Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130527094
192 pages

p. 79 à 88
doi: en cours

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Dossier

n° 48 2002/4

2002 Revue internationale et stratégique Dossier

Défense européenne et sciences sociales : où en est le débat théorique ?

Bastien Irondelle Doctorant au CERI (IEP de Paris), ATER à l’IEP de Lille.
Pour établir un bilan du débat théorique sur la défense européenne dans le champ des sciences sociales, toujours dominé par la science politique, il faut analyser la primauté des approches empirico-descriptives. En ce sens, une normalisation des paradigmes et des outils théoriques s’avère nécessaire pour étudier l’objet « défense européenne ». Cette démarche se place alors à l’encontre d’une posture s’appuyant sur la nature sui generis de l’intégration européenne pour promouvoir un paradigme de l’exception européenne. Elle permet enfin de développer des perspectives de recherche pluridisciplinaires autour des problématiques de l’institutionnalisation de l’Europe de la défense et de l’européanisation. European Defense and Social Sciences : How Far Has the Theoretical Debate Gone ?
In order to draw up the balance of the theoretical debate over European defense studies in social sciences, which has been mainly dominated by political science, it is advisable to analyze the primacy of empirical-descriptive approaches. Therefore, paradigms and theoretical tools need to be normalized in order to study « European defense » as a theoretical object. This reasoning goes against the approach considering European integration as a sui generis process, promoting a paradigm of the European exception. However, it allows to develop new research perspectives on European defense’s institutionalization and europeanization.
Comment penser la défense européenne [1] ? L’entreprise suppose de relever un double défi. En effet, l’Europe de la défense, qui ne se présente ni sous la forme d’une organisation de sécurité classique, ni sous la forme d’une alliance militaire stricto sensu, est « un objet militaire non identifié », pour paraphraser l’expression utilisée par Jacques Delors à propos de la Communauté européenne. Poursuivant un mouvement d’intégration (mise en place d’institutions spécifiques, rôle croissant des organes communautaires, élaboration d’une politique commune) dans un cadre politique et juridique strictement intergouvernemental, la nature hybride de la défense ne fait que renforcer la difficulté des théories de l’intégration européenne à se « libérer des orthodoxies des catégories classiques telles que l’État ou la nation » [2], d’autant que la défense constitue l’un des fondements de la souveraineté étatique. Le défi est aussi empirique : toute théorie doit expliquer aussi bien la longue éclipse de l’Europe de la défense après l’échec de la Communauté européenne de défense en 1954, que les progrès spectaculaires réalisés depuis le sommet franco-britannique de Saint-Malo en 1998, au terme d’une décennie qui, de l’échec tragique en ex-Yougoslavie au traité d’Amsterdam, fut celle de toutes les désillusions pour le projet d’une identité européenne de défense [3].
L’objectif de cet article est de mettre en relief les principaux courants qui animent la réflexion sur la défense européenne afin d’évaluer la manière dont les sciences sociales se sont ou non saisies de cet objet. On se propose donc de dresser un panorama synthétique des recherches consacrées à la défense européenne, la notion étant ici circonscrite au contexte du processus d’intégration européenne. Si ce champ de recherche demeure dominé par la science politique, l’apport de l’économie politique ou de l’économie industrielle et de la sociologie ne doivent pas être négligés, même si cette dernière ne s’est intéressée à la défense européenne qu’indirectement. Dès lors, dans quelle mesure la défense est-elle construite comme enjeu par les sciences sociales ? Comment les différentes approches envisagent-elles la construction de l’objet « défense européenne » ? Quelles sont les théories disponibles pour expliquer les développements récents de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) ? Quelles ont été les approches privilégiées et celles négligées par le cours de la recherche ? Dans quelle mesure les approches traditionnelles d’analyse de la politique de défense et de la coopération internationale sont-elles pertinentes pour analyser la défense européenne ? Offrent-elles des outils adéquats ou convient-il de recourir à des concepts spécifiques, prenant en compte la singularité de l’intégration européenne ?
Dans un premier temps, cet article s’attache à montrer comment les caractéristiques de l’objet ont influé sur le cours de la recherche. Processus récent, toujours en cours, la mise en place de la défense européenne donne lieu à de nombreux travaux empirico-descriptifs, relevant souvent de l’expertise, tandis que l’incertitude ontologique sur la nature de l’intégration européenne en général et de son volet défense en particulier favorise le développement de ce que l’on peut appeler un paradigme de l’exceptionnalité. Un second temps de l’analyse expose l’insuffisance des paradigmes classiques de la coopération internationale et présente les approches les plus récentes.
 
LA PRIMAUTÉ DES APPROCHES DESCRIPTIVES : LA DÉFENSE EUROPÉENNE, CHAMP PRIVILÉGIÉ DE L’EXPERTISE
 
 
Si le terrain de la défense européenne n’est pas vierge, « on trouve peu de littérature armée sur le plan théorique », comme le rappellent Anand Menon ou Katja Weber [4]. On recense en revanche une importante production dont l’ambition première est empirique. Ces travaux offrent des descriptions détaillées et précises des développements de la défense européenne sur le plan institutionnel comme sur le plan industriel ou celui des capacités militaires.
Une première catégorie de ces travaux relève directement de l’expertise. On trouve notamment des études qui présentent et discutent les solutions envisageables pour l’architecture institutionnelle de la défense européenne, dans ses volets politique, militaire ou industriel. Ces études ont une portée pratique directe et entendent constituer une aide à la décision politique. Elles recèlent une forte dimension normative. La prépondérance de cette approche institutionnelle repose sur trois fondements : la reconnaissance récente, par l’ensemble des États membres, de l’Union comme cadre légitime pour assurer un rôle plus autonome à l’Europe dans le domaine de la défense ; le diagnostic de l’inadéquation des institutions actuelles pour faire face aux défis de la PESD, particulièrement dans la perspective de l’élargissement ; et une lecture fonctionnaliste de la construction européenne, dans laquelle la dynamique institutionnelle est le moteur de l’intégration [5]. Ces travaux ne se limitent pas, dans le meilleur des cas, à une simple approche d’ingénierie institutionnelle, mais mettent en lumière les défis de l’intégration européenne dans le domaine de la défense. Ils développent alors une réflexion sur les dilemmes politiques de l’intégration européenne tels que la relation avec les États-Unis et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), les relations entre l’Union et les États-nations, le dilemme unanimité/efficacité, la dialectique de l’unité et de la diversité, la question de la flexibilité et de l’intégration différenciée [6]. Le cas échéant, ils mettent en lumière les enjeux institutionnels et bureaucratiques qui découlent de la PESD tels que la dynamique de « bruxellisation » de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la concurrence entre les différentes institutions européennes spécialisées de la PESD (Haut Représentant, Comité politique et de sécurité) et les institutions traditionnelles (Commission, Comité des représentants permanents) [7].
Les études policy-oriented constituent le second volet de cette démarche d’expertise. Ces études se concentrent sur le volet opérationnel de la PESD et les impératifs de sa mise en œuvre [8]. Elles analysent les moyens que doit acquérir l’Europe, les ressources humaines et financières qu’elle doit consacrer pour développer une PESD efficace, en se concentrant sur trois dossiers : le fossé technologique avec les États-Unis, les capacités militaires et industrielles, et le volet budgétaire [9]. Ces centres d’intérêt démontrent combien l’agenda de recherche est naturellement dépendant de l’actualité et des développements concrets de la défense européenne. Dans une optique scientifique, l’intérêt de ces études, menées par des experts ou des universitaires dans le cadre de think thanks, est double : elles réunissent un matériau empirique précieux, elles soulèvent des interrogations fécondes et formulent bien souvent de véritables défis pour la réflexion théorique.
La seconde catégorie de recherches marquées par la primauté de la dimension empirique regroupe des travaux de chercheurs qui adoptent une posture essentiellement descriptive. L’objectif premier est de présenter les évolutions en cours de la défense européenne, que ce soit sur le plan politique, institutionnel ou industriel. Souvent de grande qualité, l’ambition de ces contributions se borne à dresser un panorama détaillé des secteurs qui connaissent des évolutions rapides et multiformes, comme dans le cas de l’armement, et à établir un bilan, souvent critique, des réformes politico-institutionnelles. Ces recherches entendent ainsi éclairer les enjeux de l’Europe de la défense [10]. Elles partagent ce souci avec les travaux de nature historique, soit par l’objet de recherche considéré, pour ceux qui retracent un processus ou une séquence historique, soit par la posture de recherche adoptée, pour ceux qui privilégient le récit analytique par rapport à l’explication théorique [11].
L’ensemble de ces contributions empirico-descriptives sur la défense européenne reposent sur un modèle intergouvernemental d’analyse, inspiré par les principes de base du paradigme réaliste des relations internationales : la défense européenne est envisagée essentiellement comme un marchandage entre des États-nations, généralement les grands – France, Royaume-Uni, Allemagne – qui poursuivent de façon rationnelle leurs intérêts nationaux.
 
LE PARADIGME DE L’EXCEPTIONNALITÉ EUROPÉENNE
 
 
Nombre d’auteurs ont souligné que la PESC et la formation d’une défense européenne constituent une expérience sans équivalent qui met au défi les grilles d’analyse de la politique de défense. Cette singularité de l’objet a d’importantes conséquences pour le cours de la recherche. Dans un premier cas de figure, elle a conduit les sciences sociales à négliger la dimension européenne. Le constat vaut notamment pour la sociologie, en particulier la sociologie militaire. Sans être occultée, la dimension européenne n’occupe qu’une place résiduelle dans la plupart des recherches. Elle se trouve le plus souvent reléguée au rang de variable parmi d’autres qui influent sur la morphologie des forces armées et les mutations de la profession militaire. C’est essentiellement sous l’angle de la tendance à la multinationalisation des forces armées, qualifiées de postmodernes ou de postnationales, que l’émergence d’une défense européenne est appréhendée [12]. Quelques travaux sociologiques s’attachent, par ailleurs, aux opinions et aux attitudes des officiers ou de l’opinion publique concernant le développement et les orientations de la défense européenne [13].
Dans un second cas de figure, la singularité de la défense européenne constitue la pierre de touche des recherches. Se fondant sur la nature sui generis de l’Union européenne, des chercheurs préconisent de recourir à des concepts spécifiques pour étudier la défense européenne. Ces contributions, qui se situent dans des cadres théoriques variés, forment ce que nous appelons un paradigme de l’exceptionnalité, héritier de l’étude de la politique étrangère européenne. Christopher Hill en est le principal théoricien : « La politique étrangère européenne, dont l’essence est sui generis, est un processus sans équivalent dans l’histoire, qui ne doit pas être étriqué en l’enserrant dans des modèles conceptuels inappropriés, dérivés de l’étude des États. » [14] Marjorie Lister précise que « les outils traditionnels d’analyse de la politique étrangère n’apportent pas grand-chose à notre compréhension de l’Union européenne. L’UE est mieux comprise lorsqu’on la considère comme une institution d’un type unique que comme un État embryonnaire » [15]. À l’inverse, les auteurs, qui analysent la PESC sur le modèle de la politique étrangère d’un État supranational, concluent que la PESC est victime de deux lacunes : une capacité militaire autonome et un système de prise de décision efficace [16].
C’est précisément sur ce double handicap que le paradigme de l’exceptionnalité a capitalisé en définissant deux cadres théoriques pour l’analyse de la PESC-PESD. Le premier est constitué par le décalage entre les attentes des Européens, ainsi que des autres acteurs de la scène internationale, et les capacités institutionnelles et opérationnelles de l’Union, à travers la notion de capability-expectations gap (CEG), conceptualisée par C. Hill [17]. Cette perspective inaugure une discussion théorique de la notion d’acteur des relations internationales [18]. Partant d’une conception de l’acteur des relations internationales qui suppose une identité claire, un mécanisme de décision et des capacités opérationnelles pour mener d’authentiques politiques, David Allen et Michael Smith ont cherché à spécifier le rôle international de l’Union européenne en termes de « présence » [19]. Le concept de puissance civile s’inscrit dans cette problématique et constitue le second pilier de ce paradigme. L’absence d’une défense européenne est ici placée au cœur du débat théorique et normatif. Hans Maull a formalisé le concept de puissance civile autour de trois critères : la primauté accordée à la coopération avec les tiers dans la poursuite de ses objectifs internationaux ; la focalisation sur les moyens économiques et diplomatiques, la puissance militaire n’ayant qu’un caractère résiduel ; et la volonté de promouvoir des structures supranationales pour gérer les problèmes internationaux. Le concept de puissance civile éclaire le comportement de l’Union européenne sur la scène internationale, reposant sur les outils diplomatiques plus que sur des mesures coercitives, insistant sur la dimension multilatérale de la résolution des problèmes internationaux, et privilégiant les solutions économiques de long terme [20]. Face aux tenants de la puissance civile, les réalistes, pour qui la notion n’est qu’une contradiction dans les termes, avancent trois arguments plaidant pour une défense européenne : le modèle de l’intégration dans le domaine de la politique étrangère et de défense est le modèle étatique ; la PESC ne sera efficace que soutenue par une capacité militaire ; la puissance militaire et la force armée sont des instruments utiles et efficaces dans un monde instable [21]. Ces arguments constituent le substrat de la plupart des études empiriques mentionnées précédemment. Le concept de puissance civile a nourri de nombreuses contributions qui concluent au caractère préjudiciable du développement de la défense européenne. En se fondant sur la théorie de la puissance civile, elles préconisent que l’Union européenne préserve son rôle international de puissance économique et civile en se gardant d’acquérir un rôle militaire, qui serait néfaste à son influence sur la politique internationale [22].
Ainsi, le paradigme de l’exceptionnalité européenne souffre de trois faiblesses : une fragilité empirique avec le développement effectif de la PESD ; un biais normatif, particulièrement pour la puissance civile ; une faiblesse méthodologique dans la mesure où sa valeur heuristique s’avère marginale pour comprendre les développements actuels de la défense européenne. Mais le principal problème réside dans l’isolement théorique, engendré par la manière sui generis d’appréhender l’objet PESC-PESD. Pour éviter ce biais, il importe de réinsérer l’étude de la défense européenne dans les cadres théoriques classiques de la recherche sur la politique de défense, la coopération militaire et l’intégration européenne. Les progrès du débat théorique passent par la « normalisation » des problématiques et des outils mobilisés pour analyser la défense européenne dans ses différentes facettes [23].
 
DÉFENSE EUROPÉENNE ET THÉORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES : UN BILAN INSUFFISANT
 
 
Deux paradigmes, issus des relations internationales, ont dominé l’étude de l’intégration européenne : un paradigme intergouvernementaliste et un paradigme fonctionnaliste qui, en science politique, prennent corps, pour l’un dans l’approche réaliste ou celle de l’intergouvernementalisme libéral, pour l’autre dans les théories néofonctionnalistes. Ils trouvent des parallèles féconds avec l’économie politique pour le premier, et l’économie industrielle pour le second.
Les deux principales théories du paradigme intergouvernementaliste partagent trois postulats : l’unicité et la rationalité de l’acteur étatique ; l’exercice du pouvoir comme rapport de force entre États poursuivant leur intérêt national ; et une distinction entre la haute politique, qui concerne le rang international, et la sécurité nationale et la politique courante, qui concernent les secteurs fonctionnels. Dans une perspective réaliste, la défense européenne est une contradiction dans les termes, les États ne pouvant partager leur souveraineté dans le domaine de la défense. Dans une optique néoréaliste, qui met l’accent sur le rôle de la structure du système international, John Mearsheimer concluait ainsi, en 1990, que la fin du système bipolaire accroît la préoccupation des États européens pour leurs gains relatifs et pour les questions de sécurité, contraignant de façon drastique le développement de l’intégration européenne [24]. Une conception plus ouverte du paradigme réaliste, soit qu’elle prenne en compte les facteurs internes de la coopération européenne, soit qu’elle s’attache aux paramètres permettant l’intégration, n’en étaye pas moins un diagnostic pessimiste sur le développement futur de la défense européenne [25]. Philip H. Gordon définit ainsi trois conditions à l’intégration – supériorité des gains de la coopération par rapport aux pertes de prestige et de souveraineté ; convergence suffisante des intérêts des États ; protection des intérêts des grands États – qu’il estime impossible à réunir dans le domaine de la défense.
Pour l’intergouvernementalisme libéral d’Andrew Moravcsik, les préférences politiques de chaque État – autrement dit, leurs intérêts nationaux – ont leur origine dans la sphère domestique et non dans les impératifs de sécurité du système international. De l’étude des grandes négociations européennes (traités de Rome, de Maastricht, d’Amsterdam, Politique agricole commune et Système monétaire européen), A. Moravsick dégage trois conclusions principales : les grands choix en faveur de l’intégration européenne sont le reflet des préférences des gouvernements nationaux, non des institutions supranationales ; ces préférences reflètent l’équilibre d’intérêts économiques internes à l’État ; l’issue des négociations dépend du pouvoir de négociation respectif des États, et la délégation du pouvoir de décision à des organes supranationaux est fondée sur la volonté des États d’assurer la crédibilité de leurs engagements [26].
Le néofonctionnalisme part, quant à lui, du principe que l’État n’est pas un acteur unifié et que la définition de l’intérêt national découle d’un processus pluraliste dans lequel le gouvernement négocie avec des bureaucraties et des groupes d’intérêts, lesquels ont des activités qui dépassent le cadre des frontières nationales. Des effets de spill over orientent le processus d’intégration européenne qui échappe au contrôle des gouvernements nationaux pour concerner in fine les domaines de la haute politique : politique étrangère et défense. L’intégration européenne procède de l’action d’entrepreneurs bureaucratiques au sein des États et, plus encore, des institutions communautaires, du rôle des coalitions transnationales d’intérêts économiques ou sociétaux, ainsi que d’effets de spill over non planifiés. La variante la plus récente met l’accent, d’une part, sur la convergence d’intérêts entre des élites économiques, politiques et sociales transnationalisées et des institutions communautaires disposant d’une marge de manœuvre importante par rapport aux États, et, d’autre part, sur l’augmentation des coûts de transaction transfontaliers qui favorise le développement de régulations supranationales [27]. Bryan J. Collester analyse ainsi la PESD comme le résultat de la convergence de trois dynamiques : les changements affectant les élites politiques et leurs intérêts ; la prise de conscience par les opinions publiques de la nécessité d’une défense européenne ; et les restructurations industrielles [28]. Cette problématique rejoint les travaux d’économie industrielle [29], qui mettent l’accent sur l’intégration par le bas que constituent les restructurations des industries d’armement, et ceux d’économie institutionnelle qui mettent en rapport le mouvement de restructuration et le cadre de régulation [30].
Concernant la défense européenne, le bilan de ces paradigmes apparaît insuffisant [31]. Cela tient pour beaucoup au faible nombre d’études qui appréhendent l’Europe de la défense à la lumière de ces cadres théoriques [32]. Situation d’autant plus paradoxale que le caractère intergouvernemental marqué de la PESD et des négociations ayant conduit à son élaboration constitue un objet « naturel » pour éprouver ces grilles d’analyse. Autrement dit, mettre en exergue l’insuffisance de ces paradigmes revient moins, dans le cas de la défense européenne, à dénoncer leur épuisement, à déplorer leur simplisme face à la complexité de la réalité sociale, ou à railler les errements de certaines de leurs prédictions, qu’à regretter le manque de travaux approfondis les mobilisant de manière rigoureuse, en prenant en compte la richesse de ces approches.
 
LES APPROCHES RÉCENTES DE L’INTÉGRATION EUROPÉENNE ET LA DÉFENSE EUROPÉENNE
 
 
Ces dernières années, deux courants de recherche ont renouvelé l’agenda de recherche de l’intégration européenne. Ces programmes de recherche présentent plusieurs variantes. Chacun regroupe, en effet, des auteurs adoptant des cadres théoriques différents, des démarches méthodologiques diversifiées, voire des positions épistémologiques contradictoires, notamment dans le cas du constructivisme. Mais l’ensemble des auteurs partagent une problématique commune : l’explication des phénomènes politiques ne peut être réduite à des interactions stratégiques entre des acteurs rationnels maximisant leur utilité. Le cadre institutionnel et normatif de l’interaction doit être au cœur de l’analyse.
Ainsi, les trois néoinstitutionnalismes – rationnel, sociologique et historique – partagent un point de départ commun : les institutions sont fondamentales pour l’explication des processus politiques (institutions matter) [33]. Elles ne sont pas des arènes neutres pour l’interaction des acteurs, pas plus qu’elles ne sont le simple reflet de forces sociales sous-jacentes. L’institutionnalisme du choix rationnel en science politique, comme l’économie institutionnelle, s’attache à comprendre comment les institutions européennes façonnent la production de défense. À partir des problèmes d’asymétries d’information, de coûts de transaction et de crédibilité des engagements, ces travaux développent une théorie de l’agence (principal-agent theory) pour analyser les problèmes que pose la délégation par le principal (les gouvernements nationaux) à un mandataire (les institutions européennes) d’un certain nombre de fonctions dans le domaine de la politique de défense. Une telle perspective ouvre un chantier important pour analyser les structures institutionnelles et les cadres de régulation de l’Europe de l’armement [34]. Le néoinstitutionnalisme historique met l’accent sur l’impact des institutions dans le temps, en particulier la façon dont un agencement institutionnel, une fois établi lors d’une conjoncture critique, génère des effets de résistance au changement et trace un sentier de dépendance pour la poursuite de la politique considérée. La politique britannique à l’égard de la PESD après Saint-Malo ou encore les problèmes d’efficacité auxquels se heurte la PESD ont pu être valablement éclairés par cette approche [35].
Le néoinstitutionnalisme sociologique se rapproche du constructivisme sur deux plans. D’une part, ces deux courants analysent le rôle des institutions non comme de simples règles du jeu qui orientent les stratégies adoptées par les acteurs pour poursuivre leurs préférences, définies de manière exogène, mais comme des normes sociales participant pleinement à la constitution des préférences, des intérêts et même de l’identité des acteurs. D’autre part, relativisant l’importance des facteurs matériels, chacun place au cœur de sa démarche le rôle des symboles, des idées, des normes et des identités. En relations internationales, le constructivisme repose sur trois axes. Tout d’abord, l’environnement dans lequel les acteurs agissent est social autant que matériel. Dans cette optique, les auteurs constructivistes s’attachent particulièrement au rôle des normes et de la culture. Par ailleurs, cet environnement n’est pas neutre pour la détermination des intérêts des acteurs. Il influence à la fois la définition des intérêts et l’identité des acteurs. Et, enfin, il n’y a pas d’antériorité de l’agent ou de la structure, mais une constitution mutuelle de l’acteur et de la structure dans la dynamique de l’interaction, les intérêts des acteurs n’étant pas une donnée exogène [36]. Ce constructivisme modéré inspire un courant de recherche en plein développement qui s’attache aux identités européennes de défense ou à l’émergence d’une culture stratégique européenne, notamment dans le domaine de la gestion des crises [37]. Un constructivisme plus radical rend compte des transformations du champ de la sécurité européenne en décryptant l’interpénétration des sphères de la sécurité intérieure et de la sécurité extérieure, dans le cadre de l’intégration européenne [38].
Un dernier courant de recherche s’est récemment intéressé à la défense européenne en s’appuyant sur les outils forgés pour l’étude des dynamiques politiques internes. Une première série de travaux mobilise les ressources de la sociologie politique pour analyser les pratiques et les logiques d’action européennes dans le domaine de la PESC ou dans celui de la sécurité intérieure [39]. Une seconde perspective s’applique à étudier les enjeux de la défense européenne à travers le prisme de l’analyse des politiques publiques, en recourant notamment à des approches cognitives pour interpréter les mutations de l’industrie aéronautique de défense ou encore le conflit entre la matrice cognitive du marché et celle de la défense au sein de la Commission européenne, autour de l’article 223 du traité de Rome, régissant le secteur de l’armement au niveau communautaire [40].
En 1997, Anthony Forster concluait que la réflexion théorique sur la relation entre défense et intégration européenne n’en était qu’à ses premiers pas. Cinq ans plus tard, le diagnostic est plus nuancé. La diversité des approches théoriques présentées atteste que la défense européenne constitue un champ de recherche particulièrement stimulant tant pour la compréhension du processus d’intégration européenne que pour l’analyse de la coopération militaire ou l’étude des politiques de défense. Mais cela ne peut masquer le sentiment de confusion et de dispersion que provoque ce foisonnement de perspectives théoriques, dont la plupart n’ont sans doute pas été suffisamment explorées dans le cadre de la défense européenne. Aussi, une convergence des différentes approches autour d’objets et de problématiques transversales serait-elle salutaire à la poursuite d’un débat théorique argumenté.
Pour ce faire, deux champs de recherche paraissent prometteurs [41] : la question des enjeux, des dynamiques et des formes de l’institutionnalisation d’une Europe de la défense [42] ; et la question de l’impact de l’intégration européenne sur les systèmes militaires nationaux à travers les différentes facettes de l’européanisation [43]. Ces questions présentent, en effet, trois avantages : elles sont propices à la confrontation des outils théoriques ; elles favorisent une démarche de recherche pluridisciplinaire ; et, enfin, elles insèrent l’objet « défense européenne » dans les questionnements généraux des sciences sociales sur l’intégration européenne.
 
NOTES
 
[1] Christian Lequesne, « Comment penser l’Union européenne ? », in Marie-Claude Smouts (sous la dir.), Les nouvelles relations internationales. Pratiques et théories, Paris, Presses de Sciences Po, 1998, p. 103-134.
[2] Andy Smith, « Institutions et intégration européenne. Une méthode de recherche pour un objet problématisé », in CURAPP, La méthode en actes, Paris, PUF, p. 187.
[3] Nicole Gnesotto, La puissance et l’Europe, Paris, Presses de Sciences Po, 1998.
[4] Anand Menon, « European Security and Defense Cooperation : An Institutionalist Analysis », European Community Studies Association (ECSA) Review, vol. 13, no 2, printemps 2000, p. 9 ; Katja Weber, « European Security : An Exercise in Bargaining ? », European Union Studies Association (EUSA) Review, vol. 14, no 3, été 2001, p. 8.
[5] Gilles Andréani, « Why Institutions Matter », Survival, vol. 42, no 2, été 2000, p. 82-83.
[6] Pour une perspective théorique : Éric Remacle, « L’intégration différenciée dans la PESC, la politique de défense commune et la défense commune », in Philippe Manin, Jean-Victor Louis (sous la dir.), Vers une Europe différenciée ? Possibilité et limite, Paris, Pédone, 1996 ; Antonio Missiroli, « PESC, défense et flexibilité », Cahiers de Chaillot, no 38, Paris, Institut d’études de sécurité de l’UE, février 2000, p. 1-60 ; N. Gnesotto, op. cit., 1998 ; Nicole Gnesotto, « L’Union et l’Alliance, les dilemmes de la défense européenne », Les Notes de l’IFRI, no 2, octobre 1996.
[7] Jolyon Howorth, « European Defence and the Changing Politics of the European Union : Hanging Together or Hanging Separately ? », Journal of Common Market Studies, vol. 39, no 4, novembre 2001, p. 765-789 ; G. Andréani, « Why Institutions Matter », op. cit. ; Mathias Jopp, European Defence Policy : The Debate on the Institutional Aspects, Bonn, Institut für Europäische Politik, juillet 1999 ; Laurent Hottiaux, Joana Liponska-Laberou, La politique européenne de défense, Paris, L’Harmattan, 2001 ; Burkard Schmitt, « De la coopération à l’intégration : les industries aéronautiques et de défense en Europe », Cahiers de Chaillot, no 40, juillet 2000, p. 1-90 ; Pierre de Vestel, « Les marchés et les industries de défense en Europe : l’heure des politiques ? », Cahiers de Chaillot, no 21, novembre 1995, p. 1-116.
[8] François Heisbourg (sous la dir.), « Défense européenne : la mise en œuvre », Cahiers de Chaillot, no 42, septembre 2000, p. 1-133.
[9] David Scott Yost, « The NATO Capabilities Gap and the European Union », Survival, vol. 42, no 4, hiver 2000-2001, p. 97-128 ; Charles Grant, Gilles Andréani, Christoph Bertram, Europe’s Military Revolution, Londres, Center for European Reform, 2001 ; Charles Grant, European Defence Post-Kosovo, Londres, Center for European Reform, Working Papers, mai 2000 ; François Heisbourg, « Europe’s Strategic Ambitions : The Limits of Ambiguity », Survival, vol. 42, no 2, été 2000, p. 5-15.
[10] Les chapitres consacrés à l’Europe de la défense et aux questions d’armement dans les publications récurrentes telles que L’Année stratégique, publiée par l’IRIS, ou La défense en Europe, publiée par l’Observatoire européen de sécurité et dirigée par Patrice Buffotot, sont représentatifs de ce courant de recherche. Jean-Michel Dumond, Philippe Setton, La politique étrangère et de sécurité commune (PESC), Paris, La Documentation française, 1999.
[11] Claude d’Abzac-Épezy, Philippe Vial, « La pratique de la coopération militaire : les forces armées face aux enjeux européens », in Élisabeth Du Réau (sous la dir.), Dynamiques européennes : nouvel espace, nouveaux acteurs, nouveaux enjeux, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002 ; Jolyon Howorth, « L’intégration européenne et la défense : l’ultime défi ? », Cahiers de Chaillot, no 43, novembre 2000, p. 1-119 ; André Dumoulin, Éric Remacle, L’Union de l’Europe occidentale. Phénix de la défense européenne, Bruxelles, Bruylant, 1998 ; Anne Deighton (ed.), Western European Union. 1954-1997 : Defence, Security, Integration, Oxford, St. Anthony’s College, European Interdependance Research Unit, 1997 ; Jean-Pierre Maury, La construction européenne : la sécurité et la défense, Paris, PUF, 1996.
[12] Paul Klein (ed.), Armed Forces and Multinationality. Experiences from Multinational Collaborations in Europe, Baden-Baden, Nomos Verlag, 2000 ; Paul Klein, « Vers des armées postnationales », in Bernard Boëne, Christopher Dandeker (sous la dir.), Les armées en Europe, Paris, La Découverte, 1998.
[13] Sur les officiers : Karl W. Haltiner, « Is there a Common European Defence Identity ? The Views of Officers of Eight European Countries », Current Sociology, vol. 42, no 3, hiver 1994, p. 71-85. Sur l’opinion publique : Richard Sinnott, « Opinion publique et politique sécuritaire de l’Europe », Cahiers de Chaillot, no 28, juillet 1997, p. 1-63.
[14] Christopher Hill, « European Foreign Policy : Power Bloc, Civilian Model or Flop », in Reinhardt Rummel (ed.), The Evolution of an International Actor : Western Europe’s New Assertiveness, Boulder (Co.), Westview Press, 1990, p. 54.
[15] Marjorie Lister, The European Union and the South. Relations with Developing Countries, Londres, Routledge, 1997, p. 8 ; Charlotte Bretherton, John Vogler, The European Union as a Global Actor, Londres, Routledge, 1999 ; et Karen Smith, The Making of EU Foreign Policy. The Case of Eastern Europe, Basingstoke, Macmillan, 1999, sont représentatifs de ce paradigme.
[16] Kjell A. Eliassen (ed.), Foreign and Security Policy in the European Union, Londres, Sage, 1998.
[17] Christopher Hill, « The Capability-Expectations Gap, or Conceptualising Europe’s International Role », Journal of Common Market Studies, vol. 31, no 3, septembre 1993, p. 305-328 ; Martin Holland, « Bridging the Capability-Expectations Gap : A Case Study of CFSP Joint Action in South Africa », Journal of Common Market Studies, vol. 33, no 4, décembre 1995, p. 556-572 ; Christopher Hill, « Closing the Capability-Expectations Gap ? », in John Peterson, Helen Surjsen (eds.), A Common Foreign Policy for Europe ? Competing Visions of the CFSP, Londres, Routledge, 1998.
[18] Richard Rosencrance, « The European Union : A New Type of International Actor ? », in Jan Zielonka (ed.), Paradoxes of European Foreign Policy, La Haye, Kluwer Law International, 1998.
[19] David Allen, Michael Smith, « Western Europe’s Presence in the Contemporary International Arena », Review of International Studies, vol. 16, no 1, 1990, p. 19-37 ; David Allen, Michael Smith, « The European Union’s Security Presence : Barrier, Facilitator, or Manager ? », in Carolyn Rhodes (ed.), The European Union in the World Community, Boulder (Co.), Lynne Rienner, 1998.
[20] Hans W. Maull, « Germany and Japan : The New Civilian Powers », Foreign Affairs, vol. 69, no 5, hiver 1991, p. 91-106 ; C. Hill, « European Foreign Policy : Power Bloc, Civilian Model or Flop ? », op. cit.
[21] Hedley Bull, « Civilian Power Europe : A Contradiction in Terms ? », Journal of Common Market Studies, vol. 21, no 1/2, septembre-décembre 1982. L’argument du modèle étatique est avancé par Simon Nuttal, « The Foreign and Security Policy Provisions of the Maastricht Treaty : Their Potential for the Future », in Jorg Monar, Wolfgang Wessels (eds.), The Maastricht Treaty on European Union : Legal Complexity and Political Dynamic, Bruxelles, European Interuniversity Press, 1993.
[22] Karen Smith, « The End of Civilian Power EU : A Welcome Demise or Cause of Concern », The International Spectator, vol. 35, no 2, avril-juin 2000, p. 11-28 ; Stephan A. Schirm, « Europe’s Common Foreign and Security Policy : The Politics of Necessity, Viability and Adequacy », in C. Rhodes (ed.) op. cit.
[23] Roy H. Ginsberg ou Brian White démontrent ainsi la nécessité de se réapproprier les théories de la Foreign Policy Analysis pour étudier la PESC : Roy H. Ginsberg, « Conceptualizing the European Union as an International Actor : Narrowing the Theoretical Capability-Expectations Gap », Journal of Common Market Studies, vol. 37, no 3, septembre 1999, p. 429-454 ; Brian White, « The European Challenge to Foreign Policy Analysis », European Journal of International Relations, vol. 5, no 1, mars 1999, p. 37-66. Sur ce débat, voir Ben Tonra, « Mapping EU Foreign Policy Studies », European Journal of Public Policy, vol. 7, no 1, p. 163-169, et, dans une optique générale, Patrick Hassenteufel, Yves Surel, « Des politiques publiques comme les autres ? Construction de l’objet et outils d’analyse des politiques européennes », Politique européenne, no 1, avril 2000, p. 8-23.
[24] John Mearsheimer, « Back to the Future : Instability in Europe after the Cold War », International Security, vol. 15, no 4, automne 1990, p. 5-56.
[25] Dans le premier cas, voir Stanley Hoffmann, « Obstinate or Obsolete ? The Fate of the Nation State and the Case of Western Europe », Daedalus, vol. 95, no 3, 1966 ; Stanley Hoffmann, « Towards a Common European Foreign and Security Policy », Journal of Common Market Studies, vol. 38, no 2, juin 2000. Dans le second cas, voir : Philip H. Gordon, « Europe’s Uncommon Foreign Policy », International Security, vol. 22, no 3, hiver 1997-1998, p. 74-100.
[26] Andrew Moravcsik, The Choice for Europe, Londres, UCL Press, 1998.
[27] Wayne Sanholtz, Alec Stone Sweet (eds.), European Integration and Supranational Governance, Oxford, Oxford University Press, 1998.
[28] Bryan J. Collester, « How Defence Spilled Over Into the CFSP : Western European Union and the European Security and Defense Identity », in Maria Green Cowles, Michael Smith (eds.), The State of the European Union, vol. 5 : Risks, Reform, Resistance and Revival, Oxford, Oxford University Press, 2001.
[29] B. Schmitt, « De la coopération à l’intégration », op. cit. ; Jean-Paul Hébert (sous la dir.), Naissance de l’Europe de l’armement, Cahiers d’études stratégiques, no 27, 2000, p. 7-115.
[30] Hervé Dumez, Alain Jeunemaître, « Le cadre institutionnel de la restructuration des industries d’armement. Une comparaison États-Unis/Europe », Annales des Mines. Gérer et comprendre, no 57, septembre 1999, p. 13-22.
[31] Il ne saurait être question de détailler dans l’espace de cet article les nombreuses critiques formulées à l’encontre de ces théories. On se reportera à C. Lequesne, « Comment penser l’Union européenne ? », op. cit., et Mark A. Pollack, « International Relations Theory and European Integration », Journal of Common Market Studies, vol. 39, no 2, juin 2001, p. 221-244.
[32] Pour une évaluation du néoréalisme et du néofonctionnalisme : Anthony Foster, « Defence and European Integration », Journal of Theoretical Politics, vol. 9, no 3, 1997, p. 297-315.
[33] Peter A. Hall, Rosemary Taylor, « La science politique et les trois néo-institutionnalismes », Revue française de science politique, vol. 47, no 3-4, juin-août 1997, p. 469-495.
[34] Mark Pollack, « Delegation, Agency, and Agenda Setting in the European Community », International Organization, vol. 51, no 1, hiver 1997, p. 99-135. Dans le domaine de l’armement en Europe : Hervé Dumez et Alain Jeunemaître insistent sur le cadre de régulation : « Une Europe de la défense ? Politique, marché, régulation et relations transatlantiques », Politique européenne, no 8, automne 2002, p. 46-60. Sur l’économie institutionnelle et la relation d’agence appliquée à la défense : Didier Danet, « La production d’armement : éléments d’économie institutionnelle », Revue française d’économie, vol. 12, no 3, été 1997, p. 121-165. Pour une application à l’Europe, Keith Hartley, « The Economics of European Defence Procurement », in Keith Hartley, Jurgen Brauer (eds.), The Economics of Regional Security, Amsterdam, Harwood, 2000.
[35] Catherine Gegout, « The French and British Change in Position in the CESDP : A Security Community and Historical Institutionalist Perspective », p. 62-87, et Anand Menon, « Playing with Fire ; The European Union’s Defence Policy », p. 32-45, Politique européenne, no 8, automne 2002.
[36] Jeffrey T. Checkel, « The Constructivist Turn in International Relations Theory », World Politics, vol. 50, no 2, janvier 1998, p. 324-348 ; Peter J. Katzenstein (ed.), The Culture of National Security : Norms and Identity in World Politics, New York, Columbia University Press, 1996.
[37] Jean-Yves Haine, L’Eurocorps et les identités européennes de défense, Paris, Centre d’études en sciences sociales de la défense, janvier 2001 ; Jolyon Howorth, « The CESDP and the Forging of a European Security Culture », Politique européenne, no 8, automne 2002, p. 88-108 ; Knud Erik Jorgensen (ed.), European Approaches to Crisis Management, La Haye, Kluwer, 1997 ; Helene Surjsen (ed.), Redefining Security ? The Role of the European Union in European Security Structures, Oslo, ARENA Report, no 7, 2000.
[38] Didier Bigo, « When Two Become One : Internal and External Securitisations in Europe », in Morten Kelstrup, Michael Williams (eds.), International Relations Theory and the Politics of European Integration. Power, Security and Community, Londres, Routledge, 2000.
[39] Yves Buchet de Neuilly, Les cheminements chaotiques de la politique étrangère européenne : interdépendances, concurrences, échanges croisés et processus d’institutionnalisation dans un univers de jeux multiples, Paris, Université de Paris I - Sorbonne, Thèse pour le doctorat en science politique, 2001 ; Didier Bigo, Polices en réseaux, l’expérience européenne, Paris, Presses de Sciences Po, 1996.
[40] Alexis Hamel, « L’aéronautique de défense en Europe : entre souveraineté et intégration », in Pascal Vennesson (sous la dir.), Politiques de défense : institutions, innovations, européanisation, Paris, L’Harmattan, 2000 ; Ulrika Mörth, « Competing Frames in the European Commission. The Case of the Defence Industry and Equipment Issue », Journal of European Public Policy, vol. 7, no 2, juin 2000, p. 173-189.
[41] Bastien Irondelle, Pascal Vennesson (sous la dir.), « L’Europe de la défense : institutionnalisation, européanisation », Politique européenne, no 8, automne 2002.
[42] Frédéric Mérand, Les militaires français et la construction européenne, 1972-1998, Université de Berkeley (manuscrit) ; Yves Buchet de Neuilly, « L’irrésistible ascension du Haut représentant pour la PESC. Une solution institutionnelle dans une pluralité d’espaces d’action européens », Politique européenne, no 8, automne 2002, p. 13-31.
[43] Bastien Irondelle, « Europeanization without European Union ? French Military Reforms, 1991-1996 », European Journal of Public Policy (à paraître) ; Jean-Paul Hébert, « L’européanisation de l’industrie d’armement », Arès, no 48.
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