2001
Revue internationale et stratégique
Dossier
« Confiance et prudence » : la diplomatie chinoise au début du XXIe siècle
Yang Baoyun
Faculté des relations internationales, Université de Beijing.
En 1978, la Chine établissait des relations diplomatiques avec les États-Unis. Depuis, l’évolution de la situation internationale, l’approfondissement des réformes et l’ouverture de la société chinoise semblent déterminer une recomposition des relations diplomatiques entre Pékin et le reste du monde. Sur la scène internationale, la Chine de l’après-guerre froide se positionne à la fois en fonction de nécessités internes liées à son propre développement économique et du rôle qu’il lui incombe d’assumer au triple titre d’acteur international influent, de puissance régionale incontournable et de chef de file d’un nouvel ordre mondial, respectueux de la sécurité économique et de la souveraineté nationale. Au début du XXIe siècle, la diplomatie chinoise propose une configuration du monde originale.
« Confidence and caution » : Chinese diplomacy at the outbreak of the XXIst century
In 1978, China established diplomatic relations with the United States. Since then, the changes on the international scene, the development of reforms and the opening of Chinese society seem to aim at the recombining of diplomatic relations shared by Pekin with the rest of the world. On the international scene, post cold war China places itself both with regard to the internal necessities linked to its own economic development and to the role it takes upon itself in its triple capacity of influent international actor, unavoidable regional strength and leading power of the new world order, respectful of economic security and national sovereignty. At the start of the XXIst century, Chinese diplomacy suggests an original outline of the world.
Alors que nous venons d’entrer dans le XXIe siècle, la Chine tend à occuper une position de plus en plus remarquable dans les affaires internationales.
Depuis la fin du siècle dernier, la Chine a obtenu d’excellents résultats dans divers domaines. Elle a tout d’abord su résister avec succès aux effets de la crise financière asiatique, qui a causé tant de difficultés aux pays de la région, en gardant un taux de croissance économique relativement élevé. Elle est ensuite sur le point d’entrer dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
[1], et fut retenue par le Comité international olympique pour accueillir les Jeux olympiques en 2008. Toutes ces avancées ont redonné confiance au peuple et au gouvernement chinois dans leurs capacités au niveau international. Nous avons donc de bonnes raisons de penser que dans les années à venir la Chine prendra de plus en plus d’initiatives et adoptera une attitude plus active dans les affaires mondiales et dans ses relations extérieures.
Mais le peuple et le gouvernement chinois ont, dans le même temps, pris clairement conscience que la Chine reste un pays en voie de développement et une puissance régionale qui doit faire face à de nombreux défis et saisir la moindre opportunité. Beijing préfère donc persister dans sa politique, qui consiste à « cacher ses talents et attendre son heure » ; autrement dit, rester prudent dans les affaires diplomatiques.
Nous pensons également que, dans la situation mondiale actuelle, des facteurs aussi essentiels que l’établissement d’un nouvel ordre international, la mondialisation et ses effets sans précédent sur les relations internationales, la stabilité et la sécurité de la Chine elle-même, constituent le noyau de la stratégie diplomatique du gouvernement chinois. Or, chacune de ces difficultés se reflète dans la présence de la Chine sur la scène internationale.
LES RELATIONS ENTRE LA CHINE ET LES GRANDES PUISSANCES DU MONDE : UNE IMPORTANCE PRIMORDIALE
Les relations entre la Chine et les grandes puissances telles que les États-Unis, la Russie, le Japon et les pays européens, jouent un rôle primordial dans la diplomatie chinoise. Or ces relations évoluent en fonction de la conjoncture internationale et produisent de surcroît des effets qui s’influencent mutuellement.
Relations sino-américaines
Depuis l’établissement de relations diplomatiques, en 1978, entre la Chine et les États-Unis, les relations entre les deux pays ont connu, en particulier depuis la fin de la guerre froide, de nombreuses vicissitudes, qui témoignent de leur extrême complexité.
Pour le gouvernement chinois, les relations avec les États-Unis ont toujours été considérées comme les plus importantes. On peut ainsi mesurer leur impact, direct ou indirect, dans les relations extérieures de la Chine. Depuis des décennies, les dirigeants chinois se sont efforcés de maintenir des relations normales entre les deux pays. Cependant, la politique américaine à l’égard de la Chine a toujours été très instable, voire changeante, au fur et à mesure de l’évolution de la situation internationale et de la situation intérieure dans chacun des deux pays. Il est certain que l’approfondissement de la réforme et de l’ouverture signifie que la montée en puissance de la Chine va se poursuivre. Cette dernière sera donc amenée à jouer un rôle normal en Asie de l’Est et dans le reste du monde. Mais les États-Unis ne savent pas comment faire face à cette montée en puissance de la Chine, et cherchent à empêcher une extension de l’influence chinoise dans des sphères tant mondiale que régionale.
En particulier avec l’arrivée au pouvoir de l’administration Bush, au début de l’année 2001, les relations entre la Chine et les États-Unis ont connu une série de difficultés et même des crises dangereuses.
Depuis longtemps, plusieurs problèmes ont empêché une amélioration des relations bilatérales entre la Chine et les États-Unis. À présent, les questions des ventes d’armes à Taiwan, des droits de l’homme, de la prolifération de missiles et du déséquilibre des échanges commerciaux continuent de causer du tort à la relation sino-américaine. De plus, le 1er avril 2001, la collision entre un avion de combat de l’armée chinoise et un avion espion américain a encore affecté cette relation, illustrant par là même la défiance entre ces deux pays.
Mais, malgré ces difficultés, les relations sino-américaines sont trop imbriquées pour en revenir à une situation du type de la guerre froide.
Pour la partie chinoise, les États-Unis demeurent la seule superpuissance dans le monde de l’après-guerre froide. Leur rôle dans les domaines économique, commercial et international n’est absolument pas négligeable. Or le marché, la technologie et l’investissement sont autant d’éléments indispensables au développement de l’économie chinoise. Garder des relations normales – si elles ne sont pas excellentes – avec les États-Unis correspond donc aux intérêts nationaux chinois. De leur côté, les États-Unis ne peuvent pas non plus nier la réalité ni la rapidité du développement de la Chine. D’une part, les relations avec la Chine ont une grande portée, non seulement sur la sécurité de la région de l’Asie de l’Est, mais aussi sur la stabilité du monde dans son entier. D’autre part, la potentialité du grand marché chinois attire l’attention du milieu d’affaires américain. Ainsi, au cours des cinq premiers mois de l’année 2001, le volume d’échange commercial sino-américain a atteint 30,4 milliards de dollars, les exportations américaines vers la Chine ont augmenté de 20,9 %, et l’investissement direct américain s’est élevé à 30 milliards de dollars
[2]. L’adhésion de la Chine à l’OMC révélera des perspectives encore plus attrayantes aux entrepreneurs et aux hommes d’affaires américains, qui sont relativement influents au sein de la nouvelle administration républicaine. Actuellement, l’économie américaine est entrée dans une phase de récession assez importante ; le marché chinois est donc devenu encore plus indispensable pour les États-Unis. Tout cela prouve qu’un règlement convenable des différends et un développement significatif des relations bilatérales bénéficieront aux deux parties.
C’est justement pour toutes ces raisons que les deux pays espèrent tourner au plus vite la page de l’« accident de l’avion espion » et cherchent à stabiliser leurs relations.
Après avoir traversé une période difficile, l’administration Bush est devenue plus raisonnable et pragmatique. Elle a ainsi choisi Clark Randt, ancien camarade de classe du président et avocat d’affaires sinisant très impliqué dans des contrats sino-américains, comme nouvel ambassadeur des États-Unis à Pékin, afin de mieux représenter les intérêts des nombreuses grandes entreprises américaines implantées sur le territoire chinois. Par ailleurs, pendant sa visite en Chine, les 28 et 29 juillet 2001, Colin Powell, secrétaire d’État de l’administration Bush, a répété à plusieurs reprises que les États-Unis ne cherchaient pas l’affrontement avec la Chine, et qu’ils espéraient établir des relations positives et constructives avec ce pays « important et fort ». Il a également reconnu que la Chine, qui bénéficie d’une politique de réforme et d’ouverture, se trouvait actuellement dans une période de transition.
La visite du secrétaire d’État Colin Powell marque la reprise d’un dialogue et de contacts de haut niveau entre les deux pays. Une négociation sino-américaine sur la non-prolifération des techniques de missile et une rencontre pour éviter des incidents maritimes et aériens ont eu lieu durant l’été 2001. Sur l’invitation du secrétaire d’État américain, Tang Jiaxuan, le ministre chinois des Affaires étrangères devait effectuer, du 20 au 21 septembre 2001, une visite officielle aux États-Unis pour discuter des relations entre les deux pays et, surtout, pour mieux préparer la visite du président Bush dans la capitale chinoise après sa participation au sommet informel de l’APEC (Coopération économique en Asie-Pacifique) qui devait se tenir à Shanghai au mois d’octobre 2001.
Le 11 septembre 2001, New York et Washington ont été victimes d’attentats terroristes qui ont causé des pertes humaines et matérielles très importantes. La Chine fait partie des pays qui ont exprimé, les premiers, aux dirigeants américains leur condamnation des attaques terroristes, leur sympathie au peuple américain et leurs condoléances aux familles des victimes. Les échanges téléphoniques entre les présidents chinois et américain ont montré l’importance de la coopération internationale entre les deux pays. Ces faits témoignent aussi que les relations sino-américaines sont graduellement en train de se normaliser.
Force est de constater, cependant, que des divergences profondes continuent d’exister entre les deux pays et que les relations sino-américaines connaîtront sans doute de nouvelles vicissitudes. Mais les intérêts communs aideront les dirigeants des deux pays à surmonter ces difficultés.
Relations sino-russes
Les relations entre la Chine et la Russie sont devenues de plus en plus importantes pour la diplomatie chinoise. Sous la présidence de Boris Eltsine, les dirigeants des deux pays ont établi des relations de partenariat et de coordination stratégique. Ces relations stratégiques ont été confirmées et légitimées par un traité sino-russe, et le 16 juillet 2001, en visite officielle à Moscou, le président chinois Jiang Zemin signait avec son homologue russe, le président Vladimir Poutine, le « Traité sino-russe d’amitié, de coopération et de bon voisinage ». Il s’agit là d’un jalon important dans l’histoire des relations sino-russes. Ce traité résume à lui seul les directives et les principes fondamentaux de ces relations, en vue d’un développement à long terme de relations de bon voisinage et d’une coopération à avantages réciproques entre la Chine et la Russie, sur la base du non-alignement, de la non-agression et dans le respect du principe de ne pas menacer un pays tiers. Ce traité a arrêté, dans un cadre légal, le principe de coexistence pacifique entre les deux peuples, de génération en génération, et celui de ne jamais prendre l’autre pour ennemi, ainsi que la ferme volonté des deux parties de se comporter à jamais en bons voisins, en bons amis et en bons partenaires.
Guidées par ces principes, les relations sino-russes ont accompli de grands progrès. Les deux pays ont renforcé leur coopération à avantages réciproques dans divers domaines, politique, économique et commercial ; et même la coopération militaire a connu des développements très rapides. Dans cette nouvelle perspective, la Chine et la Russie cherchent à renforcer leur confiance mutuelle sur le plan politique, à consolider la base d’une amitié et d’un bon voisinage, à élargir une coopération mutuellement bénéfique, à accroître la force motrice du développement commun des deux pays, à renforcer les échanges culturels pour resserrer les liens d’amitié entre leurs deux peuples, à intensifier leur collaboration stratégique et à œuvrer ensemble pour la paix et le développement international. En tant que grands pays dotés d’une influence majeure dans le monde et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations unies), la Chine et la Russie assument aussi la mission de maintenir la paix et la stabilité mondiales.
Pour promouvoir les relations entre les deux pays, un mécanisme de rencontres régulières entre chefs d’État et de gouvernement a été établi. Les échanges et les visites à tous les échelons se sont aussi multipliés, et les deux parties n’ont pas non plus hésité à se soutenir mutuellement dans le but de sauvegarder leur souveraineté nationale, leur indépendance et leur intégrité territoriale. Elles ont aussi réussi, pour l’essentiel, à résoudre leurs différends frontaliers légués par l’histoire, et les échanges et la coopération se sont étendus aux domaines économique et commercial. Enfin, la Chine et la Russie ont recouru à une coordination stratégique efficace dans la promotion de la multipolarisation mondiale, le maintien de la paix et de la stabilité globale.
Pour concrétiser ce traité, le Premier ministre chinois, Zhu Rongji, a effectué au cours de l’année 2001 une visite officielle à Moscou. Sur le plan international, il a pu discuter avec le président Poutine du traité antimissile ABM (Anti-Ballistic Missile) de 1972, que les États-Unis souhaitent abandonner afin de mener à bien leur propre projet de déploiement d’un bouclier antimissile (NMD). Les deux dirigeants sont opposés à l’abandon du traité ABM, qu’ils considèrent comme la « pierre angulaire » du système de stabilité stratégique.
Sur le plan économique, les deux pays ont décidé d’accroître les échanges entre eux. En 2000, le volume commercial entre les deux pays a dépassé 8 milliards de dollars, alors que ce chiffre était de 4,6 milliards de dollars au premier semestre de l’année 2001. Au cours de la 4e rencontre des chefs de gouvernement chinois et russe, les deux dirigeants devraient explorer les moyens susceptibles de renforcer la coopération économique bilatérale et d’accroître leurs échanges dans les secteurs, entre autres, de l’éducation, de la culture, du sport, de la santé, de la science et de la technologie, et de la protection de l’environnement.
Pendant cette visite, les représentants des deux gouvernements ont signé une série d’accords commerciaux. La partie chinoise devrait acheter cinq avions civils russes Tu-204, tandis que la compagnie pétrolière russe et un groupe énergétique chinois ont signé un accord sur la construction d’un oléoduc reliant la région sibérienne d’Irkoutsk à la région du nord-est chinois de Dalian. Dans le même temps, les deux pays ont aussi décidé d’élargir leurs échanges commerciaux au domaine du transit ferroviaire
[3].
Mais depuis la normalisation des rapports entre la Chine et la Russie, il semble que leurs relations aient connu un développement plus évident dans les domaines politique et stratégique que dans les domaines économique et commercial. Sur le plan géopolitique, ces liens ont aussi permis de contrebalancer les échanges Chine/États-Unis. Cependant, certains problèmes tels que l’immigration chinoise dans les régions d’Extrême-Orient de la Russie et la définition d’une partie de la frontière entre les deux pays risquent de contrarier le développement normal de ces relations. Les deux pays doivent donc continuer de faire des efforts pour éliminer ces obstacles potentiels, afin que les relations sino-russes soient encore plus étroites.
Relations sino-japonaises
Le gouvernement chinois porte depuis longtemps une attention particulière à ses relations avec le Japon. Il espère ainsi, d’une part, établir et conserver, de génération en génération, des relations de bon voisinage avec ce pays qui a causé tant de douleurs au peuple chinois entre la fin du XIXe siècle et la fin de la Seconde Guerre mondiale ; et, d’autre part, accélérer le développement économique du pays grâce à des aides techniques et financières en provenance du Japon.
Depuis l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays, force est de constater que la coopération sino-japonaise a connu un essor sans précédent. À présent, le Japon est devenu le plus grand partenaire de la Chine en termes d’échanges commerciaux. Il fait également partie des plus importants investisseurs étrangers en Chine. Selon les statistiques de la douane chinoise, le montant des échanges sino-japonais atteignait, en 2000, 83,1 milliards de dollars. Sur les quatre premiers mois de l’année 2001, ce chiffre s’élevait à 28,6 milliards de dollars, tandis que les investissements japonais en Chine connaissaient une croissance extraordinaire. En 1972, le gouvernement japonais avait fourni à la Chine quatre crédits, d’un montant total de 2 660 milliards de yens. Et, en 1981, la partie chinoise recevait 120 milliards de yens comme aides gratuites de la part du Japon. Les crédits et les aides japonais ont ainsi beaucoup contribué au développement de l’énergie, de la protection de l’environnement, de la communication, de l’éducation, de la médecine, de l’agriculture, etc.
[4]
Mais les relations sino-japonaises se sont détériorées ces derniers temps, en partie à cause de l’apparition d’une tendance conservatrice dans la vie politique japonaise. Tout d’abord, les conservateurs japonais ne reconnaissent pas les crimes de guerre que les militaires japonais ont commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont également cherché, à plusieurs reprises, à modifier le contenu des manuels d’histoire japonais pour en effacer les faits réels. Cette année, le gouvernement japonais a donné le feu vert à l’apparition et à l’usage, dans les écoles, de manuels de ce type, et ce, en dépit des protestations des gouvernements et des peuples de pays victimes de l’invasion et de l’occupation japonaises pendant la guerre. Or, si la dernière guerre d’agression menée par les militaires japonais est déniée, et que l’histoire est dénaturée, les sentiments du peuple chinois, ainsi que ceux des peuples d’autres pays asiatiques, seront inévitablement blessés.
Or le gouvernement et les hommes politiques japonais ont, eux aussi, participé à cette tendance de droite. Le 13 août 2001, soit deux jours avant la date historique du 15 août, qui marque la défaite du Japon et sa reddition inconditionnelle lors de la Seconde Guerre mondiale, Junichiro Koizumi, en sa qualité de chef du gouvernement japonais, s’est rendu au temple de Yasukuni où sont gardées les tablettes commémoratives de grands criminels de guerre. L’attitude adoptée à l’égard du temple Yasukuni a toujours été un test, pour voir si le gouvernement japonais pouvait ou non traiter correctement son histoire militaire contemporaine. Or le comportement du Japon face à ses guerres d’agression influence de manière considérable le fondement politique de ses relations avec la Chine.
Les conservateurs japonais cherchent aussi à réviser la Constitution pacifiste du Japon, pour qu’il se dote d’une véritable armée au lieu de ses forces actuelles d’autodéfense, et qu’il puisse prendre davantage d’initiatives en Asie-Pacifique. Sa coopération en matière de sécurité maritime avec la Corée du Sud, les pays de l’ANSEA (Association des nations du Sud-Est asiatique) et l’Inde révèle les efforts du Japon en vue de jouer un rôle accru dans la région Asie-Pacifique.
Il faut encore indiquer que les relations entre la Chine et le Japon sont liées à celles de la Chine et des États-Unis. À titre d’exemple, le traité nippo-américain de coopération en matière de défense a été renforcé en 1996, après un accroissement des tensions entre les deux rives du détroit de Taiwan et face à la montée en puissance de la Chine. Les États-Unis ont par ailleurs confirmé que le Japon verrait son rôle et ses responsabilités renforcés dans la région Pacifique, sans pour autant qu’il puisse s’émanciper de son allié nord-américain en ce qui concerne sa sécurité. Nous avons donc de bonnes raisons de penser que, avec le développement de l’économie chinoise, l’importance des aides financières et des techniques en provenance du Japon devrait diminuer. La Chine pourrait alors être plus libre dans sa politique japonaise, politique qui serait mise plus étroitement en liaison avec les relations sino-américaines.
Relations sino-européennes
Les relations entre la Chine et l’Europe occupent une place importante dans la balance diplomatique chinoise. Actuellement, sous le double effet de la mondialisation et de la régionalisation, le gouvernement chinois s’attache non seulement à renforcer ses relations avec tous les pays européens, mais il veille aussi à entretenir des liens plus étroits avec l’Union européenne (UE).
Cette politique chinoise s’appuie avant tout sur la position et le rôle croissants de l’UE sur la scène internationale. Depuis longtemps, la Chine encourage le processus d’unification de l’Europe ; elle a su, en outre, garder des liens étroits avec la Communauté européenne. La Chine estime toujours que la multipolarisation et la globalisation économique se développent rapidement, et que l’établissement et le développement d’un partenariat constructif entre la Chine et l’UE, sur la base du respect mutuel, de l’égalité, des avantages réciproques et de la recherche de points communs par-delà les divergences, répondent à long terme aux intérêts communs des deux parties, et contribueront à promouvoir la paix et la stabilité dans le monde.
Récemment, la Commission européenne a publié un rapport évaluant, depuis 1998, l’état des relations de l’UE avec la Chine et leur coopération dans différents domaines. Le rapport formulait également une série de propositions. La Chine l’a favorablement accueilli ; depuis quelques années, grâce aux efforts déployés de part et d’autre, les relations entre la Chine et l’UE tendent à se développer. Les dirigeants des deux parties ont eu des contacts réguliers, et le dialogue politique et les consultations ont été fructueux. La coopération bilatérale dans les domaines économique, commercial, scientifique et technologique, comme dans d’autres domaines, s’est, elle aussi, encore développée.
Au début du mois de septembre 2001, le Premier ministre chinois Zhu Rongji s’est déplacé à Bruxelles pour participer au quatrième sommet Union européenne - Chine. À cette occasion, le gouvernement chinois a fait valoir son intention de renforcer la coopération, aussi bien dans le domaine commercial que dans celui de l’environnement. Il se satisfait, en outre, du fait que l’Union européenne souhaite, au plus vite, voir la Chine entrer dans l’OMC.
Sur le plan politique, bien que l’Europe insiste aussi sur l’importance des droits de l’homme, il semble qu’elle cherche plutôt la négociation que l’hostilité. La Chine apprécie cette attitude ; c’est pourquoi les deux parties s’accordent à « continuer leur dialogue » en la matière, sur la « base d’un respect et d’une égalité mutuels ». Dans le même temps, l’Union européenne a réitéré son soutien à la politique chinoise de lutte contre la criminalité et la corruption, félicitant Beijing des résultats obtenus dans la lutte contre l’immigration illégale. Les deux parties ont également décidé d’institutionnaliser la pratique d’un sommet annuel, et de renforcer les contacts entre leurs administrations en charge des Affaires étrangères
[5].
En tant que membre de l’ASEM (Rencontre Europe-Asie), née en 1996, la Chine cherche aussi à renforcer la coopération entre l’Europe et l’Asie. Elle espère ainsi profiter de ce nouveau système de coopération internationale pour échanger davantage de points de vue avec les membres de cette organisation, sur la coopération régionale, les problèmes régionaux et les questions internationales importantes.
Si l’on regarde de plus près la nature des relations sino-européennes, force est de constater que celles-ci connaissent un plus grand succès dans le domaine économique que dans le domaine politique. Certains experts estiment enfin que la Chine continue actuellement de renforcer ses liens avec les pays européens pour mieux résister à l’attitude de confrontation adoptée par les États-Unis à son égard. Ils ont aussi leurs raisons. La Chine cherche notamment, avec les pays européens, à renforcer l’opposition au projet américain de bouclier de défense antimissile, dans le but de préserver la stabilité internationale.
LES RELATIONS ENTRE LA CHINE ET LES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENT : UNE BASE FONDAMENTALE
Pour avoir partagé le même sort dans le passé et poursuivre actuellement des objectifs communs, la Chine accorde une très grande importance à l’établissement et au renforcement de relations avec les autres pays en voie de développement. Mais d’autres considérations plus géopolitiques l’obligent également à privilégier ses relations avec les pays voisins.
Les relations avec les pays voisins
« Stabiliser ses relations avec les pays voisins » a toujours été, continue d’être et restera l’un des principes fondamentaux de la diplomatie chinoise. La Chine partage des frontières avec de nombreux pays. Or certains « points chauds » du monde se situent actuellement dans des pays ou régions proches de la Chine, tels que la péninsule Coréenne, le sous-continent indien, l’Afghanistan ou les républiques d’Asie centrale. Dans le même temps, les zones alentour sont touchées par certains phénomènes néfastes, qui menacent la stabilité de ces régions, tels que les activités de piraterie, le trafic de drogue, le sabotage des séparatistes et des extrémistes religieux, etc. Tous ces éléments constituent autant de défis à la stabilité, à la sécurité et au développement de la Chine. C’est pourquoi le gouvernement de Beijing a pris des mesures importantes pour établir et conserver de bonnes et stables relations avec tous ses voisins.
Le gouvernement chinois estime que la question coréenne a été un « point chaud » en Asie du Nord-Est, qui a aussi touché à la sécurité internationale. Il souhaite que les États-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC) puissent normaliser leurs relations diplomatiques aussitôt que possible, que les relations entre le Nord et le Sud de la péninsule Coréenne puissent se maintenir dans cet état de détente, et que les relations entre le Japon et la RPDC se normaliseront également. L’apaisement des tensions entre ces différents pays représente aussi un élément favorable pour la Chine elle-même.
Ce sont les raisons pour lesquelles la Chine continue de chercher à jouer un rôle actif dans les affaires de la péninsule Coréenne. Beijing est content de voir que les deux Corées réussissent à négocier de façon pacifique leur réunification autonome. Au début du mois de septembre 2000, le président chinois, Jiang Zemin, a effectué une visite officielle de trois jours en RPDC. Il s’agissait de la première visite d’un chef d’État chinois en Corée du Nord depuis l’établissement de relations diplomatiques entre Pékin et Séoul en 1992. Le président chinois a apporté son soutien à son homologue nord-coréen, notamment sur les questions liées au dialogue entre le Nord et le Sud et sur la réunification autonome des deux parties de la Péninsule.
Dans la période qui a précédé cette visite, une série de gestes significatifs ont particulièrement retenu notre attention. À la veille de l’arrivée du président chinois, le gouvernement nord-coréen a tout d’abord proposé aux autorités sud-coréennes de relancer les négociations entre les deux Corées, interrompues il y a quelques mois. Par ailleurs, selon les médias internationaux, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il a de nouveau confirmé, au cours de sa rencontre avec le président chinois, sa promesse de geler tout tir d’engins de longue portée jusqu’en 2003
[6]. Nous savons que les essais balistiques constituent un épouvantail brandi par Washington pour justifier son projet de bouclier antimissile (NMD) auquel s’oppose la Chine. Il est donc permis de penser que la visite du président Jiang en Corée du Nord a non seulement permis de développer les relations entre les deux pays, mais a également montré la contribution que la Chine pourrait apporter à la normalisation de la situation dans la Péninsule, tout en renforçant la position chinoise dans son bras de fer avec Washington sur la question du système antimissile, dans la perspective d’un sommet Jiang-Bush au mois d’octobre 2001 à Shanghai.
Avec ses voisins d’Asie du Sud-Est, la Chine poursuivra sa politique diplomatique, fondée sur le principe d’un développement de relations stables, caractérisées par le bon voisinage et la coopération extensive et orientée vers l’avenir. Avec certains pays de la région, la Chine cherche à résoudre des problèmes légués par l’histoire. En 1999-2000, par exemple, le gouvernement chinois a signé avec le Viêtnam des traités et accords intergouvernementaux relatifs à sa frontière terrestre, à la démarcation du golfe de Beibu
[7] et à la coopération dans l’industrie de la pêche entre ces deux pays. La Chine est aussi toujours prête à discuter avec les pays concernés du problème des îles de la mer de Chine méridionale.
La Chine renforce également sans relâche ses liens avec l’ANSEA, organisation régionale qui englobe tous les pays de la région de l’Asie du Sud-Est. Des systèmes de communication et de coopération entre la Chine et l’ANSEA ont été établis et ont déjà montré leur efficacité. Les sommets 10 + 1 (10 pays de l’ANSEA plus la Chine) et 10 + 3 (10 pays de l’ANSEA plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud) ont fourni au gouvernement chinois l’occasion de renforcer sa présence en Asie du Sud-Est. Beijing commence aussi à prendre de plus en plus d’initiatives dans le Forum de l’ANSEA, qui a été créé dans le but de sauvegarder la sécurité de cette région, très perturbée pendant la longue période de la guerre froide.
Cependant, bien que les relations entre la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est se soient beaucoup améliorées, certains problèmes restent toujours difficiles à résoudre. Actuellement, la méfiance à l’égard d’une « menace chinoise », dont le contenu n’est plus seulement limité, par ses inventeurs, au domaine politique ou militaire, mais touche également au domaine économique en raison de la croissance rapide de l’économie chinoise, risque d’empoisonner ses relations.
La Chine a aussi réajusté ses relations avec ses voisins de l’Asie du Sud, en particulier avec les deux grandes puissances de la région que sont l’Inde et le Pakistan. Pékin cherche à garder et à renforcer, d’une part, ses amitiés traditionnelles avec le Pakistan et porte la plus grande attention à améliorer, d’autre part, ses relations avec l’Inde.
L’Asie centrale, de son côté, constitue une autre région limitrophe très perturbée. Ainsi le Nord-Ouest chinois est-il menacé par les séparatistes nationalistes et les extrémistes religieux. Au mois d’avril 1996, à l’occasion d’une rencontre entre les chefs d’États de cinq pays de la région (Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan), un système de sécurité et de coopération a été mis en place. Ce système, qui a beaucoup contribué à la stabilité de la région, a ainsi connu un développement important. Le 15 juin 2001, les dirigeants des cinq pays se sont réunis à nouveau à Shanghai ; ils ont alors décidé de créer l’Organisation de coopération de Shanghai, en y admettant un autre pays d’Asie centrale, l’Ouzbékistan. Le 14 septembre 2001, à Almaty, au cours de la première rencontre des Premiers ministres des pays membres de cette organisation, les six Premiers ministres ont publié une déclaration commune pour montrer leur volonté de mener à bien la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme. Ils ont exprimé leur détermination à coopérer avec tous les pays et les organismes du monde et à prendre des mesures efficaces dans cette lutte. L’existence même de l’Organisation de coopération de Shanghai fournit un bon exemple des moyens susceptibles d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité dans la région et semble créer un nouveau type de relations entre États et un nouveau modèle de coopération régionale.
Les relations entre la Chine et les autres pays en voie de développement
Depuis la fondation de la République populaire de Chine (RPC), les pays en voie de développement, de manière générale, ont toujours été considérés par le gouvernement chinois comme des amis traditionnels. Or, depuis la fin de la guerre froide, la Chine a pris encore plus conscience du rôle de ces pays, et cherche, de ce fait, à nouer des relations encore plus étroites avec eux.
Dans le processus actuel de mondialisation, le gouvernement chinois estime qu’un grand nombre de pays en développement sont confrontés au défi de la souveraineté. La mondialisation a, d’une part, creusé l’inégalité entre pays forts et pays faibles, et d’autre part, en requérant un nombre croissant d’organisations et de règles de conduite internationales, elle a permis aux pays développés, avec leur puissance nationale polyvalente, d’acquérir dans presque tous les régimes internationaux qui produisent ces règles de conduite, plus de droits de parole en faveur de leurs intérêts. Dans le même temps, et sous couvert de formules et de concepts tels que « les droits de l’homme avant la souveraineté » ou la « souveraineté limitée », les pays développés exigent des pays en développement qu’ils cèdent une partie de leur souveraineté, et ils se permettent d’intervenir dans les affaires intérieures de ces derniers. Dans ces circonstances, la sauvegarde efficace de leur sécurité économique et de leur souveraineté nationale est devenue une nouvelle tâche pour ces pays.
Pour atteindre cet objectif, la Chine insiste sur la nécessité d’établir un nouvel ordre mondial. Elle estime, en effet, qu’un nouvel ordre politique et économique international doit assurer aux différents pays, et surtout aux nombreux pays en voie de développement, le droit à un développement égal. Aider ces derniers à développer leur économie revêt une importance cruciale pour la préservation d’une paix durable et la réalisation d’un progrès partagé dans le monde. Les pays développés se doivent d’alléger, voire d’annuler effectivement, les dettes des pays en développement, de les aider à se doter d’une capacité d’autodéveloppement, d’intensifier la mise en valeur de leurs ressources humaines, de travailler à une réduction progressive de l’écart entre le Nord et le Sud sur les plans économique, scientifique et technique, notamment, tout en se gardant de ne pas chercher uniquement à obtenir, de la part des pays en développement, ressources, marchés et profits. La communauté internationale doit prendre des mesures plus actives et plus efficaces pour réformer le système économique, commercial et financier international et protéger véritablement les droits et les intérêts légitimes des pays en développement.
Par ailleurs, dans ses relations avec les pays en voie de développement, la Chine donne une impulsion particulière à la coopération Sud-Sud. Elle considère, en effet, que la coopération Sud-Sud devrait permettre aux pays en développement d’affronter les changements de la situation internationale et les défis de la mondialisation, en les aidant à valoriser pleinement leurs atouts en matière de ressources naturelles et humaines. Maintenant, la Chine est en train de chercher à mener une coopération avec les pays en voie de développement dans les affaires internationales
[8].
Pour renforcer leurs relations avec ces différents pays, les dirigeants chinois au plus haut niveau, y compris le président, le Premier ministre et le président de l’Assemblée, y ont effectué, ces dernières années, une série de visites officielles – en Asie, en Afrique et en Amérique latine particulièrement. Des conférences internationales spécialisées ont aussi été solennellement organisées par le gouvernement chinois et ses partenaires du développement. Par exemple, le « Forum sur la coopération sino-africaine - conférence interministérielle 2000 » a été inauguré le 10 octobre 2000 à Beijing. À cette occasion, le gouvernement chinois a annoncé une réduction importante, voire une annulation complète, des dettes contractées par les pays africains surendettés ou les plus sous-développés envers la Chine.
Les initiatives dans lesquelles la Chine s’est engagée à l’égard des pays en voie de développement ont été chaleureusement accueillies par ces derniers ; elles ont, en outre, déjà produit certains résultats remarquables : la Chine a ainsi rétabli ses relations diplomatiques avec certains pays pauvres qui avaient noué des relations officielles avec les autorités de Taiwan ; la plupart des pays en voie de développement ont apporté leur soutien au gouvernement chinois à l’occasion de conférences internationales abordant des sujets aussi sensibles que les droits de l’homme, le statut de Taiwan dans les organisations internationales, etc. Dès lors, nous restons persuadés que les relations entre la Chine et les pays en voie de développement connaîtront, dans le siècle en cours, un profond renforcement.
UNE DIPLOMATIE PLUS ACTIVE ET DURABLE
Un demi-siècle s’est écoulé depuis la fondation de la République populaire de Chine. Pendant cette période, la diplomatie chinoise a traversé de nombreuses épreuves, se révélant à chaque fois plus mûre et d’une stabilité accrue. Même lorsque des événements graves surviennent à l’improviste, les diplomates chinois réussissent à les traiter d’une façon raisonnable, intelligente et imperturbable. Ainsi, de nombreux succès diplomatiques ont été remportés par le gouvernement chinois.
Au début du XXIe siècle, nous pouvons essayer d’envisager les perspectives des relations extérieures de la Chine autour des points suivants.
— La Chine va continuer à appliquer sa politique diplomatique indépendante et non alliée. La paix et le développement seront toujours considérés par la Chine comme un objectif primordial dans l’évolution de la situation internationale au XXIe. La tâche principale du gouvernement chinois restera le développement de l’économie nationale et l’amélioration du niveau de vie du peuple. Pour atteindre cet objectif, la diplomatie chinoise devra aussi s’employer à créer un environnement international de paix. D’ailleurs, l’adhésion de la Chine à l’OMC lui permettra, nous pensons, de développer davantage ses relations extérieures dans le domaine économique.
— La Chine continuera de développer ses relations avec tous les pays du monde, en poursuivant une coopération tous azimuts. Les relations sino-américaines occuperont toujours une place importante, mais les obstacles existants entre les deux pays condamnent le développement de ces relations à une série de difficultés. Les relations avec la Russie revêtiront une importance stratégique particulière, tandis qu’avec l’Europe elles s’orienteront de manière plus significative vers le domaine économique. Les relations avec les pays en voie de développement, en particulier avec les pays voisins, aideront la Chine à garder son indépendance diplomatique et à accélérer son développement économique dans la paix.
— En raison de la mondialisation économique et de la multipolarisation internationale, la Chine cherchera, tout en renforçant ses relations avec les pays du monde entier, à mener une coopération plus étroite avec les organisations internationales et régionales, telles que l’ONU, l’OMC, l’UE, l’ANSEA. Elle jouera aussi un rôle plus actif dans les systèmes internationaux ou régionaux destinés à sauvegarder la paix et la stabilité du monde et à lutter contre les activités criminelles transnationales telles le terrorisme, les séparatismes, les extrémismes, le trafic de drogue, la contrebande, la piraterie, l’immigration clandestine, etc. À travers cette participation, la Chine sera plus ouverte au monde extérieur dans différents domaines. Sans aucun doute, toutes ses contributions aux organismes internationaux favoriseront aussi le renforcement et l’amélioration de ses relations avec divers pays du monde.
— La question de Taiwan, enfin, sera mise en relief dans les relations extérieures de la Chine. Le gouvernement chinois déclare depuis toujours que Taiwan constitue une partie inséparable du territoire chinois, et que le gouvernement de la République populaire de Chine est l’unique gouvernement légal de l’ensemble de la Chine. La question de Taiwan est purement et simplement une affaire interne à la Chine et une question qu’il revient à la Chine de résoudre. Mais la situation a beaucoup évolué depuis une dizaine d’années. Ainsi, au mois de mai 2000, le représentant du parti indépendantiste a été élu président des autorités taiwanaises, et les activités des indépendantistes se sont de plus en plus développées. Face à cette situation, une partie des hommes politiques de certains pays ont apporté leur soutien à cette tendance indépendantiste. Ces actions sont considérées par le gouvernement chinois comme des interventions grossières dans les affaires internes de la Chine, qui causent des dommages graves aux relations que la Chine entretient avec ces pays.
À présent, la Chine négocie un tournant majeur de son histoire : le XVIe Congrès national du Parti communiste chinois aura lieu en 2002. Le pouvoir passera alors des mains des dirigeants de la troisième génération à celles de la quatrième génération. Une question se pose ainsi autour de cet événement : y aura-t-il de grands changements dans la politique extérieure de la Chine ?
Nous pensons que ces changements – on ne parle pas des réajustements nécessaires selon l’évolution de la situation concrète – seront peu probables.
Tout d’abord, la situation politique en Chine est toujours relativement stable, et la transition du pouvoir en cours s’opère d’une façon normale. On ne voit pas non plus de signes avant-coureurs de graves troubles politiques et sociaux. Dans ces conditions, les politiques chinoises se caractérisent davantage par leur continuité. Par ailleurs, la diplomatie chinoise actuelle a déjà fait ses preuves ; une modification ne sera donc pas nécessaire. Ainsi, nous avons la conviction que la politique extérieure chinoise gardera sa continuité avec l’arrivée au pouvoir des dirigeants de la quatrième génération. Avec cette politique, la Chine va évoluer vers une ouverture plus large et une réforme plus profonde. Ce sera une contribution au développement de la Chine elle-même, mais aussi à la stabilité du monde.
[1]
Le 17 septembre 2001, les négociateurs de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont officiellement donné leur feu vert à l’adhésion de la Chine à leur organisation, au terme de quinze années d’âpres discussions.
[2]
Beijing Information, n
o 34, 2001.
[3]
Le Monde, le 7 septembre 2001.
[4]
« L’analyse de la situation actuelle des relations économiques et commerciales sino-japonaises »,
Agence de la Nouvelle de Chine, 5 juillet 2001.
[5]
Le Monde, le 5 septembre 2001.
[6]
AFP, Séoul, le 5 septembre 2001.
[7]
Appellation ancienne : golfe du Tonkin.
[8]
On peut trouver ces idées dans l’« Allocution du président chinois Jiang Zemin au Forum sur la coopération sino-africaine - conférence ministérielle 2000 », Agence Xinhua, le 11 octobre 2000.