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Revue internationale et stratégique

2003/1 (n° 49)



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Europe et Méditerranée, deux entités aux contours mythiques, aux résonances difficilement démêlables dans notre imaginaire historique et esthétique. Lorsque l’on s’essaie à réfléchir sur la Méditerranée, il est toujours à craindre que la fascination exercée par les images soit plus puissante que les idées. Comment éviter de tomber dans un « méditerranéisme » creux et ne pas contribuer davantage à un débat sans issue et souvent autoréférencé, dont les fins seraient, encore une fois, plus esthétiques qu’épistémologiques ? On sait qu’en matière méditerranéenne la science a progressé, plus qu’ailleurs, avec l’imaginaire [1]   Marie-Noëlle Bourguet (sous la dir.), L’invention... [1] . Toute réflexion à prétention scientifique serait donc, ici, d’avance suspecte.

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Retracer la construction progressive du concept de Méditerranée et étudier l’usage qui en est fait, notamment dans le champ politique, peut cependant nous aider à feuilleter l’album méditerranéen de manière raisonnée ; et cet effort de distance nous permet aussi de porter notre attention sur l’Europe, qui est bel et bien l’autre acteur d’un mythe méditerranéen intrinsèquement rassembleur. Il n’est pas exclu de donner à notre enquête un objectif plutôt pratique. Le questionnement, fort classique, qui sous-tend cette réflexion est en effet le suivant : pour nous, Européens, à quoi sert la Méditerranée ? L’article qui suit tente ainsi d’examiner l’apport spécifique de l’idée méditerranéenne à la progression des politiques extérieures de l’Union européenne, afin de comprendre en quoi la Méditerranée serait encore un cadre ou un horizon d’action fécond.

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Il s’agira d’abord de comprendre quel rôle la promotion de la Méditerranée a pu jouer dans la mise en place de nouvelles ambitions et de nouvelles méthodes d’intervention européennes, à un moment où le souci de sa relation avec l’extérieur s’imposait de plus en plus précisément à l’Europe. On constatera, chemin faisant, que la Méditerranée elle-même s’est un peu perdue dans la mise en œuvre de politiques méditerranéennes d’un nouveau type. Après avoir vécu sa décennie magnifique, l’idée méditerranéenne pourrait ainsi, sans bruit, disparaître aujourd’hui du discours comme des pratiques communautaires. Pourtant, cette Méditerranée reste une matrice généreuse pour aider l’Europe à penser l’après-11 septembre. La ligne de fracture supposée du nouveau siècle, qui oppose, dans une vision primitive du monde, Islam et Occident, passe en principe en son centre. Mais, si l’on refuse de succomber au pessimisme de prophéties autoréalisatrices et d’acquiescer à la facilité d’une analyse en noir et blanc, une réflexion sur la complexité méditerranéenne permet justement de réhabiliter la nuance et d’esquisser quelques voies pour sortir d’un univers d’une simplicité trop violente.

LE CHOIX MÉDITERRANÉEN DE L’EUROPE

De la Méditerranée par commodité à la Méditerranée par nécessité : la cristallisation des intérêts politiques européens

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La relation de l’Europe communautaire à la Méditerranée est, à l’origine, de nature économique. La Communauté économique européenne (CEE) a négocié et signé, de 1957 à 1977 et sans logique globale, des accords bilatéraux avec l’ensemble des pays du pourtour sud et est de la Méditerranée, à l’exception de l’Albanie et de la Libye. Ces accords fixent le régime des échanges commerciaux entre la CEE et les pays tiers, ainsi que les conditions de délivrance d’une aide financière, assortie d’une coopération technique. La similitude des régimes consentis aux pays tiers méditerranéens permet au Conseil des ministres de définir, en 1972, une « politique méditerranéenne globale », dont l’objectif est de standardiser ces relations bilatérales. En réalité, jusqu’à la fin des années 1980, la Méditerranée reste un principe d’ordre, une catégorie bureaucratique où s’insèrent des dossiers divers et relativement hétérogènes. La politique méditerranéenne de l’Europe s’organise alors comme une coopération économique de type classique.

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C’est au tournant des années 1990 que cette coopération va brusquement se charger d’un contenu politique. À cette époque, les relations avec le monde arabo-musulman sont de plus en plus ouvertement perçues en termes de confrontation [2]   Pour se replonger dans ce climat, voir la contribution... [2] . La guerre du Golfe donne une première confirmation concrète de la menace théorique. La crise algérienne commence également à prendre de l’ampleur et le flux de l’immigration maghrébine suscite chez les Européens une inquiétude de nature autant politique que sociale, devenant une composante importante du débat interne dans certains États. La Méditerranée « inquiète » [3]   Xavier Gizard (sous la dir.), La Méditerranée inquiète,... [3] est désormais considérée comme l’épicentre d’une crise latente. Dans un contexte international mouvant, la mer, cet espace fluide, à même de laisser passer les hommes et les idées au moins aussi bien que les marchandises, retrouve son caractère menaçant. Dans le même temps, la Méditerranée apparaît comme un cadre géographique et conceptuel possible pour élaborer une réponse européenne à la menace. C’est cette conviction qui est à l’origine de la réforme de la politique méditerranéenne de l’Union. D’abord promu par les États de l’Europe latine [4]   Victor-Yves Ghebali, « Toward a Mediterranean Helsinki-Type... [4] , le thème méditerranéen est progressivement communautarisé et la Commission de Bruxelles opte pour une mise à jour fondamentale des objectifs et des instruments de la politique méditerranéenne avec le lancement du partenariat euro-méditerranéen.

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Le recentrage de l’Europe sur la Méditerranée est donc d’abord un choix stratégique, qui répond à une préoccupation de sécurité extérieure de plus en plus clairement affirmée après la chute du mur de Berlin. L’approche européenne des conditions de la sécurité en Méditerranée se distingue alors en intégrant des notions relevant de la soft security, telles que le niveau de développement économique, la dynamique démographique, l’état de l’environnement aussi bien que l’évolution des régimes politiques ou la conflictualité entre les États [5]   Commission des Communautés européennes, Communication... [5] . Bruxelles promeut une vision de la Méditerranée donnant la part belle aux flux transnationaux et aux acteurs non étatiques, définit des enjeux transversaux, qualifiés d’« euro-méditerranéens », et appelle de ses vœux une nouvelle forme de coopération.

La Méditerranée par conviction : de la redéfinition de l’espace à la réactivation du mythe

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Pourquoi, cependant, la menace imprécise venue du Sud est-elle labellisée spécifiquement « méditerranéenne », et quels enjeux recouvre ce choix de frontières qui n’est ni rigoureux, ni définitif ? Dans le cadre d’une analyse stratégique, l’intérêt de la Méditerranée tient certainement au fait qu’elle dépasse d’autres catégories classiques mais plus difficiles à manier, comme celles de « monde arabe » ou de « monde musulman ». Lorsque les Européens tentent une initiative politique d’envergure en direction de cette région du monde, ils ont à cœur de ne pas renouveler les erreurs du dialogue euro-arabe [6]   Comme l’affirme assez simplement le haut fonctionnaire... [6] . De telles considérations n’ont pas seulement une vocation tactique. Le maniement du concept de Méditerranée par les Européens renvoie en réalité à des enjeux identitaires de fond. « La Méditerranée ne peut naître que si l’Europe existe » : ce constat volontariste, émis par un haut fonctionnaire français [7]   La phrase est d’Edgar Pisani, cité dans Robert Bistolfi,... [7] , symbolise bien le travail de réactivation du mythe méditerranéen qui accompagne le déploiement de la nouvelle politique méditerranéenne.

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La Méditerranée comme concept géographique général existe certes depuis fort longtemps ; la linguistique atteste l’existence, dans la langue latine, du terme « méditerrané », désignant à l’origine, de manière assez vague, tout espace géographique se trouvant situé au milieu des terres [8]   « Le concept de Méditerranée », suite d’articles dans... [8] . L’emploi banal de l’adjectif « méditerrané » n’a, semble-t-il, été monopolisé par notre actuelle mer Méditerranée que vers la fin du XIXe siècle [9]   Anne Ruel, « L’invention de la Méditerranée », Vingtième... [9] , au terme d’un processus conscient de mise en scène, nourri par une sédimentation accélérée des représentations [10]   Sur l’émergence de la Méditerranée dans les sciences... [10] . Depuis lors, la Méditerranée reste une forme malléable, et il n’est pas si étonnant que la Méditerranée consacrée par l’Europe communautaire ait elle-même sa définition particulière. Rassemblant à ce jour tous les pays de l’Afrique du Nord, excepté la Libye, ainsi que l’ensemble des pays du Proche-Orient, y compris la Jordanie, qui n’est pourtant pas riveraine, et enfin Chypre, Malte et la Turquie, elle définit un cadre de travail qui relève au moins autant de l’héritage administratif que du choix rationnel.

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Le concept euro-méditerranéen est donc avant tout européen, et les pays partenaires ne s’y trompent pas, ne partageant pas forcément a priori la perception européenne d’une unité géographique, encore moins politique ou culturelle, du monde méditerranéen. Cependant, la réactivation du mythe de l’unité méditerranéenne était d’emblée nécessaire pour crédibiliser le Partenariat euro-méditerranéen [11]   On appelle « Processus de Barcelone » la dynamique... [11] . La communication européenne s’emploie donc, depuis la conférence de Barcelone, à promouvoir la Méditerranée pour renforcer dans les imaginaires européens son aura de sympathie et de prestige. Bruxelles rappelle ainsi constamment que la Méditerranée préexiste à l’Europe – elle est le berceau des civilisations –, qu’elle est encore vivante – elle est le lieu d’une culture partagée, d’une mixité miraculeuse – et qu’elle partage l’avenir de l’Europe [12]   Michelle Pace, « EU Foreign Policy as a Discursive... [12] .

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Dans une certaine mesure, le mythe méditerranéen fait ainsi écho au modèle de la construction communautaire elle-même. L’intérêt spécifique de la Méditerranée, et ce qui fonde l’originalité de la politique méditerranéenne, est sa charge communautaire en elle-même : la référence méditerranéenne scelle une communauté de destin pour toutes les parties présentes autour du Bassin méditerranéen, et aussi pour tous ceux qui veulent rejoindre cette identité fusionnelle – en l’occurrence, les États de l’Europe du Nord, également partenaires. Ce destin commun est ancré dans une histoire qui n’a ni commencement ni fin ; la Méditerranée, concept presque tautologique et dont la validité n’est guère contestable, puisqu’il relève davantage de la croyance que de la validation scientifique, possède donc un potentiel magique, appelé sans doute à pallier les défaillances de la réalité.

Le lieu et l’objet d’une politique étrangère

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Comme le remarque Michelle Pace, la réactivation du mythe méditerranéen fait partie pour l’Europe d’un processus de définition de soi et de l’autre inhérent à la politique étrangère [13]   Ibid., p. 3. [13] . La Méditerranée est ainsi devenue, dans les années 1990, à la fois le lieu et l’objet d’une politique pour l’Union européenne. La réinvention [14]   Le terme est emprunté à l’ouvrage de Paul Balta (sous... [14] progressive de la Méditerranée coïncide avec un impératif d’intervention, l’idée méditerranéenne devenant le socle indispensable pour un nouveau type d’action extérieure.

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Le contrôle de la Méditerranée est une ambition qu’ont partagée à différents moments de l’histoire plusieurs États, aujourd’hui membres de l’Union européenne. Mais cette dernière n’est pas un acteur international comme les autres et la politique communautaire est désormais inspirée par un pragmatisme de nature beaucoup plus coopérative. Nous adopterons ainsi, à ce stade, une définition moderne et plutôt large de la politique étrangère, comme celle qu’emprunte Marie-Claude Smouts à Philippe Moreau Defarges : « Ensemble des éléments par lesquels une entité (par exemple un État) s’affirme vis-à-vis de l’extérieur. » [15]   Marie-Claude Smouts, « Que reste-t-il de la politique... [15] Une telle définition nous aidera à comprendre le Partenariat euro-méditerranéen comme une expérience de partage identitaire, dont les effets sont sans doute plus importants encore pour l’Europe elle-même que pour la Méditerranée.

L’APPORT DE LA MÉDITERRANÉE AUX POLITIQUES EXTÉRIEURES EUROPÉENNES

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Depuis sept ans, le choix méditerranéen de l’Europe n’a pas été remis en cause. Mais la déclinaison de la Méditerranée, à travers les différents canaux de l’action extérieure européenne, ne dessine pas un paysage simple. La politique méditerranéenne de l’Europe est un bon exemple de ces « politiques composites » [16]   Claire Spencer, « The EU and Common Strategies : The... [16] qui mettent à mal les anciens cloisonnements, brouillant la distinction entre économie et politique, et assimilant insensiblement relations extérieures et politique étrangère [17]   Martin Holland, « The Common and Foreign Security... [17] .

Les spécificités du Partenariat euro-méditerranéen : une nouvelle forme de politique étrangère ?

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Conçu peu de temps après la réunification européenne, le Partenariat euro-méditerranéen serait, selon plusieurs observateurs européens, une initiative « typique des politiques extérieures de l’Union avant Amsterdam » [18]   Entretien avec Michael Köhler, unité PESC, Commission,... [18] , c’est-à-dire une tentative de contourner les difficultés de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) en devenir. Directement inspiré par la philosophie de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), le Partenariat peut en fait être considéré comme un type de politique sui generis. Les trois volets de la déclaration de Barcelone, empruntés au modèle de Helsinki, déclinent ainsi le concept de partenariat dans trois domaines : « partenariat politique et de sécurité », qui traite pour l’essentiel des questions de hard security ; « partenariat économique et financier », qui introduit le concept central de zone de libre-échange ; et, enfin, « partenariat dans les domaines social, culturel et humain », qui inclut des thématiques diverses allant de la maîtrise des mouvements humains au dialogue interculturel, en passant par la lutte contre la criminalité.

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L’originalité essentielle du partenariat réside dans son mécanisme, déclinaison pratique du principe de progrès libéral [19]   Pour une vision historique de la pensée libérale,... [19] . Le Processus de Barcelone est une entreprise globale visant à enclencher une dynamique régionale de paix par un travail simultané sur les champs du politique, de l’économique et du social. La réussite du projet dépend des interactions supposées entre les trois volets [20]   Entretien avec Eberhard Rhein, ancien directeur Méditerranée... [20] . L’économie assume ici une fonction politique, un lien direct étant établi entre progrès économique et progrès politique, interdépendance commerciale et réduction de la conflictualité. Le caractère « interpiliers » du Partenariat, qui dépasse les compétences strictement communautaires, détermine l’originalité relative de ses institutions et de ses procédures [21]   Geoffrey Edwards, Eric Philippart, « The Euro-Mediterranean... [21] . Le Processus de Barcelone a notamment donné naissance à un organe hybride inédit, le comité Euromed, symbole de l’approche partenariale, et la déclaration de Barcelone attribue par ailleurs un rôle spécifique à la société civile méditerranéenne dans l’animation du partenariat [22]   Dorothée Schmid, « La société civile dans le Partenariat... [22] .

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Le caractère expérimental du Partenariat explique ces innovations de fond et de forme. L’intérêt de cette expérience est d’ouvrir en partie le champ clos des intérêts européens sur l’extérieur, tout en complexifiant les termes du débat. Le mélange inédit des objectifs politiques, économiques et sociaux, ainsi que l’intervention d’acteurs nouveaux dans l’élaboration de la décision sont deux paramètres essentiels qui font clairement passer le Processus de Barcelone dans le champ du politique, au sens de la gestion d’un rapport de forces. Pourtant, la relation euro-méditerranéenne n’a pas été conçue sur le mode du rapport de forces. En pratique, le Partenariat se déploie plutôt dans une sorte d’indétermination permanente, le décalage entre l’ambition des objectifs et l’anarchie des moyens mis à leur service ne cessant d’étonner les analystes et d’inspirer, d’ailleurs, des mises au point sévères. Il nous semble fécond de considérer que cette indétermination pratique est assumée ; revisité à la lumière des théories classiques, le partenariat pourrait constituer un type nouveau de politique étrangère, dans la ligne de l’école libérale des relations internationales [23]   Pour une élaboration de ce concept, voir Dorothée... [23] . La spécificité de ses objectifs, la nature des acteurs impliqués, les méthodes d’action du Partenariat ainsi que sa temporalité particulière – le terme du processus est mal défini – constituent autant de critères d’une telle ambition.

Le jeu perturbateur de la PESC en Méditerranée

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Quant à elle, la PESC connaît, depuis 1997, des développements visibles en Méditerranée. PESC et Partenariat cohabitent désormais dans ce cadre régional, qui est ainsi devenu l’un des lieux où la mise en cohérence des intentions et des moyens de l’action extérieure européenne pose le plus de problèmes.

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Initialement présentée comme une tentative de mettre le Partenariat au goût du jour et l’adapter à la nouvelle donne institutionnelle européenne, la stratégie commune pour la Méditerranée, adoptée lors du Conseil de Feira en juin 2000, emprunte à la déclaration de Barcelone son cadre d’action et plusieurs de ses concepts. En pratique, son utilité peut être mise en doute. La stratégie n’apporte aucune amélioration fondamentale à l’approche de Barcelone, accumulant au contraire, sur le mode de la shopping list, de nouveaux objectifs suffisamment vagues et diversifiés pour être, au final, inopérants [24]   C. Spencer, op. cit., p. 48. [24] . En définitive, loin de contribuer à consolider un cadre régional pour une action de nature communautaire, la stratégie commune réintroduit les logiques nationales dans le champ méditerranéen ; elle dégrade à la marge la lisibilité du partenariat et accentue de façon évidente la parcellisation de la Méditerranée. Cet émiettement de la Méditerranée est renforcé par l’usage des autres instruments d’action de la PESC en Méditerranée. Les mécanismes de la PESC sont mis en œuvre essentiellement en cas de crise et le cadre régional n’est jamais retenu comme opératoire. La PESC consacre finalement l’échec de la Méditerranée comme instrument de cohérence. L’impossible gestion des crises stratégiques nous replonge ainsi en plein paradigme réaliste et la PESC sanctionne l’échec politique de la grande ambition libérale euro-méditerranéenne.

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La PESC fait par ailleurs peser une pression de plus en plus constante sur le Partenariat. Depuis Maastricht, il est clair que la multiplication des canaux d’action met de plus en plus fréquemment en cause la cohérence de l’intervention européenne hors de ses frontières. Il aurait été concevable que s’organise en Méditerranée, dans la logique duale généralement retenue pour caractériser les politiques extérieures européennes [25]   Jörg Monar, « Institutional Constraints of the European... [25] , une forme de division du travail entre le Partenariat, conçu comme une réponse transversale aux enjeux sécuritaires de long terme, et la PESC, qui interviendrait sur le court terme et essentiellement en cas de crise militaire. Or il semble plutôt que le Partenariat serait, en pratique, de plus en plus souvent implicitement subsumé à la PESC.

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De ce point de vue, le dossier le plus sensible est probablement celui du conflit israélo-arabe. En 1995, les Européens ont officiellement choisi de séparer strictement le suivi du conflit israélo-arabe du Processus de Barcelone. Un appareillage institutionnel et déclaratif exceptionnellement complet a été mis en place dans le cadre de la PESC afin de suivre le conflit. Mais l’Europe reste, dans le même temps, le premier bailleur de fonds de l’Autorité palestinienne, et cette aide est dispensée, pour l’essentiel, à travers les canaux de coopération de Barcelone. Les interférences entre coopération financière et action diplomatique européennes sont donc forcément nombreuses et mettent à mal la fiction du découplage politique entre partenariat et processus de paix [26]   Le débat récent au Parlement européen autour de la... [26] .

La contribution des politiques européennes à la construction méditerranéenne : un effort inachevé

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Si l’on admet que la PESC consacre l’éclatement « réaliste » de la Méditerranée, qu’en est-il in fine de la reconstruction méditerranéenne, que l’on avait identifiée comme objectif central du Partenariat ? Force est de constater que l’Europe a un peu perdu de vue la Méditerranée dans le Partenariat lui-même. La dimension régionale apparaît paradoxalement comme secondaire dans la pratique euro-méditerranéenne. La coopération bilatérale, dans le cadre des accords signés individuellement avec chacun des pays partenaires, absorbe plus de 90 % des fonds du programme financier concernant la coopération euro-méditerranéenne (MEDA). La coopération régionale, déclinée dans des programmes thématiques impliquant simultanément plusieurs acteurs européens et tiers-méditerranéens, ne représente que 8 à 10 % de l’ensemble des fonds alloués au Partenariat [27]   Les programmes régionaux, dont l’effet intégrateur... [27] . Enfin, l’effacement progressif de la logique régionale est confirmé par le jeu compétitif opposant les différents pays partenaires pour l’obtention des ressources MEDA ; ils apparaissent dans l’ensemble comme inégalement conscients et peu concernés par l’enjeu [28]   La position du Maroc illustre bien le jeu de bascule... [28] .

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La faiblesse de l’acquis régional du Partenariat peut aussi être constatée pour chacun des volets de Barcelone. Le partenariat politique et de sécurité n’existe pas en pratique et tout espoir de consensus sur les questions de sécurité régionale serait pour le moment vain. Du point de vue économique, l’intégration est en revanche relative mais très inégalitaire, l’Europe demeurant à la fois le pôle de croissance, l’exportateur principal et un financeur essentiel du développement méditerranéen. Abdelkader Sid Ahmed remarque que l’espace méditerranéen reste à l’écart des dynamiques initiées par la mondialisation et considère finalement la Méditerranée comme un cas d’« impossible régionalisme » [29]   Abdelkader Sid Ahmed, « The Mediterranean, a Virtual... [29] . On pourrait, ainsi, presque avancer que l’impact méditerranéiste du troisième volet de Barcelone, notamment dans son versant culturel, est le plus important [30]   Isabel Schäfer, « The Reinvention of the Mediterranean... [30] . Mais les productions du partenariat culturel reproduisent malheureusement des clichés éternels et des clivages classiques, qu’il importerait désormais de surmonter.

UNE RÉPONSE MÉDITERRANÉENNE AUX IMPASSES DE L’APRÈS-11 SEPTEMBRE

La Méditerranée communautaire, de l’ambiguïté à la déshérence

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On aura compris, au terme d’une analyse trop rapidement esquissée, que la contribution méditerranéenne à la construction des politiques extérieures communautaires se situe selon nous à deux niveaux : un niveau fonctionnel et un niveau identitaire. Le Partenariat euro-méditerranéen a permis à l’Europe de tester de nouveaux moyens pour s’affirmer dans le système international ; il correspond également à une tentative de définition de frontières proches et de projection de valeurs, laquelle n’est pas encore close et dont le sens semble basculer aujourd’hui de façon imperceptible.

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De la construction méditerranéenne à l’Euro-Méditerranée, le Partenariat oscille en effet constamment sur la frontière ténue entre l’interne et l’externe. Oscillation qui n’est pas sans risques, car l’ambiguïté existe aussi dans le contenu même des prescriptions de Barcelone. Loin de l’extérioriser, l’Europe traite finalement la Méditerranée comme elle-même, car la vision européenne de l’avenir régional est implicitement calquée sur le modèle de la construction communautaire. Pour sacrifier encore à une analyse en termes de politique étrangère, on pourrait avancer que la spécificité méditerranéenne entraîne le Partenariat euro-méditerranéen à la limite entre politique intérieure et politique extérieure. Les contradictions de la PESC traduiraient alors surtout une réaction des États pour réhabiliter les territoires.

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Cette ambiguïté identitaire n’est pas sans conséquences. Aujourd’hui éclipsée par la réussite européenne, la Méditerranée n’exerce pas vraiment de pouvoir d’attraction. Que penser en effet de cette Euro-Méditerranée où tout se joue désormais autour de l’appartenance à l’Europe ? Une fois Malte et Chypre admis dans l’Union, la Turquie y réclame instamment sa place ; le Maroc avait déclaré voilà quinze ans son intérêt à devenir européen et s’affirme volontiers aujourd’hui dans une logique de précandidature ; un débat s’est même ébauché récemment autour de l’appartenance théorique d’Israël à l’Europe [31]   Bronislaw Geremek, « La Terre sainte est en Europe... [31] . De nombreux États méditerranéens réclament donc désormais, à cause de l’Europe même, de sortir de la Méditerranée.

Réagir à Huntington : la complexité méditerranéenne comme schéma de sortie

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Les définitions de l’Europe et de la Méditerranée continuent donc d’interagir de façon constante. Certes, cet état de fait complique au quotidien la gestion de la politique méditerranéenne. Mais on peut aussi l’interpréter de façon plus féconde et noter qu’il est le reflet fidèle de cette évidente complexité méditerranéenne, largement illustrée par de grands penseurs classiques. En effet, le paradoxe est le suivant : alors que le modèle européen exerce sur les pays riverains un pouvoir d’attraction de plus en plus fort, la Méditerranée est à nouveau un sujet de préoccupation majeur pour le Nord. Depuis le 11 septembre 2001, les inquiétudes européennes sont pour l’essentiel les mêmes que celles qui avaient motivé l’aggiornamento de la politique méditerranéenne au début des années 1990. Réveil de l’islamisme, violence politique latente ou déclarée, faillite économique des États : pour les Européens, la Méditerranée retourne insensiblement à son extranéité, elle redevient le bouillon de culture aux productions incontrôlables que l’on aura essayé pendant sept ans de clarifier sans y parvenir. Pour affronter l’insaisissabilité méditerranéenne, nous assistons alors à la réapparition de catégorisations simples : les clivages culturels immuables nous sont à nouveau livrés comme du matériel d’urgence pour anticiper une confrontation politique présentée comme inévitable. Un inconvénient bien concret des thèses de Samuel Huntington [32]   Samuel Huntington, Le choc des civilisations, Paris,... [32] , outre leur caractère excessivement global, est que leurs conclusions catastrophistes, de par leur violence même, semblent paralyser les analystes [33]   Dario Battistella, « Recherche ennemi désespérément...... [33] . On ne peut en fait dénier à son schéma un pouvoir explicatif, ce qui ne doit pas nous empêcher de critiquer ses implications.

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Ce schéma a tout d’abord, d’un point de vue européen, le défaut d’être américain. Le découpage du monde selon S. Huntington est très américano-centré. Nous débattons ainsi de thèses dans lesquelles nous ne nous reconnaissons pas, ce qui rend certes la critique plus aisée. Mais si les Européens n’ont pas tenté de synthèse culturaliste comparable et européo-centrée, cela ne devrait pas les dispenser de chercher un modèle anti-huntingtonien crédible. Le modèle de S. Huntington a aussi le défaut d’être historiciste [34]   Pascal Bruckner, « Samuel Huntington ou le retour... [34] . À en croire Georges Corm, cet historicisme, vieux démon de la pensée occidentale, perturbe constamment son appréhension d’un « Orient » conçu comme miroir de l’« Occident » [35]   Georges Corm, Orient-Occident, la fracture imaginaire,... [35] . On peut d’ailleurs remarquer que ce défaut d’historicisme est partagé par le Partenariat euro-méditerranéen, qui repose implicitement sur une téléologie libérale prévoyant l’avènement d’une forme d’harmonie universelle. Si elles partagent le défaut d’un rationalisme excessif, les deux visions s’opposent au moins quant au résultat de l’histoire.

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Nous avons évoqué l’intrinsèque complexité méditerranéenne, qui rend l’appréhension de cet objet toujours ambiguë. Afin de garder à l’esprit le mouvement constant de la Méditerranée, il est naturel de retourner aux descriptions minutieuses de Fernand Braudel [36]   Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen... [36] . On ne peut présumer du résultat d’une guerre pédagogique entre classiques éprouvés et nouveaux classiques ; opposer F. Braudel à S. Huntington semble cependant de bonne guerre, notamment parce que le deuxième se réclame du premier [37]   S. Huntington, op. cit., p. 42-45, p. 50, p. 55. [37] . Mais lorsque F. Braudel décrit les civilisations méditerranéennes [38]   F. Braudel, « Les Civilisations », op. cit., t. 2,... [38] , il les raconte à travers une succession d’histoires, dans un aller et retour permanent entre événements et sens général, et sans en inférer de position normative ou de projet politique. À le relire, on comprend aussi que la force du mythe méditerranéen réside dans sa formidable énergie de renouvellement : il se passe constamment quelque chose en Méditerranée, mais presque jamais ce que l’on attend. Edgar Morin, philosophe de la complexité, mais aussi penseur de la Méditerranée, plaide ainsi pour l’avènement d’une pensée non linéaire, une « méditerranéisation de la pensée », à même de prendre en compte, dans une même générosité, antagonismes et complémentarités [39]   Edgar Morin, « Penser la Méditerranée et méditerranéiser... [39] . Cette pensée de la complexité pourrait d’ailleurs trouver un écho tout particulier dans la pratique politique quotidienne de l’Union européenne, où le jeu subtil des institutions débouche constamment sur de nouveaux équilibres.

Retrouver la relation Europe/Méditerranée

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La Méditerranée n’est donc jamais ce que l’on croit. Loin des oppositions simples qui structurent aujourd’hui la conduite des affaires internationales, elle est un laboratoire privilégié pour observer in vivo la réactivité humaine. Elle continue, par ailleurs, à nous mettre en relation, et nous partageons forcément avec nos voisins une forme de risque, mais aussi des opportunités d’entente qui nous sont propres.

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L’acquis pratique de Barcelone constitue alors une base solide pour une refondation urgente de la relation partenariale en Méditerranée. La conscience d’une forme de communauté méditerranéenne est plus que jamais nécessaire pour résister aux forces de simplification qui tentent de nous réduire à l’affrontement. Mais pour restituer au projet méditerranéen sa force de mobilisation, l’Europe devra sans doute se résoudre à quelques réorientations de fond. Elle ne pourra d’abord faire l’économie d’une réflexion sur les frontières futures de sa Méditerranée : l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union n’invitera-t-elle pas de facto la mer Noire en Méditerranée, sans fixer pour autant le sort de la plupart des États issus de l’ex-Yougoslavie ? Au-delà de ces marges européennes, la Méditerranée s’ouvre aussi sur l’Asie centrale, où d’autres logiques géostratégiques majeures se dessinent. Par ailleurs, il subsiste l’éternelle interrogation sur le fonctionnement des institutions du Partenariat : comment le rendre moins asymétrique, comment impliquer politiquement les États partenaires dans la refondation de la communauté euro-méditerranéenne ? Débattre honnêtement de ces questions nous permettrait sans doute de sortir définitivement à la fois de la nostalgie impériale et du fantasme de la terreur.

Notes

[1]

Marie-Noëlle Bourguet (sous la dir.), L’invention scientifique de la Méditerranée : Égypte, Morée, Algérie, Paris, Éd. de l’EHESS, 1998, 325 p.

[2]

Pour se replonger dans ce climat, voir la contribution du ministre italien des Affaires étrangères de l’époque, Gianni De Michelis, « The Mediterranean after the Gulf War », Mediterranean Quarterly, vol. 2, no 3, été 1991, p. 1-8.

[3]

Xavier Gizard (sous la dir.), La Méditerranée inquiète, La Tour d’Aigues, Éd. de l’Aube, 1992, 191 p.

[4]

Victor-Yves Ghebali, « Toward a Mediterranean Helsinki-Type Process », Mediterranean Quarterly, vol. 4, no 1, hiver 1993, p. 92-102.

[5]

Commission des Communautés européennes, Communication de la Commission au Conseil et au Parlement / Renforcer la politique méditerranéenne de l’Union européenne : vers l’établissement d’un partenariat euro-méditerranéen, COM (94) 427 final. Ce document est accessible sur Internet à l’adresse suivante : hhhhttp:// europa. eu. int/ comm/ external_relations.

[6]

Comme l’affirme assez simplement le haut fonctionnaire français en charge du suivi du processus de Barcelone : « La différence entre Barcelone et le dialogue euro-arabe, c’est la présence d’Israël et de la Turquie. Et c’est absolument nécessaire ! », entretien avec Jean-Pierre Courtois, juillet 2000.

[7]

La phrase est d’Edgar Pisani, cité dans Robert Bistolfi, « L’Europe communautaire et la Méditerranée : affrontement ou codéveloppement ? », Événement européen, no 19, septembre 1992, p. 53.

[8]

« Le concept de Méditerranée », suite d’articles dans Espace géographique, vol. 24, no 3, 1995, p. 193-225.

[9]

Anne Ruel, « L’invention de la Méditerranée », Vingtième siècle, no 32, octobre-décembre 1991, p. 7.14.

[10]

Sur l’émergence de la Méditerranée dans les sciences humaines en Europe au XIXe siècle et les interactions entre les principes des sciences nouvelles et le mythe méditerranéen, voir Marie-Noëlle Bourguet, « De la Méditerranée », in M.-N. Bourguet (sous la dir.), op. cit., p. 8-28.

[11]

On appelle « Processus de Barcelone » la dynamique née à Barcelone lors de la conférence fondatrice du partenariat euro-méditerranéen. L’expression est en fait utilisée de façon courante pour désigner l’ensemble des institutions et des mécanismes mis en place pour concrétiser le Partenariat.

[12]

Michelle Pace, « EU Foreign Policy as a Discursive Practice of the Mediterranean », contribution présentée lors du Third Mediterranean Social and Political Research Meeting, Florence, 20-24 mars 2002, Mediterranean Programme, Robert Schuman Centre for Advanced Studies, European University Institute, sur Internet à l’adresse suivante : hhhhttp:// wwwww. iue. it/ RSCAS/ .

[13]

Ibid., p. 3.

[14]

Le terme est emprunté à l’ouvrage de Paul Balta (sous la dir.), La Méditerranée réinventée, réalités et espoirs de la coopération, Paris, La Découverte, 1992, 390 p.

[15]

Marie-Claude Smouts, « Que reste-t-il de la politique étrangère ? », Pouvoirs, no 88, 1999, p. 5-15.

[16]

Claire Spencer, « The EU and Common Strategies : The Revealing Case of the Mediterranean », European Foreign Affairs Review, vol. 6, no 1, printemps 2001, p. 31-51.

[17]

Martin Holland, « The Common and Foreign Security Policy », in Laura Cram, Desmond Dinan, Neill Nugent (eds.), Developments in the European Union, Basingstoke, Macmillan, 1999, 378 p.

[18]

Entretien avec Michael Köhler, unité PESC, Commission, décembre 2001, et avec Andreas Strub, Task Force Méditerranée / Barcelone, UPPAR, Secrétariat général du Conseil, mars 2002.

[19]

Pour une vision historique de la pensée libérale, voir Pierre Rosanvallon, Le capitalisme utopique, histoire de l’idée de marché, Paris, Le Seuil, coll. « Points/Essais », 1999, 251 p.

[20]

Entretien avec Eberhard Rhein, ancien directeur Méditerranée à la DG Relex, Bruxelles, mai 1998.

[21]

Geoffrey Edwards, Eric Philippart, « The Euro-Mediterranean Partnership : Fragmentation and Reconstruction », European Foreign Affairs Review, vol. 2, no 4, hiver 1997, p. 465-489.

[22]

Dorothée Schmid, « La société civile dans le Partenariat euro-méditerranéen : une dynamique autonome ? », EurOrient, no 8, janvier 2001, p. 3-26.

[23]

Pour une élaboration de ce concept, voir Dorothée Schmid, « La Méditerranée et les politiques extérieures de l’Union européenne », contribution présentée au premier World Congress of Middle Eastern Studies, Mayence, septembre 2002, disponible sur demande.

[24]

C. Spencer, op. cit., p. 48.

[25]

Jörg Monar, « Institutional Constraints of the European Union’s Mediterranean Policy », Mediterranean Politics, vol. 3, no 2, automne 1998, p. 39-60.

[26]

Le débat récent au Parlement européen autour de la possibilité d’imposer des sanctions commerciales à l’État d’Israël illustre bien la complexité du sujet et sa faible lisibilité extérieure. Bien d’autres foyers de tension fournissent périodiquement en Méditerranée l’occasion de tester la cohérence de l’action européenne ; le développement militaire du contentieux territorial hispano-marocain sur l’ilôt de Persil/Leïla, au mois de juillet 2002, en est l’exemple le plus récent.

[27]

Les programmes régionaux, dont l’effet intégrateur est sans doute le point fort, se multiplient à l’heure actuelle et bénéficient donc de fonds de plus en plus modestes ; entretien avec Basile Papadopoulos, Europe Aid, Direction Méditerranée du Sud et Moyen-Orient, chef de l’unité Intégration régionale et appui institutionnel, novembre 2000, non publié.

[28]

La position du Maroc illustre bien le jeu de bascule entre une relation bilatérale privilégiée avec les institutions européennes et une conscience régionale à éclipses. Voir, à ce sujet, Dorothée Schmid, « La conditionnalité dans la relation euro-marocaine », étude EuroMesCo (à paraître).

[29]

Abdelkader Sid Ahmed, « The Mediterranean, a Virtual Geo-Economic Space. A Case of an Impossible Regionalism ? », in Hans Günter Brauch, Antonio Marquina (eds.), The Mediterranean Space and its Borders, Geography, Politics, Economics and Environment, Madrid, UNISCI/Mosbach, AFES-PRESS, 2001, p. 88-108.

[30]

Isabel Schäfer, « The Reinvention of the Mediterranean as a Geo-Cultural Region and the Role of Cultural Repertoires », contribution présentée lors du Third Mediterranean Social and Political Research Meeting, Florence, 20-24 mars 2002, Mediterranean Programme, Robert Schuman Centre for Advanced Studies, European University Institute, sur Internet à l’adresse suivante : hhhhttp:// wwwww. iue. it/ RSCAS/ .

[31]

Bronislaw Geremek, « La Terre sainte est en Europe », Le Monde, 16 mai 2002.

[32]

Samuel Huntington, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997, 402 p. ; « Le choc des civilisations, acte II », Politique internationale, no 82, hiver 1998-1999, p. 25-35.

[33]

Dario Battistella, « Recherche ennemi désespérément... Réponse à Samuel Huntington », Confluences Méditerranée, no 40, hiver 2001-2002, p. 81-94.

[34]

Pascal Bruckner, « Samuel Huntington ou le retour de la fatalité en histoire », Esprit, no 11, novembre 1997, p. 53-67.

[35]

Georges Corm, Orient-Occident, la fracture imaginaire, Paris, La Découverte, 2002, 186 p.

[36]

Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 9e éd., 2 t., 1990.

[37]

S. Huntington, op. cit., p. 42-45, p. 50, p. 55.

[38]

F. Braudel, « Les Civilisations », op. cit., t. 2, « Destins collectifs et mouvements d’ensemble », p. 482-580.

[39]

Edgar Morin, « Penser la Méditerranée et méditerranéiser la pensée », in José Vidal-Beneyto, Gérard de Puymège (sous la dir.), La Méditerranée : modernité plurielle, Paris, Éd. de l’Unesco / Publisud, 2000, 304 p.

Résumé

Français

Retracer la construction progressive du concept de Méditerranée et étudier l’usage qui en est fait, notamment dans le champ politique, peut nous aider à feuilleter l’album méditerranéen de manière raisonnée ; et cet effort de distance nous permet aussi de porter notre attention sur l’Europe, qui est bel et bien l’autre acteur d’un mythe méditerranéen intrinsèquement rassembleur. Le questionnement, fort classique, qui sous-tend cette réflexion est en effet le suivant : pour les Européens, à quoi sert la Méditerranée ? Cet article tente ainsi d’examiner l’apport spécifique de l’idée méditerranéenne à la formulation des politiques extérieures de l’Union européenne, afin de comprendre en quoi la Méditerranée serait encore un cadre ou un horizon d’action fécond.

English

The Mediterranean in the EU’s Foreign Policies : A Good Idea With a Future ?
Tracing the emerging definition of the « Mediterranean » as a concept and analysing its uses – notably in the political field – may help us to leaf through the Mediterranean album in a sensible way. By keeping it at a distance, one may turn attention to Europe, which is the other true actor of an essentially unifying Mediterranean myth. The question – a standard one – that underlies our reflection is the following : for us, Europeans, what is the use of the Mediterranean ? The present article constitutes an attempt at examining the specific contribution of the Mediterranean concept to the formulation of the EU’s foreign policies, with a wiew to assessing to what extend the Mediterranean may still provide a fruitful frame of action.

Plan de l'article

  1. LE CHOIX MÉDITERRANÉEN DE L’EUROPE
    1. De la Méditerranée par commodité à la Méditerranée par nécessité : la cristallisation des intérêts politiques européens
    2. La Méditerranée par conviction : de la redéfinition de l’espace à la réactivation du mythe
    3. Le lieu et l’objet d’une politique étrangère
  2. L’APPORT DE LA MÉDITERRANÉE AUX POLITIQUES EXTÉRIEURES EUROPÉENNES
    1. Les spécificités du Partenariat euro-méditerranéen : une nouvelle forme de politique étrangère ?
    2. Le jeu perturbateur de la PESC en Méditerranée
    3. La contribution des politiques européennes à la construction méditerranéenne : un effort inachevé
  3. UNE RÉPONSE MÉDITERRANÉENNE AUX IMPASSES DE L’APRÈS-11 SEPTEMBRE
    1. La Méditerranée communautaire, de l’ambiguïté à la déshérence
    2. Réagir à Huntington : la complexité méditerranéenne comme schéma de sortie
    3. Retrouver la relation Europe/Méditerranée

Pour citer cet article

Schmid Dorothée, « La Méditerranée dans les politiques extérieures de l'Union européenne : quel avenir pour une bonne idée ? », Revue internationale et stratégique 1/ 2003 (n° 49), p. 23-32
URL : www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2003-1-page-23.htm.
DOI : 10.3917/ris.049.0023


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