2002
Revue internationale et stratégique
L’Afrique à l’heure de la mondialisation
Une nouvelle initiative pour le développement en Afrique
Ahmedou Ould-Abdallah
Secrétaire exécutif de la Coalition mondiale pour l’Afrique (Washington).
De nombreuses initiatives économiques ont été élaborées afin de lutter contre la pauvreté en Afrique, et beaucoup d’entre elles n’ont jamais abouti, à l’instar de l’Initiative spéciale pour l’Afrique, annoncée par le Secrétaire général des Nations unies en 1996. Lancé en juillet 2001, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ravive toutes les espérances. Projet novateur, il constitue la synthèse de plusieurs plans antérieurs, mais s’en distingue tant par son approche que par son champ d’application et, surtout, par le suivi qu’il propose de ses actions. Sa viabilité n’en demeure pas moins conditionnée aux questions de son financement et de sa réappropriation par les populations africaines. Or ces problématiques devront être rapidement levées afin, non seulement, d’assurer son efficacité et sa pérennité, mais surtout de tenir ses promesses.
An Innovating Development Initiative for Africa
Numerous economic projects have been put in place to encourage the development of Africa and to fight poverty. Many of them, like the Special Initiative for Africa, introduced by the General Secretary of the United Nations in 1996, have been aborted. Launched in July of 2001, the New Partnership for Africa’s Development has given rise to many hopes. It is an innovating project that brings together plans that were previously elaborated. However, it has its own approach and field of application, and distinguishes itself in planning a follow up of its activities. Its viability is, nevertheless, hanging on several uncertainties relating to the issue of financing and appropriation by African peoples. These issues need to be addressed immediately not only in order to guarantee its efficiency and its long-term viability, but also in order to ensure that the program keep its promises.
Il n’est pas exagéré d’écrire que l’Afrique ne manque pas d’initiatives ou, pour être plus précis, que plusieurs initiatives économiques ont déjà été prises au nom du continent depuis les indépendances, toujours avec enthousiasme en Afrique et avec une sympathie condescendante au Nord. Certaines de ces initiatives sont vite tombées dans un oubli précoce, d’autres ont survécu sur le papier mais sans pourtant porter leurs fruits. C’est en particulier le cas du Plan de Lagos, adopté en 1980 par les ministres africains du Développement. Ce fut également le sort réservé à l’Initiative spéciale pour l’Afrique, annoncée en 1996 par le Secrétaire général des Nations unies. Quant au traité d’Abuja, de 1991, il établissait une communauté économique africaine qui reste à matérialiser. Ces antécédents peu convaincants ont rendu sceptiques bon nombre de panafricanistes, avocats infatigables des initiatives économiques et politiques à l’échelle du continent. Leurs certitudes, ébranlées par les échecs passés, se trouvent de nouveau revigorées par la toute dernière initiative pour le développement de l’Afrique. C’est pourtant dans un contexte plutôt ambigu et sur fond de morosité économique qu’est lancé, en juillet 2001, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). De gros efforts médiatiques et des rencontres au sommet sans précédent, entre les chefs d’État africains et leurs homologues du G8, ont accompagné la naissance du NEPAD. L’intérêt suscité par celui-ci va au-delà d’un simple exorcisme destiné à rasséréner une Afrique victime de mauvaises performances devenues chroniques. Il semble s’expliquer par son propre contenu : un message fort, mais aussi un défi au continent et à ses partenaires. En effet, le NEPAD se présente comme un programme novateur prévoyant des responsabilités partagées assorties d’une obligation réciproque de rendre des comptes. Le suivi, pour une fois envisagé, ne peut cependant ignorer un certain nombre d’ambiguïtés relatives au financement de l’initiative et à sa réappropriation par les populations.
UNE SYNTHÈSE ORIGINALE ET ASSUMÉE
Le NEPAD constitue la synthèse de plusieurs plans dont le plus connu est le Millennium African Plan (MAP). Il n’est pas sans intérêt de noter que le MAP signifiait également une carte/charte de navigation. En le proposant, ses auteurs, les trois présidents algérien, nigérian et sud-africain, pensaient sans doute avoir ainsi tracé la voie à suivre en vue de la renaissance africaine. À cet égard, le président sud-africain, Thabo Mbeki, avait déjà établi, en 1998, un institut d’études appelé tout simplement Renaissance africaine, et dont le siège se trouve au Botswana. Au MAP s’est ajouté le plan Oméga du président sénégalais Abdoulaye Wade, largement axé sur les infrastructures. Le sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui s’est tenu en juillet 2001, à Lusaka en Zambie, a intégré les deux plans sous l’appellation de Nouvelle initiative pour l’Afrique (NIA). Plus tard, en octobre 2001, à Abuja au Nigeria, un groupe de chefs d’État s’est réuni pour préparer la mise en œuvre et le suivi de la NIA. Ils en profitèrent pour la rebaptiser NEPAD. Globalement, le NEPAD propose une analyse des facteurs constituant des obstacles à une croissance durable de l’Afrique, présente une série de conditions préalables au développement et indique les domaines prioritaires pour l’allocation des ressources. Plus concrètement, il propose huit initiatives auxquelles les pays africains prendraient part, les incitant ainsi à accepter des règles et des disciplines contraignantes pour leurs gouvernements. Sagement, il y ajoute une priorité aux questions qui demandent des mesures d’urgence : sida, maladies infectieuses, nouvelles technologies, accès aux marchés mondiaux par la suppression des subventions, en particulier dans le secteur agricole. Enfin, le NEPAD énonce les principes d’une nouvelle coopération entre l’Afrique et ses partenaires extérieurs. À cet égard, on peut se demander si, pour ses auteurs, la recherche de nouveaux rapports entre, d’une part, l’Afrique, et, d’autre part, les États membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et les institutions financières internationales ne constitue pas l’un des fondements, ainsi que la légitimité et l’objectif de la démarche qui sous-tend le NEPAD. Il s’agit d’une conviction politique sincère, presque idéologique, de ces dirigeants et des présidents algérien et sud-africain en particulier. L’idée du Nouvel ordre économique international, défendue dans les années 1970 par les pays du Sud, n’est peut-être pas totalement étrangère à la philosophie qui a donné naissance au NEPAD.
Il ne fait pas de doute que, par son approche et par son champ d’application, le NEPAD se distingue sérieusement des initiatives d’antan, telles le Plan de Lagos de 1980, l’Initiative spéciale de 1996 et même du Nouvel ordre économique international. Le NEPAD n’est pas non plus une simple résolution de l’Organisation des Nations unies (ONU) ou de l’OUA adoptée à la suite d’un marchandage complaisant. Tout d’abord, il est essentiellement conçu, élaboré et préconisé par des dirigeants africains actuellement en exercice et qui se sentent engagés pour sa réussite. Par ailleurs, il a été débattu et amendé par leurs collègues avant et après le sommet de Lusaka. Or cette acceptation par les Africains de leurs propres responsabilités est un aspect des plus remarquables au vu de la difficile situation économique et politique que connaît actuellement l’Afrique. Il s’agit là d’une autocritique impensable il y a seulement quelques années, mais qui est aujourd’hui la bienvenue. De fait, refuser d’assumer ses erreurs et rejeter tous les torts et les errements sur l’histoire ou l’étranger n’a jamais facilité le progrès social, politique et économique. Les nouveaux dirigeants africains semblent convaincus de la portée de cette sagesse. En toute logique, le NEPAD exige d’eux des engagements et des obligations spécifiques. Ils sont ainsi invités à jouer un rôle moteur dans la mise en œuvre des différents programmes prévus par le plan. À ce sujet, on note que l’une des mesures les plus intéressantes consiste en l’établissement d’un système d’examen par les pairs en vue de favoriser l’obligation de rendre compte. En d’autres termes, il s’agit de s’assurer que les engagements pris sont respectés et les objectifs atteints. Cet examen par les pairs constitue une sorte de code de conduite comparable à ceux qui régissent l’Ordre des médecins ou des avocats. Même si, en ce qui concerne les chefs d’État en fonction, cet examen reste plus facile à établir qu’à pratiquer, le principe de justiciabilité devant ses pairs est extrêmement positif et utile. Il ouvrira la voie à une saine ingérence, naguère inconcevable, dans les affaires intérieures des États. Enfin, bien que des partenaires de développement soient sollicités pour soutenir le NEPAD, celui-ci repose sur les principes d’avantages, d’engagements et de responsabilités mutuels. Tout en formulant leurs stratégies globales de développement, les pays doivent non seulement s’attacher à relever les défis mais également chercher à tirer parti des opportunités et des potentialités qui existent chez eux. Dans cette perspective, le NEPAD évoque les éléments les plus attractifs du patrimoine africain, tout d’abord comme une base pour leur propre développement durable, mais également en tant qu’offre au reste du monde. Le document cite alors les forêts tropicales pour leur contribution à la biodiversité du globe et leur importance vitale pour les écosystèmes planétaires. Les réserves du patrimoine archéologique sont soulignées, de même que le potentiel minier et agricole. Enfin, le tourisme est mentionné comme une activité qui ne demande que plus de sécurité et de paix pour se développer autour du patrimoine culturel et historique, et des réserves naturelles du continent.
Le NEPAD présente une analyse originale et plutôt franche des problèmes et des contraintes liés au développement de l’Afrique. Il en attribue la responsabilité en priorité au continent lui-même, évoquant sans détour, et sans chercher des alibis, les problèmes de corruption, de mauvaises gouvernances et les faiblesses des politiques menées depuis les indépendances. Il reconfirme par ailleurs l’obligation pour l’Afrique de prendre en charge son propre processus de développement, et demande aux Africains d’être les architectes de l’amélioration durable et soutenue de leurs conditions de vie. Il les invite également à envisager une ère sans aide publique au développement (APD), précisant que celle-ci « a déjà atteint ses limites », et se prononce en faveur du développement de l’agriculture présenté comme « une condition préalable au développement économique du continent ». Toujours aussi novateur, ou pour le moins à contre-courant des idées convenues, le NEPAD avance l’idée d’un refus pragmatique du concept d’antimondialisation. Bien que celui-ci soit souvent évoqué principalement au nom de l’Afrique par ses amis étrangers, les dirigeants du continent pensent qu’« une intégration gérée efficacement présente les meilleures perspectives d’une prospérité économique et, à terme, d’une réduction de la pauvreté ». Ils voient dans l’intégration à l’économie mondiale le moyen de mettre un terme à la marginalisation croissante de leurs pays. Par ailleurs, le document reconnaît que l’intégration africaine commence à l’échelon régional, où des progrès doivent être confirmés par une consolidation des cinq groupements économiques actuels que sont l’Union du Maghreb arabe (UMA) au nord, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’ouest, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) au centre, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) à l’est, et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) au sud. Il rappelle également d’autres sujets qu’il considère devoir mériter une attention particulière : la place et le rôle des femmes dans la société, l’accroissement de l’épargne nationale et une meilleure gestion des ressources publiques en vue d’inciter cette épargne à ne plus s’expatrier et, finalement, une plus grande attention et un soutien plus crédible au secteur privé négligé un peu partout depuis les indépendances.
Pour se démarquer davantage des programmes et des plans antérieurs, peu loquaces quant au suivi, le NEPAD a pensé à sa propre mise en œuvre. Pour atteindre les objectifs assignés au continent, les dirigeants africains ont repris les prévisions de la Déclaration du millénaire, adoptée à New York par les Nations unies, en septembre 2000. Il s’agit d’abord d’atteindre et de maintenir des taux de croissance annuels de 7 %, ou supérieurs si possible, durant les quinze prochaines années. De toute évidence, ce niveau de croissance dépasse considérablement les taux actuels des pays africains, qui sont en moyenne plus proches de 2 à 3 %. Comment, raisonnablement, peut-on passer de manière crédible des taux actuels aux chiffres proposés par le NEPAD ? Pour atteindre ces objectifs, le nouveau partenariat admet qu’il faudra adopter des stratégies de développement appropriées, dont il avance les principaux éléments constitutifs. Ceux-ci sont énumérés dans le document. Il s’agit tout d’abord de la paix, de la stabilité et de la bonne gouvernance ; de l’éducation et de la santé publique – y compris dans sa dimension de lutte contre le sida ; du développement des infrastructures sous toutes leurs formes physiques et techniques, de l’accroissement durable de la production et de la productivité en vue d’encourager les exportations compétitives ; de la promotion des industries de service, en particulier du tourisme et, enfin, de la mobilisation de l’épargne locale pour contribuer à financer le développement.
Au-delà de ces indications de stratégie, les instigateurs du NEPAD ont envisagé une mise en œuvre de leur programme sous la supervision de 15 chefs d’État représentant les cinq grandes régions géographiques du continent. Par ailleurs, un groupe politique plus restreint, composé de l’Afrique du Sud, de l’Algérie, de l’Égypte, du Nigeria et du Sénégal, fait fonction de comité permanent chargé du suivi régulier. Enfin, un petit secrétariat installé à Pretoria et dirigé par Wiseman Nkuhlu, l’ancien conseiller économique du président T. Mbeki, assure l’administration du NEPAD. En juillet 2002, au sommet de Durban, T. Mbeki, qui sera le prochain président de l’OUA, future Union africaine, aura la responsabilité de superviser la première année de mise en œuvre du NEPAD. Cependant, pour être opérationnel, celui-ci demandera bien plus qu’un secrétariat et des comités spécialisés de chefs d’État. À cet égard, le programme s’appuiera sur plusieurs partenariats, établis sur la base des engagements, dans le sens d’objectifs convenus, qui préciseront les tâches et obligations de chacune des parties ainsi que les buts visés en matière de suivi et de responsabilité. Les pays chercheront à trouver des consensus au niveau national en appui à leurs stratégies de développement. Des formes de coopération entre les gouvernements et le secteur privé devront également être instituées. Il s’agit pour les pays de se convaincre qu’ils sont capables de réaliser des progrès par eux-mêmes. Le soutien extérieur ne doit être qu’un appoint aux efforts nationaux. Par ailleurs, il est prévu de faire appel à la collaboration d’institutions africaines, notamment pour l’élaboration des stratégies et des programmes du NEPAD.
Le NEPAD attend aide et collaboration de la part des partenaires de développement, en particulier en facilitant dans un premier temps la mobilisation d’un niveau adéquat de capitaux privés étrangers, puis en assurant la poursuite de l’aide publique au développement et, enfin, en cherchant à alléger davantage le poids de la dette africaine. Il demande, par ailleurs, à faciliter l’accès des produits africains aux marchés des pays développés, par la baisse des barrières tarifaires et non tarifaires et la réduction des subventions agricoles. Le NEPAD estime que le continent a besoin de 64 milliards de dollars pour le financement des activités prévues. Pour sa part, le G8 estime que la véritable priorité du NEPAD réside dans la rénovation des relations de coopération entre l’Afrique et les pays industrialisés, et non dans le volume des ressources financières allouées au continent. Sans ignorer la valeur des flux financiers pour le développement, le G8 insiste sur « l’importance pour l’Afrique de mettre en place les conditions qui faciliteront l’arrivée des investissements privés dont la contribution économique sera considérablement supérieure à tout montant prévisible que l’aide publique pourra apporter ». Et, en Afrique du Sud, l’ambassadeur du Canada et porte-parole du G8, Robert R. Fowler, d’ajouter : « Si des gens pensent que le NEPAD va soudainement produire 64 milliards de dollars, ils risquent d’être déçus. » L’ambassadeur sortait d’une réunion que les délégués du G8 venaient d’avoir avec le président T. Mbeki au Cap. À Gênes, le G8 a soutenu les principes généraux qui sous-tendent le NEPAD, et ses membres ont désigné des points focaux pour en suivre l’évolution. Par la suite, le groupe des huit pays les plus industrialisés a indiqué que la discussion du financement n’était pas encore achevée, précisant toutefois qu’un montant financier aussi élevé – 64 milliards de dollars – n’était pas concevable à court terme, dans le contexte de crise économique que connaissent de nombreux pays occidentaux. Quoi qu’il en soit, il est crucial que ce problème de financement du NEPAD soit clarifié, afin d’éviter la répétition des ambiguïtés dont avaient tant souffert les initiatives africaines passées. Établir et adopter un plan ambitieux est une chose. Le financer et le mettre en œuvre en est une autre bien plus compliquée. Pour éviter les erreurs du passé, c’est-à-dire la faible performance ou, plus simplement, l’enlisement d’une initiative, il est essentiel de s’assurer que son financement soit acquis et que les populations africaines ne soient pas, une fois encore, frustrées et déçues par des promesses non tenues parce que, dès l’origine, mal avancées. Un dialogue ou, pour le moins, une explication entre les peuples et les gouvernements est indispensable pour éviter de commettre les mêmes erreurs. À cet égard, de nombreux observateurs notent que le NEPAD semble avoir été conçu, discuté et adopté au niveau des seuls chefs d’État et de gouvernement, et que parfois même des ministres n’en ont pas été informés. Ils ajoutent par ailleurs que l’importance du NEPAD n’est pas perçue de la même manière par tous les gouvernements africains. Certains feront des efforts notables pour l’internaliser et chercheront courageusement à le mettre en œuvre ; d’autres, pour des raisons de capacité surtout politique, n’envisagent pas son exécution. Quant au troisième groupe, la majorité des États, il reste attentiste et ne risque pas d’être proactif dans le suivi du programme. Comment alors procéder pour le lancement du projet ? Faut-il s’y engager au même rythme pour tous ou proposer un engagement gradué avec l’espoir de profiter de l’effet d’entraînement que pourrait engendrer le groupe des leaders ? Les mêmes observateurs constatent que le NEPAD a très rarement dépassé le stade des débats au sein des gouvernements. Ils conseillent d’élargir son assise nationale et donc d’associer, sans délai, les parlements à la discussion concernant sa mise en place, et d’envisager, enfin, d’y faire participer la population, en ramenant le programme au niveau des organisations des sociétés civiles africaines, y compris le secteur privé. Un débat national ne peut qu’aider à enrichir le contenu du NEPAD et renforcer sa légitimité. De surcroît, il n’est pas exagéré d’ajouter qu’un échange sur ce programme, entre les gouvernements, les parlements et la société civile, facilitera la transparence pour le futur et renforcera le pouvoir de négociation des dirigeants africains au niveau de leurs relations avec leurs partenaires de développement. Ces ambiguïtés internes doivent être levées rapidement, avant les prochains sommets du G8 de Kananaskis, au Canada, et de l’OUA à Durban, en Afrique du Sud.
Le NEPAD est une véritable gageure. Au-delà de leur engagement à lutter contre la pauvreté, les partenaires de l’Afrique savent, et surtout depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001, qu’ignorer durablement les difficultés d’une région ne peut se faire qu’à leurs risques et périls. La prospérité et la stabilité sociale au Nord ne peuvent se poursuivre si la pauvreté se perpétue au Sud, notamment en Afrique, où de nombreuses institutions publiques sont de moins en moins crédibles, rendant les États vulnérables. Pour leur part, les Africains doivent continuer à faire des efforts au niveau national pour introduire plus de tolérance et de démocratie, et créer les conditions d’une croissance durable. Leurs peuples n’acceptent plus passivement des régimes qui associent la dictature politique à de mauvaises performances économiques. Ici aussi, la stabilité des régimes et la survie de leurs dirigeants restent intimement liées au bien-être des citoyens. Le défi du NEPAD consiste précisément à dépasser des situations nationales et internationales qui n’ont que trop perduré. C’est pour cela qu’il faut espérer que cette dernière initiative africaine ne subisse pas le sort, très confidentiel, de ses aînées.