dans nombre de ces pays. Un autre facteur qui peut expliquer cette perplexité occidentale face à la réalité de la stabilité de la démocratie en Asie tient également, pour une large part, au fait que les pays asiatiques sont confrontés depuis le début de la décennie 1990 à des crises particulièrement importantes (tant dans les domaines économique, social, que politique et sécuritaire) qui interrogent sur leurs capacités à y faire face. Les pouvoirs démocratiques sont-ils alors les mieux armés pour résister à la fois aux crises que l’on a vu se succéder depuis la fin de la guerre froide, mais aussi à d’autres (notamment de type ou d’inspiration confessionnelle) que l’on n’avait pas l’habitude de voir dans cette zone et qui apparaissent ou réapparaissent à l’heure actuelle ?
 
LES CARACTÉRISTIQUES DES DÉMOCRATIES ASIATIQUES
 
 
Il n’existe pas une seule et unique définition de la démocratie. Derrière ce mot se cachent des sens très différents. Ainsi, pour reprendre Georges Burdeau, « le sens du mot “démocratie” varie selon le milieu et le moment dans lequel il est employé et selon le contexte doctrinal où il se trouve situé ». En dépit de la multiplicité des interprétations possibles, ce concept correspond à une valeur applicable à tous : la démocratie c’est la volonté (et la possibilité) pour les hommes de prendre en charge leur destin. Encore faut-il que les circonstances, à commencer par le contexte stratégique dans lequel se trouve le pays, s’y prêtent.
Les pays d’Asie ont accédé à l’indépendance de manière échelonnée dans le temps. La formation de ces nouveaux États s’est effectuée à la fois de manière bien plus récente et dans des conditions bien différentes de celles des États occidentaux, ce qui ne fut pas sans influence sur le choix des régimes politiques et leur évolution sur le plan tant intérieur qu’extérieur.
Le contexte stratégique des premières indépendances
Lors de la première vague d’accession à l’indépendance, la guerre froide, qui opposait les deux superpuissances (États-Unis et URSS), alors à son paroxysme, divisait le monde selon des clivages simples : les pays membres du bloc occidental, d’un côté, les pays du camp communiste, de l’autre, tandis que certains tentaient de souligner la pertinence d’une troisième voie, celle d’un neutralisme pourtant difficile à mettre en œuvre dans le contexte international qui prévalait alors.
On peut donc dire que la toute première période de mise en place des nouveaux régimes (de l’immédiate après-guerre aux années 1970) correspondait à un contexte idéologique particulièrement contraignant. Les régimes n’avaient alors à choisir qu’en fonction de deux modèles idéologiques, et ce alors qu’ils sortaient de la colonisation et présentaient des caractéristiques intérieures très différentes les unes des autres d’un point de vue ethnique, religieux, mais aussi économique et industriel. Lors des dernières accessions à l’indépendance dans les années 1980, le clivage idéologique de la guerre froide sera un peu moins marqué et dans un contexte international également transformé.
Ces facteurs, ainsi que les conditions de leur émergence sur la scène internationale, allaient en partie expliquer les rapports de ces États vis-à-vis de la démocratie.
Les nouveaux États étaient alors en quête d’affirmation sur la scène internationale tout en étant tributaires de contingences à la fois intérieures (situations ethniques souvent tendues, sécurité non assurée, difficultés économiques, etc.) et extérieures (alignement sur l’un ou l’autre des deux camps, formation du nouvel État sur un modèle politique hérité de l’ancienne puissance tutélaire pouvant entrer en conflit avec les aspirations de tout ou partie de la population notamment).
De plus, l’accession de ces pays à l’indépendance et l’arrivée de nouvelles élites indigènes au pouvoir s’effectuaient, le plus souvent, sans période transitoire. Étaient-ils nombreux, les pays où les nouvelles élites politiques avaient pu participer à l’exercice du pouvoir avant l’indépendance ? Il semble bien que non, et c’est d’ailleurs là que résidait l’une des raisons de l’émergence de certains mouvements nationalistes.
Nombreux étaient ceux qui, parmi les élites locales, étaient envoyés à l’étranger au motif de parfaire leur éducation ou parce que l’administration coloniale cherchait à les éloigner un temps de leur pays. Combien, parmi eux, trouvaient une place en rapport avec leurs formations à leur retour au pays ? Combien entrèrent en contact lors de leur séjour à l’étranger (en Europe notamment) avec les idées révolutionnaires en vogue à cette époque ? Et combien seront-ils, à leur retour, à propager ces idées et à se réclamer de courants de pensée prônant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à recouvrer leur liberté ?
Les trois éléments fondamentaux de la démocratie
Dans l’évolution de l’idée démocratique à l’époque moderne, dit Georges Burdeau, il est possible de distinguer trois phases. La démocratie est ainsi perçue à la fois comme un moyen de liberté, un instrument de justice, voire, pour les sociétés les plus développées économiquement, comme un moyen de contrôle de la collectivité sur la croissance économique.
La définition la plus simple de la démocratie – le gouvernement du peuple par le peuple – signifie donc l’exclusion de tout gouvernement qui ne serait pas choisi par le peuple. Cela introduit donc la notion de liberté de choix du système de gouvernement. Georges Burdeau décline cette notion de liberté en liberté-autonomie (désignation des représentants) et liberté-participation qui comprend la participation des gouvernés à l’exercice du pouvoir, mais qui inclut également, outre les droits politiques, la jouissance des prérogatives qui garantissent la liberté des choix : liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de la presse, etc.
La démocratie, comme système de gouvernement, résultait d’un long processus de remise en cause des systèmes européens, qui a trouvé son aboutissement dans les révolutions américaine et française, ainsi que dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ce document, qui proclame la liberté de l’homme, se voit cependant rapidement remis en cause à différents niveaux, y compris en Europe (du fait de l’esclavage ou de l’impact de la révolution industrielle).
La démocratie, comme moyen de contrôle de la collectivité sur la croissance économique, peut assurer d’une certaine manière le bon usage de la prospérité économique à laquelle sont parvenus les États les plus développés.
Des applications en Asie qui dénotent des spécificités propres
Les trois grands principes qui caractérisent la démocratie de manière générale sont donc globalement appliqués dans les démocraties asiatiques. Néanmoins, ils souffrent de nuances héritées des spécificités inhérentes à chaque État et sur lesquelles plusieurs dirigeants asiatiques ont donné leur opinion. Plusieurs pays d’Asie, en tête desquels Singapour, le Japon, la Malaisie, rapidement suivis par la Chine, se sont d’ailleurs élevés contre les tentatives de l’Occident de leur imposer un modèle de valeurs dites démocratiques. C’est ainsi que, bien qu’étant constitués sur des bases ethniques, religieuses ou philosophiques différentes, ces régimes se sont opposés à l’imposition du modèle occidental en élaborant un concept des « valeurs asiatiques ». Mahathir bin Mohamad et Shintaro Ishihara ont même été plus loin en publiant un ouvrage, The Voice of Asia [5], dans lequel ils critiquaient le modèle occidental. Le Premier ministre malaisien a poursuivi dans cette voie en fustigeant dans de nombreux discours la démocratie occidentale et ses dérives [6].
Il n’y a donc pas en Asie un modèle de démocratie spécifique à cette zone mais des systèmes démocratiques, et ce, d’une manière plus marquée qu’en Occident où existe un système reposant sur des principes sensiblement identiques. Tous les systèmes démocratiques asiatiques se réfèrent, peu ou prou, au principe occidental de ce qu’est la démocratie, alors que, dans plusieurs cas, des spécificités locales en dénaturent certains principes fondamentaux comme l’égalité entre les individus.
Alors que l’Inde peut s’enorgueillir du titre de « plus grande démocratie du monde », les paradoxes qui sont siens, pour reprendre l’expression de Max-Jean Zins [7] (notamment le maintien du système des castes qui contribue à marginaliser des groupes sociaux), sont, selon les critères occidentaux, de nature à remettre en cause son statut d’État démocratique. Dans le même ordre d’idées, la discrimination positive [8], qui est la règle en Malaisie, a pour effet d’assurer à l’ethnie malaise le contrôle de l’ensemble des activités politiques du pays, et ce en dépit de l’organisation régulière d’élections depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1957. Les choses sont sensiblement similaires à Singapour, à la différence que c’est l’ethnie chinoise qui détient l’essentiel du pouvoir et qu’un parti [9] domine la scène politique depuis l’indépendance. Quant à la République islamique du Pakistan, fondée sur des principes démocratiques mais aussi et avant toute autre chose sur une logique religieuse [10], elle exclut de facto de la plus haute charge de l’État tout non-musulman. Les autres pays majoritairement musulmans, comme la Malaisie ou l’Indonésie, ont des dispositions similaires. Cela étant, la question de l’ouverture ou non du pouvoir à un représentant d’une minorité se pose également dans d’autres pays dans le monde ; le cas des îles Fidji avec le renversement du gouvernement de Mahendra Chaudry, en mai 2000, en est l’un des exemples les plus récents.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les trois éléments fondamentaux d’une démocratie apparaissent comme les objectifs recherchés par le général Pervez Musharraf qui a pourtant pris la tête du Pakistan à l’issue d’un coup d’État, le 12 octobre 1999. Ne dit-il pas : « My vision of Pakistan is that of a modern, progressive, democratic and vibrant Muslim state. A state where people enjoy their full rights with equality, where justice rules and equitable distribution of resources are present » [11] ?
Le Pakistan a, rappelons-le, accédé à l’indépendance en 1947, à l’issue de la Partition qui, en 1947, a scindé l’Empire des Indes. Créé sur des fondements religieux, l’« État des purs », tel qu’il s’est lui-même désigné, a connu depuis sa création une succession de pouvoirs militaires et civils plus ou moins stables et démocratiques. Les bases religieuses qui sont à l’origine de sa création ne l’ont pas mis à l’abri des troubles ethniques et religieux puisque l’on a vu se succéder nombre de tensions opposant différents groupes ethniques, mais aussi religieux, et notamment musulmans chiites et sunnites. Le pays connaît également, conséquence du conflit qui a touché son voisin afghan depuis l’invasion soviétique et de l’islamisation encouragée par le général Zia ul Haq, une poussée des mouvements islamistes. Le général Musharraf, qui a pris le pouvoir pour remettre de l’ordre dans un pays qui demeurait très inégalitaire, se trouve ainsi dans une situation des plus délicates. Alors qu’il ne s’oppose absolument pas à l’islam et lui reconnaît un rôle déterminant, il est amené, un peu à la manière de Mahathir Mohamad en Malaisie (qui défend également l’islam dans son pays), à chercher à limiter l’influence que veulent jouer des mouvements radicaux.
Ce n’est donc pas l’islam en tant que tel qui est facteur de déstabilisation [12], mais les différents groupes radicaux proclamant leur volonté de revenir aux sources de la religion, à une sorte de pureté originelle... Est-il possible, pour ces mouvements, d’y parvenir sans aboutir à la mise en place de nouvelles dictatures, religieuses cette fois, pourchassant ceux qui ne se rallieraient pas à leurs idéaux, se donnant les droits de les éliminer en toute impunité, interdisant à quiconque de remettre en cause leurs dogmes, qui sont en parfaite contradiction avec les principes de la démocratie qui reconnaît à tout individu la liberté de pensée, d’expression, de vote, etc. ?
 
LES DIFFICULTÉS PARTICULIÈRES AUXQUELLES SONT CONFRONTÉES LES DÉMOCRATIES ASIATIQUES
 
 
Les difficultés des pays asiatiques durant la guerre froide
Jusqu’à la fin du système bipolaire, la menace qui planait sur nombre de pays d’Asie était le spectre d’une prise du pouvoir par les communistes à l’image de la Chine, de la guerre de Corée, de la guerre du Viêtnam puis, plus tardivement, du Cambodge. Elle permettait à des dirigeants de pays dits démocratiques de mettre en œuvre des lois d’exception et de priver ainsi leurs concitoyens d’une partie de leurs libertés, remettant ainsi en cause le caractère démocratique de leurs propres régimes. La question de l’adéquation entre la fin (la protection de la démocratie) et les moyens (les procédés utilisés) se posa alors et renvoya, une fois encore, aux interrogations formulées par certains dirigeants asiatiques.
De la fin des années 1940 au début des années 1990, la logique du système bipolaire a justifié, au nom de priorités stratégiques propres à chacun des deux grands, la mise en place ou le soutien de régimes peu démocratiques, le déclenchement ou l’arrêt de conflits. À cette logique d’ordre politique, s’en ajoutait une d’ordre économique ainsi que la recherche de leurs identités.
La guerre de Corée fut le premier conflit de l’après-guerre mené par le camp occidental contre un régime communiste qui souhaitait étendre sa domination sur un pays démocratique. Pourtant, de démocratique, le régime sud-coréen, à l’époque dirigé par Syngman Rhee, n’en avait que le nom. Le conflit s’arrêta en juillet 1953 sur un simple accord d’armistice. En l’absence d’un traité de paix entre les deux belligérants, c’est donc un état de guerre qui perdure dans la péninsule Coréenne, avec ses répercussions en matière de politique intérieure et extérieure, notamment le maintien de forces américaines en Corée du Sud.
Après l’épisode coréen, les crises opposant la Chine à Taiwan, la guerre du Viêtnam, l’existence de différents mouvements de guérilla ont entretenu la « menace communiste » pendant plus de vingt ans en Asie. Dans le cas du régime taiwanais, les États-Unis, qui avaient aidé au repli des forces nationalistes après la victoire des forces communistes à l’automne 1949, ont apporté un soutien déterminant au régime de Chiang Kai-shek dans lequel ils ont d’ailleurs reconnu le seul gouvernement légal chinois jusqu’en 1978. De guerre de décolonisation de 1945 à 1954, le conflit vietnamien devait se transformer, selon les Américains, en « croisade » pour la sauvegarde de la démocratie. Cette politique allait permettre de tolérer les écarts de nombreux régimes dits démocratiques, alliés aux États-Unis, afin d’éviter que de nouveaux pays ne soient à leur tour menacés par l’expansion du communisme en Asie.
Plusieurs pays ont dû, à l’instar notamment de la Malaisie, des Philippines ou de l’Indonésie (plus particulièrement dans la partie occidentale de l’île de Timor), faire face à différents mouvements de guérilla contre lesquels ils ont lutté avec plus ou moins de succès et sans encourir les foudres de la communauté internationale. L’installation des Khmers rouges au Cambodge restera l’une des dernières attaques menée par des forces communistes contre un pays non communiste. Cette dernière guerre aura de nouvelles répercussions dans l’ensemble de la zone.
Ces crises diverses qui secouèrent la zone eurent d’importantes répercussions sur la situation politique tant qu’économique. Durant cette période, plusieurs dirigeants prirent conscience que cette situation, en freinant le développement économique, hypothéquait leur développement, mais aussi l’instauration d’une structure de coopération régionale permettant de réduire les risques de déstabilisation. Ils prirent également conscience que leur capacité à faire face aux sources potentielles de déstabilisation résulterait à la fois de leur adaptation à leur environnement et du niveau de développement auquel ils se seraient hissés.
La fin de la guerre froide et le changement de contexte stratégique
On constate depuis le début de la décennie 1990 un accroissement du nombre des difficultés pesant sur les démocraties asiatiques. Cette situation tient, pour une large part, aux modifications qui se sont opérées sur la scène internationale depuis la fin du système bipolaire, mais aussi à la dégradation de la situation intérieure dans nombre de ces pays. La fin de la guerre froide et la modification des règles internationales alliées à des phénomènes tels que la mondialisation, la multiplication des échanges et le développement des moyens de communication ont provoqué d’importants bouleversements, en Asie comme ailleurs.
Nombre de crises ont refait surface sur la scène régionale asiatique du fait de la disparition des règles qui prévalaient durant la guerre froide et de la mise en œuvre des stratégies d’alliances. Sur le plan interne, les différents États ont également dû faire face à des revendications accrues de la part de leur population. Il est à cet égard intéressant de souligner que c’est entre la fin des années 1980 et le tout début des années 1990 que certains régimes asiatiques, qui privilégiaient jusque-là des institutions autoritaires, commencent à se laisser infléchir par les revendications démocratiques.
La multiplication des scandales et la fragilisation de la plupart des régimes suite à la crise financière régionale de l’été 1997 ont, par la suite, contribué à accélérer le processus de revendication en faveur de davantage de démocratie qui s’exprimait déjà dès les années 1960 dans de nombreux pays d’Asie. C’est ainsi que les populations, principalement en Asie du Sud-Est, ont pressé leurs gouvernements d’adopter des réformes dans le domaine économique mais aussi, surtout, dans le domaine politique. Les manifestations en faveur de la reformasi ont ainsi pris de court par leur ampleur et leur durée les gouvernements malaisien et indonésien.
Parallèlement, Taiwan, dont le deuxième président, Chiang Ching-kuo, a aboli la loi martiale en 1987, autorisa le multipartisme en 1989. À compter de cette date, la démocratisation du régime s’est poursuivie à grands pas : en 1994, les premières élections multipartites des maires de Taipei et Kaohsiung eurent lieu au suffrage direct, la première élection présidentielle au suffrage universel direct se déroula en mars 1996, la seconde au mois de mars 2000 [13]. Le processus fut pratiquement identique en Corée du Sud. En décembre 1992, Kim Young-sam devint président, le premier président issu de la société civile depuis trente ans. Il fut remplacé cinq ans plus tard par un autre civil, Kim Dae-jung, ancien opposant au régime.
D’autres pays connaissent également une ouverture à la démocratie. C’est notamment le cas des petits royaumes du Bhoutan [14] et du Népal [15], ainsi que de la Mongolie [16]. Mais, a contrario, c’est à la même époque que le pouvoir militaire birman, qui avait renversé le gouvernement civil en 1988, refuse de reconnaître la validité des élections de 1990 [17].
Enfin, depuis la prise du pouvoir par Cory Aquino en 1986, les Philippines ont résisté aux tentatives de coup d’État qui avaient failli ébranler le pouvoir et semblent avoir définitivement choisi la démocratie. La transition entre la présidente et ses successeurs (Fidel Ramos en 1992, Joseph Estrada en 1998) n’a pas posé de problème. Il est par contre intéressant de souligner les conditions dans lesquelles les derniers présidents philippin, Joseph Estrada, et indonésien, Abdurrahman Wahid, désignés par les urnes, ont été remplacés en cours de mandat par leurs vice-présidentes respectives, Gloria Magacapal Arroyo en janvier 2001 et Megawati Sukarnoputri en juillet 2001, au motif de... protéger les institutions.
Les démocraties asiatiques face aux crises des années 1990
Parce que le contexte régional est plus tendu, en raison de la multiplication des crises économiques (problèmes d’exploitation des ressources énergétiques, halieutiques notamment), politiques et sécuritaires (problèmes posés par l’immigration illégale, les questions de terrorisme, etc.), la démocratie pourrait être quelque peu malmenée en Asie.
Les crises auxquelles sont confrontés les différents pays peuvent être rangées sous trois catégories principales : politiques, sécuritaires et socio-économiques.
Les crises politiques n’entravent pas, la plupart du temps, le processus démocratique. Bien au contraire, elles sont plutôt synonymes de pluralité politique et peuvent même parfois être considérées comme le signe de la bonne santé de la démocratie dans un pays et de la liberté d’expression qui y règne. Aucun pays dans le monde ne peut, et ce, quel que soit son régime, prétendre échapper aux « affaires » (corruptions, scandales, etc.). Par contre, le soin avec lequel les régimes tenteront de les étouffer et les méthodes employées pour ce faire donneront une idée de ses capacités à faire face à ce type de crise.
Les crises sécuritaires traduisent toute une gamme de problèmes et donnent lieu pour les gouvernements à des difficultés multiples. Certaines, telles les crises sécessionnistes qui secouent nombre de territoires de l’Asie du Sud jusqu’en Asie du Sud-Est, découlent le plus souvent de l’expression, par une minorité, d’un mécontentement se basant sur des spécificités qu’ils estiment non reconnues ou acceptées, ce qui les entraîne jusqu’à l’ultime mode d’expression que peut être le recours à la violence. Si ces crises peuvent avoir pour fondement l’absence de reconnaissance de certaines spécificités locales (ce qui peut être assimilé à une forme d’intolérance), ce principe s’oppose à celui de la cohésion nationale, à celui de l’idée de nation au sein de laquelle l’ensemble des individus disposent des mêmes droits (sans particularismes locaux), ce qui n’est absolument pas anti-démocratique, bien au contraire. Cette situation pose essentiellement la problématique des minorités musulmanes et de l’absence d’égalité entre les membres de l’Umma – la communauté des croyants – et les autres.
La crise sociale est, quant à elle, la plus dangereuse pour les jeunes sociétés démocratiques asiatiques. Elle porte en effet, en elle, les germes d’une déstabilisation de la société, voire de l’ensemble du pays en entraînant une masse importante de mécontents ayant perdu l’essentiel de leurs biens ou de leur confort matériel. N’ayant plus rien à perdre, ces individus sont susceptibles de suivre un dirigeant populiste et, donc, de porter au pouvoir un non-démocrate.
 
CAPACITÉS ET MOYENS MIS EN œUVRE POUR FAIRE FACE AUX CRISES
 
 
La multiplication des facteurs de crise suppose de développer des parades adaptées. Or, face à la multiplication des menaces et à leur diversité, il est parfois difficile de trouver aisément un éventail de réponses appropriées. Néanmoins, les démocraties sont parvenues à mettre en œuvre un arsenal de réponses, certes plus ou moins appropriées et d’une efficacité variable selon les régions, mais qui ont permis de maintenir les régimes démocratiques en place.
Les crises sécuritaires
Les crises les plus violentes restent celles d’ordre sécuritaire qui se manifestent dans le cadre des conflits interétatiques, des guerres civiles, des insurrections ou de problèmes ayant trait à la sécurité intérieure et à la sécurité civile. L’analyse de ces situations traversées par les démocraties asiatiques est plutôt rassurante quant à leurs capacités de résistance à ces troubles.
Ainsi, la situation de guerre larvée opposant l’Inde et le Pakistan depuis leur indépendance n’a pas fondamentalement remis en cause les principes démocratiques. L’Inde a, dans ce domaine, été davantage épargnée par les problèmes intérieurs que le Pakistan. La situation de tension qui oppose les États divisés, Chine-Taiwan d’une part, Corée du Sud-Corée du Nord de l’autre, n’a pas eu d’effets négatifs sur les deux régimes non communistes où la démocratie s’est enracinée. Les autres tensions interétatiques opposant des démocraties asiatiques résultant de revendications ou de contentieux territoriaux n’ont pas remis en cause leurs principes démocratiques.
Surtout, les conflits résultant de velléités sécessionnistes n’ont jamais remis en question les fondements démocratiques des pays dans lesquels ils s’exprimaient. Ainsi, les rébellions musulmanes de Mindanao n’ont pas remis en cause la démocratie philippine. Si le régime de Manille a fait appel aux forces armées et a pu être contraint de recourir à des méthodes violentes pour remédier à cette menace, l’existence de cette crise intérieure n’a jamais amené les autorités à remettre en cause leurs fondements constitutionnels. De même, en Indonésie, malgré les menaces d’éclatement du pays face aux différents courants centrifuges, les gouvernements n’ont pas envisagé de renoncer aux principes démocratiques (du moins, pas pour ce motif). Et que dire du Sri Lanka qui, en dépit des actions de la guérilla du LTTE (Tigres de libération de l’Eelam tamoul) et les offensives militaires, organise des élections régulièrement ? Face à la menace que représente les mouvements de rébellions ou terroristes, les démocraties asiatiques semblent donc pouvoir résister.
En conséquence, seules deux crises sécuritaires majeures semblent pouvoir être de nature à remettre en cause une démocratie établie dans un pays asiatique : le conflit interétatique aboutissant au renversement du régime démocratique et son remplacement par un régime autoritaire ou le coup d’État militaire. Cependant, concernant ce dernier cas de figure, les pressions exercées par la communauté internationale dans les domaines politique et économique (octroi d’aides remises en cause notamment) tendent à éviter le basculement de certains régimes vers des structures autoritaires.
Les crises économiques, financières et sociales
Les crises de nature économique, financière et sociale peuvent affecter gravement le fonctionnement des institutions et avoir de profondes répercussions sur la stabilité de l’État. Il suffit de voir les effets qu’a eu la crise économique au Japon, puis la crise financière qui a touché l’Asie orientale lors de l’été 1997 pour s’en assurer. Nous avons bel et bien constaté des manifestations, des revendications, voire des changements, à la tête d’institutions ou d’États comme en Indonésie, mais nous n’avons pas assisté à une remise en cause de la démocratie en tant que telle. C’est même plutôt vers davantage de démocratie que semblaient aller les espoirs de la majorité des manifestants, ainsi que vers une dénonciation de ce qu’en Indonésie et en Malaisie on dénomme sous le sigle de KKN (Korupsi, Kolusi, Nepotism), un ancien système et ses privilèges qui focalisaient la colère.
Le danger le plus grand réside dans la possibilité que certains individus ou groupes puissent exploiter le mécontentement populaire afin de s’emparer du pouvoir. L’une des parades des démocrates peut consister dans ce cas à devancer le souhait des masses en faisant voter la destitution du chef de l’État afin de le remplacer par son successeur légal afin de respecter les principes constitutionnels et donc... la démocratie, comme cela est survenu à Manille et à Jakarta.
Le problème serait tout autre (mais il ne s’est pas encore présenté) si la vindicte populaire se tournait non plus contre un dirigeant mais contre l’ensemble du gouvernement, voire de la classe politique. Aucune destitution constitutionnelle ne pourrait donner satisfaction aux foules en colère.
Les crises politiques
Les crises politiques peuvent être de nature et de gravité différentes. Elles peuvent avoir pour origine un coup d’État et posent alors le problème de l’attachement des forces de sécurité aux principes démocratiques ou, à tout le moins, au principe du respect des règles fondamentales de la Constitution. Pour y parer, hormis la menace d’une intervention extérieure ou d’une condamnation internationale, les démocraties ont mis en place tout un arsenal de moyens passant par la formation politique des dirigeants militaires, l’instauration d’un service national égalitaire, voire la multiplication des différentes forces de sécurité concurrentes. Enfin, tous les gouvernements disposent de services susceptibles de prévenir une action déstabilisatrice provenant des forces de l’ordre. Cet ensemble de moyens a, jusqu’à présent, protégé la plupart des démocraties asiatiques des tentatives de putsch militaire.
Dans le cadre d’une vacance du pouvoir (suite à un accident, une catastrophe, etc.), les démocraties asiatiques ne semblent pas devoir être remises en question puisque la mise en place des dispositions constitutionnelles permet de parer à cette éventualité. L’instabilité gouvernementale ne pose, là encore, aucun problème insurmontable puisqu’elle peut se traiter par les changements constitutionnels si nécessaire, mais elle est bien souvent signe d’un débat démocratique et se résout surtout par de nouvelles alliances politiques.
Il existe donc bien des moyens à la disposition des démocraties asiatiques pour se défendre face aux principales menaces qui pourraient peser sur leur stabilité.
 
PERSPECTIVES
 
 
En dépit de visions parfois divergentes entre les pays occidentaux et les pays asiatiques concernant la définition même de la démocratie et des conditions de mise en œuvre de ce concept, il apparaît clairement que la faculté de résistance aux crises des démocraties asiatiques dépend de quelques facteurs clés. La durée d’exercice du pouvoir démocratique joue un rôle déterminant. Il apparaît, en effet, que les pays pour lesquels l’exercice démocratique est devenu la règle de fonctionnement normale résistent beaucoup mieux aux déstabilisations.
Mais le niveau de développement économique auquel est parvenu telle ou telle démocratie demeure le facteur principal. C’est en effet la capacité des différents États à faire face aux difficultés économiques qui va ou non engendrer nombre de tensions internes comme externes. Une situation interne particulièrement dégradée ou inégale conduira certains groupes à des actes de violences divers. Vu sous cet angle, on comprend mieux pourquoi la Birmanie a connu un coup d’État militaire ou bien encore la chute du dernier régime civil pakistanais.
La bonne marche de la démocratie passe par le respect, par le gouvernement, des obligations de l’État. Dès lors que des carences importantes s’installent dans la durée (en termes de santé, de scolarisation, etc.), le mécontentement grandit. C’est dans ce type de circonstances que l’on assiste, à l’instar de ce qui s’est passé dans nombre de pays musulmans, à une substitution progressive des institutions par des organisations caritatives religieuses. Ces dernières tissent alors des réseaux palliant efficacement les déficiences des États ; particulièrement bien implantées au sein de la population (elles parviennent d’ailleurs rapidement à mettre en place un maillage serré qui leur permet d’asseoir, par la suite, leur contrôle des zones dans lesquelles elles sont implantées), elles sont rapidement perçues comme une alternative aux institutions en place. La bonne mise en œuvre de la démocratie passe donc par le développement continu, la scolarisation des jeunes, l’apprentissage des règles démocratiques et l’enrichissement personnel. C’est lorsque les gens pensent qu’ils n’ont rien à perdre qu’ils sont prêts à des actes désespérés. De fait, des États démocratiques comme le Japon, Singapour ou la Malaisie disposent d’une capacité de résistance beaucoup plus importante face aux crises en raison de leur niveau de développement (même si l’on assiste, là aussi, à certaines revendications).
Une des raisons fondamentales du maintien des démocraties en Asie tient également au fait que leurs dirigeants n’hésitent pas à avoir recours aux forces de l’ordre, parfois brutalement, pour défendre et maintenir la cohésion de l’État et garantir sa Constitution. Il y a là, probablement, une différence entre les valeurs asiatiques et les valeurs occidentales.
Mais il est également indispensable que, dans ces jeunes démocraties d’Asie, les principaux acteurs (dirigeants politiques, militaires, policiers, hauts fonctionnaires, entrepreneurs) aient perçu que l’intérêt général, une fois établie la démocratie, était de la vivifier. Ainsi, étant d’accord pour préserver les fondements démocratiques du pays en cas de crise, ces derniers se trouvent préservés car aucun des acteurs majeurs susceptibles de les remettre en cause n’envisage de le faire. C’est probablement la meilleure des garanties que puissent trouver les régimes démocratiques asiatiques, et cette idée semble faire son chemin. Ainsi, depuis dix ans, hormis le Pakistan, aucune des démocraties asiatiques ne s’est réellement vue remise en cause. Bien au contraire, ce sont plutôt les régimes totalitaires qui font de plus en plus l’objet de critiques et ont dû faire face à des mécontentements croissants de la part de leur population...
Aujourd’hui, seuls deux phénomènes semblent encore s’opposer aux principes démocratiques : les fondements politiques du communisme, détournés de leur sens initial comme en République populaire de Chine ou en Corée du Nord, et le cas du Viêtnam, voire du Laos, où un parti a accaparé le pouvoir et certains principes religieux qui, pour des raisons internes, entraînent des conflits intercommunautaires au sein desquels au moins l’un des acteurs souhaite établir un pouvoir non démocratique puisque basé sur une distinction entre les populations (en l’occurrence, l’appartenance à une religion). Néanmoins, les démocraties asiatiques ont globalement su faire preuve de capacités d’adaptation face aux crises survenues dans le courant de la décennie 1990, ce qui augure une certaine stabilité des institutions démocratiques pour l’avenir.
À moins que les nouvelles générations ne soient tentées par des expériences politiques contraires, la pérennité des démocraties en Asie semble assurée. On ne peut exclure, cependant, le risque de voir certains groupes radicaux profiter du système démocratique et en jouer le jeu le temps de parvenir au pouvoir dans l’intention de s’assurer un contrôle absolu sur l’ensemble d’un pays.
 
NOTES
 
[1] Nous englobons dans le cadre de cette étude les pays faisant partie du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka, Népal, Bhoutan, Maldives), l’Asie du Nord-Est (Mongolie, République populaire de Chine – y compris Hong Kong et Macao –, Taiwan, Corée du Sud, Corée du Nord, Japon) et les désormais 11 pays d’Asie du Sud-Est (Birmanie, Thaïlande, Viêtnam, Laos, Cambodge, Malaisie, Singapour, Brunei, Philippines, Indonésie et Timor Loro Sae). Nous n’avons pas englobé les pays d’Asie intérieure (Afghanistan et les cinq républiques d’Asie centrale) ni ceux du Pacifique que nous rattachons, pour leur part, au monde océanien.
[2] Le sultanat de Brunei, qui accède à l’indépendance en 1984 seulement, est le dernier des pays de la zone Asie, Océanie exceptée, à s’affranchir de ses relations avec son ancienne puissance tutélaire. Le cas du Timor oriental ou Timor Loro Sae est encore un cas particulier. Sa population a décidé en août 1999 de ne pas demeurer au sein de la République indonésienne qui en avait fait une de ses provinces en 1976. Il est, depuis, placé sous mandat de l’Organisation des Nations unies (ONU) jusqu’à son accession à l’indépendance, qui devrait vraisemblablement avoir lieu au début de l’année 2002.
[3] Trois pays qui accèdent à la démocratie dans les années 1970, suite à la proclamation de la République en Grèce, en 1973, et au renversement des régimes totalitaires en Espagne et au Portugal, en 1975.
[4] La question, beaucoup plus large qu’il n’y paraît de prime abord, a fait l’objet d’âpres débats entre spécialistes. Signalons, parmi les colloques organisés sur ce thème, celui qui s’est tenu à Copenhague, au Nordic Institute of Asian Studies, en octobre 1995. Deux points ont tout particulièrement retenu l’attention des intervenants : la définition du concept de démocratie et les divergences entre l’Asie et l’Occident. Un autre colloque était également organisé du 14 au 15 septembre 2001 à Stockholm sur le thème « Transnational Activism and Problems of Democracy in East and Southeast Asia ».
[5] Mahathir bin Mohamad, Shintaro Ishihara, The Voice of Asia. Two Leaders Discuss the Coming Century, Kodansha, Kinokuniya, 1995.
[6] Voir Selected Speeches by Dr Mahathir Mohamad, Prime Minister of Malaysia, edited by Hashim Makaruddin, Pelanduk Publications, for the Prime Minister’s Office of Malaysia, 2000.
[7] Voir notamment Max-Jean Zins, Inde, un destin démocratique, Paris, La Documentation française, coll. « Asie plurielle », 1999.
[8] La discrimination positive vise, depuis l’accession de la Malaisie à l’indépendance, en 1957, à assurer à l’ethnie malaise le contrôle de la vie politique et une amélioration de sa situation économique moins bonne que celle, notamment, de l’ethnie chinoise. Sa mise en œuvre est notamment passée par l’adoption de plusieurs mesures législatives privilégiant les Malais par rapport aux autres ethnies.
[9] Au lieu d’une coalition de partis comme c’est le cas en Malaisie.
[10] Est-il besoin de rappeler que la Partition, qui a donné le jour au Pakistan, visait à créer un État pour les musulmans des Indes ?
[11] « Exclusive Interview with Gen. Pervez Musharraf Chief Executive of the Islamic Republic of Pakistan », in Asian Defence and Diplomacy, janvier 2001, p. 20.
[12] Voir également, à ce propos, notre conférence au Centre des hautes études de l’armement du 18 janvier 2001, « L’islam facteur de cohésion ou de déstabilisation en Asie ».
[13] Taiwan a même vu au mois de juillet 2001 l’apparition d’un nouveau parti, le Taiwan Solidarity Union, sur la scène intérieure. La mainmise du Kuomintang, qui dirigeait le régime nationaliste depuis sa création jusqu’à la prise du pouvoir par Chen Shui-bian, apparaît donc de plus en plus remise en cause.
[14] Où une campagne en faveur de la démocratie voit le jour en 1990. Le gouvernement y voit une action concertée d’une partie de la population népalaise qu’il encourage alors à quitter le pays. En juillet 1998, le roi Jigme Singye Wangchuck introduit des mesures destinées à réduire son implication directe dans le gouvernement. En 1999, il accepte d’assouplir quelque peu sa position concernant les réfugiés bhoutanais d’origine népalaise présents sur son sol depuis 1990.
[15] Où le roi Birendra promulgue en 1990 une nouvelle Constitution introduisant le multipartisme. Le pays a été touché par une très forte instabilité politique.
[16] Qui connaît une révolution démocratique en 1989 et où le multipartisme est introduit en 1990. Une nouvelle Constitution est promulguée en 1992.
[17] Les élections organisées par la junte, au mois de mai 1990, donnent au principal parti d’opposition, la National League for Democracy, la majorité des suffrages.
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