Revue internationale et stratégique
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230 pages

p. 87 à 97
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La France vue de l'étranger

n° 45 2002/1

2002 Revue internationale et stratégique La France vue de l’étranger

Jeux de pouvoir : un point de vue britannique sur la politique étrangère française

Dr Julian Lindley-French Senior Research Fellow à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne.
Face aux États-Unis, la France et la Grande-Bretagne partagent le même statut de quasi-puissance mondiale, en ce que ces deux pays, s’ils n’ont pas la capacité d’influer directement sur les origines et les facteurs de développement des crises, doivent assumer leurs responsabilités politique et militaire en matière de sécurité. En termes de puissance, la France, qui a longtemps assujetti sa politique étrangère, tant européenne qu’internationale, à des facteurs de politique interne, n’est plus à la hauteur de son discours. D’un point de vue britannique, il apparaît donc clairement qu’il ne peut y avoir d’Europe sans la Grande-Bretagne tant, dans le domaine de la défense, c’est bien la Grande-Bretagne et non la France qui dirige l’Europe. Le double discours que Paris s’efforçait de maintenir avec Londres et Berlin – défenseur résolu de l’État-nation et gardien de la flamme de l’intégration – ne suffit plus à compenser le déclin, relatif mais bien réel, du pays. Il est temps que la France adapte son comportement à de nouvelles réalités. Power Games : A British View on French Foreign Policy
Facing the United States, Great Britain and France share the same status of quasi world power, in that both countries must assume their political and military responsibilities in terms of security ; even though they cannot directly influence the sources and developing factors of crises. As far as power is concerned, France has subordinated its foreign policy to its domestic policy for too long, and does not stand up to its speech. From a British point of view, it is thus clear that there cannot be any Europe without Great Britain, so true is it that Great Britain leads Europe in the field of defence. The double speech Paris attempted to maintain with London and Berlin – absolute defender of the nation-State and keeper of the integration flame – is not enough anymore to compensate the relative but true decline of the country. It is now time for France to adapt its behaviour to new realities.
La relation entre la France et la Grande-Bretagne est profonde, mais elle devrait l’être encore bien davantage. Du point de vue britannique, les défis et les ouvertures qui se présentent à la politique étrangère française apparaissent étrangement familiers. Ce qui n’est pas très surprenant, compte tenu du fait que les deux pays se trouvent dans des situations relativement similaires et pour le moins inattendues. Ainsi, suite à la guerre froide, la France et la Grande-Bretagne ont hérité de responsabilités qu’elles n’auraient pas imaginé se voir attribuer vingt années plus tôt. D’une certaine manière, ce rôle résurgent s’est avéré un atout politique majeur pour les deux pays jusqu’alors troublés par des tensions internes dues aux mutations sociales et aux pressions subies par les pouvoirs publics en raison des exigences constantes de la population et de son vieillissement. Il est clair que Londres et Paris ont été prompts à « battre pavillon » lorsque l’occasion d’impressionner l’opinion publique et de la distraire des problèmes mondains de politique interne se présentait. En bref, Français et Britanniques se sentent mieux depuis la dernière décennie, tels deux acteurs sérieux de l’Europe, dans un monde sérieux.
C’est alors que survint le 11 septembre 2001. Immédiatement après les attaques perpétrées contre les États-Unis, le fossé entre puissance relative d’une part et puissance absolue d’autre part s’est révélé au grand jour. La Grande-Bretagne et la France, respectivement numéros deux et trois en termes de puissance militaire mondiale, ont été confrontées à une nouvelle menace rendant désuètes les illusions confortables qui berçaient le débat européen, et mettant les deux vieilles puissances face à des responsabilités qu’elles ne se sentaient pas à même de gérer. Les événements du 11 septembre 2001 ont également replacé la politique étrangère dans le champ militaire, après dix années d’une politique française et européenne peu opiniâtre, essentiellement fondée sur l’engagement économique. Pour la France, en particulier, le réveil fut lourd de sens. Tandis que les Britanniques étaient pour le moins assurés d’apporter une réelle valeur ajoutée à l’effort de guerre américain, notamment grâce à la renommée de leur armée, les Français, eux, en pleine refonte de leurs forces militaires, se retrouvèrent incapables d’agir, quand bien même ils le souhaitaient.
 
RÉALITÉ DE LA PUISSANCE FRANÇAISE
 
 
Aussi, le 11 septembre 2001 a-t-il souligné un paradoxe constant de la politique étrangère française, qui est apparu avec le général de Gaulle et qui, depuis, se perpétue avec ses successeurs. Tout comme la Grande-Bretagne, la France n’a pas la puissance politique et critique nécessaire pour influer sur les causes, les origines et les facteurs de développement des crises, cependant, la gestion postopératoire de ces crises oblige la France à tenir un rôle de leader militaire et politique des coalitions en charge de leur maîtrise.
La difficulté du statut de quasi-puissance mondiale se révèle dans toute sa complexité : alors que les politiques étrangères française et britannique sont délibérément multilatérales, elles se voient souvent contraintes de revenir à un mode quasi unilatéral par défaut, étant donné la nature des deux plus importantes entités multilatérales que sont l’Organisation des Nations unies (ONU) et l’Union européenne (UE), certainement plus aptes à promouvoir une action concertée que toute autre action décisive. Cette dichotomie politique permet d’expliquer pourquoi l’Union européenne s’est bâtie sur les deux piliers quasi intégrationnistes de l’économie et des affaires internes, et le pilier intergouvernemental de la politique étrangère qui, cela dit, ressemble davantage à une alliance démodée qu’à un fondement solide sur lequel construire une réelle union politique.
La prévention des conflits et la reconstruction se concentrent, par essence, sur l’action transnationale ou supranationale, tandis que la gestion du conflit lui-même, en ce qu’elle s’appuie sur la puissance militaire, compte davantage sur des États « capables » qui, dans un monde post-post-guerre froide, forment avec la France un club à trois.
Ce fossé entre puissance relative d’une part et puissance absolue d’autre part renforce le dilemme auquel est confrontée la Grande-Bretagne. Comme cette dernière, la France « concourt dans une catégorie qui n’est pas la sienne » [1], pour reprendre l’expression bien connue de Lord Hurd ; mais la distinction – toujours plus floue – entre politique intérieure, politique européenne et politique étrangère engendre aussi une sorte de crise politique. Quel rôle la France entend-elle jouer ? Aspire-t-elle au destin de puissance mondiale putative, de puissance motrice de l’Europe ou de simple composante d’une Union européenne intégrée ? À écouter de nombreux hommes politiques français, les trois statuts ne sont pas aussi exclusifs les uns des autres qu’il y paraît. C’est bien cette quadrature du cercle qui caractérise la politique étrangère française contemporaine : un jeu de pouvoir dont l’objectif est la quête de l’intérêt national reformulé dans le langage de l’intégration européenne. C’est pourquoi il est sans doute plus aisé pour un analyste britannique que pour d’autres de comprendre cette situation.
Le paradoxe de la politique étrangère française réside essentiellement dans l’assujettissement de celle-ci à la politique interne développée ces dernières années. Diên Biên Phu, la crise de Suez, la guerre d’Algérie, les travaux de la IVe et de la Ve Républiques, et le retrait du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) sont autant d’éléments qui renforcent l’idée d’une Europe définie comme une composante caractéristique de la politique étrangère française. La construction européenne n’était pas simplement une noble mission pour la France. Elle correspondait également à la nécessité que l’Allemagne soit européenne, et non l’Europe allemande. Par ailleurs, elle permit de conserver un certain vernis pour mieux masquer la fin de l’empire que l’on dénia reconnaître à la Grande-Bretagne. Ce statut, allié à la perspective mitterrandienne qui démontre le pouvoir des symboles technologiques sur le développement de l’esprit de la nation, apporta à la France les ingrédients nécessaires à son succès pour le XXIe siècle. Ainsi, la France sut-elle gérer son déclin de façon beaucoup plus efficace que la Grande-Bretagne, en s’appuyant sur une idée. La Grande-Bretagne, de son côté, perdit un empire sans pour autant retrouver une place de choix sur la scène internationale, jusqu’en 1982, année de la guerre des Malouines, à partir de laquelle elle reprit progressivement confiance en elle. Ces réactions caractérisent la principale dichotomie qui oppose les images respectives de la France et de la Grande-Bretagne. La France continue de se percevoir comme une idée dans un monde qui ne comprend que le pouvoir, tandis que la Grande-Bretagne se considère comme le principal représentant d’un jeu de pouvoir, les idées n’étant que les conséquences souhaitables du succès.
 
L’EUROPE DE MONNET, LE MONDE DE DE GAULLE ?
 
 
Cependant, en 1990, les choses commencèrent à changer : le bloc soviétique s’effondra, l’Allemagne se libéra progressivement des fers de la culpabilité qui l’aliénait à la France de l’après-guerre, mais de telle façon qu’elle ne suscita point d’inquiétude excessive chez ses voisins. Néanmoins, l’Allemagne ne constituait au mieux qu’une puissance amputée lorsque l’effondrement de l’Union soviétique entraîna la création de si nombreux et de si faibles États que l’importance fut alors donnée aux acteurs bénéficiant d’une volonté politique et d’une force économique et militaire. La guerre du Golfe de 1991 et les tragédies de Bosnie et du Kosovo ont démontré que seules la Grande-Bretagne et la France satisfaisaient suffisamment à ces critères pour être des acteurs importants de l’environnement sécuritaire, complexe et dangereux, du continent européen. Il s’ensuivit une profonde réflexion sur la position militaire de la France. Et au mois de décembre 1995, le président de la République, Jacques Chirac, annonçait que la France abandonnerait sa chère « armée civile » pour moderniser ses forces militaires afin de répondre efficacement aux exigences de plus en plus pressantes que les États-Unis et le monde lui imposaient [2]. Paradoxalement, tandis que l’influence française déclinait au sein de l’Europe, ses responsabilités à l’échelle mondiale augmentaient avec le retour des deux membres européens du Conseil de sécurité des Nations unies au centre de la sécurité européenne et, très certainement, de la scène mondiale. Un gaullisme par défaut ?
Ce jeu subtil de balancier continue de caractériser les politiques étrangères de la France et de la Grande-Bretagne. En ce qui concerne les affaires internes, la France est globalement un acteur politique sérieux, même si la réalité de son influence sur les événements eux-mêmes reste limitée. D’où la nécessité de forces armées efficaces. De plus, la politique étrangère française, comme celle de la Grande-Bretagne, est faussée par des résidus coloniaux qui continuent d’engendrer des zones d’intérêt de par le monde (bien souvent très distantes) ; zones qui, en réalité, ont peu d’importance pour le bien-être de la France et du peuple français. L’Afrique francophone, tout comme le Commonwealth, conserve un impact affectif important sur le peuple français, même si les départements et territoires d’outre-mer, et d’autres territoires, drainent beaucoup de temps et d’argent sans pour autant constituer des éléments forts des intérêts français. Dans ce domaine également, la similitude avec la Grande-Bretagne est frappante. Cette dernière, en effet, œuvre pour gérer ce qu’il reste de ses territoires dépendants [3], ce qui entraîne davantage d’obligations que toute autre chose.
Ainsi, les politiques étrangères françaises et britanniques se révèlent, par la force des choses, schizophréniques, puisqu’elles opèrent chacune dans deux mondes distincts : un monde européen dans lequel l’avantage relatif de la puissance et l’équilibre des pouvoirs appartiennent quasiment au passé, et un monde plus vaste dans lequel la lutte pour la survie est encore de mise pour longtemps. Le 11 septembre 2001, ce monde plus vaste est entré spectaculairement et tragiquement en collision avec le nôtre. Ceci pourrait expliquer pourquoi la France et la Grande-Bretagne ont en partie mal interprété le tableau global de ces dix dernières années. Au sortir de la guerre froide, nous considérions que la menace était révolue et que l’effort national devait se concentrer sur le développement de la deuxième phase du projet européen : le passage de la reconstruction d’après-guerre à la construction de l’Europe postmoderne. Parallèlement, et malgré la rhétorique gaulliste qui a largement guidé la politique étrangère française depuis son retrait du commandement intégré de l’OTAN en 1966, les deux puissances s’étaient habituées à leur dépendance vis-à-vis des États-Unis en matière de défense et de sécurité. Mais compte tenu de l’orientation pour le moins incertaine de la politique américaine, et des divergences de méthode des politiques étrangères et de sécurité, il devenait évident que les deux pays devaient se réapproprier leurs compétences passées. S’ajoutent donc à la question européenne, les pressions du désordre mondial subies par la France pour que celle-ci joue un rôle réellement global. En ce qui concerne la Grande-Bretagne, sa politique étrangère au sein de l’Europe diffère de par son ampleur et sa nature, essentiellement économique et sociale ; différence qui sera de plus en plus marquée avec l’introduction de l’euro. De nouveau, les frontières de la politique extérieure se confondent avec celle de la politique interne. Ainsi, la France et la Grande-Bretagne semblent mener maladroitement deux politiques étrangères de front.
 
LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA FRANCE PEUT-ELLE CONTINUER DE FAÇONNER L’EUROPE ?
 
 
La présidence française de l’Union européenne, qui a culminé au second semestre de l’année 2000 avec le sommet de Nice au mois de décembre, a mis au jour la nature à la fois changeante et persistante de la politique européenne de la France ; persistance qui révèle l’influence de facteurs internes sur la conduite de celle-ci. En effet, en dépit de la primauté des énarques à Paris, qui constituent une élite de plus en plus mise sous pression par l’opinion publique, cette dernière continue de penser que la France est l’Europe, et qu’elle doit agir en tant que telle, mais questionne également le droit irréfutable de l’élite de gouverner de façon incontestée. D’une certaine manière, on assiste à un processus d’autodestruction, car c’est précisément l’élite parisienne qui contribue, en rattachant la philosophie de l’Union à l’esprit de la Révolution française, à alimenter ces vues critiques.
Malheureusement pour Paris, l’Europe n’est plus ce qu’elle était. Jusqu’ici, la France façonnait une politique étrangère et militaire européenne à son image, afin de contrebalancer ce qu’Hubert Védrine appelait l’« hyperpuissance » américaine, tout en restant persuadée que les États-Unis seraient présents si quelque événement majeur devait mal tourner. Cependant, l’avènement d’une réelle union politique risquait de réduire, voire d’annihiler, l’identité distincte de la France dans le monde, perspective que les Britanniques n’auraient jamais pu imaginer comme acceptable pour une nation comme la France qui, à l’instar de la Grande-Bretagne, porte en elle un sentiment puissant d’identité nationale. Les appels récents du couple franco-allemand à une Constitution européenne érigée comme la prochaine étape sur la voie de l’intégration ont souligné ce paradoxe [4]. Ils révèlent en effet une image de la France qui utilise avec les Allemands un langage politique différent de celui qu’elle emploie avec les Britanniques, persuadée que ces deux interlocuteurs n’entretiendraient pas entre eux d’autres conversations. Ce sentiment que la France est beaucoup plus intéressée par la création d’une Europe d’États-nations – selon l’expression du président de la République française, J. Chirac – que par la promotion d’un super-État fédéral européen a le don d’irriter profondément les Britanniques. Et pourtant, la France défend ce paradoxe : gardienne de la flamme de l’intégration, défenderesse résolue de l’État-nation. Toute chose et son contraire vivraient en tout homme, et particulièrement en France.
À l’heure où l’Allemagne impose progressivement son rôle de leader et où de nouveaux membres continuent de se joindre à l’Europe, l’Europe-France, telle que vécue par les Français, s’avère de plus en plus difficile à maintenir, cependant que, pour des raisons de politique interne, le besoin n’en a jamais été aussi pressant. Compenser le déclin relatif mais réel du pays par des symboles de leadership est un trait caractéristique de la politique étrangère française depuis de nombreuses années. La course à l’élection présidentielle de l’année 2002 risque de rendre ce phénomène encore plus aigu. Ainsi est-il difficile pour la France de gérer les mutations et les réformes en cours au sein de l’Union européenne. Cela impliquerait qu’elle abandonne cette position de leader que ni l’élite ni de puissants groupes d’intérêt ne veulent lui voir quitter. Par conséquent, et bien que le besoin de réforme dans des domaines clés de l’acquis, telles que la politique agricole commune, la politique commune en matière de pêche et la dérégulation de l’économie européenne, se fasse ressentir, l’affront que de telles mutations impliqueraient à l’adresse du modèle social français rend très difficiles les moindres concessions et adaptations.
Ce dilemme entraîne la pénétration de la politique interne dans la sphère de la politique étrangère. Or les réformes nécessaires étant souvent perçues par la France comme un engagement sur la mauvaise pente anglo-saxonne, la Grande-Bretagne devient régulièrement la cible privilégiée du venin français. Ce stratagème s’est avéré efficace sur le court terme, principalement parce que les Britanniques ne veulent pas s’encombrer en répondant à ce type de provocations, mais sur le long terme, il se révèle sans aucun doute contreproductif pour la France et l’Europe, en ce que les décisions difficiles et les réformes sont remises à plus tard. Le modèle économique alternatif proposé par la Grande-Bretagne, allié à une dose généreuse d’anti-américanisme inhérent, offre à la France un outil rhétorique au travers duquel l’Europe pâtit du manque d’efficacité français.
Cet outil va de pair, il faut l’avouer, avec des affronts des plus irritants qui consistent à associer, de manière parfaitement calculée, la Grande-Bretagne aux États-Unis sous l’expression générique « les Anglo-Saxons », les membres les plus créatifs de la communauté intellectuelle française exploitant ainsi la victoire de la Grande-Bretagne sur la France après des décennies de combats systémiques, et l’imposition irréversible de la langue anglaise au pays de Lafayette ! Ces indélicatesses seraient amusantes si elles n’étaient aussi irritantes. En premier lieu, la responsabilité parentale de la Grande-Bretagne vis-à-vis des États-Unis a pris fin il y a deux siècles avec pour résultat que les Britanniques sont aussi intimidés par leur impressionnante filiation que ne le sont aujourd’hui les Français. Par ailleurs, les personnes les plus vulnérables aux influences culturelles en provenance des États-Unis sont sans doute les Anglais qui doivent souffrir de partager la même langue avec les Américains. Rien n’est donc plus agaçant que cette tendance des Français à se désigner les défenseurs de la culture « européenne » – soi-disant « française » – face à l’hydre américaine.
Par ailleurs, le temps du couple Kohl-Mitterrand est révolu, en témoigne la relation pour le moins chagrine entre le président J. Chirac et le chancelier Gerhard Schröder. Ironiquement, ce changement a abouti à la réémergence étrange d’un équilibre diffus, mais distinct, des politiques de pouvoir au sein du triangle France, Grande-Bretagne, Allemagne, qui forme le cœur stratégique de l’Union européenne. Ce rééquilibrage réveilla ensuite l’une des tendances traditionnelles de la politique étrangère française : l’effort déployé par la France pour conserver le dessus dans ses relations bilatérales en jouant l’un de ses partenaires contre l’autre. Malheureusement, cette stratégie de la « toile d’araignée » présuppose, pour être efficace, que lesdits partenaires ne communiquent pas entre eux ; c’est bien là sa grande faiblesse...
Dans le même temps, cette stratégie ne tient pas compte du fait que les autres parties ont favorisé la réémergence de directoires au sein de l’UE et le renforcement de l’intergouvernementalisme, concrétisant ainsi un certain retour par rapport au soutien de solutions intégrationnistes en Europe. Cette attitude ne pose pas de difficultés majeures à la Grande-Bretagne, mais elle ne convient pas vraiment à la position de champion de l’union politique que la France s’est attribuée. En effet, si une nouvelle orientation de la politique étrangère française a été prise, durant les années de présidence de J. Chirac, en ce qui concerne l’Europe, c’est bien celle du déclin des faux-semblants et des illusions, et de la réaffirmation d’un leadership pragmatique, alors que les pressions exercées par la France au niveau mondial se sont immiscées dans son comportement européen. Cette évolution s’est manifestée par l’importance grandissante accordée aux sommets bilatéraux et trilatéraux dans le contexte de la politique européenne. La rencontre à Downing Street, au mois de novembre 2001, dont le but était de débattre de la guerre en Afghanistan, en constitua l’apogée. Tony Blair, G. Schröder et J. Chirac y ont, en effet, clairement établi la réalité de la puissance européenne, tandis que d’autres pays rappelaient au « club des trois » que si une politique de sécurité commune devait être conduite, elle devait l’être à quinze. Le « club des trois » n’avait, soi-disant, aucunement l’intention d’utiliser cette politique de sécurité commune pour gérer des crises du type de celle d’Afghanistan après le 11 septembre 2001.
Les tensions entre les deux pans de la politique étrangère française sont encore plus évidentes lorsque sont analysées les contraintes que l’euro impose à la politique de défense. L’adhésion au système de la monnaie unique a entraîné une discipline budgétaire telle que les gouvernements français furent obligés de réduire leurs dépenses de capitaux et de revenus. Les dépenses en matière de défense n’ont pas fait exception ; ce qui rendit particulièrement difficile la satisfaction par la France de ses obligations extra-européennes. Le passage d’une armée de conscrits à une armée entièrement professionnelle s’avère coûteux. Or la libération d’actifs générée par la rationalisation des forces armées françaises ne compense que partiellement ces coûts.
De même, le regain d’attention manifesté par la France pour le rôle et l’importance de l’intergouvernementalisme au sein de l’UE, ses responsabilités quasi totales et la méfiance de la Grande-Bretagne à l’égard du manque de bonne volonté de Washington de se laisser influencer par son allié le plus proche ont contribué à renforcer le rapprochement des politiques étrangères françaises et britanniques. En effet, il n’existe pas de pays dont les intérêts convergent autant que la France et la Grande-Bretagne ; telle en fut démontrée l’impérieuse réalité, en 1998, à l’heure où le sommet de Saint-Malo établissait les bases des nombreux jalons qui ont depuis balisé la construction d’une défense européenne. Ce rapprochement s’est accentué dans le domaine militaire depuis le premier déploiement des forces en Bosnie en 1993, lorsque les troupes des deux pays s’étonnaient de l’aisance avec laquelle elles arrivaient à travailler ensemble. Cette collaboration a pris de l’ampleur durant la période des Balkans. Elle a également progressé dans le domaine nucléaire, et il y a de bonnes raisons de penser que les membres clés de l’UE, de l’OTAN et du Conseil de sécurité des Nations unies continueront de collaborer étroitement en cas de crise.
Par ailleurs, la Grande-Bretagne évolue. Contrairement à la vision populaire répandue en France de « perfide Albion » – vision à laquelle concourt largement le côté lunatique du parti conservateur –, la Grande-Bretagne s’habitue progressivement à son statut de pays européen ; une tendance qui va bien au-delà des politiques de jeu de pouvoir. L’empire appartient au passé, et l’Europe constitue un facteur naturel de l’identité nationale pour beaucoup de jeunes Britanniques. T. Blair en témoigne lui-même, par son engagement réel et sincère dans une Europe qui représente bien plus qu’un simple marché. Ainsi, l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’euro n’est qu’une question de temps, ce qui, du point de vue français, constitue à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.
Par conséquent, la politique étrangère européenne de la France est confrontée à un véritable paradoxe. La France souhaiterait, à terme, voir se développer une politique étrangère et de sécurité commune qui contribuerait à étayer sa position dans le monde et à préserver l’illusion du pouvoir en masquant son déclin progressif. Dans le même temps, le leadership français n’est plus ce qu’il était, et rien ne garantit que la France soit en mesure de maîtriser entièrement le processus. Dans ce cas, une véritable politique étrangère et de sécurité commune soulignerait moins le leadership français que son échec.
 
LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE FRANÇAISE FACE À OUSSAMA BEN LADEN
 
 
La question du pouvoir en Europe et dans le monde est un dilemme sérieux, partagé par la France et la Grande-Bretagne. Il représente, en effet, l’une des caractéristiques majeures des politiques étrangères des deux pays. Du point de vue britannique, ce rapprochement tient à la profonde incertitude qui entoure l’orientation future de la politique étrangère des États-Unis. En dépit d’une rhétorique inverse, la Grande-Bretagne a bel et bien le sentiment d’hériter trop souvent de missions périlleuses que ses camarades américains ne souhaitent pas assumer.
Ainsi, la confrontation de leurs responsabilités mondiales et de leur puissance européenne oblige la France et la Grande-Bretagne à agir de concert, en insistant sur le développement et la gestion effective de coalitions politiques et militaires susceptibles de combler le fossé entre leur puissance relative et leurs déficiences en termes de puissance absolue. En certaines occasions, et particulièrement lors de crises extra-européennes telles celles du Timor oriental et de la Sierra Leone, les Britanniques ont été sincèrement reconnaissants du soutien apporté par la France. De même, au moment des débâcles du Kosovo et de Bosnie, la frustration éprouvée face aux Américains, autour de la question du rôle des forces terrestres dans la défaite de Slobodan Milosevic, a renforcé les liens entre les deux pays.
Par ailleurs, l’éternelle méfiance de la Grande-Bretagne vis-à-vis de la politique étrangère européenne de la France a été largement atténuée, sur la scène internationale, par une similitude d’intérêts bien réelle. Il est difficile de concevoir que la France puisse rompre avec cette position commune ; elle en serait elle-même trop sérieusement affectée. De même, la France pourrait privilégier une approche quelque peu personnelle dans ses négociations avec l’Irak et la Corée du Nord, par exemple. Mais, là encore, il s’agirait plus d’aiguillonner son partenaire britannique que de lui signifier l’arrêt d’une politique coordonnée et efficace. Bien que Londres conserve un souvenir amer de la défection de la France lorsque celle-ci cherchait à garantir, grâce à l’aide de diverses factions libanaises, la libération de ses citoyens, tandis que les prisonniers américains et britanniques étaient mis en danger, Paris n’était pas seul responsable. Londres partage également les inquiétudes de Paris au sujet de la politique américaine au Moyen-Orient, notamment en ce qui concerne la partialité dont les Américains font preuve dans leur gestion du conflit israélo-palestinien.
Cette tendance à la convergence stratégique est particulièrement visible au sein du Conseil de sécurité des Nations unies où la France et la Grande-Bretagne soutiennent souvent des orientations communes. Elle est aussi perceptible dans les positions que les deux pays maintiennent sur la réforme du Conseil de sécurité : ni l’un ni l’autre, en effet, ne sont opposés au principe de réforme de l’organe restreint des Nations unies, mais ils défendent l’un comme l’autre que ses nouveaux membres permanents devront accepter qu’il s’agit bien du Conseil de sécurité, et ne pas le confondre avec un comité exécutif des Nations unies. Doucement mais sûrement, les membres permanents doivent se préparer à prendre leurs responsabilités en termes de sécurité.
Puis Oussama Ben Laden entra en scène. Brusquement, et pour la première fois de son histoire, l’OTAN invoqua l’article 5 du traité de Washington, non pour défendre l’Europe, mais au profit des États-Unis. La pression maintenue sur la France pour qu’elle conduise l’Europe avec, à ses côtés, ses alliés britanniques, au-devant d’un défi extérieur renversa complètement les acquis confortables de la politique étrangère française. Les États-Unis se tournèrent vers leurs alliés pour qu’ils mettent en place une véritable action concertée. Or, en dépit des récriminations très générales que l’on entendit à Paris au sujet du rôle de la Grande-Bretagne, et de T. Blair en particulier, il est clair que c’est la France, et non la Grande-Bretagne, qui échoua dans cette entreprise. Cette incapacité de la puissance à égaler le discours s’explique par le fait que les capacités militaires françaises n’ont, une fois de plus, pas été à la hauteur de ce que pouvaient en attendre les alliés. Il apparaît donc clairement que, désormais, il ne peut y avoir d’Europe sans la Grande-Bretagne, et sans la défense européenne. Dans le domaine de la défense, c’est bien la Grande-Bretagne et non la France qui dirige l’Europe.
 
LE GRAND « MAIS » DES RELATIONS FRANCO-BRITANNIQUES
 
 
Mais – et comme toujours, dans les relations franco-britanniques, il y a un « mais » – la relation reste fragile. Un certain nombre de contraintes sournoises s’exercent sur la coopération en matière de politique étrangère et de sécurité, qui empêchent la relation de devenir vraiment exceptionnelle. En dépit des grandes déclarations d’amitié et du va-et-vient incessant des élites entre Paris et Londres, Britanniques et Français ne sont pas certains de s’apprécier pleinement. Sur le plan politique, ils essaient généralement de « marquer des points », comme s’il s’agissait d’un besoin pressant de mettre au jour leurs fautes respectives. Les Français ont presque l’air ravi de souligner les « erreurs » des Britanniques, tout particulièrement lorsque celles-ci permettent à la France de renforcer ses propres acquis. Ainsi en est-il allé de la comparaison ô combien humiliante du fantastique réseau français de trains à grande vitesse aux très pitoyables chemins de fer britanniques, ou encore de la maladie de la vache folle ou de l’épidémie de fièvre aphteuse. De bien tristes médailles pour la quatrième puissance économique mondiale. D’un autre côté, les Britanniques continuent de se méfier des Français et de leur capacité à démissionner à tout moment, laissant la Grande-Bretagne seule en charge des travaux les plus périlleux. Si les libres penseurs du continent parlent avec majesté de la défense européenne, ils ne semblent pas prêts pour autant à avancer le moindre euro ni à prendre les risques nécessaires pour qu’elle devienne réalité. En d’autres termes, les Français truquent les résultats et participent à des jeux politiques inutiles et incessants à Bruxelles. Or rien n’irrite autant les Britanniques que d’être accusés de nationalisme, surtout par les Français.
Ainsi les opinions publiques des deux pays semblent se délecter à l’idée de se dénigrer mutuellement. Maintes occasions l’ont déjà prouvé. Peu de choses suffisent pour que, des deux bords, l’on se déchaîne en récriminations, généralement via l’échange de stéréotypes qui seraient bien ridicules si leur impact n’était aussi profond. Cette attitude pourrait paraître futile si elle n’engendrait pas bien souvent le sentiment de méfiance qui fonde le discours franco-anglais ; chose que les politiques des deux bords ont plaisir à exploiter lorsqu’arrive la période électorale. Les deux pays sortiront tôt ou tard – sans doute plus tard que tôt – de cette politique de provocation. Nous avons peut-être appris à vivre ensemble et à nous respecter, mais notre relation ne peut pas vraiment être qualifiée de confiante ni de chaleureuse.
D’autant que des désaccords politiques profonds continuent d’exister en dehors de la politique européenne de défense. La Grande-Bretagne est prête à s’engager clairement sur la voie de la défense européenne, sous réserve que celle-ci fournisse un apport réel à l’effort occidental, et qu’elle ne se pose pas en rivale de la prééminence de l’OTAN... Par ailleurs, l’attitude de la France à l’égard des États-Unis continue de contrarier les Britanniques, et empêche Londres de se rapprocher plus avant de Paris. De même, la France croit sincèrement qu’à terme, l’Union européenne doit devenir le pôle central de l’organisation de la sécurité européenne d’une part, et de sa propre politique de défense d’autre part. Et l’euro de renforcer le lieu commun selon lequel l’Union européenne représente plus qu’un simple marché. La Grande-Bretagne s’oppose fondamentalement à la manière dont les gouvernements successifs ont permis, en France, à des querelles industrielles internes de devenir des questions de politique étrangère entre les deux pays ; d’où l’accent mis sur les différences politiques et culturelles qui continuent d’influencer la perception que la Grande-Bretagne et la France ont d’elles-mêmes, et l’importance accordée au maintien de leurs droits et de leur responsabilité à l’échelle internationale.
 
LES ÉVOLUTIONS SOUHAITÉES DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE FRANÇAISE
 
 
La manière dont la Grande-Bretagne souhaiterait que la politique étrangère de la France évolue pourrait se résumer en deux mots : cohérence et leadership. Mais compte tenu de la nature de la politique interne française, Londres ne s’y est jamais vraiment attendu, ni ne l’a jamais vraiment espéré. Néanmoins, la Grande-Bretagne souhaiterait voir évoluer certains aspects généraux de la politique française.
Il faudrait, tout d’abord, que soit mis un terme à la tendance de la politique étrangère française au « non, mais... ». Celle-ci rend difficiles les relations entre la France et ses partenaires, elle reflète par ailleurs le manque patent de perspective et de contrôle de la politique française, et s’appuie, enfin, sur la rivalité entre l’Élysée, le Quai d’Orsay et Matignon pour le pouvoir.
Il serait également souhaitable que la cohabitation cesse après l’élection présidentielle qui, espérons-le, apportera davantage de cohérence et de force à la politique étrangère de la France.
Troisième point, il conviendrait que la France cesse de dépeindre la Grande-Bretagne comme un « mauvais élève » européen, pour la seule raison qu’elle ne partage pas certaines vues de la politique européenne française. Cette dernière reste, en effet, problématique pour la Grande-Bretagne, tant il est clair que les deux pays ne partagent pas la même vision d’avenir de l’Europe. Pour autant, la Grande-Bretagne ne serait pas un « moins bon » Européen que la France.
Quatrièmement, la France et la Grande-Bretagne doivent poursuivre leur collaboration rapprochée au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.
Une coopération opérationnelle en termes de sécurité et de défense, en Europe et ailleurs, doit également être prolongée. Londres admet qu’en dépit des divergences de points de vue entre la France et la Grande-Bretagne sur les questions de défense européenne, les deux pays peuvent continuer de collaborer tant l’environnement extérieur conditionne les aspects politiques et institutionnels de la politique européenne de sécurité et de défense.
Enfin, des efforts constants doivent être déployés pour trouver une issue au débat ancestral, et désormais nettement anachronique, sur la relation de la France à l’OTAN. Ni l’OTAN ni la politique européenne de sécurité et de défense ne disparaîtront. Le dilemme « réintégrera, ne réintégrera pas » paraît bien médiocre à la lumière des événements du 11 septembre 2001.
 
JEUX DE POUVOIR
 
 
Les principes directeurs de la politique étrangère de la France et de la Grande-Bretagne sont, en pratique, exactement les mêmes : l’utilisation du pouvoir afin de satisfaire des intérêts vitaux, généraux et fondamentaux. C’est pourquoi les deux pays se comprennent si bien, et s’irritent mutuellement si fréquemment. La seule vraie différence entre les deux pays réside dans le fait que la Grande-Bretagne est sans doute plus honnête que la France du point de vue du rôle qu’elle entend jouer dans le monde. Et c’est bien l’hypocrisie de la politique étrangère française qui est la source des tensions entre Londres et Paris. Or, à long terme, les deux pays devront reconsidérer leur rapport au monde.
Le monde d’aujourd’hui ressemble étrangement à ce qu’il était en 1815, date à laquelle les rivaux de la Grande-Bretagne s’étaient soit épuisés les uns les autres (France, Autriche et Russie), soit n’existaient pas encore (Allemagne), soit finissaient de se constituer (États-Unis). Cette trêve permit à la Grande-Bretagne de construire son second empire qui vécut pendant exactement un siècle. L’unification de l’Allemagne sous l’égide de la Prusse en 1870, puis l’émergence des États-Unis sur la scène internationale, en 1898, ont engendré le déclin irrévocable de la Grande-Bretagne comme puissance mondiale. La fin de la guerre froide a entraîné le succès et la prééminence de la France et de la Grande-Bretagne, mais cette période ne durera pas. D’ici peu l’Allemagne, le Japon, la Chine, la Russie et peut-être même l’Inde investiront les places de grandes puissances qui leur reviennent de droit, avec, pour résultat, que le soleil se couchera enfin sur cet été indien qu’ont connu les puissances britanniques et françaises. Si un point de convergence continue encore d’exister entre ces deux vieilles puissances coloniales, c’est bien celui d’une Union européenne efficace et puissante à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Europe. Malheureusement, les vieilles manies ont la vie dure, et l’habitude du jeu de pouvoir est peut-être celle dont il est le plus difficile de se défaire.
Tant la France que la Grande-Bretagne sont des États de taille moyenne, dotés d’économies fortes et de forces armées coexistant sur la même portion de la planète, qui voient le monde du même œil, et sont de plus en plus affectés par le comportement de la seule et unique superpuissance mondiale. Quoi qu’il advienne, les deux pays sont liés par des intérêts communs. Au final, si l’un ou l’autre devait ne pas exister, il faudrait sans doute l’inventer. Les deux partenaires sont devenus essentiels à leurs psychés nationales respectives, ne serait-ce que pour se convaincre de leur supériorité par rapport à l’autre. N’est-ce pas malheureux ?
(Traduit de l’anglais par Émilie Aberlen)
 
NOTES
 
[1] « Punches above its weight ».
[2] C’est au mois de décembre 1995 que le président J. Chirac annonça, dans une allocution télévisée, à la nation française, la fin de la conscription. Il déclara que son but était de rapprocher l’armée française du modèle britannique, qualifié de « plus efficace au monde ». Le message était clair : seules des forces professionnelles peuvent remplir correctement la gamme de missions auxquelles une armée moderne doit faire face.
[3] On notera que compte tenu de leur propension à exploser, ces territoires sont connus dans certains cercles britanniques sous le nom de « volcans dépendants » !
[4] Dans un article du Financial Times, « Europe Looks beyond the Euro », en date du 26 novembre 2001, Quentin Peel saisit en quelques mots le dilemme européen de la France au sujet de l’élargissement : « Comme pour la plupart des autres projets européens, la difficulté de l’élargissement tient en ce qu’il reste une priorité pour l’élite, pas pour l’électeur moyen. Par ailleurs, personne ne s’avise franchement d’évoquer les difficultés que la réalisation d’une telle entreprise soulève. L’élargissement ne manquera pas d’être coûteux et de rendre extraordinairement inefficace l’Union européenne, sauf réformes radicales. Mais personne n’est prêt à agir. »
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