Revue internationale et stratégique
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p. 99 à 104
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La France vue de l'étranger

n° 45 2002/1

2002 Revue internationale et stratégique La France vue de l’étranger

Idées simples mais idées fixes

Simon Serfaty Directeur des études européennes au Center for Strategic & International Studies (CSIS) à Washington, DC, et professeur de politique étrangère américaine a l’Université du Old Dominion (ODU) à Norfolk.
« Les États-Unis peuvent-ils faire confiance à la France ? » Il s’agit là d’une question récurrente outre-Atlantique, pour laquelle aucune réponse ne semble véritablement avoir été arrêtée. Est-ce à dire que les relations franco-américaines souffriraient encore, à l’heure actuelle, de ces malentendus qui ont ouvertement caractérisés l’après-Seconde Guerre mondiale ? Si les tensions nées de ces divergences ne semblent pas fonder, aujourd’hui, la réalité de la relation transatlantique, il n’en demeure pas moins que les représentations « hostiles » et les perceptions négatives de l’un pour l’autre dictent encore largement les comportements diplomatiques et politiques des autorités dirigeantes de chaque pays. Cependant, les attentats survenus le 11 septembre 2001 permettront peut-être de dépasser ces appréhensions et ces méfiances mutuelles qui viennent miner les relations entre les deux pays. Simple Views but idées fixes
« Should the United States trust France ? » This question is recurrent across the Atlantic, and has found no definitive answer so far. Does this mean that Franco-American relations still suffer from the misunderstandings of the post Second World War era ? Even though these tensions do not reflect the reality of the transatlantic relation, the negative perceptions and the « hostile » presentations of one and the other continue dictating the diplomatic and politic behaviours of their governing bodies. However, the events of the 11th of September 2001 may allow the overcoming of these apprehensions and mutual distrusts which undermine their relationship.
Nous nous faisons tous une certaine idée de la France. Pays « extraordinaire, s’exclamait Alexis de Tocqueville, la plus brillante et la plus dangereuse des nations d’Europe [...] ». Et Tocqueville d’ajouter : « Voilà un objet d’admiration, de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d’indifférence. »
Dans l’ensemble, cette idée de la France a pénétré l’histoire des États-Unis. « Je ne peux m’empêcher d’aimer ce peuple ; sa richesse, sa magnificence et sa splendeur sont au-dessus de toute description. » Ainsi s’exprimait John Quincy Adams en 1778 [1]. Thomas Jefferson lui-même se prononçait en ces termes : « Demandez à un voyageur de quelque nationalité, dans quel pays il aimerait vivre. Certainement le mien ; quel serait son deuxième choix, certainement la France. » [2] Passons rapidement des Pères fondateurs aux architectes de la guerre froide, et c’est avec quelque surprise que l’on redécouvre le rôle de pilier attribué à la France de l’après-guerre par ces derniers. En 1949, Dean Acheson remarquait que « la clé de l’intégration européenne est entre les mains des Français ». Pour l’ambassadeur David Bruce, s’exprimant lors d’une réunion des ambassadeurs américains en Europe : « Nous avons été trop tendres avec les Anglais : depuis la guerre ils bloquent constamment l’édification de l’Europe économique. » [3]
Une autre guerre, froide celle-ci, et un autre saut, dans le présent cette fois, et nous voilà en proie à un mal français contagieux. « L’Amérique peut-elle faire confiance à la France ? », c’est une question importante posée par d’éminentes personnalités telles que James Baker, alors secrétaire d’État, lorsqu’il demandait à Roland Dumas : « De quel côté êtes-vous donc, avec nous ou contre nous ? » [4] Et à la fin de l’année 1999, Richard Perle de s’exclamer : « Pour être tout à fait honnêtes, nous ne faisons pas confiance aux Français. » Ainsi, le mal français réside, aux États-Unis, dans le fait de percevoir toute objection aux politiques américaines comme ne pouvant être inspirée que par la France. Ce mal suppose que sans les objections françaises, il n’y aurait aucune objection aux préférences américaines en Europe.
Mais, parce que les Français, eux aussi, se font une certaine idée des États-Unis, il y a également un mal américain en France. L’hégémonie américaine, affirme Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, n’est pas le résultat d’un complot, mais « le résultat d’un projet ». Fort juste. Projet plutôt que complot parce que même cette réalité hégémonique qui semble irriter, voire effrayer la France, n’est ni l’expression d’une ambition, ni l’aboutissement d’une vocation, mais, plus simplement, la conséquence des insuffisances, à ce jour, de la construction européenne et des États qui en font partie.
Que les États-Unis soient rendus responsables de ces insuffisances est quelque peu étrange. Mais, au fond, n’est-ce pas cela le mal américain en France, un mal qui, précisément, consiste à nier les nombreux résultats positifs du « projet » américain afin d’insister, au contraire, sur le besoin de s’opposer et de faire échec au « complot » enfin dévoilé à la fin de la guerre froide ? Voilà un alibi fait sur mesure. Il n’y a pas davantage d’Europe parce qu’il y a trop d’Amérique en Europe. Mieux encore, avec moins d’Amérique en Europe, il y aurait plus d’Europe pour les Français. Et enfin, condition idéale, c’est le surplus d’hégémonie américaine – hyperpuissance qui confond agitation et intervention – qui est une cause de désordre international au sein d’un système qui ne peut trouver son salut que dans une nouvelle multipolarité.
Constater ce mal de part et d’autre de l’Atlantique est plus facile que de l’expliquer, et le guérir semble aller au-delà du concevable. C’est un procès d’intention permanent. Juges-pénitents, nous sommes tellement distants, et pourtant tellement semblables. Deux pays qui se querellent constamment, et qui se sont pourtant affirmés depuis 1945 comme des alliés sans pareils. Deux nations qui s’admirent et se respectent, mais n’admettent pas qu’on les compare dans ce qu’elles ont de similaire. Deux nations qui n’ont pas d’idéologie, parce que chacune d’entre elles en est une. Si l’expression « mission civilisatrice » n’était pas française, elle serait américaine. Si la Manifest Destiny ne faisait pas partie de l’histoire américaine, elle esquisserait l’histoire de la France. La France et les États-Unis ont toujours eu une certaine idée d’eux-mêmes, et l’un de l’autre. Récemment, ces idées ont créé un cercle vicieux, quasi paranoïaque. C’est sans remède – un mal qui n’est pas fatal mais qui reste chronique.
 
ENVOL OU FAUX DÉPART ?
 
 
Les événements du 11 septembre 2001 permettront-ils de se défaire de ces méfiances et de ces appréhensions que nous éprouvons les uns pour les autres ? Ce n’est pas exclu. Il y a, non seulement entre la France et les États-Unis, mais également entre l’Europe et les États-Unis, une communauté dont l’existence s’est vue confirmée par les événements de l’automne 2001, lorsque les valeurs qui nous unissent ont été menacées par l’anarchie terroriste de groupuscules dont la seule ambition est de massacrer ceux qui n’acceptent pas de les suivre. Communauté d’intérêts, donc, particulièrement bien comprise lorsque le président Jacques Chirac déclarait : « Cette fois, c’était New York. La prochaine fois, ce pourrait être Paris, Berlin ou Londres. » De là à construire une communauté d’action à l’image du noyau dur de la coalition formée à l’occasion des attentats, il n’y a qu’un pas, ou, plutôt, un bond, qui nous permettrait de franchir le gouffre actuel qui nous sépare au sein de l’Alliance, tout en réduisant davantage les différences qui éloignent encore les États européens dans leur Union.
Pour faciliter ce bond, encore faut-il bien saisir l’énormité de ces événements. Dans les années à venir, les historiens de la prochaine génération écriront que ce millénaire débuta par une campagne militaire marquant non seulement un « tournant » pour l’histoire américaine, mais aussi dans l’histoire de la guerre. Le premier de ces tournants fut amorcé au début du XVIe siècle, lors de la conquête espagnole du Mexique et peu après la campagne française en Italie, vingt ans plus tôt. Avec l’emploi de la poudre à feu, la guerre cessait d’être un « jeu », voire un art, réservé aux rois et aux chevaliers, pendant que le peuple demeurait impuissant, ignorant et indifférent à des conflits qui ne le concernaient pas. Avec la poudre, la tuerie perdait son intérêt puisque les combattants pouvaient tuer à distance, transformant donc la guerre en une opération beaucoup moins héroïque et beaucoup plus déterminée par la raison d’État chère au système westphalien.
Néanmoins, les guerres demeurant d’intensité restreinte, il importait, pour leur donner un élan supplémentaire, d’élargir la bataille et d’améliorer ses outils. Au début du XIXe siècle, la conscription de masse, en vigueur durant les guerres napoléoniennes, ouvrait une période nouvelle de guerre totale, poursuivie, en fin de siècle, en Crimée, en Amérique lors de la guerre civile, et durant la guerre franco-prussienne. Enfin, au XXe siècle, les grands progrès des technologies militaires exposaient davantage la population civile aux excès des guerriers, augmentant rapidement le nombre des victimes jusqu’au jour où la logique nucléaire sembla faire de la raison d’État un défi à la raison [5].
C’est la loi de la jungle. Les guerres traditionnelles sont menées par des entités dont les structures et les ressources permettent l’exercice de la dissuasion ou des représailles massives allant du fort au faible. Ces nouveaux conflits, eux, sont déclenchés par les déshérités des banlieues pauvres de notre monde contre les nantis des pays riches et démocratiques ; conflits entre un monde où l’État fonctionne et un monde où il n’existe pas, batailles pour lesquelles il n’y a ni dissuasion ni représailles puisqu’il n’y a pas de cibles et que les victimes, déjà désespérées, célèbrent leur mort pour exprimer leur « espoir », comme le faisaient les héros-fiction d’André Malraux. Le dernier homme, gâté et décadent, sera-t-il capable de se défaire du premier homme de Thomas Hobbes, révolté par une vie « pauvre, désagréable, brutale et courte » [6] ?
Honoré de Balzac se demandait déjà, par l’intermédiaire d’Eugénie Grandet, ce « que deviendra notre pays lorsque les aspirations d’atteindre un paradis de luxe passe[ront] de la bourgeoisie au peuple ». Il n’est pas surprenant que la Russie se retrouve à l’aise au milieu de ce nouveau type de conflit, un pays habitué à la guerre et à la terreur, où Vladimir Poutine peut finalement attaquer une « civilisation moderne » qu’il aimerait pourtant adopter, comme une civilisation qui est devenue « lourde, lente et incapable de résistance ». Alors que George W. Bush déplore le « morceau d’âme » perdu par son pays le 11 septembre 2001, son nouvel « ami », V. Poutine, se réjouit du fait que ce même jour l’« humanité a mûri » [7].
L’histoire, rappelle Zbigniew Brzezinski, « nous enseigne qu’une grande puissance ne peut rester longtemps dominante si elle ne projette pas au monde un message de pertinence ». Pertinent non seulement pour la bourgeoisie – à savoir, les alliés démocratiques –, mais aussi pour les masses – à savoir, les autres [8]. À l’avenir, la capacité des alliés de continuer à suivre les États-Unis représentera une épreuve décisive pour la crédibilité des alliances, mais la capacité des États-Unis de se faire suivre par le reste du monde représentera aussi un test crucial de leur rang dans les régions où leur message a perdu une grande partie de sa signification, voire de son importance. Autrement dit, la communauté de valeurs construite entre les États-Unis et l’Europe durant la guerre froide devra s’exprimer comme une communauté d’actions engagée à assurer la défaite totale de la terreur et du terrorisme. Dans cette communauté, les limites admissibles des différences pourraient devenir de plus en plus étroites si la campagne se propage au-delà de l’Afghanistan, notamment en Irak.
 
COMMUNAUTÉ D’INTÉRÊTS ET D’ACTIONS
 
 
« Pour moi, confiait H. Védrine à Domique Moïsi, la communauté de valeurs reste relative, et un système d’alliance ne suffit pas à faire une identité commune. » Cependant, une communauté de valeurs peut justifier une action qui serait développée et poursuivie en commun. Pour se faire, il nous faut quelques règles de conduite, quelques initiatives qui nous permettraient de panser nos maux respectifs et de repenser nos conduites antérieures. Ces règles se retrouvent à l’échelle nationale, régionale et globale.
Au niveau des images et des idées, la France aura les États-Unis qu’elle perçoit, autoritaires et intransigeants ; de même, hélas, les États-Unis auront la France qu’ils décrivent, hostile et distante, à moins qu’il n’y ait, enfin, un changement de ton et d’attitude [9]. Il est temps de donner à la France et aux États-Unis l’allié qu’ils méritent l’un et l’autre en fonction de ce qu’ils ont fait l’un pour l’autre. Le potentiel militaire français, aussi bien que son influence politique, amplement reconnus aux États-Unis, font qu’il ne peut y avoir d’Europe-puissance associée à la puissance américaine que dans la mesure où la France y est activement engagée. Pour se faire, il serait utile, de part et d’autre, de modérer le ton et de s’expliquer davantage. Trop de mauvais souvenirs font obstacle à la coopération voulue par nos deux pays, et trop de mauvaises phrases renouvellent ces souvenirs aux dépens de nos deux pays. Les procès des États-Unis en France, et de la France aux États-Unis – procès des institutions, des dirigeants, des valeurs – se font le plus souvent face à un miroir [10].
Deux exemples suffiront à expliquer les changements de ton et d’attitude souhaitables. D’abord, dans la caricature qui est faite régulièrement des dirigeants politiques américains. C’en est assez. Il n’est pas nécessaire de les aimer, mais du moins serait-il convenable de les respecter. L’exception culturelle de la France est de plus en plus mal accueillie ; et, dans la plupart des cas, c’est une exception qui se conjugue surtout au passé. Insister trop lourdement sur cette exception, c’est inviter à la contester trop brutalement. Certes, il s’agit là d’un problème qui se retrouve principalement au niveau des élites, mais les élites forment l’opinion, et assument souvent la relève du pouvoir. Les hauts fonctionnaires d’aujourd’hui, qu’ils soient en poste au Pentagone, au département d’État ou ailleurs, ont lu – oui, ils savent lire ! – les rapports de presse sur « leur » candidat, actuellement président [11].
Un autre exemple, relatif à la « sursimplification » du système international, qui souffrirait, nous dit-on, d’un danger d’unipolarité le menaçant de tomber sous la domination d’une hégémonie américaine mal préparée aux grandes affaires géopolitiques, ou, pire encore, trop intéressée par les petites affaires économiques, méritait également d’être souligné. Dans un article publié au mois de décembre 2000 [12], H. Védrine écrivait : « Il y a très peu d’analyse et de réflexions sur l’état du monde. » En fait, il vaudrait mieux engager une réflexion commune sur les risques d’une nouvelle multipolarité que les Américains savent inévitable, mais pour laquelle ils veulent se préparer, alors que leurs alliés semblent vouloir s’y résigner. Comment, par exemple, évoluera la notion de dissuasion, et comment se pensera la question nucléaire dans un monde pentagonal qui, en 2015, comprendrait deux États dont la population excéderait 1,5 milliard d’habitants, en plus d’une Russie à nouveau forte et d’une Union européenne (UE) à 25 ou 30 membres ? Au sein d’un tel système à cinq, quel sera le jeu des alliances – avec et contre qui ? –, et quelles alliances seront le plus directement impliquées, où et comment ? Voilà un débat sérieux qu’Européens et Américains devraient poursuivre, ensemble, dans toutes ses dimensions, plutôt que selon une lecture visant à justifier l’idée d’un contrepoids à la puissance prépondérante du moment.
Débarrassés de nos idées simples, mais fixes, les États-Unis et la France pourraient agir ensemble beaucoup mieux et dans bien des domaines. Prenons l’exemple de l’Europe : c’est précisément parce que les États-Unis prennent dorénavant la construction européenne au sérieux qu’il y a du sérieux dans leurs appréhensions. Au moment où s’engage un grand débat sur la finalité des institutions européennes, ne serait-il pas bon d’introduire dans ce débat la dimension euro-atlantique à laquelle les États-Unis ont droit ? Comment envisager les relations entre les États-Unis et l’UE, comment normaliser les rapports des deux institutions, l’UE et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), sur lesquelles repose l’Europe, non seulement au niveau de leurs membres, mais aussi du point de vue de leurs structures ? Comment intégrer la Russie dans cet espace euro-atlantique – définir une Ostpolitik commune, plutôt que de rechercher des actions séparées ? Comment en finir avec les équivoques de la présence incomplète de la France dans l’OTAN, et comment résoudre les excès d’une organisation militaire qui ne s’est pas adaptée aux conditions de l’après-guerre froide ?
Enfin, il y a les autres, ceux qui n’appartiennent pas à la communauté euro-atlantique, et dont nos deux pays se veulent les chefs de fil, les États-Unis pour leur dimension atlantique et la France pour sa dimension européenne. Ce n’est pas seulement de la Russie et de la Chine dont il s’agit – puissance défaite et puissance montante – mais, plus proches de nous, des régions du golfe Persique et des Balkans, et des institutions multilatérales. C’est là que la « guerre de 911 », ainsi nommée pour refléter sa date et le caractère historiquement rétroactif de l’agression dont ont été victimes les États-Unis, peut servir de catalyseur, puisque c’est là qu’elle risque d’avoir son impact le plus immédiat. Dans les années qui viennent, il faudra s’unir au sein des institutions internationales – l’Organisation mondiale du commerce, l’Organisation des Nations unies, le G 8, etc. –, qui auront pour mission d’assurer la réhabilitation de ces Failed States où se jouera le sort du XXIe siècle. Pour l’année 2004, imaginons des évolutions convergentes entre l’OTAN et l’UE, y compris un sommet commun où seraient ébauchés les plans d’un élargissement de ces deux institutions aux nouveaux membres qu’elles auront choisis, chacune à sa manière. En 2003, pour le cas où les forces américaines se trouveraient engagées sur d’autres théâtres d’opérations, il faudrait alors compléter le dispositif dans les Balkans, où les Européens pourraient assumer davantage de responsabilités par le biais d’une identité européenne renforcée et acceptée sans aucune équivoque par les États-Unis. Enfin, en 2002, il importera également de clarifier la situation dans le golfe Persique, en Irak surtout, car l’arithmétique des risques ayant changé le 11 septembre 2001, le danger représenté par Saddam Hussein et son régime terroriste ne pourra plus être toléré.
Pour conclure, retournons, une fois de plus, vers Alexis de Tocqueville, dont l’idée de la France s’exprimait avec un réalisme frappant lorsqu’il considérait qu’elle était « plus capable d’héroïsme que de vertu, de génie que de bon sens, propre à concevoir d’immenses desseins plutôt qu’à parachever de grandes entreprises ». Nos deux pays se ressemblent et se complètent suffisamment pour nous permettre, ensemble, de tout faire, même si, effectivement, il ne nous sera jamais possible de tout faire ensemble.
 
NOTES
 
[1] David McCullough, John Adams, New York, Simon & Schuster, 2001, p. 192.
[2] Cité dans Charles G. Cogan, Oldest Allies, Guarded Friend : The United States and France since 1940, Westport, Conn, Praeger, 1994, p. 200.
[3] Cité dans John Harper, Visions of Europe, Cambridge, United Kingdom, et New York, Cambridge University Press, 1994, p. 219. Lire également George Kennan, Memoirs, Boston, Little Brown, 1967, p. 445-447. L’ambassadeur D. Bruce est cité par John Ickenberry, « Rethinking the Origins of American Hegemony », Political Science Quarterly, vol. 104, no 3, automne 1989, p. 391.
[4] Michael Gonzales, « Can America Trust the French ? », Wall Street Journal, 23 novembre 1999.
[5] John U. Nef, War and Human Progress : An Essay on the Rise of Industrial Civilization, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1963 ; C. V. Wedgwood, The Thirty Years War, Londres, J. Cape, 1938, p. 13 ; Raymond Aron, The Century of Total War, Garden City, New York, Doubleday, 1954.
[6] Robert D. Kaplan, The Coming Anarchy : Shattering the Dreams of the Post Cold War, New York, Random House, 2000 ; Eric J. Hobsbawm, On the Edge of the New Century. Conversation avec Antonio Polito, New York, The New Press, 2000, p. 37.
[7] Pour le texte de la conférence de presse de George W. Bush, lire The Washington Post, 12 octobre 2001, p. A20-21. Vladimir Poutine est cité dans le Washington Post, 9 octobre 2001, p. A16.
[8] Zbigniew Brzezinski, Out of Control : Global Turmoil on the Eve of the Twenty-First Century, New York, Charles Scribner’s Sons, 1993, p. 89.
[9] Jacques Andréani, « Les Européens auront les Américains qu’ils méritent », Commentaire, no 94, été 2000.
[10] Marie-France Toinet, citée par David Ellwood, « French Anti-Americanism and McDonalds », History Today, février 2001.
[11] Le plus outrageant de ces rapports demeure celui de Philippe Labro, « Chronique de l’Amérique en campagne », Le Monde, 18 octobre 2000, p. 16-17.
[12] N.d.l.R. : Hubert Védrine, « Refonder la politique étrangère de la France », Le Monde diplomatique, décembre 2000.
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