2002
Revue internationale et stratégique
Tendances
Forces armées d’Amérique latine.
Une institution marginalisée, en situation de recours
Jean-Jacques Kourliandsky
Chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en charge des questions liées à l’Amérique latine.
Les déceptions accumulées par des électeurs en attente de démocratie, mais aussi de meilleures conditions de vie, ont incontestablement donné une nouvelle légitimité politique aux militaires en Amérique latine. De plus, la formation d’une nouvelle alliance avec les États-Unis pour lutter contre le terrorisme et le narcotrafic suppose une remobilisation des forces armées latino-américaines. Ce double facteur de légitimité a été reçu de façon positive par les militaires, mécontents d’avoir été écartés du pouvoir sans avoir reçu de missions particulières à remplir et sans fonction sociale reconnue de la part des nouvelles autorités démocratiques latino-américaines. Les armées ont ainsi cherché à instrumentaliser une situation leur offrant une fenêtre d’opportunités d’abord en termes budgétaires, et qui se traduit parfois par un surcroît d’influence politique.
Latin-American Armies : Back on Stage
The need of democracy and more specifically of better life conditions has given a new political legitimacy to Latin-American armies. Moreover, the new Latin-American alliance with the United States, based on the war against drugs and terrorism, has favoured the mobilization of Latin-American armed forces. This double legitimation movement has been welcomed positively by the military, unhappy to be relegated of power, and without having precise missions to accomplish since the advent of new democratic Latin-American regimes. Armies have not doubted on taking advantage of this situation, first improving their revenues through budgetary measures, and seldom by an increase of their political influence.
Le rétablissement d’un ordre démocratique dans les années 1990 en Amérique latine a été aussi brutal que la vague de coups d’État qui avaient porté les armées au pouvoir dans la région une quinzaine d’années auparavant. Luigi Einaudi, diplomate au département d’État des États-Unis, puis à l’Organisation des États américains (OEA), a tiré de ce constat la photographie d’un continent en mouvement démocratique. « Le pendule historique, a-t-il écrit en 1997, qui pendant un siècle a vu des démocraties naissantes alterner avec des dictatures, paraît aujourd’hui suspendu. »
[1]
Alejandro Toledo, président du Pérou, lors de son investiture le 28 juillet 2001, a pris en quelque sorte acte de cette évolution, tout en doutant de la suspension du mouvement pendulaire séculaire annoncée par L. Einaudi. Ce jour-là, s’adressant à ses homologues latino-américains, il leur a en effet proposé la réduction concertée des budgets de défense, une sorte de dépérissement programmé des armées. « Nos pays, leur a-t-il dit, n’ont plus de différends bilatéraux tels qu’ils nécessitent le maintien d’hommes et d’armements importants. La fin de l’affrontement entre l’“Est” et l’“Ouest” a ouvert une période nouvelle, moins belligérante et plus coopérative. Les conflits régionaux ont été résolus. Les rivalités, interétatiques comme internes, s’expriment pour l’essentiel sous la forme de concurrences économiques et politiques. Et nous n’avons pas d’autre hypothèse, réaliste, de conflits à gérer. Dans un tel contexte, les armées, loin de contribuer à la protection du bien commun, pourraient chercher à se substituer de façon illégitime à ses gestionnaires élus. Elles accaparent d’autre part une fraction importante des revenus nationaux, alors que les besoins insatisfaits des citoyens nécessitent la mobilisation accrue des moyens financiers de nos États. La réduction des forces armées, et donc de la part du budget qui leur est consacrée, doit être la réponse donnée par les responsables latino-américains au changement d’époque et à la dette sociale accumulée. »
[2]
L’interpellation du premier magistrat péruvien est, à certains égards, insolite. Elle reflète pourtant une préoccupation générale, présentée le plus souvent de façon non explicite par la quasi-totalité des responsables civils d’Amérique latine au travers de budgets et de lois réduisant l’importance institutionnelle acquise pendant la guerre froide par les militaires
[3]. Elle se heurte cependant à la quête d’une reconnaissance professionnelle et sociale générale de la part de ceux-ci, voire, chez certains, à l’affirmation de nouvelles alliances civilo-militaires à caractère populiste – comme c’est le cas au Venezuela du président Hugo Chavez
[4] –, préservant toutefois la légalité constitutionnelle.
Les forces armées latino-américaines ont-elles pour autant retrouvé la marge d’expression politique perdue à la fin de la guerre froide ? Le pendule de l’histoire, loin d’avoir été bloqué par les évolutions favorables à la démocratie civile et à ses représentants, comme le pronostiquait L. Einaudi, serait-il reparti en sens contraire
[5] ? L’histoire immédiate bousculerait-elle les prévisions de la science sociale qui, après la chute du mur de Berlin et celle des régimes militaires en Amérique latine, avait tenté de construire un modèle explicatif d’une évolution démocratique présentée comme « scientifiquement » et, donc, définitivement enracinée
[6] ? La lecture des événements au jour le jour interpelle l’observateur. Le chroniqueur historique est contraint d’en tenir compte ou, tout au moins, de s’interroger. Les faits imposent leur réalité, même si leur interprétation reste problématique. « La fin de la guerre froide, reconnaît Samuel Fitch, un universitaire nord-américain, pose de nouvelles questions sur les rapports entretenus par les forces armées et la démocratie. »
[7] Le journaliste et chercheur péruvien, Fernando Rospigliosi, lui fait écho tout en approfondissant le sentiment de perplexité. « Les politiques, les fonctionnaires internationaux et les chercheurs ont tous admis que ces dernières années l’ère des dictatures était révolue en Amérique latine. [...] Mais qu’est-ce qui a bien pu changer au point de susciter cet optimisme démocratique ? [...] Force est de constater qu’il y eut des changements très importants. Mais comme l’a démontré l’expérience péruvienne – les années du régime Fujimori, de 1992 à 2000 – [ces changements] sont insuffisants pour autoriser à pronostiquer la fin du mouvement pendulaire historique entre démocratie et dictature. »
[8]
La seule certitude, observe Olivier Dabène, est que « les militaires reviennent sur les scènes politiques latino-américaines, moins de vingt ans après les transitions [démocratiques] »
[9]. Les questions ensuite s’enchaînent autour du sens à donner à une réalité rompant avec les lieux communs. Pourquoi ce regain d’activisme politique des militaires latino-américains ? Quelle est sa nature, son intensité ? A-t-il un caractère résiduel ou pérenne ? S’agit-il de la résurgence de l’époque des dictatures ou de tout autre chose ? Les limites externes comme intérieures qui l’ont jusqu’ici contenue interdisent-elles toute répétition de « processus » autoritaires et prétoriens ? Ces limites, d’ailleurs, qu’elles soient nationales, enracinées sur une nouvelle culture démocratique et éthique, ou internationales, fondées sur les nouvelles orientations de la politique extérieure des États-Unis, donnant une large place aux libertés et à la démocratie, sont-elles pour autant solides et durables ?
Au-delà, ou en deçà, de ce faisceau d’interrogations, la récupération indéniable d’espaces institutionnels par les forces armées n’est-elle pas la résultante, relativement indifférente à la volonté corporatiste exprimée et au discours politique plus ou moins élaboré par les armées, d’une démocratie imparfaite, indécise, contestée par les militaires comme par l’ensemble des citoyens ? Seule structure organisée, ordonnée, dans un continent traversé de contradictions sociales fortes, déstabilisé dans ses profondeurs par des crises économiques et financières prolongées, les forces armées n’apparaissent-elles pas nécessairement comme un recours, aux différents acteurs politiques se disputant l’exercice du pouvoir ?
LES RÉSISTANCES D’UNE INSTITUTION MARGINALISÉE
Pour reprendre le qualificatif utilisé par Tania Delgado, universitaire vénézuélienne, on constate aujourd’hui que la « punition »
[10] budgétaire, morale et judiciaire infligée aux forces armées n’a pas pour autant conduit à leur disparition. Bien que les autorités civiles aient, paradoxalement, perpétué leur existence en marginalisant l’institution militaire en faisant allusion aux erreurs politiques commises par le passé, elles ne leur ont donné, en compensation, aucune mission de défense « cohérente et solide »
[11]. « Les politiques de défense des gouvernements de transition démocratique [en Amérique latine], confirme la chercheuse argentine Rut Diamint, ne sont pas le résultat de décisions rationnelles des leaders politiques, mais le solde de jeux de pouvoir [...] [entre] autorités civiles et forces armées. L’objectif n’était pas [de mettre en place] une politique de défense efficace, mais d’assurer la gouvernabilité, éventuellement [...] menacée par un probable coup d’État militaire. Aucune société latino-américaine n’a perçu la défense comme un bien social. »
[12]
Cette politique, couplant la mise en examen des soldats par la société et par la justice avec l’assèchement des crédits de défense, a progressivement ôté toute capacité opérationnelle aux forces armées. Sans utilité sociale collective reconnue, les militaires ont par ailleurs vu leur niveau de vie diminuer considérablement, ce qui, en Argentine par exemple, les a amenés à rechercher un deuxième emploi afin de survivre, plus de la moitié d’entre eux vivant en dessous du seuil de pauvreté, d’après les statistiques officielles
[13].
N’ayant pas l’intention de rester les bras croisés, les forces armées se sont opposées à ces politiques, conduisant nécessairement à la dégénérescence de leur institution. Bien que ce refus a été dans la plupart des cas argumenté, les gouvernements étant invités à redéfinir la sécurité des États et à donner un rôle à leurs forces armées, il a cependant parfois dégénéré en tumulte plus ou moins violent.
Au Pérou, par exemple, à l’occasion d’un séminaire civilo-militaire tenu en juillet 2001 au Cercle militaire de Lima, l’amiral Alfredo Palacios Dongo s’est inquiété, en ces termes, des intentions du nouveau président : « Le gouvernement prétend aller vers un désarmement unilatéral. Tout gouvernement doit prendre en compte l’équilibre stratégique et la dissuasion. [...] [Il] doit nous dire ce qu’il veut, et quelles ressources il nous affecte pour y parvenir. »
[14] D’autres responsables militaires ont fait, en Argentine ou en Équateur, des déclarations similaires. Cette préoccupation partagée a provoqué une fébrilité créative dans les casernes et, parfois, la tentation active de retrouver une raison d’être génératrice d’interventionnisme politique. L’amiral chilien Jorge Arancibia, chef de la marine de son pays à ce moment-là, l’a exprimé publiquement de la façon suivante dans le quotidien de Santiago,
El Mercurio : « Les forces armées sont sous tension maximale. Et les institutions sous tension réagissent parfois de façon inappropriée. »
[15]
De ce fait, beaucoup de « coups » militaires, ces dernières années, ou de tentatives considérées comme telles, relèvent davantage de réactions corporatistes que d’une volonté avérée de prendre le pouvoir sur la base d’un projet politique précis. Les conditions de travail ou le niveau des salaires ont par exemple provoqué des mouvements de grève dans le corps de police, en partie militarisé, au Brésil. Par ailleurs, la crainte de mises en examen collectives et la dégradation des conditions de vie a été en grande partie à l’origine du mécontentement armé en Argentine dans les années 1990. De la même manière, l’armée du Chili, tout en se défendant de tout interventionnisme politique, a manifesté un mécontentement grandissant après l’arrestation à Londres et l’assignation à résidence à Santiago du général Augusto Pinochet. « Nous voulons sortir de la scène politique, et cela, nous voulons que les gens du pays le comprennent »
[16], a, par exemple, déclaré le général Ricardo Izurieta, chef d’état-major de l’armée de terre. Mais la crainte d’une extension des poursuites est incontestablement à l’origine de cette nervosité des casernes. Selon les propos du général uruguayen Juan Geymonat, « l’armée n’a aucune raison de demander pardon dans la forme qui lui a été communiquée »
[17]. À cet égard, le sociologue français Guy Hermet a signalé l’éventuelle émergence de ripostes militaires induites par ce type de pressions, en particulier celles qui ont trait à la « justice rétroactive », ainsi que les risques que ces ripostes font peser sur le système démocratique
[18].
Les glissements croissants vers la délinquance, constatés dans la quasi-totalité des forces armées du continent, relèvent du même état d’esprit. Déconsidérés et touchés au portefeuille, des militaires, individuellement ou en groupe, sont passés de la phase revendicative, corporatiste, à celle de la criminalité organisée. Tirant un profit certain de leur connaissance des armes, de leur facilité d’accès au transport aérien militaire et aux dépôts d’armements, ainsi que de leur participation au combat contre le trafic de stupéfiants, une quantité non négligeable de soldats ont entrepris de compléter leurs revenus de façon criminelle. Certains ont saisi l’opportunité du conflit colombien, par exemple, pour vendre des armes aux groupes de guérilla et d’autodéfense, parties au conflit. Ainsi, des éléments de l’armée péruvienne n’ont pas hésité à acheter des fusils en Jordanie pour les parachuter ultérieurement aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Des armements nicaraguayens ont par ailleurs été vendus aux paramilitaires colombiens, alors que les transports militaires aériens brésilien et colombien ont assuré le convoiement de cargaisons de stupéfiants vers l’Espagne et les États-Unis
[19]. Désormais, toutes les forces des pays voisins de la Colombie, ainsi que l’armée colombienne elle-même, sont concernées par ce phénomène criminel. De même, l’armée mexicaine engagée dans le combat contre le trafic des stupéfiants ne compte plus ses officiers généraux arrêtés en raison de leur complicité avec les cartels délinquants
[20]. Autre exemple de la criminalisation des forces armées : l’aide financière accordée par les États-Unis à la Colombie pour lutter contre le narcotrafic a été détournée ces derniers mois par un certain nombre de militaires et policiers chargés de veiller à sa bonne affectation
[21].
Fort heureusement, cette situation est loin d’être la seule réponse des forces armées latino-américaines à la marginalisation budgétaire qu’elles subissent. Comme il a été mentionné précédemment, les officiers ont effectivement accompagné leur refus de la marginalisation budgétaire par des propositions précises, présentées sous une forme plus ou moins radicalisée, mais respectueuses des institutions démocratiques. Les déclarations, faites le plus souvent par des représentants du cadre de réserve, ont exigé des pouvoirs civils la définition de nouvelles missions pour leurs soldats. À l’occasion d’un séminaire, le chef d’état-major de l’armée de terre uruguayenne, le général Santiago Pomoli, a exprimé en ces termes le sentiment général d’exaspération : « Avec la fin du monde bipolaire, on a entendu résonner [...] la prédiction d’une paix définitive, voire le pronostic d’un renvoi prompt de la guerre, comme l’esclavage, au musée d’une irrationalité abolie. [...] D’autres sortes de menaces cruelles ont surgi. [...] Notre pays et son armée [...] sont conscients qu’ils doivent continuer à se préparer à les affronter, celles-là, comme d’autres éventuelles. »
[22] Le Forum des généraux retraités argentin a, à peu de choses près, signalé une préoccupation identique et des ambitions similaires, adressées aux responsables politiques en ces termes : « Convaincus du caractère institutionnel incontournable des forces armées pour la perpétuation de la nation, nous considérons que, dans le cadre des combats électoraux, les candidats aspirant aux responsabilités les plus élevées de la République doivent expliquer avec précision les politiques concernant la défense nationale. »
[23]
Le message a fini par être entendu. Du Chili au Nicaragua, de l’Argentine à la Bolivie, les gouvernements ont ouvert un débat public novateur sur la sécurité nationale avec leurs militaires, les élus et la société civile. Edmundo Pérez Yoma, ministre chilien de la Défense, en a expliqué le fondement de la façon suivante : « Dans les pays qui, comme le nôtre, ont joui de longues périodes de paix, certains en viennent à s’interroger sur une partie des fondements de la défense. Pourtant, la défense est une fonction première de l’État et une responsabilité permanente de l’ensemble de la société. La paix n’élimine pas la nécessité des forces armées et la défense n’est pas une affaire exclusive réservée aux militaires. »
[24] Dès lors, de 1998 à 2002, un processus d’élaboration de lois particulières concernant la défense, souvent articulé sur l’élaboration de Livres blancs, a été engagé dans ces pays. L’Argentine, le Chili et le Nicaragua se sont, par exemple, dotés de ce type d’instruments. La Bolivie, quant à elle, est encore, en 2002, dans une phase exploratoire, visant à « sensibiliser et stimuler un débat »
[25], comme le rappelait le chercheur Justo Carlos Patzy Poma. Paradoxalement, comme l’explique R. Diamint, ces travaux, pour certains achevés et pour d’autres en cours, ont engagé les pouvoirs publics dans l’affectation de missions appartenant au domaine civil à leurs armées
[26], au risque de retrouver les logiques qui, par le passé, avaient conduit à la confusion des politiques de sécurité intérieure et extérieure. Ainsi, les Livres blancs précisent tous, comme c’est le cas dans celui qui a été élaboré au Chili, que « en certaines circonstances, [...] la défense nationale peut et doit participer aux activités qui dépassent la fonction de défense, [...] [comme par exemple les] catastrophes naturelles [ou le] soutien à la police ». Les circonstances signalées dans le Livre blanc chilien semblent être singulièrement proches de celles que l’on retrouve ailleurs. En effet, en octobre 2000, le ministre panaméen de la Défense n’hésitait pas à définir « un nouveau rôle pour les forces armées des Amériques : [...] la protection de l’environnement, [l’intervention dans l’éventualité de] catastrophes naturelles et l’action civique »
[27]. Le président argentin Eduardo Duhalde s’est d’ailleurs engagé dans la même direction au cours des derniers mois. S’adressant à des gendarmes réunis le jour de l’anniversaire de la constitution de leur corps, il a annoncé qu’il fallait réfléchir à un nouveau concept de « défense de l’intégrité territoriale, lutte contre la contrebande, le narcotrafic et le terrorisme »
[28]. De fait, aujourd’hui, les armées colombiennes et mexicaines participent directement au combat contre le trafic de stupéfiants, alors que l’armée brésilienne est directement impliquée au travers de sa police militaire dans le maintien de l’ordre et le combat contre la délinquance
[29]. La pression des militaires soucieux de retrouver une identité professionnelle et une reconnaissance sociale a donc été entendue par les gouvernements. Cette écoute a cependant été amplifiée par une conjoncture spécifique porteuse d’opportunités inattendues pour les armées.
DES CIRCONSTANCES FAVORABLES POUR LES MILITAIRES
La crise économique et la difficile conjoncture sociale qui caractérisent aujourd’hui nombre d’États latino-américains n’a fait que diluer l’adhésion – qui, à l’origine, se voulait durable et porteuse d’espoir – des citoyens latino-américains pour la démocratie et ses représentants
[30]. Ce doute démocratique, issu de démocraties à consensus affaibli ou de « basse intensité »
[31], a provoqué une double dynamique politique et sociale favorable aux militaires. En effet, les pouvoirs civils affaiblis ont eu recours aux militaires pour assurer leur pérennité, retrouvant ainsi un comportement bien connu en Argentine ou au Venezuela avant la période des dictatures dites « bureaucratiques »
[32]. Les opinions publiques, ainsi que différents secteurs de la société civile, ont par ailleurs de plus en plus souvent adressé des appels pressants à leurs soldats afin de rétablir l’ordre, la confiance et la justice. Le professeur équatorien Fernando Bustamante note par exemple que « les militaires et le clergé sont les seuls groupes [...] bénéficiant en Équateur d’une cote de prestige élevée, le Congrès et les partis politiques, au contraire, étant complètement dévalués »
[33]. Par ailleurs, sans l’avoir particulièrement recherché, les militaires ont fréquemment été sollicités par les acteurs civils des batailles électorales et politiques. L’incapacité des autorités colombiennes à résoudre pacifiquement les conflits internes qui affectent le pays depuis quarante ans a, par exemple, provoqué un glissement électoral majoritaire aux présidentielles de mai 2002 en faveur du candidat le plus militariste. L’armée, qui avait entamé une épreuve de force avec le président Andrés Pastrana, lui-même soupçonné de faiblesse à l’égard des guérillas
[34], s’est ainsi trouvée engagée depuis quelques mois sur tous les fronts intérieurs, agissant non seulement dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, mais aussi dans le combat contre l’Armée de libération nationale (ELN) et les FARC. Un impôt spécial a également été créé par le nouveau chef de l’État, Alvaro Uribe, en vue de renouveler les équipements des forces armées au mois d’août 2002, et ce, avec l’accord de la population colombienne. De son côté, la crise argentine – économique, politique et sociale – a suscité le réinvestissement des militaires dans la sécurité intérieure, à la demande du président E. Duhalde. Selon la presse argentine, certains représentants appartenant au milieu politique auraient été jusqu’à prendre des contacts officieux avec un certain nombre de militaires haut-gradés, provoquant ainsi une cascade de démentis officiels
[35]. Au Venezuela, certains représentants de l’opposition au président H. Chavez, en ont appelé ouvertement aux forces armées pour rompre avec le régime, et ainsi, selon leurs dires, conforter la démocratie. L’ancien président vénézuélien Carlos Andrés Pérez, quant à lui, a expliqué que « si un coup d’État ne sauvait pas la démocratie, [...] au final le processus démocratique en sortirait consolidé »
[36]. En Équateur, l’état-major a joué, en février 1997, un rôle d’arbitrage institutionnel en vue de départager trois présidents se disputant le pouvoir. À l’occasion d’une autre crise politique et sociale au mois de mars 1999, les forces armées ont dû rappeler dans un communiqué rendu public « au gouvernement, aux partis politiques et aux élites, [...] qu’ils devaient trouver les solutions qu’exige le peuple »
[37].
De façon tout aussi conjoncturelle, mais pesant dans la même direction, les États-Unis, après avoir joué un rôle majeur dans la chute des dictatures militaires, ont progressivement réajusté leur appréciation de la situation et ont proposé de nouvelles missions aux forces armées de l’hémisphère. Force est d’ailleurs de constater que la coopération proposée est étrangement similaire à la lutte anticommuniste livrée pendant les années de guerre froide. Seule différence, la fourniture de matériels, la formation offerte et les manœuvres conjointes sont aujourd’hui subordonnées au respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques. Ainsi, alors qu’à l’époque les contrevenants ont été sanctionnés, en 1989 et 1991, à Panama et à Haïti, par une intervention directe, aujourd’hui on préfère employer la mise à niveau des forces armées des pays participant aux actions de paix de l’Organisation des Nations unies (ONU), faisant l’objet d’activités ad hoc sur le terrain ou de manœuvres conjointes, afin de remettre les choses en place. L’ennemi a, lui aussi, été reprofilé. Laissant dans l’oubli les communistes, il a d’abord été question de lutter contre les narcotrafiquants, puis contre les terroristes. À cet égard, le conflit colombien a été utilisé comme un laboratoire continental par les États-Unis. Le Plan Colombie, aide essentiellement militaire apportée aux autorités colombiennes par les États-Unis depuis l’été 2000, a en effet permis de donner un visage concret à l’adversaire postcommuniste, démontrant par là même la portée de l’engagement des États-Unis dans la région et incitant ainsi le reste de l’Amérique latine à se mobiliser derrière la Colombie contre le narcotrafic et le terrorisme.
Une fois les objectifs redéfinis, Washington ne tarda pas à en promouvoir la diffusion au travers de divers canaux politiques et sociaux. Ainsi, une conférence des ministres de la Défense des Amériques se réunit à l’initiative des États-Unis depuis 1995
[38], alors que l’École des Amériques, rebaptisée en janvier 2001 Institut pour la coopération et la sécurité dans l’hémisphère occidental, s’occupe avec soin de la formation des cadres militaires. Quant aux universitaires, chercheurs et journalistes, ils sont invités à débattre au sein d’un organisme créé en 1995 à l’initiative du secrétaire d’État à la Défense, William Perry : le Center for Hemisferic Defense Studies (CHDS)
. Au terme de ces évolutions, le militaire latino-américain aura sans aucun doute retrouvé, dans une postmodernité calquée sur le modèle nord-américain, comme le suggère un professeur du CHDS, Jaime Garcia, une fonction et un rôle social, et ce parce que, au sein des sociétés latino-américaines, « le thème de la profession militaire n’a pas été traité de façon correcte jusqu’ici, dans la mesure où il a été écarté au bénéfice des relations entre civils et militaires »
[39].
Les effets de ce double mouvement tendant à remplacer les armées au c
œur des débats politiques – celui émergeant des sociétés civiles comme celui d’origine nord-américaine – sont cependant restés assez modérés. Les militaires, échaudés par l’expérience épineuse des années de dictature et par le souvenir tout aussi douloureux des guerres d’Amérique centrale, ont tout au plus tenté d’instrumentaliser ces diverses sollicitations dans le domaine strictement budgétaire. Là où ils avaient préservé, comme au Chili et en Équateur, les dispositifs légaux leur permettant de protéger leur part des revenus publics, ils se sont contentés de renforcer les privilèges hérités du passé. Ailleurs, ils ont joué sur les conflits potentiels ou réels, ancrés sur les nouvelles menaces théorisées aux États-Unis, pour tenter d’obtenir une rallonge budgétaire, ainsi qu’une aide en provenance du grand voisin du Nord. Un certain nombre d’achats de matériel militaire – au Chili en 2001 et 2002, au Pérou en 1997 et en Colombie au cours de ces derniers mois – ont d’ailleurs été acquis sur ces bases. En effet, le président péruvien Alberto Fujimori avait sobrement commenté que l’acquisition de 18 Mig-29 biélorusses par son pays en 1997 « était indispensable pour assurer la défense du pays ». Pour le chef de la Force aérienne du Chili, Patricio Rios, l’achat de dix F-16, acté en janvier 2001, était perçu comme « un élément de dissuasion et d’équilibre »
[40]. Analysant les gains potentiels et les risques d’un engagement dans les batailles intérieures contre la délinquance et le trafic de drogue, les militaires sont néanmoins restés très prudents. Hugo Unda Aguirre, ministre de la Défense d’Équateur, a ainsi déclaré devant ses pairs, réunis à l’occasion de la IV
e réunion des ministres de la Défense des Amériques, en octobre 2000, que « les forces armées ne sont pas préparées à affronter le narcotrafic, qui est une tâche policière »
[41].
Toutefois, cette prudence intéressée pourrait trouver ses limites si les demandes de la société civile et les attentes des États-Unis se faisaient plus pressantes. Le degré de ces pressions externes et leur intensité dépend d’éléments imprévisibles, la capacité des gouvernements à offrir des sorties socialement acceptables des crises économiques affectant leurs pays étant assez limitée. Il dépend aussi des messages venus de Washington. Cependant, la défense de la démocratie reste-t-elle un préalable incontournable au maintien de bonnes relations avec les États-Unis ? L’attitude ambiguë de l’Administration Bush à l’égard des putschistes ayant déposé le président H. Chavez le 12 avril 2002 a été notée par toute l’Amérique latine. Si cette incertitude venait à se confirmer, il y aurait là un élément susceptible d’éveiller des vocations politiques chez certains militaires.
Les choses étant ce qu’elles sont aujourd’hui, l’institution militaire recherche un compromis préservant la démocratie, tout en lui assurant une prééminence inscrite dans la Constitution ou dans la loi. L’histoire récente du Venezuela est à cet égard particulièrement instructive. Porté au pouvoir par une vague électorale en 1998, le colonel H. Chavez, jusque-là putschiste classique en situation d’échec, a construit un système politique original, maintenant la démocratie tout en donnant aux forces armées un pouvoir de tutelle morale qualifié de « bolivarien »
[42]. Dotés d’une capacité délibérante, les militaires vénézuéliens s’expriment sur les sujets les plus divers, au même titre que leurs concitoyens civils. Au nom d’une conception sociale de la sécurité nationale, ils ont été chargés de missions de développement et d’aménagement du territoire, le
Plan Bolívar 2000. Cet exemple a fait école. Le 20 décembre 1998, l’exemple vénézuélien était revendiqué par une cinquantaine de militaires qui ont défilé en uniforme dans les rues de Mexico pour dénoncer la corruption et l’injustice. Au nom des mêmes idées, popularisées par le général-sociologue Paco Moncayo
[43], plusieurs jeunes officiers ont appuyé des manifestants paysans et indigènes ayant pris et occupé le parlement équatorien le 21 janvier 2000. Et, le 2 novembre de la même année, un lieutenant-colonel péruvien soulevait un bataillon d’artillerie contre un gouvernement « illégitime » de « délinquants ». Tout aussi révélateur, même s’il n’y a là rien de spectaculaire, les armées bolivienne et brésilienne revendiquent haut et fort leur contribution au développement de leurs pays respectifs, ainsi que leur droit de s’exprimer publiquement à ce sujet. « La protection de l’Amazonie est une des priorités de la Défense nationale », a ainsi déclaré le général brésilien Clovis Bandeira devant ses pairs du continent, réunis à Manaus, en octobre 2000. Et, à l’occasion du 177
e anniversaire des forces armées boliviennes, le 7 août 2002, le commandant en chef, le général Alvin Anaya Kipes, a consacré une part de son discours au gaz, « merveilleuse ressource naturelle [...] qui doit servir à reconceptualiser le pays »
[44].
Le romancier vénézuélien Arturo Uslar Pietri, observateur engagé des réalités de son pays, avait, peu après la tentative de putsch manquée du colonel H. Chavez en 1992, porté un jugement on ne peut plus ambigu sur l’envergure de l’événement en Amérique latine. « D’un point de vue simpliste, avait-il écrit, on peut accepter l’affirmation selon laquelle l’Amérique latine [...] a répudié les dictatures militaires et choisi la voie de la démocratie. Comme toutes les simplifications, celle-ci tend à déformer dangereusement la réalité. »
[45] En effet, depuis lors, le colonel H. Chavez a accédé au pouvoir par la voie électorale, en 1998, tout en mettant en place un régime donnant aux forces armées une capacité d’expression politique et une influence qu’elles avaient perdues depuis longtemps. Une opportunité politique aurait-elle été perdue, au Venezuela comme ailleurs en Amérique latine, par les gouvernements démocratiques portés par l’échec des dictatures militaires et la fin de la guerre froide ?
Les déceptions accumulées par des électeurs en attente de démocratie, mais aussi de meilleures conditions de vie, ont incontestablement donné une nouvelle légitimité politique aux militaires. De plus, la formation d’une nouvelle alliance avec les États-Unis, hier contre le communisme international, aujourd’hui contre le terrorisme et le narcotrafic, suppose une remobilisation des forces armées latino-américaines. Ce double facteur de légitimité a été reçu de façon positive par les militaires, mécontents d’avoir été écartés du pouvoir sans avoir reçu de missions particulières à remplir et sans fonction sociale reconnue de la part des nouvelles autorités démocratiques. Mais les coups de pouce et appels du pied ont eu jusqu’ici des prolongements politiques relativement tempérés. Les armées ont cherché à instrumentaliser une situation leur offrant une fenêtre d’opportunités d’abord en termes budgétaires et, quelquefois, mais de façon non systématique, se traduisant par un surcroît d’influence. Quand elles ont cherché à développer leurs avantages, comme au Venezuela, elles ont « inventé » de nouvelles formes de compromis leur assurant une prééminence politique et morale ne portant pas atteinte à l’ordre démocratique.
Alors, l’Amérique latine serait-elle, comme le suggère O. Dabène, vouée à évoluer vers une sorte de « démocratie “délégative”, les mécanismes de représentation étant court-circuités et les électeurs confiant leur destin à une figure paternelle le plus souvent militaire »
[46] ? Ou bien alors va-t-on assister à une période de laisser-faire nord-américain, autorisant de fait le retour à des formes d’intervention militaire plus incisives, comme peut le laisser supposer l’attitude de l’Administration Bush au moment du coup d’État vénézuélien du 12 avril 2002 ? Rien ne nous permet aujourd’hui de trancher définitivement dans un sens ou dans l’autre.
[1]
Luigi Einaudi, « La política de seguridad en el hemisferio occidental », Fort Learenworth,
Military Review, 1997.
[2]
Alejandro Toledo,
Integración, lucha contra la pobreza y gasto militar en América latina, Lima, Presidencia de la República, 2001.
[3]
Francisco Leal Buitrago,
El Oficio de la guerra : la seguridad nacional en Colombia, Bogota, Tercer Mundo, 1994 ; et Jean-Jacques Kourliandsky,
Amérique latine, la difficile reconversion des militaires, Paris, Universalia, 1997.
[4]
Luis Bilbaó,
Chávez y la revolución bolivariana, Buenos Aires, Le Monde diplomatique - El Dipló, 2002 ; Frédérique Langue,
Hugo Chavez et le Venezuela, Paris, L’Harmattan, 2002.
[5]
Fernando Rospigliosi,
Montesinos y las fuerzas armadas, Lima, IEP, 2001.
[6]
Parmi les multiples ouvrages reflétant ce point de vue, voir Georges Couffignal,
Réinventer la démocratie, le défi latino-américain, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992, 330 p. ; Bérengère Marques-Pereira,
L’Amérique latine vers la démocratie, Bruxelles, Complexe, 1993, 214 p. ; et L. Einaudi,
op. cit.
[7]
Samuel Fitch,
The Armed Forces and Democracy in Latin America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1998, p. XVII.
[8]
F. Rospigliosi,
op. cit.
[9]
Olivier Dabène, « Un pari néo-populiste au Venezuela »,
Critique internationale, n
o 4, été 1999, p. 31-38.
[10]
Tania Delgado, « Forces armées et néolibéralisme en Amérique latine, le désarmement du continent »,
Champs de Mars, n
o 8, 2000, p. 67-95 ; et Pascal Boniface (sous la dir.),
L’Année stratégique 2003, Paris, IRIS-L’Étudiant, 2002.
[11]
T. Delgado,
op. cit.
[12]
Rut Diamint,
Democracia y seguridad en América latina, Buenos Aires, Nuevohacer/Universidad Torcuato Di Tella, 2001.
[13]
D’après le ministère argentin de la Défense, 56 % des soldats vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté (36 % en décembre 2001) ;
La Nación, Buenos Aires, 15 juin 2002.
[14]
Caretas, Lima, 12 juillet 2001.
[15]
Cité dans
La Nación, Buenos Aires, 4 décembre 2000.
[16]
AFP, 22 décembre 2000.
[17]
El Nuevo Herald, Miami, 1
er mars 2000.
[18]
Guy Hermet, « L’apurement du passé »,
Pouvoirs, n
o 98, 2001, p. 89-101.
[19]
AFP, 14 novembre 1998 et 20 avril 1999.
[20]
En particulier le général Jesús Gutiérrez Rebollo, responsable de la lutte contre le trafic de stupéfiants, arrêté en 1997, AFP, 23 janvier 1998.
[21]
Voir
El Nuevo Herald, Miami, 10 mai 2002, et
El Espectador, Bogota, 12 juin 2002.
[22]
Búsqueda, Montevideo, 8 novembre 2001.
[23]
La Nación, Buenos Aires, 31 juillet 2002.
[24]
Libro de la defensa nacional de Chile, Santiago, Ministerio de la Defensa Nacional de Chile, 1997.
[25]
Débat effectué en 1995 et 1996, pour le Chili et l’Argentine. Par ailleurs, le Nicaragua a élaboré en 1994 un code militaire (
Código de organización y previsión social militar, Managua, Nicaragua, 1994). La Bolivie devrait, au cours des prochains mois, ouvrir la procédure d’élaboration d’un Livre blanc. Voir Justo Carlos Paty Poma,
Análisis-síntesis teórico conceptual sobre los avances del libro blanco de seguridad y defensa boliviano, Brasilia, CEHd, août 2002.
[26]
R. Diamint,
op. cit., 2001.
[27]
El Nuevo Herald, Miami, 19 octobre 2000.
[28]
La Nación, Buenos Aires, 31 juillet 2002.
[29]
La police militaire brésilienne participe aux actions de maintien de l’ordre interne en vertu d’un Plan national de sécurité publique, AFP, 20 juin 2000.
[30]
La bibliographie sur le sujet est particulièrement riche. Voir, par exemple, Pierre Salama, « Des nouvelles causes de la pauvreté en Amérique latine »,
Problèmes d’Amérique latine, n
o 29, juin 1998, p. 73-98.
[31]
Jean-Jacques Kourliandsky (sous la dir.), « Dossier : Démocraties de basse intensité »,
La revue internationale et stratégique, n
o 14, été 1994 ; et « Dossier : Amérique latine, les défis de la mondialisation »,
La revue internationale et stratégique, n
o 31, automne 1998.
[32]
Selon la terminologie de Guillermo O’Donnell,
El Estado burocrático autoritario : triunfos, derrotas y crisis, 1966-1973, Buenos Aires, Éd. de Belgrano, 1982.
[33]
Fernando Bustamante, « Las fuerzas armadas ecuatorianas y la conyuntura político-social de fin de siglo »,
in Rut Diamint (ed.),
Control civil y fuerzas armadas en las nuevas democracias latinoamericanas, Buenos Aires, Nuevohacer, 1999, p. 339-360.
[34]
Le 26 mai 1999, le ministre de la Défense, 17 généraux et 14 colonels ont démissionné, protestant contre le dialogue ouvert par le président avec les FARC.
El País, Madrid, 28 mai 1999.
[35]
Jean-Jacques Kourliandsky, « Argentine, les politiques de défense, une armée pourquoi faire ? »,
in Diana Quattrocchi-Woisson (sous la dir.),
L’Argentine contemporaine : enjeux et racines d’une société en crise, Paris, Tiempo, 2002 (à paraître).
[36]
AFP,
7 juillet 2000.
[37]
El País, Madrid, 9 février 1997, et AFP,
9 et 18 mars 1999.
[38]
Conférences des ministres de la Défense des Amériques : 1995, États-Unis (Williamsburg) ; 1996, Argentine (Bariloche) ; 1998, Colombie (Carthagène) ; 2000, Brésil (Manaus) ; 2002, Chili (Santiago).
[39]
Conférence du CEHd tenue à Brasilia en août 2002.
[40]
La Nación, 30 décembre 2002.
[41]
El Nuevo Herald, 19 octobre 2000.
[42]
L. Bilbaó,
op. cit. ; F. Langue,
op. cit.
[43]
Paco Moncayo Gallegos,
Fuerzas armadas y sociedad, Quito, Universidad Andina Simón Bolivar, Subsede Ecuador, 1995.
[44]
AFP, 21 octobre 2000, et
La Razón, La Paz, 8 août 2002.
[45]
Arturo Uslar Pietri,
in Humberto Marquez (ed.), « El militarismo cabalga de nuevo en Venezuela », Barcelone,
Cuatro semanas - Le Monde diplomatique, mai 1993, p. 30-32.
[46]
O. Dabène, « Un pari néo-populiste au Venezuela »,
op. cit.