La conversion de la « soviétologie » française après la disparition de son objet d’étude
Georges Mink
Pendant longtemps, la recherche française sur la Russie et l’Europe de l’Est s’est caractérisée par un penchant idéologique issu de la nature même du régime soviétique. Cependant, au cours des années 1960 et 1970, les préoccupations des chercheurs ont considérablement évolué sous l’effet d’un renouvellement générationnel, de l’accroissement de la transparence des pays d’Europe de l’Est, et de l’irruption des disciplines de sciences sociales, qui, au lieu de partir de la spécificité du terrain, ont appliqué au terrain leurs paradigmes et leurs approches propres. Ainsi, depuis les années 1980, le regard porté sur ces pays s’inspire de l’idée de la complexité, de la diversité et de la nécessaire contextualisation des hypothèses. Par ailleurs, le démantèlement du bloc soviétique et l’ouverture des terrains d’observation ont poussé les autorités publiques à consentir à un effort financier sans précédent à l’étude de l’Europe centrale et orientale.
French « Sovietology » : Making up for a Vanishing Object
French research on Russia and Eastern Europe has long been characterized by an ideological mark emanating from the nature of the Soviet regime itself. However, during the sixties and the seventies, the trend of research changed as a result of the generation renewal, the increase in the political transparency of Eastern European countries, and the emergence of social sciences as a discipline which, instead of working upwards directly from the field, have applied their own paradigms and approaches to the field. Thus, since the eighties, the regard toward these countries has increasingly included the notion of complexity, diversity, and the necessary contextualization of hypotheses. Also, the dismembering of the Soviet Union and the opening of new zones of study have encouraged the public authorities to make an unprecedented financial effort to support the study of Central and Eastern Europe.
• EVOLUTION DE LA SOVIÉTOLOGIE AVANT 1989
• L’ESSOR DE LA RECHERCHE APRÈS 1989
• ACTEURS ET ACTIVITÉS : ETAT DES LIEUX
— Les universités
— Le CNRS
— L’administration
— Les supports écrits
• QUELQUES PROBLÈMES...
— Facettes endogènes de la crise de légitimité professionnelle
— Mises en cause exogènes de la légitimité corporatiste