2002
Revue internationale et stratégique
Vers une École française des relations internationales ?
L’Union européenne, acteur international « global » ?
Un agenda de recherche
Franck Petiteville
Maître de conférences à l’Université Paris V et chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).
L’Union européenne (UE) est-elle devenue un « acteur des relations internationales » ? L’action de l’UE sur la scène internationale recouvre trois types de politiques externes : la politique étrangère et de sécurité, la politique commerciale et la coopération de l’UE avec les pays tiers. L’imbrication de ces modes d’action internationale de l’UE permet-elle alors de la qualifier d’« acteur » unique ? Au-delà d’une réflexion théorique qui se concentre sur quatre critères (la reconnaissance, l’autonomie décisionnelle, une autorité juridique à agir, et une cohésion de la gestion des relations extérieures), le débat porte également sur la capacité internationale effective de l’UE, envisagée sous trois approches. Ainsi, le concept d’ « acteur global », certains parlent même de « puissance globale », tend à s’imposer dans la littérature internationale et semble correspondre à l’extension du champ d’action internationale de l’Union européenne.
Is the European Union a « Global » International Actor ? A Research Agenda
Has the European Union become an « International Relations actor » ? The Union operates on the international scene through three types of external policies : the foreign and defense policy, the economic policy, and the cooperation policy between the Union and other States. Considering the interconnection of these international policies, can the Union be described as a singular « actor » ? Besides a theoretical analysis focusing on four criteria (recognition, autonomous decision process, legal authority to act, and coherent management of external relations), the debate also relates to the effective international capacity of the EU, which may be approached in three ways. Thus, the notion of « global actor », or of « global power », tends to impose itself in international literature to reflect the international operational field of the European Union.
Depuis une dizaine d’années, les politistes français se sont saisis de l’objet « Union européenne » (UE), principalement à partir de deux approches : d’une part, une approche institutionnelle du « système politique européen » et des problèmes d’interprétation qu’il pose (« fédéralisme », « gouvernance à plusieurs niveaux », etc.) ; d’autre part, une approche sociologique de l’action publique mettant en valeur l’émergence d’un « espace européen de politiques publiques » (avec des analyses centrées sur les politiques communautaires, la « communautarisation » des politiques nationales, la Commission européenne abordée comme entrepreneur politique, le rôle des groupes de pression, etc.). La liste est désormais longue des ouvrages et des articles publiés, des thèses soutenues et des colloques organisés sur ces thèmes.
En revanche, les politistes français – en particulier les internationalistes – se sont très peu investis dans l’analyse des « politiques externes » de l’Union européenne (contrairement à leurs collègues juristes). De fait, la science politique française commence seulement à prendre la mesure de l’étendue du champ d’investigation que représente la problématique de l’Union européenne comme « acteur des relations internationales »
[1].
Le premier pas consiste alors à capitaliser les acquis d’une recherche internationale menée parfois depuis deux décennies sur l’action internationale de la Communauté européenne puis de l’UE, et qui dispose même d’une revue scientifique trimestrielle spécialisée (la European Foreign Affairs Review). Le lecteur ne s’étonnera donc pas si, dans un numéro spécial de La revue internationale et stratégique, consacré à l’état de la discipline des relations internationales en France, le présent article sur l’Union européenne mobilise une majorité de références anglophones accumulées de longue date dans la littérature internationale.
Cet agenda de recherche sera envisagé en deux temps. Tout d’abord, nous montrerons que les études de cas « sectorielles » (sur la politique étrangère et de sécurité de l’UE, la politique commerciale, etc.) s’agrègent désormais au sein d’un corpus considérable qui permet d’affirmer l’émergence d’un acteur global « Union européenne » dans les relations internationales. Nous analyserons ensuite les concepts et théories qui ont été proposés pour penser le mode inédit de positionnement de l’Union européenne dans les relations internationales.
L’UE COMME ACTEUR INTERNATIONAL : L’AGRÉGATION DES ETUDES DE CAS
L’action internationale de l’Union européenne peut se décliner en trois types de politiques externes : la politique étrangère et de sécurité commune, la politique commerciale et les politiques de coopération avec les pays tiers. Concernant ces trois types de politiques, les recherches internationales se sont considérablement renouvelées depuis le début des années 1980.
Le renouveau des études sur la politique étrangère et de sécurité
Dès les années 1980, la Coopération politique européenne (CPE) avait retenu l’attention des analystes d’une politique étrangère européenne en gestation, d’abord pour en souligner les limites : la CPE fut analysée comme une diplomatie essentiellement « déclaratoire », pénalisée, entre autres, par la rigidité d’un processus décisionnel strictement intergouvernemental, par les divergences entre les traditions diplomatiques et les priorités géopolitiques des différents États membres, et par l’absence d’instrument militaire commun. Mais la plupart des auteurs ont aussi montré que la CPE avait au moins le mérite de poser les jalons fondamentaux d’une future politique étrangère européenne : l’apprentissage de la concertation européenne entre les différentes diplomaties nationales, l’institutionnalisation de la coopération entre les ministères des Affaires étrangères, la définition d’un socle de normes et de principes identifiant une « approche européenne » des questions internationales (respect de la légalité internationale, résolution négociée des différends, diplomatie préventive, etc.) et même l’adoption d’un certain nombre de positions de référence sur quelques grands dossiers internationaux (comme la Déclaration de Venise de 1980 sur le problème israélo-palestinien)
[2].
L’insertion dans le traité de Maastricht d’un objectif ambitieux de « Politique étrangère et de sécurité commune » (PESC) ayant, à terme, pour vocation d’« affirmer l’identité de l’Europe sur la scène internationale » et d’aboutir « le moment venu, à une défense commune », a relancé la recherche sur ce thème. De nombreuses publications se sont alors efforcées de rendre compte du fonctionnement institutionnel du deuxième pilier de l’UE et, par ailleurs, d’évaluer l’effectivité de la PESC à l’aune des grands conflits des années 1990 (ex-Yougoslavie, Moyen-Orient, Grands Lacs africains, etc.)
[3]. Sans surprise toutefois, les diagnostics critiques, qui avaient été couramment émis à l’endroit de la CPE, ont souvent été réitérés à l’encontre de la PESC, de manière d’autant plus radicale que la création de la PESC avait fait naître de considérables attentes. Pourtant, ces diagnostics, quelque peu définitifs, sur l’« échec » de la PESC n’ont pas réussi à clore la recherche sur ce sujet, pour une simple raison : contrairement au projet de Communauté européenne de défense (CED) – et de coopération politique –, qui fut abandonné après le rejet du traité CED par le Parlement français en 1954, la PESC est un
processus qui, malgré les échecs – lourds – qui lui ont été imputés dans les années 1990, est « resté sur les rails ». On pourrait même dire que, en tant que processus de création juridico-institutionnelle, d’activité bureaucratique et de diplomatie déclaratoire, la PESC se porte bien, et même d’autant mieux que le traité d’Amsterdam a affiné ses fondements juridiques (majorité qualifiée, « abstention constructive »), complexifié sa machinerie institutionnelle (« Haut représentant de la PESC », « unité de planification et d’alerte rapide ») et consolidé sa légitimité autour des « missions de Petersberg » comme principale vocation de la PESC.
Au lieu de réitérer les échecs opérationnels de la PESC, certains auteurs ont donc procédé à un renversement de problématique à partir de la question fondamentale suivante : pourquoi, malgré ses échecs, la PESC s’inscrit-elle dans la durée, ou, comme le dit avec humour Helen Sjursen : «
What is the glue that keeps the CFSP together ? »
[4] Cette posture a conduit à l’exploration de nouvelles pistes de recherche. On en citera deux ici. La première est l’analyse du phénomène de « mobilisation bureaucratique » de la part des diplomates nationaux affectés à la PESC, qui utilisent les nouvelles ressources offertes par l’institutionnalisation de la PESC comme des « fenêtres d’opportunité » pour reconstruire leur légitimité de diplomate dans un champ européen
[5]. La seconde approche de la PESC, dite « délibérative », consiste à interpréter, à l’aune de la théorie de Jürgen Habermas sur l’« agir communicationnel » (
speech act)
, la volumineuse production discursive de la diplomatie déclaratoire, comme la matière première d’une politique étrangère visant tout d’abord à accumuler les normes, références et règles communes qui permettent de fixer un cadre commun de représentation du monde pour les États membres de l’UE
[6].
Enfin, on ne saurait rendre compte du renouveau actuel des études sur la politique étrangère et de sécurité sans mentionner l’attention grandissante portée au déblocage de la question du potentiel militaire européen, suite aux Conseils européens de Cologne et d’Helsinki, de juin et décembre 1999, qui ont lancé le projet de
Force de réaction rapide de 60 000 hommes, dotée d’une chaîne diplomatico-militaire de commandement. Les études se multiplient en effet pour évaluer la mise en
œuvre institutionnelle et logistique de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD), son articulation avec l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), et ses conséquences à la fois sur la capacité stratégique de l’Union européenne et sur sa politique étrangère
[7].
De la politique commerciale à la régulation de la mondialisation
Le domaine commercial est traditionnellement perçu comme celui où, a contrario du domaine stratégique, l’UE s’affirmerait sans équivoque comme une « grande puissance ». Toutefois, le processus de globalisation économique, en soumettant les économies européennes à l’épreuve d’une compétition internationale intensifiée, à un désarmement douanier généralisé, à des enjeux de régulation post-tarifaires, et à une juridictionnalisation des différends commerciaux via l’OMC, a posé de nombreux défis à la politique commerciale commune de l’UE. Les recherches récentes soulèvent donc la question de l’adaptation de la politique commerciale commune, conçue dans les années 1960 dans le cadre de négociations essentiellement tarifaires, à l’ère de la globalisation.
Pour un certain nombre d’auteurs, le poids dominant de l’UE dans l’économie mondiale lui permet d’assurer une fonction de leadership dans la régulation de la globalisation
[8]. Cette posture suppose toutefois la capacité de l’UE à « parler d’une seule voix » dans les négociations multilatérales, ce qui soulève le problème du mandat – et donc de la marge d’autonomie – confié par les États membres à la Commission européenne, question qui mobilise de nombreux auteurs
[9]. Est également posée la question de l’inclusion des « nouveaux » enjeux commerciaux (services, droits de propriété intellectuelle, investissements) dans le champ des compétences communautaires exclusives, évolution qui ne serait que partiellement acquise avec la ratification du traité de Nice, et qui a fait couler beaucoup d’encre, notamment chez les juristes
[10]. Enfin, dans une optique d’économie politique internationale, les recherches mettent en question la capacité de l’UE à composer avec le néolibéralisme international
[11] et à adapter sa politique d’accords commerciaux préférentiels au libre-échange
[12], ainsi que son aptitude à peser dans le « système OMC »
[13] et à influencer le traitement de certains enjeux emblématiques de la globalisation (OGM, normes alimentaires, protocoles de Kyoto, etc.)
[14].
La coopération de l’UE avec les pays tiers, entre globalisation et politisation
Jusqu’à la fin des années 1980, la politique de coopération de l’UE avec les pays tiers demeurait centrée, d’une part, sur les relations avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), formalisées dans les Conventions de Lomé, et, d’autre part, sur la « politique méditerranéenne » de la Communauté, née dans les années 1970. Rares étaient les études consacrées à la politique de coopération de l’UE – il est vrai, modeste – avec les pays d’Amérique latine ou d’Asie
[15]. Concernant les ACP, cette politique de coopération a été analysée comme la gestion de relations postcoloniales, s’inscrivant dans le cadre d’un système institutionnalisé d’aide au développement et d’accords commerciaux préférentiels : les colloques organisés à la fin des années 1990 par le GEMDEV (réseau de chercheurs sur l’économie mondiale et le développement) ont représenté le point d’orgue d’une recherche cumulative et approfondie sur ces relations, qui a notamment mis en exergue l’usure d’un système de coopération de plus en plus incompatible avec les règles de l’OMC, au moment où prenait fin l’histoire de Lomé
[16]. En effet, l’accord de Cotonou, signé en juin 2000, a programmé un basculement progressif des relations UE/ACP vers le libre-échange
[17]. Concernant la coopération euro-méditerranéenne, qui remonte également au début des années 1970, celle-ci fut longtemps caractérisée par un décalage entre les discours officiels sur la « communauté de destin » des deux rives de la Méditerranée et la modestie de l’aide économique concédée par la Communauté européenne. Le processus de Barcelone, amorcé en 1995, a toutefois relancé la coopération UE/Méditerranée vers de nouvelles perspectives économiques (projet de zone de libre-échange) et politiques (négociations sur la sécurité, la démocratie, l’immigration, le terrorisme), qui suscitent un regain d’intérêt
[18].
D’une manière générale, les politiques de coopération de l’UE ont bénéficié d’une double dynamique dans les années 1990
[19]. La première a résulté du lancement de nouveaux programmes de coopération vers d’autres régions du monde
[20] : l’Europe centrale et orientale, bien sûr, dans le cadre du processus d’élargissement (programme PHARE et accords européens d’association)
[21] ; la Russie et la Communauté des États indépendants (CEI)
[22] ; mais aussi les États-Unis, dans le cadre du partenariat transatlantique
[23] ; l’Asie
[24] et l’Amérique latine
[25]. La coopération désormais « globalisée » de l’Union européenne ouvre un champ d’études d’autant plus vaste que la frontière avec la politique étrangère de l’UE est de moins en moins nette.
En effet, la deuxième dynamique à l’
œuvre dans les politiques de coopération des années 1990 est la montée en puissance d’une « conditionnalité démocratique », inscrite dans un nombre croissant d’accords communautaires de coopération, et qui a été analysée comme le résultat d’un processus de « politisation » incrémentale de la coopération économique
[26]. Il faut d’ailleurs y ajouter le développement de l’action humanitaire, financée par l’UE dans le cadre du programme ECHO
[27]. Ce processus de politisation de la coopération communautaire a mobilisé plusieurs auteurs autour des questions relatives à la capacité de l’UE à lier instruments économiques et influence politique, et à la possibilité de promouvoir une « diplomatie européenne des droits de l’homme », ignorant les contraintes de la géopolitique
[28].
Au total, l’agrégation des études de cas à laquelle conduit aujourd’hui la dynamique de la recherche sur les politiques externes de l’Union européenne – de la PESC à la politique commerciale en passant par les politiques de coopération, l’action environnementale et humanitaire, etc. – autorise indiscutablement un
changement d’échelle du questionnement sur l’Union européenne comme acteur international. Ainsi, il paraît de plus en plus illusoire de chercher à isoler un volet des relations économiques extérieures relevant du premier pilier, et une politique étrangère et de sécurité qui serait élaborée en vase clos dans la machinerie intergouvernementale du deuxième pilier. En effet, on a pu observer que les politiques de coopération économique, gérées dans le premier pilier, sont désormais porteuses de conditionnalité politique. Il faut également insister sur la nature fondamentalement politique des enjeux auxquels est confrontée la politique commerciale commune, dès lors qu’elle cherche à promouvoir, dans les négociations multilatérales, des notions comme le « principe de précaution », la « clause sociale » ou encore l’« exception culturelle ». Quant à la PESC, il est désormais acquis qu’elle ne tient pas tout entière dans le second pilier, et que la Commission européenne y joue un rôle important, non seulement dans le droit d’initiative que lui a accordé le traité de Maastricht, mais également dans la mise en
œuvre de « positions communes » (comme par exemple l’élaboration de règlements d’application de positions communes instaurant des sanctions économiques
[29]). Sans conclure,
a priori, à une « cohérence » d’ensemble des modes d’action internationale de l’UE, qui reste précisément à démontrer, il est certain que les recoupements et les interférences observées entre ces modes d’action permettent de transgresser la vieille ligne de démarcation entre politique étrangère et relations économiques extérieures, et d’affirmer, avec quelques auteurs, l’existence d’un « acteur unique » à l’origine de toutes ces politiques
[30]. Accorder à l’Union européenne le statut de nouvel acteur international ouvre, dès lors, un vaste débat théorique.
LA CONCEPTUALISATION DE L’UNION EUROPÉENNE COMME ACTEUR INTERNATIONAL
Parce qu’elle n’est ni un État ni une organisation internationale classique – elle a pu, à cet égard, être qualifiée d’entité « postmoderne » sur la scène internationale
[31] – et parce que son influence dans l’économie internationale paraît sans commune mesure avec ses capacités diplomatico-militaires, l’Union européenne reste, en tant qu’acteur international, un objet relativement inclassable dans la théorie des relations internationales, et suscite, à ce titre, de nombreux débats
[32]. Avant tout, qualifier l’Union européenne d’« acteur des relations internationales » nécessite une justification théorique préalable. En effet, cette qualité, qui fut accordée à la Communauté européenne par certains auteurs il y a déjà trente ans
[33], fut aussi contestée par d’autres, principalement les « réalistes » ou, en France, par Marcel Merle, qui estimaient insuffisante l’autonomie décisionnelle de la Communauté européenne par rapport à ses États membres, pour lui reconnaître le statut d’acteur international
[34]. Avec le temps, le débat a été renouvelé par l’accroissement des compétences externes de l’Union, et par l’extension de la majorité qualifiée au sein du Conseil des ministres, qui a accordé davantage de latitude à la Communauté (et en particulier à la Commission européenne) vis-à-vis des États membres.
Parallèlement, certains auteurs ont approfondi la réflexion théorique sur la notion même d’acteur international, définissant quatre critères devant être remplis par l’UE pour prétendre à ce statut : une
reconnaissance internationale effective de ce statut par des acteurs tiers, une
autorité juridique à agir sur le plan international, une certaine
autonomie décisionnelle, et un minimum de
cohésion dans la gestion des relations extérieures
[35]. Certes, les motifs de discussion ne manquent pas pour contester à l’UE le respect de ces critères : son absence de personnalité juridique internationale (contrebalancée toutefois par celle de la Communauté), le poids des États membres dans l’élaboration des politiques externes de l’Union (avec néanmoins des configurations très différentes entre la PESC et la politique commerciale), ou encore le problème de l’articulation institutionnelle entre la PESC et les relations économiques extérieures. Toutefois, la plupart des auteurs considèrent – de manière explicite ou implicite – que les critères retenus pour définir le statut d’un acteur international sont des « idéaux types », vers lesquels l’Union européenne se rapproche tendanciellement.
Dès lors, le débat porte davantage sur la capacité internationale effective de l’Union européenne. On peut, ici, sommairement distinguer trois types d’approches théoriques. La première est l’approche réaliste, qui porte un diagnostic d’inaptitude de l’UE à la high politics. La seconde est une approche que nous qualifierons de « normative », et qui est articulée autour du concept de capability-expectations gap, proposé par Christopher Hill. La troisième catégorie regroupe toutes les approches que nous qualifierons d’« alternatives », et qui cherchent à rendre compte de l’originalité du mode de positionnement international de l’Union européenne.
La critique réaliste : l’inaptitude de l’Union européenne à la high politics
Les postulats fondamentaux de la théorie réaliste des relations internationales sont connus : la focalisation sur les relations stratégiques à partir de la distinction hiérarchique entre la high politics (diplomatie/défense) et la low politics (économie, commerce, environnement, etc.) ; le rôle primordial des États dans la configuration des rapports internationaux – en particulier stratégiques – et, par conséquent, le rôle subalterne des acteurs non étatiques (organisations internationales, ONG, firmes, etc.) ; enfin, les rivalités de puissance et les dilemmes de sécurité qui déterminent les rapports entre États et conditionnent leur coexistence collective dans un système international relativement anarchique et instable.
Parce qu’elles sont fondées sur un paradigme stato-centrique et stratégique, il n’est guère étonnant que les approches réalistes de la capacité internationale de l’Union européenne soient très critiques. En effet, les réalistes concentrent l’essentiel de leur attention à la manière dont la PESC a traité les grands conflits internationaux des années 1990 (ex-Yougoslavie, Proche-Orient, Irak, Grands Lacs). En substance, les réalistes estiment que, face à ces crises, les États membres de l’Union européenne ne se sont montrés capables ni de mobiliser un potentiel militaire crédible
[36], ni même de présenter un front uni, faute d’une vision commune des enjeux et de leurs intérêts géopolitiques
[37]. Plusieurs auteurs invoquent alors la relation déficiente qu’entretient l’Europe avec la notion de « puissance »
[38], voire le caractère « anarchique » et la « paralysie » de l’Union européenne comme acteur international, et l’étendue du chemin qui lui reste à parcourir pour accéder à la
high politics
[39].
Un certain nombre d’arguments contenus dans les analyses réalistes sont difficilement réfutables. Tout au long des années 1990, l’Union européenne est demeurée un acteur secondaire dans la résolution des conflits balkaniques qui se déroulaient dans sa périphérie immédiate. L’arrêt des conflits en Bosnie, en 1995, puis au Kosovo, en 1999, a été permis par l’intervention militaire de l’OTAN et des États-Unis, et a été crédité au bénéfice de la diplomatie américaine (accords de Dayton) et de l’efficacité de la « nouvelle » organisation atlantique de l’après-guerre froide
[40]. Même si l’action de l’UE n’a pas été inexistante (adoption de sanctions économiques contre la Serbie, adoption de positions communes qui ont servi de points de référence pour la gestion diplomatique internationale de l’après-conflit, aide à la reconstruction et à l’administration civile, etc.), les États membres de l’Union européenne se sont révélés incapables d’activer et de donner corps à l’outil « PESC » pour mettre fin à la première grande guerre intervenue sur le sol européen depuis 1945. Minimiser l’enjeu en invoquant le fait que l’UE a traditionnellement une vocation de diplomatie non coercitive, et que c’est à l’OTAN de prendre en charge les questions de sécurité militaire, est évidemment irrecevable, puisque, dès Maastricht, il était question de doter l’UE d’un « bras armé » et d’aboutir, « le moment venu, à une défense commune ». En outre, la gestion du type de conflit qui a déchiré la Yougoslavie est précisément entrée dans la catégorie des missions de Petersberg, assignées à la PESC par le traité d’Amsterdam. D’une manière générale, les guerres de Yougoslavie et les attentats du 11 septembre 2001 ont rappelé, s’il en était besoin, que les enjeux stratégiques restent fondamentaux dans les relations internationales de l’après-guerre froide, et les réalistes n’ont pas tort de souligner que, sur ce registre, l’Union européenne demeure un acteur pusillanime.
Pour autant, rien n’oblige à accepter le paradigme de la hiérarchie entre
high et
low politics, qui repose sur le postulat d’une surdétermination des relations internationales par leur composante diplomatico-stratégique, au détriment de toute autre dimension. Prisonniers de ce paradigme, les réalistes tendent alors à réduire le champ d’action internationale de l’Union européenne à la seule PESC. En outre, enfermés dans un cadre de référence stato-centrique, ils projettent sur l’UE les schémas utilisés pour l’analyse de la politique étrangère des États (en particulier la définition d’« intérêts nationaux »), et ignorent alors le défi que pose l’action internationale de l’UE à l’analyse classique de la politique étrangère, à commencer par le régime de coexistence complexe, moins concurrentiel que complémentaire, entre l’action extérieure de l’UE et les diplomaties nationales des États membres
[41]. Les diagnostics réalistes sur l’inaptitude de l’Union européenne à la
high politics ne peuvent donc prétendre clore le débat théorique sur le rôle de l’Union européenne dans les relations internationales.
L’approche normative : le capability-expectations gap
Dans un article publié en 1993, Christopher Hill, auteur qui travaillait déjà depuis une dizaine d’années sur la politique étrangère européenne, avait réalisé une tentative originale de conceptualisation du rôle international de l’Union européenne, autour de la notion de
capability-expectations gap
[42]. Depuis, ce concept s’est imposé dans les débats sur l’action internationale de l’Union européenne, suscitant des recherches empiriques
[43], et devenant une référence incontournable dans les manuels anglo-saxons sur l’Union européenne
[44].
On peut traduire – laborieusement – en français le concept de capability-expectations gap par l’écart entre le potentiel d’action internationale de l’UE et les attentes internationales dont elle est investie. C. Hill estime que la fin de la guerre froide et la globalisation ont ouvert de vastes perspectives à la consolidation et à l’extension des fonctions internationales traditionnellement remplies par la Communauté européenne, notamment les fonctions de stabilisation régionale en Europe de l’Ouest et de régulation de l’économie mondiale. L’UE se trouverait donc, désormais, dans une configuration internationale lui permettant potentiellement de se muer en puissance d’un type nouveau, intervenant sur un mode non hégémonique dans la résolution des conflits internationaux, et s’imposant comme une autorité régulatrice de la globalisation, dans une perspective d’intérêt multilatéral, intégrant en particulier les intérêts des pays en développement. Par ailleurs, C. Hill avance que cette transformation du rôle de l’Union européenne correspond à des attentes (expectations) largement répandues en Europe et parmi les partenaires de l’UE dans le monde (États-Unis, pays en développement, organisations internationales, etc.), lesquels seraient en quelque sorte porteurs d’un « besoin d’Europe » sur la scène internationale. Dans son état actuel, l’Union européenne se situerait donc dans une phase de mobilisation croissante de ses capacités internationales, mais à un niveau qui resterait encore très en deçà des attentes dont elle est investie à l’échelle internationale, d’où la notion de gap.
L’approche de C. Hill a deux avantages certains par rapport à l’approche réaliste. En premier lieu, elle dépasse la seule PESC pour englober la totalité des modes d’action internationale de l’Union européenne. En second lieu, son approche se veut dynamique et évolutive. Selon C. Hill, le concept de
capability-expectations gap est en effet un « concept-étalon », qui vise à mesurer un écart (entre le potentiel d’action internationale de l’UE et les attentes internationales), écart susceptible d’évoluer dans le temps (l’auteur a d’ailleurs lui-même conclu à un « resserrement » du
capability-expectations gap à la fin des années 1990, en raison d’un accroissement de la capacité internationale de l’Union européenne depuis l’entrée en vigueur du traité de Maastricht
[45]). Toutefois, l’approche de C. Hill souffre de deux faiblesses majeures. Les fonctions internationales qu’il attribue à l’Union européenne sont trop floues et trop générales pour pouvoir être précisément évaluées (sans parler de « mesurer » leur évolution dans le temps). De plus, il est difficile de ne pas soupçonner les « attentes », dont l’Union européenne ferait l’objet, d’être au moins autant une
projection normative de l’auteur que le résultat d’une observation empirique. Ces deux faiblesses constituent, à notre sens, des limites fondamentales à l’apport de la théorie du
capability-expectations gap.
Les approches alternatives d’un mode de positionnement international sui generis
Un certain nombre d’autres concepts, parfois anciens, ont été avancés pour rendre compte de l’originalité du mode de positionnement de l’Union européenne sur la scène internationale : « présence », « puissance civile », soft power et soft diplomacy, « acteur global ». Revenons sur chacun d’eux.
La notion de « présence » de l’Union européenne sur la scène internationale a été évoquée par David Allen et Michael Smith en 1990 pour caractériser un mode de positionnement « diffus » mais néanmoins reconnu par la communauté internationale et générateur d’une certaine influence
[46]. Le concept a été accueilli favorablement par plusieurs auteurs, qui y ont vu le moyen d’éviter de projeter sur l’UE la notion réaliste de « puissance » et le modèle stato-centrique des politiques étrangères formalisées. En outre, l’avantage du concept de « présence » était de déplacer le regard de l’acteur « Union européenne » (avec les incertitudes soulevées, on l’a vu, par cette notion) vers la « perception » extérieure de l’Union européenne dans la communauté internationale. Pour autant, le concept de « présence » a les défauts de ses qualités, notamment parce qu’il contourne la question épineuse du
statut de l’Union européenne dans les relations internationales, en faisant de celle-ci à peine un acteur et, tout au plus, une entité indéfinie. De plus, élaboré avant le lancement de la PESC, à une époque où l’affirmation de l’Union sur la scène internationale paraissait beaucoup moins nette qu’aujourd’hui, le concept de « présence » comporte désormais l’inconvénient d’évacuer trop vite la question de la puissance et d’apparaître, finalement, comme trop daté pour rendre compte de l’évolution ascendante des capacités internationales de l’Union européenne.
À cet égard, la notion de « puissance civile » (
civilian power), qui est l’une des notions les plus anciennes utilisée pour qualifier le rôle de la Communauté européenne dans les relations internationales, semble avoir un peu mieux résisté à l’usure du temps
[47]. En effet, le concept de
civilian power ainsi que les concepts, plus récents mais proches, de
soft power
[48] et de
soft diplomacy
[49], renvoient à l’idée d’une
production d’influence internationale, fondée sur le recours à des
moyens coopératifs, non militaires et non coercitifs. Cette production d’influence internationale peut être définie comme la capacité à imposer un certain nombre de
valeurs et de
normes dans la « gouvernance internationale »
[50]. Or, à plus d’un titre, l’Union européenne est porteuse de valeurs potentiellement universelles (droits de l’homme, démocratie, droits sociaux, développement durable, « principe de précaution », diversité culturelle, etc.). L’idée centrale, qui sous-tend les concepts de
civilian power et de
soft power, est donc bien l’utilisation, par l’Union européenne, des ressources d’une diplomatie coopérante pour
l’exportation de normes et de valeurs dans le monde.
Toutefois, le concept de
civilian power a été rapidement la cible de critiques de la part des auteurs réalistes. Certains ont rappelé que la posture de la Communauté européenne en termes de « puissance civile », n’était possible que parce que l’OTAN – et, derrière elle, les États-Unis – prenait en charge la sécurité militaire de l’Europe occidentale
[51]. L’affirmation de l’Europe comme
civilian power n’était donc que le résultat contingent d’une situation de dépendance stratégique de l’Europe vis-à-vis de la superpuissance américaine. Par ailleurs, d’autres auteurs ont souligné la non-viabilité d’une puissance civile dans un « monde non civilisé »
[52]. Cet argument, avancé dans les dernières années de la guerre froide, aurait pu perdre de sa portée avec la fin de l’ère bipolaire. La nouvelle insécurité stratégique internationale, ouverte par les attentats du 11 septembre 2001, lui a indiscutablement redonné de l’actualité : comme le souligne Nicole Gnesotto, « la nouveauté du terrorisme est qu’il porte un coup fatal à l’utopie d’une puissance européenne globalement civile, évoluant dans un monde globalement civilisé »
[53]. Concevoir une
soft diplomacy dépouillée de tout instrument coercitif, comme seul horizon pour l’avenir de la politique étrangère européenne, paraît donc limité au regard des risques stratégiques et des conflits qui caractérisent, aujourd’hui, l’environnement international de l’Europe
[54]. En outre, avec l’actuel développement de la PESC/PESD, le concept de
civilian power paraît de plus en plus inapte à rendre compte de l’émergence d’une diplomatie européenne coercitive et éventuellement militaire. Désormais, les auteurs s’interrogent donc sur la compatibilité à moyen terme entre puissance civile et puissance diplomatico-militaire : Richard Whitman discerne une possible évolution de l’Union européenne vers le statut de « superpuissance »
[55] ; Karen Smith, elle, déplore la fin du modèle de
civilian power et la transformation actuelle de l’Union européenne en puissance diplomatico-militaire classique
[56].
Toutefois, John Galtung annonçait déjà, il y a trente ans, la transformation de la Communauté européenne en « superpuissance »
[57]. Ce n’est donc pas sans raison qu’un certain nombre d’auteurs préfèrent garder leurs distances avec toute démarche prédictive et rechercher d’autres manières de rendre compte de la montée en puissance actuelle de l’Union européenne sur la scène internationale. À cet égard, le dernier concept qui tend à s’imposer dans la littérature internationale est celui d’« acteur global » (
global actor)
[58], voire de « puissance globale » (
global power)
[59]. Ces notions, quoique un peu vagues, sont en tout cas les seules à rendre compte aujourd’hui de l’étendue considérable du champ d’action internationale de l’Union européenne : la régulation de la globalisation ; la diplomatie de la PESC ; l’établissement d’un réseau de relations institutionnalisé avec les grandes puissances, les agences onusiennes, les pays en développement ; l’action humanitaire ; la gestion des problèmes environnementaux ; la défense des droits de l’homme ; ou, encore, la gestion civile des crises, en attendant la concrétisation d’une capacité de projection militaire. Comme l’écrivent Charlotte Bretherton et John Vogler : « On est immédiatement frappé par le spectre des politiques de l’UE. Elles couvrent plus ou moins tous les enjeux significatifs de la politique globale contemporaine, à l’exception des relations strictement militaires et stratégiques. »
[60] Définir aujourd’hui l’Union européenne comme « acteur global » permet donc au moins de rendre compte des multiples modalités d’intervention de l’UE dans les questions de gouvernance internationale.
[1]
Voir, à ce titre, le colloque organisé par Damien Helly et l’auteur, avec le soutien du CERI,
L’Union européenne, acteur international, Institut d’études politiques (IEP) de Paris, 20-21 juin 2002.
[2]
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[4]
Communication présentée par Helene Sjursen à l’ECPR de Grenoble (mars 2001) dans le cadre de l’atelier
Understanding EU’s international presence.
[5]
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Les cheminements chaotiques de la politique étrangère européenne : interdépendances, concurrences, échanges croisés et processus d’institutionnalisation dans un univers de jeux multiples, thèse de doctorat en science politique, soutenue en décembre 2001 à l’Université de Paris I.
[6]
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op. cit.
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[29]
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[30]
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[39]
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[40]
Pour un retour sur le rôle joué par l’UE dans les crises en ex-Yougoslavie (avant le Kosovo), voir Éric Remacle, Barbara Delcourt, « La PESC à l’épreuve du conflit yougoslave »,
in M.-F. Durand, A. de Vasconcelos,
op. cit.
[41]
Brian White, « The European Challenge to Foreign Policy Analysis »,
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o 1, 1999. Voir également David Allen, « The European Rescue of National Foreign Policy »,
in Christopher Hill (ed.),
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[42]
Christopher Hill, « The Capability-expectations Gap, or Conceptualizing Europe’s International Role »,
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o 3, septembre 1993.
[43]
Martin Holland, « Bridging the Capability-expectations Gap : A Case Study of the CFSP Joint Action on South Africa »,
Journal of Common Market Studies, vol. 33, n
o 4, 1995.
[44]
Voir, par exemple, Simon Hix,
The European Political System, Oxford, Mac Millan, 1999, p. 346 et s. ; et Jeremy Richardson,
European Union, Power and Policy-making, Londres, Routledge, 1996, p. 256 et s.
[45]
Christopher Hill, « Closing the Capability-expectations Gap ? »,
in John Peterson, Helene Sjursen (eds),
A Common Foreign Policy for Europe ?, Londres, Routledge, 1998.
[46]
David Allen, Michael Smith, « Western Europe’s Presence in the Contemporary International Arena »,
Review of International Studies, vol. 16, n
o 1, 1990.
[47]
Voir François Duchêne, « The European Community and the Uncertainty of Interdependance »,
in M. Kohnstamm, W. Hager (eds),
A Nation Writ Large ? Foreign Policy Problems before the European Community, Londres, Macmillan, 1973.
[48]
Joseph Nye a utilisé ce concept, notamment pour analyser le changement de nature de la diplomatie américaine à la fin de la guerre froide : Joseph Nye, « Soft Power »,
Foreign Policy, n
o 80, 1990. Le concept a ensuite été utilisé par plusieurs auteurs, dans les années 1990, pour qualifier le mode de positionnement de l’Union européenne dans les relations internationales.
[49]
Franck Petiteville, « Exporting Values ? EU External Cooperation as a Soft Diplomacy »,
op. cit.
[50]
Sur l’utilité de la notion de gouvernance dans les relations internationales contemporaines, voir le numéro spécial de la
Revue internationale des sciences sociales, n
o 155, mars 1998.
[51]
Hedley Bull, « Civilian Power Europe : A Contradiction in Terms ? »,
Journal of Common Market Studies, vol. 21, n
os 1 et 2, septembre-décembre 1982.
[52]
Alfred Pijpers, « The Twelve Out-of-area : A Civilian Power in an Uncivil World ? »,
in Geoffrey Edwards, Elfriede Regelsberger, Wolfgang Wessels (eds),
European Political Cooperation in the 80’s : A Common Foreign Policy for Western Europe ?, Dordrecht, Martinus Nijhoff, 1988.
[53]
Voir sa préface des
Cahiers de Chaillot, « De Nice à Laeken, les textes fondamentaux de la défense européenne », Institut d’études de sécurité, n
o 51, avril 2002.
[54]
C’est la conclusion de notre article : Franck Petiteville, « Exporting Values ? EU External Cooperation as a Soft Diplomacy »,
op. cit.
[55]
Richard G. Whitman,
From Civilian Power to Superpower ? The International Identity of the European Union, Londres, Macmillan, 1998.
[56]
Karen Smith, « The End of Civilian Power EU : A Welcome Demise or a Cause for Concern ? »,
The International Spectator, vol. 2, n
o 25, avril-juin 2000.
[57]
John Galtung,
The European Community : A Superpower in the Making, Londres, George Allen & Unwin, 1973.
[58]
Charlotte Bretherton, John Vogler,
The European Union as a Global Actor, Londres, Routledge, 1999.
[59]
Christopher Piening,
Global Europe, Boulder (Co.), Lynne Rienner, 1997.
[60]
C. Bretherton, J. Vogler,
op. cit., p. 249 (notre traduction).