Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130527094
192 pages

p. 147 à 158
doi: en cours

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Au cœur d'un projet européen : genèse, acteurs et processus

n° 48 2002/4

2002 Revue internationale et stratégique Au cœur d’un projet européen : genèse, acteurs et processus

Opinion publique, défense européenne et intervention militaire

Philip Everts Richard Sinnott Philip Everts est directeur de l’Institut d’études internationales de l’Université de Leiden (Pays-Bas), et membre du Conseil consultatif sur la paix et la sécurité auprès des ministres des Affaires étrangères et de la Défense du Pays-Bas. Richard Sinnott est professeur à l’University College de Dublin.
Cet article traite des enjeux de la défense européenne du point de vue des opinions publiques. Après une brève présentation de la nature et du rôle des opinions publiques sur les questions de sécurité et de défense, il analyse les signes d’un possible soutien des opinions publiques pour une européanisation des processus de décision dans le domaine de la défense, et en faveur d’une Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Le soutien des opinions publiques ayant été traité en des termes généraux, l’analyse se poursuit par une présentation du positionnement actuel de l’opinion publique sur la question particulière d’une intervention militaire contre l’Irak, en incluant, dans un but comparatif, des considérations sur l’opinion publique américaine. De cette analyse peuvent découler des enseignements sur les implications de l’opinion publique pour une coordination dans le domaine de la sécurité et de la défense. Public Opinion Towards the Issues of European Defense and Military Intervention
This article deals with the issue of European defense from the perspective of public opinion. It begins with a brief discussion of the nature and role of public opinion in relation to defense and security issues. It then examines the evidence on the level of public support for the Europeanisation of decision-making on defense issues and for a common European security and defense policy. Having considered the question of public support in these general terms, this paper then studies the current state of public opinion on the issue of military action against Iraq, including, for comparative purposes, some evidence on public opinion in the United States. The article concludes with an assessment of the implications of public opinion for European coordination in the defense and security fields.
Dans leurs réflexions sur les relations entre l’opinion publique et les questions de défense et d’action militaire, les responsables politiques devraient avoir à l’esprit trois considérations fondamentales. La première est que l’opinion publique doit être prise en compte, en particulier si la politique de défense ou l’action militaire en question implique une coopération interétatique, comme c’est le cas par exemple pour le développement d’une défense européenne ou pour toute intervention militaire conduite par une alliance d’États. En second lieu, il faut tenir compte du fait que l’opinion publique, dans ses relations avec les questions de défense (et avec le domaine de la politique étrangère en général), est hautement stratifiée – en termes de niveau d’intérêt, de niveau de conscience personnelle ou de connaissance. Cela signifie qu’il n’existe pas une seule opinion publique mais plusieurs, et que les réactions de ces différentes opinions publiques face aux initiatives politiques ou aux événements en cours sont susceptibles de varier considérablement. La troisième considération est en corrélation avec la seconde : l’opinion publique est difficile à mesurer et à interpréter [1]. Si ces éléments semblent rendre la tâche plus difficile aux responsables politiques qui essayent de décrypter l’humeur de l’opinion publique, ces difficultés doivent néanmoins être affrontées et peuvent être atténuées, dans une certaine mesure, par un examen prudent des données statistiques. C’est à cet examen que cet article entend contribuer. Il concerne tout d’abord l’étude du soutien des opinions publiques à l’égard d’une politique européenne commune de sécurité et de défense, et d’une approche supranationale des processus de décision dans le domaine de la défense. Il s’appuie ensuite sur une analyse du problème particulier d’une éventuelle intervention militaire en Irak, en examinant et en présentant notamment un large éventail de sondages traitant de cette question. La section finale de l’article analyse les implications de ces considérations pour le développement d’une défense européenne.
 
LES ATTITUDES DE L’OPINION PUBLIQUE ENVERS LA POLITIQUE DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ
 
 
Comme il a été suggéré précédemment, l’un des attributs fondamentaux de toute répartition de l’opinion publique est la pertinence même du domaine étudié. Le graphique 1 (voir ci-dessous) présente des données concernant la perception d’une éventuelle augmentation ou diminution du risque d’un conflit militaire au cours des cinq dernières années du XXe siècle, et ce, pour neuf pays d’Europe occidentale. Le sondage « Asia Europe Survey » (ASES) [2], à l’origine de ce graphique, proposait deux scénarios aux personnes interrogées : « le risque d’un conflit militaire en Europe » et « le risque d’un conflit militaire ailleurs dans le monde ». Les résultats semblent mettre en évidence la perception d’un risque grandissant plutôt qu’en régression dans les deux cas. Par ailleurs, on est peu surpris par le fait que la perception d’un risque de conflit militaire en dehors du continent européen semble avoir gagné du terrain. En revanche, il est plus surprenant de constater que la perception d’un risque plus important de conflit intra-européen n’est inférieure que de 9 % à la perception d’une augmentation des risques ailleurs (en moyenne, sur les neuf pays, 48 % des sondés affirmaient que le risque d’un conflit intra-européen avait augmenté, alors que 57 % exprimaient le même sentiment à propos d’un conflit militaire extracontinental). Ce sondage ayant été effectué à l’automne 2000, il présente l’avantage de refléter la situation qui prévalait avant le 11 septembre 2001, et les réponses des sondés peuvent être interprétées comme illustrant leurs perceptions dans des conditions internationales relativement « normales ». On pourrait résumer ces données en affirmant qu’à la veille du nouveau millénaire et avant le 11 septembre 2001, une proportion substantielle des populations de certains États d’Europe occidentale percevaient un risque grandissant de conflit. Il semble peu probable que les résultats auraient été différents si les données avaient été collectées dans un plus grand nombre de pays européens, bien qu’il existe déjà des différences entre les neuf États concernés ici – la perception d’une augmentation du risque de conflit intra-européen est par exemple moindre en Espagne, en France et en Suède, et plus importante en Italie, au Portugal et en Grèce.
Agrandir l'image 1Graphique 1. — Perception du danger d’un conflit militaire (a) en Europe, (b) ailleurs dans le monde. Données de neuf pays européens, automne 2000
Si l’on analyse ces considérations du point de vue de leurs implications pour une défense européenne, la question essentielle est peut-être la suivante : « L’opinion publique envisage-t-elle ou exige-t-elle une réponse nationale ou internationale à ces risques perçus ? » Comme c’est souvent le cas dans le domaine de la recherche sur les questions liées à l’opinion publique, la réponse dépend de la question posée. De plus, les variations dans les réponses aux différentes questions sont riches en enseignements sur la nature et les implications de l’opinion publique sur ces questions. Commençons donc cette analyse par l’étude des réponses à la question du sondage ASES, qui citait : « Pourriez-vous nous dire si chacun de ces problèmes devrait être géré individuellement par chaque pays décidant par lui-même de ce qui devrait être fait, ou par tous les pays décidant collectivement des décisions à prendre ? Il pourrait y avoir un ou plusieurs éléments dans la liste que vous pourriez n’avoir pas réellement envisagé. Dans ce cas, dites-le et nous passerons à l’élément suivant. » Cette formulation place les réponses à un niveau très général et, pour cette raison, la question peut être perçue comme mesurant l’attitude à l’égard du principe de coopération internationale en général plutôt que l’attitude à l’égard de toute forme précise et institutionnalisée d’une telle coopération. Ainsi, il n’est pas surprenant de constater que l’opinion publique, dans les neuf pays concernés par cette étude, soit très majoritairement favorable à une décision commune avec d’autres États sur ces questions. La proportion moyenne des personnes privilégiant cette option est ici de 77 % en ce qui concerne les conflits intra-européens, et de 79 % en ce qui concerne les cas de conflit ailleurs. Il existe également sur cette question des variations d’un pays à l’autre, l’approche « internationaliste » des conflits extracontinentaux étant maximale en France (89 %) et minimale dans les deux États neutres figurant dans cet échantillon (70 %). Si l’on garde à l’esprit la nature extrêmement générale de la question, on peut conclure à partir de ces données que l’instinct des citoyens à l’égard des interventions militaires les conduit à privilégier une réponse internationale. Afin de chercher des informations concernant plus spécifiquement quelle forme devrait avoir cette réponse internationale, nous nous penchons maintenant sur le sondage Eurobaromètre, qui fournit des données sur les attitudes à l’égard d’une coopération en matière de défense dans l’ensemble des États membres de l’UE.
L’Eurobaromètre comporte régulièrement une question qui demande aux sondés s’ils sont pour ou contre « une politique commune de sécurité et de défense entre les États membres de l’Union européenne ». Le soutien pour une telle politique au sein des quinze États membres de l’UE au printemps de 2002 était de 71 %. Comme le montre le graphique 2, ce soutien varie considérablement, allant de près de 80 % ou plus – au Luxembourg, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne –, à guère plus de 50 % dans trois pays neutres – Finlande, Suède, Irlande – et au Royaume-Uni.
Avant d’en conclure que, mis à part quelques pays neutres récalcitrants et un Royaume-Uni eurosceptique, il existe une majorité établie de soutien en faveur du développement d’une défense européenne, il est essentiel de considérer les enseignements d’une autre question de cet Eurobaromètre, qui dresse un tableau relativement différent. Cette seconde question mesure l’attitude envers une prise de décision supranationale ou nationale dans le domaine de la défense, en proposant un choix contrasté entre « décidé en commun au sein de l’UE » ou « décidé par le gouvernement national ». Le soutien pour une approche supranationale en ce sens est seulement de 51 % à travers l’ensemble de l’UE, et chute même à 18 % en Suède et 9 % en Finlande (voir le graphique 3). De fait, selon cette estimation, un soutien majoritaire en faveur d’une défense européenne réellement intégrée ne se rencontre que dans sept États membres.
Agrandir l'image 2Graphique 2. — Soutien à une politique de défense et de sécurité commune parmi les États membres de l’UE, printemps 2002
Agrandir l'image 3Graphique 3. — Soutien à un processus de décision commun au sein des États membres de l’UE dans le domaine de la défense, printemps 2002
Il est important de souligner que les deux questions de cet Eurobaromètre produisent des résultats différents, car elles mesurent en réalité des attitudes à l’égard de propositions différentes. La première question ( « Pour ou contre une politique européenne commune de sécurité et de défense entre États membres de l’UE ? » ) mesure en réalité l’attitude envers la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) telle qu’elle existe, avec toutes les restrictions et les limitations qui, de fait, préservent un degré substantiel d’autonomie décisionnelle nationale. Quant à elle, la seconde question mesure l’attitude envers une approche essentiellement supranationale de la défense, en vertu de laquelle les décisions seraient prises à un niveau supranational plutôt que national. Les degrés différents de soutien mis en évidence par ces deux mesures alternatives de l’attitude envers la politique de sécurité et de défense montrent que l’opinion publique est assez sensible aux variations subtiles dans la formulation et la communication de ces questions. L’implication méthodologique de cette analyse est que toute interprétation des données issues de sondages sur ces questions doit être effectuée avec une extrême prudence. L’implication substantielle de l’analyse est que le soutien en faveur d’une approche fortement supranationale de la défense européenne est largement inférieur au soutien en faveur d’une approche intergouvernementale. Enfin, il ressort de l’implication pratique que les questions et les propositions politiques dans ce domaine doivent être présentées de manière très claire et précise au public.
Quelle que soit la forme – supranationale ou intergouvernementale – que puisse prendre le développement d’une défense européenne, il faudra toujours tenir compte de la question éternelle du lien qui devrait exister entre cette entité de défense et les États-Unis. Le tableau 1 apporte des informations concernant les préférences à l’égard de la relation transatlantique au sein de l’opinion publique des quatre principaux acteurs européens : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie. La question consistait à demander si le partenariat entre les États-Unis et l’Europe occidentale devrait rester aussi étroit qu’il l’a été jusqu’alors, ou si l’Europe devrait adopter une approche des affaires diplomatiques et stratégiques plus indépendante qu’elle ne l’a fait par le passé. Cette question du lien transatlantique a évidemment des implications très importantes pour la perspective du développement d’une identité européenne de défense à part entière, étant donné que, si l’Europe se devait d’adopter une approche plus indépendante, la question d’une défense européenne deviendrait alors bien plus urgente. Parmi les opinions publiques des quatre pays concernés, deux tendances contrastées peuvent être observées. L’Allemagne et le Royaume-Uni montrent des soutiens relativement identiques pour chacune des deux options, à hauteur de 48 % en faveur du maintien d’un partenariat « aussi étroit qu’il l’a été » et de 47 % en faveur d’une approche « plus indépendante » pour ce qui concerne le Royaume-Uni, et à hauteur respectivement de 44 % et de 51 % en ce qui concerne l’Allemagne. En France et en Italie, cependant, il en ressort une nette majorité en faveur d’une posture européenne plus indépendante, alors que seulement un tiers des sondés de chacun de ces deux pays semblent privilégier un partenariat étroit avec les États-Unis.
Jusqu’alors, notre analyse s’est penchée sur la question de la Politique européenne de sécurité et de défense en général, et sur la relation entre l’Europe et les États-Unis, sans référence précise à un enjeu militaire ou de défense particulier. En réalité, le développement d’une capacité européenne de sécurité et de défense doit être envisagé dans le contexte d’événements et d’enjeux militaires particuliers, et des réactions de l’opinion publique à l’égard de ces derniers. Afin de tenir compte de ce défi, nous analyserons maintenant les informations sur l’état actuel de l’opinion publique sur ce qui constitue aujourd’hui le principal sujet de préoccupation militaire auquel sont confrontés les Européens et leurs alliés : la perspective d’une intervention militaire en Irak. Pour cela, il nous est nécessaire de considérer non seulement des données sur l’opinion publique européenne, mais aussi des informations sur l’opinion publique américaine, dans un but comparatif, comme facteur pertinent dans les relations transatlantiques en matière de défense.


TABLEAU 1. — Opinions relatives à la relation transatlantique (dans quatre pays ouest-européens), avril 2002
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Source : Pew Survey Research, avril 2002.

 
COMPORTEMENTS FACE À L’INTERVENTION MILITAIRE EN IRAK
 
 
Dans un premier temps, l’opinion publique américaine a été peu enthousiaste quant à l’idée de l’utilisation de la force pour évincer Saddam Hussein du pouvoir. En effet, bien que au cours des années qui suivirent la guerre du Golfe de 1991, les Américains aient été favorables à une intervention militaire dans la zone – au regard de la situation qui prévalait dans le golfe Persique – et aient approuvé la façon dont George Bush avait géré la situation en Irak, ils n’étaient pas pour autant prêts à donner leur appui afin de prolonger l’intervention pour, en quelque sorte, « finir le travail » [3]. Toutefois, cette situation a changé à l’automne 1998, lors du conflit entre les États-Unis et l’Irak au sujet du refus de ce dernier de se soumettre aux inspections commanditées par l’Organisation des Nations unies (ONU). Comme le montrent les statistiques [4], l’opinion publique américaine était désormais favorable à l’emploi des armes contre le régime de S. Hussein, aussi bien avant qu’après la décision de l’Administration Clinton d’effectuer des raids aériens sur le territoire irakien. Cependant, ce soutien populaire ne tarda pas à s’estomper au cours de l’année 1999, et ce, jusqu’à l’automne 2001 [5]. Durant les premiers mois de l’année 2001, les Américains ont fait l’objet d’un sondage, dix ans après la victoire de la guerre du Golfe, pour savoir si l’intervention militaire en Irak avait eu les effets escomptés ; les avis furent mitigés : 51 % des sondés répondaient affirmativement, alors que 39 % répondaient négativement [6].
L’évidence montre que les Européens, quant à eux, sont encore moins enclins à favoriser l’usage de la force contre l’Irak. En 1998, les Français s’étaient prononcés de façon sévèrement critique à l’encontre des bombardements commandités par l’Administration Clinton, alors que les Allemands et les Italiens étaient assez partagés sur la question [7]. De plus, d’après les chiffres publiés par Ipsos [8], les opinions dans les autres pays européens étaient encore plus critiques à l’encontre de la politique américaine. En Russie, 57 % des personnes interrogées se sont opposées à l’utilisation de la force contre Bagdad. En Allemagne, seulement une personne sur trois était favorable à l’intervention, de même qu’aux Pays-Bas, où une minorité de Néerlandais approuvait cette initiative, alors que les Italiens se partageaient entre 43 % contre et 41 % pour l’intervention militaire.
Néanmoins, au Royaume-Uni, en 1998, la majorité des Britanniques étaient favorables au bombardement, ainsi qu’à l’appui inconditionnel que Anthony Blair avait octroyé à William J. Clinton et à la participation des forces britanniques dans l’opération [9]. Toutefois, même en Grande-Bretagne, l’opinion publique n’était pas prête à risquer la vie des militaires britanniques dans un effort de guerre visant à obliger S. Hussein à coopérer avec les inspecteurs de l’ONU [10]. Cependant, il semble que, depuis 1998, l’opinion des Britanniques ait quelque peu évolué. En effet, un certain nombre de sondages posant des questions similaires aux Britanniques au cours des années 2001 et 2002 montrent très clairement que, aujourd’hui, la majeure partie d’entre eux sont opposés non seulement à une intervention unilatérale des États-Unis sur le territoire irakien [11], mais également à toute aide militaire en provenance de Grande-Bretagne [12].
Aussi, il n’est pas surprenant de constater que, lorsque l’institut de sondage Pew Survey Research interrogea des citoyens américains et européens en avril 2002 [13] au sujet de leur volonté de participer à « une intervention militaire contre le régime de S. Hussein dans le cadre de la guerre contre le terrorisme », aucun des quatre pays européens sondés n’approuva de façon majoritaire cette initiative, alors que 69 % des Américains se sont prononcés en faveur de cette intervention (voir le tableau 2). En Allemagne et en Italie, 59 % des sondés se sont dits opposés à l’intervention militaire, alors qu’en France et au Royaume-Uni les opinions étaient partagées équitablement entre les partisans et les opposants à cette initiative (46 % de « oui » contre 47 % de « non » en France, et 46 % de « oui » contre 43 % de « non » au Royaume-Uni).


TABLEAU 2. — Opinions relatives à l’intervention militaire en Irak
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Source : Pew Survey Research.

 
L’IMPACT DE LA FORMULATION DES QUESTIONS ET LES CONDITIONS D’UNE INTERVENTION EN IRAK
 
 
Comme nous l’avons constaté auparavant sur la question des comportements face aux problématiques de la défense européenne, la manière dont les questions des sondages sont formulées peut avoir un impact important sur les résultats obtenus. Cette influence revêt un intérêt particulier lorsqu’il s’agit de mesurer le soutien apporté par l’opinion publique à l’utilisation de la force militaire et à une éventuelle entrée en guerre [14]. Cependant, plutôt que de la considérer comme une faille méthodologique ou une raison pour refuser, de manière catégorique, de prendre en considération les résultats, cet aspect peut présenter un avantage pour l’analyse. En effet, s’ils sont bien interprétés, les différents effets des variations dans la formulation des questions peuvent être très révélateurs des nuances et des subtilités des attitudes et des comportements des gens. Les nombreuses variations dans la formulation des questions qui ressortent des données disponibles – on trouve ainsi au moins 33 formulations, parfois simplement légèrement différentes, pour les seules enquêtes aux États-Unis et autant en ce qui concerne l’Europe, dans les sondages relatifs à une intervention militaire en Irak – nous permettent de tirer quelques conclusions concernant l’impact des variations spécifiques sur le degré du soutien apporté.
D’une part, le soutien à une action militaire tend à être plus important lorsqu’il est simplement demandé aux personnes interrogées si elles soutiennent ou si elles sont opposées à une telle action. Le soutien est moins important lorsque la question qui leur est soumise est plus complexe mais également plus réaliste, et présente une alternative entre des moyens d’action militaires ou non militaires. D’autre part, il semble que les personnes interrogées surmontent leurs doutes à partir du moment où le gouvernement prend une décision (peu importe laquelle) dans une situation complexe, telle que la question d’entrer ou non en guerre. Cette situation se manifeste dans le phénomène bien connu du « ralliement autour du drapeau » [15]. Dans les sondages, ce phénomène se reflète également, dans une certaine mesure, lorsque la question posée est prospective et qu’elle consiste à demander aux personnes interrogées d’imaginer que le gouvernement a déjà décidé d’entrer en guerre et leur demande ensuite s’ils approuvent ou non cette décision, plutôt que de leur demander d’abord s’ils pensent qu’il faut ou non entrer en guerre [16].
Par ailleurs, la formulation des questions a d’autres effets. Tout d’abord, et au regard des objectifs de l’action, l’allusion au retour des inspecteurs de l’ONU et à l’objectif de « renverser Saddam Hussein » ont un impact positif sur la volonté d’utiliser la force [17]. En revanche, lorsqu’une référence est faite aux « terroristes », alors le soutien tend à décroître. En ce qui concerne les moyens employés (les forces terrestres ou les raids aériens), la référence aux « forces terrestres » a, de manière certaine, le même effet négatif, entraînant une chute de 20 à 30 points [18]. Des effets négatifs similaires sont obtenus lorsque la formulation utilise des mots tels que « envahir », « retour dans le golfe Persique » ou « action prolongée ». À l’inverse, les références aux « raids aériens » ou aux « bombardements » ont un effet positif [19].
Ainsi, ces effets peuvent être considérables. Lorsque la question se réfère à « envoyer des forces terrestres pour envahir l’Irak » [20], le soutien réel aux États-Unis est quasiment nul puisque le nombre de partisans et d’opposants s’équilibre. En d’autres termes, selon les variations dans la formulation des questions, le soutien peut diminuer ou augmenter d’environ 40 points. On observe le même phénomène en Europe, comme le montrent les données concernant le Royaume-Uni [21]. Les références à « sans l’accord de l’ONU » ou à l’emploi des forces terrestres ont un effet fortement négatif sur le degré de soutien [22]. En revanche, si l’utilisation de la force armée n’est pas du tout mentionnée, et que l’on parle simplement du « renversement de Saddam Hussein », alors le soutien s’accroît de manière considérable [23].
En dehors du problème spécifique de la mauvaise formulation d’une question, la raison de ces variations tient au fait que les comportements sont conditionnés. Comme nous l’avons déjà démontré ailleurs [24], la volonté des populations de soutenir l’emploi de la force militaire par la communauté internationale dépend de nombreux facteurs ou de conditions. En effet, il est progressivement devenu évident, au regard d’études sur l’opinion publique dans des cas historiques spécifiques ou dans des cas plus expérimentaux, notamment lors d’études effectuées dans le cadre de laboratoires types, que les réelles ou potentielles pertes humaines (militaires ou civiles) ont une influence négative considérable, bien que non décisive, sur la volonté des opinions publiques au sein des sociétés démocratiques de soutenir une intervention dans un conflit armé [25]. En revanche, la volonté de courir des risques militaires et d’en accepter les conséquences est influencée de manière positive par le degré de la menace vis-à-vis de ce qui est considéré comme un intérêt vital, matériel ou autre. Les populations et les États qui ne sont pas menacés d’une manière directe et immédiate peuvent toujours se demander pourquoi est-ce qu’ils iraient « mourir pour Dantzig », en particulier lorsqu’il n’est pas certain que les autres partageront le fardeau, et que l’on peut parier que le bien-être collectif sera assuré de toute façon, en l’occurrence par les États-Unis. Ainsi, ils sont tentés de devenir des « free riders ». Un troisième facteur positif tient à la légitimité de l’action, réelle ou supposée, telle qu’elle peut être assurée par exemple par un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, d’une autre organisation internationale ou par le soutien d’alliés majeurs. Un quatrième facteur réside dans l’efficacité et le succès de la force engagée. Enfin, la qualité du leadership et/ou de la confiance dans la sagesse des politiques gouvernementales sur ces questions sont également déterminantes.
L’une de ces conditions (la légitimation par l’ONU) peut être illustrée par une étude datant de juin 2002, et réalisée par le German Marshall Fund, qui a étudié six pays européens (les quatre déjà mentionnés : l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, plus les Pays-Bas et la Pologne), tandis qu’une enquête parallèle a été conduite aux États-Unis pour le Chicago Council on Foreign Relations. La question posée aux sondés était relative à l’utilisation des forces militaires américaines pour envahir l’Irak et renverser le régime de S. Hussein. On peut souligner ici que la question contient un certain nombre des facteurs pouvant conditionner la réponse et mentionnés ci-dessus. Cependant, la condition cruciale est contenue dans les catégories de réponse, l’une d’entre elles spécifiant la condition « avec l’accord de l’ONU et le soutien des alliés ». Au regard de la moyenne des réponses à travers ces six pays, une personne interrogée sur quatre répond que les États-Unis ne devraient, sous aucun prétexte, envahir l’Irak, alors que seulement une sur dix estime que les États-Unis devraient envahir l’Irak « même s’ils doivent agir seuls ». Ainsi, deux tiers des personnes interrogées approuveraient une invasion américaine de l’Irak à la condition d’obtenir « l’accord de l’ONU et avec le soutien d’alliés » (voir le tableau 3 ci-dessous). Ces données, ainsi que d’autres concernant le Royaume-Uni et les Pays-Bas [26], soulignent l’importance attachée à une légitimation formelle d’une intervention militaire par les Nations unies.


TABLEAU 3. — Opinions relatives à l’utilisation des forces armées des États-Uni pour envahir l’Irak et renverser le gouvernement de S. Hussein (six pays européens et les États-Unis, du 5 juin au 6 juillet 2002)
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Source : German Marshall Fund / Chicago Council on Foreign Relations, 5 juin - 6 juillet 2002.

La même étude poursuit en testant l’impact de trois facteurs spécifiques – la légitimité, les intérêts et les pertes humaines – d’une façon plus formelle, en soumettant un certain nombre de « scénarios » (huit au total) pour effectuer un sondage au sein de ces six pays. En faisant varier un élément et en gardant tous les autres constants, il a été possible d’estimer l’impact de chacune de ces trois variables sur la volonté de participer à une action militaire contre l’Irak. Trois hypothèses ont guidé la formulation de ces scénarios. Tout d’abord, il a été supposé que le soutien à une action militaire serait plus important s’il y avait un mandat des Nations unies et un nombre limité de pertes humaines. Ensuite, il a été supposé que le scénario de l’acquisition d’armes de destruction massive par l’Irak serait perçu (au moins en Europe) comme un intérêt plus vital que le scénario d’un éventuel soutien apporté par l’Irak à la nébuleuse terroriste de Oussama Ben Laden et que, ainsi, le soutien pour une action militaire serait plus important dans le premier cas. Le tableau 4 présente les résultats qui découlent de l’application de ces huit scénarios.
Sous réserve de quelques exceptions, ces résultats corroborent les hypothèses avancées. Cependant, l’impact de ces trois facteurs est d’une ampleur différente : la légitimité (c’est-à-dire l’accord de l’ONU) a la plus grande influence et elle représente ainsi la condition la plus importante. Elle est suivie de l’intérêt (les armes de destruction massive étant considérées comme plus menaçantes que le terrorisme), et, enfin, viennent les pertes humaines. Il faut donc souligner qu’un soutien majoritaire à une attaque américaine contre l’Irak dépend largement de la légitimation, qui pourrait être acquise par un mandat de l’ONU. Par ailleurs, en dehors de quelques exceptions, principalement l’Allemagne et la Pologne, l’accord de l’ONU est suffisant pour rallier un soutien majoritaire ou quasi majoritaire à une action militaire américaine contre l’Irak, et ce, en raison de tous les autres aspects des scénarios envisagés.


TABLEAU 4. — Soutien à une action militaire américaine contre l’Irak selon différents scénarios
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Source : MORI/German Marshall Fund, 5 juin - 6 juillet 2002.

Les informations étudiées dans cet article tendent à indiquer que les penchants qui caractérisent les positionnements de l’opinion publique sur les questions de défense et d’intervention militaire sont fortement internationalistes. Dans le contexte particulier de l’Union européenne, cela se traduit par une claire majorité en faveur d’une politique européenne commune de sécurité et de défense telle que celle mise en place aujourd’hui. Ces informations suggèrent aussi, cependant, qu’une approche pleinement supranationale des questions de défense ne recevrait que difficilement une nette majorité en sa faveur à travers l’Union dans son ensemble, et rencontrerait même une opposition substantielle dans plusieurs États membres. En ce qui concerne l’opportunité qu’une défense européenne (intergouvernementale ou supranationale) poursuive une politique de partenariat étroit avec les États-Unis, ou adopte au contraire une ligne plus indépendante, le sentiment est partagé, tendant plus vers le soutien à une posture indépendante en France et en Italie, mais demeurant relativement équilibré entre les deux options au Royaume-Uni et en Allemagne. Ainsi, dans le cas de ces quatre principaux acteurs européens dans le domaine de la défense, il semble exister une certaine demande – mais pas sous la forme d’une majorité écrasante –, en faveur d’une politique plus indépendante et, par conséquent, pour une identité européenne de défense plus cohésive et cohérente.
Cela nous conduit à considérer la conjoncture actuelle, et les conséquences possibles des positionnements de l’opinion publique à l’égard de la question irakienne sur le développement d’une politique européenne de sécurité et de défense. Lorsqu’elles sont formulées sans considération de coûts ou de conditions, les questions qui demandent simplement à la personne interrogée si elle soutient ou si elle est opposée à l’utilisation de la force dans un cas particulier ne donnent qu’une idée très limitée de la mesure dans laquelle l’opinion publique soutient véritablement de telles actions. Cela est vrai pour le cas d’une éventuelle guerre contre l’Irak, mais également pour d’autres cas concernant l’utilisation de la force militaire internationale. L’opinion publique américaine n’a visiblement pas encore d’opinion arrêtée. Alors qu’elle est, en principe, favorable à l’utilisation de la force pour renverser le régime de S. Hussein, elle demeure inquiète quant aux éventuelles conséquences et implications. Dans ces conditions, il en découle une sensibilité aux variations dans la formulation des questions, ce que nous avons observé dans notre analyse. En Europe, l’opinion publique est encore moins convaincue de la sagesse de la politique menée par l’Administration Bush. Si, de manière générale, les Européens ont tendance à partager le point de vue des Américains sur l’Irak et quant à la menace que ce pays représente, ils sont, à cet égard, moins impressionnés que les Américains. Cependant, ils sont beaucoup plus soucieux des conséquences possibles d’une intervention militaire.
L’impression d’ensemble, qui ressort de l’analyse de la masse considérable de données disponibles sur la question irakienne, confirme la suggestion selon laquelle l’opinion publique possède – ce qui n’a peut-être rien de surprenant – une préférence marquée pour une réponse internationale ou multilatérale aux problèmes de ce type. Les données montrent également que l’opinion publique est variable dans le temps et en fonction des pays, des sondages et de la formulation des questions, ce qui est une fois encore peu surprenant. Ce qui est intéressant et fondamental, c’est qu’il semble exister un modèle de variations identifiable, et que cette tendance sous-jacente suggère que le soutien de l’opinion publique pour une intervention militaire est fortement conditionnel. Conformément à ce qui a été affirmé jusqu’ici, la principale condition mise en évidence par les données considérées dans cette analyse est celle de l’internationalisation et, plus spécifiquement, de la légitimation de l’intervention militaire par un mandat de l’ONU. On pourrait pousser cette analyse en allant jusqu’à affirmer qu’une telle légitimation est une condition nécessaire pour qu’existe une majorité de soutien en faveur d’une intervention militaire et que, si l’acquisition par l’Irak d’armes de destruction massive devait être démontrée, cette condition serait suffisante dans une majorité de pays européens.
En conclusion, sur la base des données concernant l’attitude de l’opinion publique européenne à l’égard d’une coopération européenne dans le domaine de la défense et d’une éventuelle intervention militaire en Irak, il en ressort une attente très importante et frappante des opinions publiques à l’égard des institutions internationales. La question clé est peut-être de savoir si les organisations internationales existantes, qu’il s’agisse de l’UE, de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ou de l’ONU, disposent des capacités institutionnelles et politiques leur permettant de répondre à ces attentes et de faire face aux défis qu’elles impliquent.
(Traduit de l’anglais par Bastien Nivet et Rodrigo Pintado)
 
NOTES
 
[1] Pour une analyse plus approfondie de ces questions, voir Philip Everts, « Introduction », in P. Everts, Pierangelo Isernia (eds.), Public Opinion and the International Use of Force, Londres, Routledge, 2001, p. 1-28 ; Richard Sinnott, « European Public Opinion and Security Policy », Chaillot Papers, no 28, Paris, Institut d’études de sécurité de l’UEO, 1997 ; et Richard Sinnott, « Knowledge and the Position of Attitudes to a European Foreign Policy on the Real-To-Random Continuum », International Journal of Public Opinion Research, vol. 12, no 2, 2000, p. 113-137.
[2] Le sondage « Asia Europe Survey » (ASES) a été réalisé dans 18 pays d’Europe occidentale et d’Asie du Sud-Est à l’automne 2000. Le projet est dirigé par le Pr Takashi Inoguchi, de l’Université de Tokyo, et financé par le ministère japonais de l’Éducation et de la Science.
[3] En raison de la quantité d’informations statistiques déjà contenues tout au long de ce texte, il n’est pas possible de présenter toutes les données mentionnées sous forme de tableaux. Toutefois, celles-ci peuvent être trouvées au complet dans Philip Everts, War Against Iraq ? What the Polls Tell Us About Public Support and Its Conditions : Research Note with Annex on Public Opinion on Iraq – A Survey of Polls up to 10 September 2002, Leiden, Institut voor Internationale Studien, 2002. Ce rapport peut être demandé à l’auteur ((((everts@ fsw. leidenuniv. nl),et est disponible sur Internet aux adresses suivantes : wwwwww. politicologie. leidenuniv. nlet wwwwww. unisi. it/ circap. Dans le corps du texte, chaque utilisation de données issues de ce rapport fait l’objet d’une note de bas de page spécifiant leur tableau d’origine. Dans ce cas précis, il s’agit des tableaux 1, 2 et 112 du rapport.
[4] Voir les tableaux 57, 60 à 67 et 96 du rapport.
[5] Voir le tableau 111 du rapport.
[6] Voir le tableau 3 du rapport.
[7] Voir le tableau 156 du rapport.
[8] Sur Internet à l’adresse : wwwww. canalipsos. com.
[9] Voir les tableaux 170 à 172 et 174 du rapport.
[10] Voir le tableau 177 du rapport.
[11] Voir les tableaux 200, 201, 203, 205, 208, 210 et 215 du rapport.
[12] Voir les tableaux 202, 204, 206, 207, 211 et 213 du rapport.
[13] Voir le tableau 180 du rapport.
[14] Frank Newport, Possibility of War Illuminates Issues in Interpreting Poll Results, The Gallup Organization, mars 1998. Disponible sur Internet à l’adresse suivante : hhhttp:// wwww. gallup. com. poll/ frontheed/ed9803.asp.
[15] Cependant, il est connu que ce phénomène peut être de courte durée.
[16] Voir le tableau 51 du rapport.
[17] Voir les tableaux 54, 57, 60, 62, 63 et 105-106 du rapport.
[18] Voir les tableaux 120-124 comparés au tableau 111 du rapport.
[19] Voir les tableaux 122-124, 107, 59 du rapport.
[20] Voir le tableau 123 du rapport.
[21] Voir les tableaux 200-213 du rapport.
[22] Voir les tableaux 212, 213, 208 du rapport.
[23] Voir le tableau 210 du rapport.
[24] P. Everts, P. Isernia (eds.), op. cit. ; Philip Everts, Democracy and Military Force, Basingstoke/Londres, Palgrave, 2002.
[25] Voir P. Everts, ibid. (2002), chap. 9, pour une revue des recherches et des données disponibles.
[26] Voir les tableaux 21, 213 et 197 du rapport.
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Sur Internet à l’adresse : wwwww. canalipsos. com. Suite de la note...
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P. Everts, P. Isernia (eds.), op. cit. ; Philip Everts, De...
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Voir P. Everts, ibid. (2002), chap. 9, pour une revue des ...
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Voir les tableaux 21, 213 et 197 du rapport. Suite de la note...