Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130539896
200 pages

p. 155 à 162
doi: en cours

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n° 51 2003/3

2003 Revue internationale et stratégique En librairie

Lecture critique

État de la littérature sur l’Asie centrale contemporaine

Catherine Poujol Boris-Matthieu Pétric Catherine Poujol est professeur des Universités à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Boris-Matthieu Pétric est chargé de recherche au CNRS, Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS), à la Maison des sciences de l’homme.
Depuis la disparition de l’URSS, l’Asie centrale connaît un regain d’intérêt dans diverses disciplines (histoire, économie, sciences politiques, relations internationales, anthropologie, architecture), et ce, pour plusieurs raisons. L’ouverture de cette région a d’abord offert, d’une part, la possibilité aux chercheurs de travailler sur le terrain de façon plus efficace, sur de nouveaux matériaux (archives, histoire familiale, etc.) et à partir de nouvelles approches (qualitative, comparative, travaux de collaboration avec des chercheurs locaux). Cette zone a par ailleurs été rapidement confrontée à des enjeux la dépassant, comme en témoigne le nombre d’articles dans les médias faisant référence à un nouveau « grand jeu », terme utilisé au XIXe siècle au moment où l’Asie centrale constituait un théâtre d’affrontement majeur entre grandes puissances coloniales.
Il est impossible de traiter de manière exhaustive le corpus constitué depuis le début des années 1990 en langues française et anglaise, renforcé par une profusion de sites Internet dont on ne peut pas toujours établir le degré de fiabilité. Le choix a été fait de présenter un panorama extensif en classant par catégories thématiques les ouvrages et articles retenus, tant pour leur intérêt propre que pour le champ d’investigation qu’ils proposent. À cet égard, les ouvrages ont été privilégiés au détriment des articles qui paraissent aujourd’hui en nombre exponentiel dans différentes revues sur la région (Central Asian Survey, Les Cahiers de l’Institut français d’étude sur l’Asie centrale), voire dans des numéros spéciaux de périodiques généralistes.
Si l’on a assisté à un intérêt nouveau pour l’Asie centrale contemporaine, zone du monde périodiquement redécouverte et « fantasmée », certains thèmes sont largement privilégiés, alors qu’il semble que de nombreux champs d’investigation demeurent peu explorés. C’est pourquoi, en attendant l’arrivée de nouvelles parutions, certains articles, traitant de thèmes en général négligés par la recherche, seront néanmoins mentionnés.
Quelques ouvrages incontournables peuvent servir d’introduction aux étudiants ou aux chercheurs s’intéressant à l’Asie centrale. L’Atlas des peuples d’Orient : Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale (Paris, La Découverte, 2002) de Jean et André Sellier offre une présentation historique, géographique et politique de chaque État d’Asie centrale, complétée par des données statistiques et des cartes, simplifiées mais de bonne qualité. Le Dictionnaire de l’Asie centrale (Paris, Ellipses, 2001) de Catherine Poujol, rédigé en collaboration avec son équipe de recherche, offre un large éventail des principales notions, toponymes, biographies pour aborder cette région depuis la préhistoire jusqu’à la fin du XXe siècle. Outre l’aperçu historique fondamental sur la région qu’effectue Vincent Fourniau, Histoire de l’Asie centrale (Paris, PUF, coll. « Que-sais-je ? », 1994), plusieurs ouvrages collectifs peuvent être considérés comme des manuels d’introduction à l’histoire de la zone : celui de Beatrice F. Manz, Central Asia in Historical Perspective (Boulder, Col., Westview, 1994) ou encore ceux publiés sous la direction de Jean Radvanyi, pour la période de la fin de l’URSS à nos jours : De l’URSS à la CEI : 12 États en quête d’identité (Paris, Ellipses, 1997) et Les États postsoviétiques. Identités en construction, transformations politiques, trajectoires économiques (Paris, Armand Colin, 2003).
D’un point de vue anthropologique, on peut signaler le manuel de l’américain Dale F. Eickelman, The Middle East and Central Asia : An Anthropological Approach (Englewood Cliffs, NJ, Prentice Hall, 2001). Cette réédition récente réserve plus de place à l’Asie centrale, même si la réflexion conceptuelle est surtout tirée de travaux sur le Moyen- et le Proche-Orient. On y trouve également un annuaire de sites Internet sur la région.
Dans le domaine de la géopolitique, la toute nouvelle réédition de l’imposant ouvrage en français de Thierry Kellner et Mohammad-Réza Djalili, Géopolitique de la nouvelle Asie centrale : de la fin de l’URSS à l’après-11 septembre (Paris, PUF, 2003), constitue une référence incontournable avec une bibliographie en langues française et anglaise très fournie. L’introduction, qui contient une réflexion sur la notion même d’Asie centrale, illustre un problème crucial, sujet de controverse entre chercheurs. Signalons que l’on trouve aussi de nombreux articles comme ceux de Vincent Fourniau, « La centralité de l’Asie centrale postsoviétique : l’enchevêtrement des héritages vivants » (Recherches internationales, no 46, automne 1996) ou de Mohammad-Réza Djalili et Thierry Kellner, « Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale : des concepts géopolitiques à construire et à reconstruire » (Central Asian Survey, vol. 19, no 1, 2000), qui réfléchissent aux différents termes utilisés pour caractériser cette zone centrale de l’Eurasie (Asie centrale, Asie médiane, Eurasia, Inner Asia, etc.). Ils renvoient à des visions et à des conceptions différentes de l’espace et des acteurs en présence, allant d’une Asie centrale restreinte aux cinq républiques ex-soviétiques à une grande Asie centrale (telle qu’elle est envisagée dans la publication en anglais de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, UNESCO, History of Civilizations of Central Asia, vol. I-V, Columbia, Mo., South Asia Books).
Par ailleurs, l’étude de Shirin Akiner, Central Asia : Conflict or Stability and Development (Londres, Minority Rights Group, 1997), s’inscrit dans une tradition d’approche conflictuelle de la zone. Selon Mohammed E. Ahrari, « The New Great Game in Muslim Central Asia » (McNair Paper, no 47, janvier 1996), l’Asie centrale serait un espace d’affrontement des grandes puissances ou, comme l’expose John Anderson dans The International Politics of Central Asia (Manchester, Manchester University Press, 1997), l’illustration d’un redéploiement des acteurs internationaux dans la zone. Mentionnons l’article de Annie Jafalian, « Russie, États-Unis, Asie centrale : la nouvelle version du “Grand Jeu” » (in Annuaire stratégique et militaire, Paris, Odile Jacob, 2002) qui met en perspective les deux principaux acteurs du théâtre centrasiatique. Le travail collectif dirigé par Ali Banuazizi et Myron Weiner, The New Geopolitics of Central Asia and Its Borderlands (Londres, IB Tauris, 1994) constitue un bon manuel d’introduction aux nouvelles réalités géopolitiques, vues à travers le prisme américain. De même, le best-seller de Zbigniew K. Brzezinski, Le grand échiquier : l’Amérique et le reste du monde (Paris, Hachette Littératures, 2000), explicite la stratégie américaine en Asie centrale, que l’on retrouve dans une version condensée dans l’article « A Geostrategy for Eurasia » (Foreign Affairs, no 5, vol. 76, septembre-octobre 1997). D’autres auteurs s’interrogent davantage sur les acteurs régionaux, comme Mark Burles dans Chinese Policy Toward Russia and The Central Asian Republics (Santa Monica, Rand, 1999), et notamment sur les questions de sécurité, comme c’est le cas de l’étude de Martha B. Olcott, Central Asia’s New States. Independence, Foreign Policy, and Regional Security (Washington DC, United States Institute of Peace Press, 1996). Le « Que sais-je ? » de Olivier Roy, L’Asie centrale contemporaine (Paris, PUF, 2001), fournit un survol rapide d’une région aux problématiques complexes, et son récent ouvrage, Kaboul-Washington : géopolitique de l’après-11 septembre (Paris, Le Seuil, 2002) est très utile pour appréhender les racines de la politique américaine dans la zone.
En relations internationales, cette région fait l’objet d’une redécouverte récente, pour reprendre le titre de l’article de Mohammad-Réza Djalili, « La redécouverte de l’Asie centrale par la communauté internationale : du discours aux réalités » (in Roberte Berton-Hogge, Marie-Agnès Crosnier (sous la dir.), Les pays de la CEI, Paris, La Documentation française, coll. « Notes et études documentaires », 1997). Les pays d’Asie centrale, s’ils maintiennent des relations avec des acteurs internationaux géographiquement lointains (Roy Allison, Lena Jonson (eds.), Central Asian Security. The New International Context, Londres, Royal Institute of International Affairs / Washington DC, Brookings Institution Press, 2001), renégocient avant tout avec leur voisin immédiat, la Russie, un nouveau type de rapport. Anne De Tinguy, dans « Russie-Asie centrale : la fin d’un “étranger proche” » (La revue internationale et stratégique, no 34, été 1999, p. 117-127) analyse la vision de cette région à Moscou. Pour une approche stratégique, on peut consulter l’article de Olivier Roy, « L’Asie centrale et le jeu russe » (Critique internationale, no 14, janvier 2002). Dans une perspective plus large, les auteurs américains Rajan Menon, Yuri Fedorov et Ghia Nodia (eds.), dans Russia, the Caucasus and Central Asia : The 21st Century Security Environment (New York, EastWest Institute, 1999), tentent de dessiner l’influence future de la Russie. Pour leur part, Nicolas Becquelin, « Pékin et l’Asie centrale après la fin de l’URSS » (Perspectives chinoises, no 44, novembre-décembre 1997) et Thierry Kellner, « La Chine et la nouvelle Asie centrale. De l’indépendance des républiques centrasiatiques à l’après-11 septembre » (Rapport du GRIP, no 1, 2002), analysent les implications des recompositions politiques actuelles pour la Chine, tandis que Stephen Blank, « Central Asia’s International Relations in the Asian Context » (Issues and Studies, vol. 32, no 5, mai 1996) élargit son investigation à l’ensemble de l’Asie.
Les relations avec les pays au sud de la zone connaissent un nouvel essor, notamment avec l’Iran, qui renoue des liens avec le Tadjikistan, selon Ertan Efegil et Leonard A. Stone, « Iran’s Interests in Central Asia : A Contemporary Assessment » (Central Asian Survey, vol. 20, no 3, 2001). Le Pakistan a également des ambitions, en particulier au niveau économique, même si beaucoup de pays centrasiatiques restent méfiants, comme le montre Frédéric Grare dans « Pakistan and Central Asia : Strategic Considerations Versus Economic Opportunities » (World Affairs, vol. 2, no 4, 1998). Mais c’est sûrement la Turquie qui a eu l’ambition de devenir le « grand frère » des républiques turcophones d’Asie centrale, selon S. A. M. Pasha, « Turkey and the Republics of Central Asia : Emerging Relations and Dilemmas » (International Studies, vol. 34, no 3, 1997).
En revanche, peu d’ouvrages abordent le rapport entre les différents États centrasiatiques, à l’exception de l’article de Gregory Gleason, « Inter-State Cooperation in Central Asia from the CIS to the Shanghai Forum » (Europe-Asia Studies, vol. 53, no 7, 2001). En matière de sécurité régionale et de nouvelles organisations régionales, on peut citer l’ouvrage dirigé par Renata Dwan et Oleksandr Pavliuk, Building Security in the New States of Eurasia. Subregional Cooperation in the Former Soviet Space (Armonk, NY, M. E. Sharpe, 2000) et Amalendu Misra, « Shanghai 5 and the Emerging Alliance in Central Asia : The Closed Society and Its Enemies » (Central Asian Survey, vol. 20, no 3, 2001). Enfin, un article aborde la politique intergouvernementale en matière religieuse : Catherine Poujol, « Liaisons islamiques centrasiatiques : la nouvelle collaboration entre États musulmans et républiques d’Asie centrale, miroir des rivalités du Dar al Islam » (Les annales de l’Autre Islam, no 4, 1997).
En matière de questions de sécurité, on peut utilement se reporter aux nombreux rapports de l’International Crisis Group (ICG, wwwwwwww. crisisweb. org) [1], notamment le no 20, « Central Asia : Fault Lines in the New Security Map » (no 20, 4 juillet 2001). Sur la question des frontières, signalons le no 84 de la revue Hérodote, « Le cercle de Samarcande » (no 84, 1997) ou plus récemment les ouvrages de Necati Polat, Boundary Issues in Central Asia (Ardsley, NY, Transnational Publishers, 2002) et de Dmitri Trenin, The End of Eurasia : Russia on the Border Between Geopolitics and Globalization (Washington DC, Carnegie Endowment for International Peace, 2002) ou encore l’article de Julien Thorez, « Enclaves et enclavement dans le Ferghana postsoviétique » (Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, no 35, 2003).
L’acuité des enjeux militaires et stratégiques en Asie centrale s’explique en grande partie par la présence d’hydrocarbures et par les interrogations sur le futur tracé des oléoducs. Il s’agit d’un thème très documenté qui concentre l’attention d’un grand nombre de spécialistes. Les ouvrages de Romain Yakemtchouk, Les hydrocarbures de la Caspienne : la compétition des puissances dans le Caucase et en Asie centrale (Bruxelles, Bruylant, 1999) et de Bulent Gokay (ed.), The Politics of Caspian Oil (New York, Palgrave, 2001) mettent en perspective les affrontements entre grandes puissances qu’ils suscitent. L’étude de Mehdi Amineh, Towards the Control of Oil Resources in the Caspian Region (New York, St Martin’s Press, 1999) ou encore celle de Hooshang Amirahmadi, The Caspian Region at a Crossroad : Challenges of a New Frontier of Energy and Development (Basingstoke, Macmillan, 2000) tracent à grands traits les enjeux de l’exploitation des gisements caspiens qui, comme le pensent Robert Ebel et Rajan Menon (eds.) dans Energy and Conflict in Central Asia and the Caucasus (Lanham, Rowman & Littlefield, 2000), est un facteur majeur de conflits à venir. Le récent article de Charles Zorgbibe, « Frontières et litiges en mer Caspienne » (Géopolitique, no 79, juillet-septembre 2002, p. 33-37) aborde la question cruciale toujours en suspens du statut juridique de la Caspienne, qui divise les États frontaliers entre ceux qui défendent l’idée qu’il s’agit d’un lac et ceux qui considèrent que c’est une mer. Le 23e numéro de la revue Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, « La Caspienne, une nouvelle frontière » (no 23, janvier-juin 1997) offre un recueil essentiel pour faire le point sur cette question juridico-économique en suspens, ainsi que deux ouvrages plus récents, celui de Hrair Dekmejian et Hovann Simonian, Troubled Waters : The Geopolitics of the Caspian Region (Londres, IB Tauris, 2001) et celui de Pierre Chuvin et Pierre Gentelle, Asie centrale. L’indépendance, le pétrole et l’islam (Paris, Le Monde / Marabout, 1998), fascicule pratique et bien documenté sur le pétrole.
Le contrôle des ressources en eau constitue enfin un enjeu régional majeur. L’ouvrage réalisé sous la direction de Iwao Kobori et Michael H. Glantz, Central Eurasian Water Crisis, Caspian, Aral and Dead Seas (Tokyo / New York / Paris, United Nations University Press, 1998) propose une mise en perspective utile ainsi que celui, plus récent, de Philip Micklin, Managing Water in Central Asia (Londres, Royal Institute of International Affairs, 2000). L’ouvrage des chercheurs français René Létolle et Monique Mainguet, Aral (Paris, Springer, 1993) constitue une excellente somme géographique sur le bassin aralien et les problèmes environnementaux et politiques que pose la mer asséchée.
Le thème de l’islam était déjà, avant la fin de l’URSS, un thème privilégié. L’ouvrage du soviétologue confirmé Yaacov Ro’i, Islam in the Soviet Union, from World War II to Perestroïka (Londres, Hurst, 2000) fournit une bonne entrée en matière, de même que le livre de Catherine Poujol, L’islam en Asie centrale, vers une nouvelle donne (Paris, Ellipses, 2001) donne un aperçu historique documenté, s’appuyant sur plus de vingt ans d’expérience de terrain pour analyser les recompositions actuelles de l’islam. Le travail de Yuri Bregel, Bibliography of Islamic Central Asia (Bloomington, Ind., Indiana University Research Institute, 1995) représente un bon outil, même s’il minimise certaines traditions de recherche, notamment en langue française. Le dossier « Islam et politique dans le monde (ex-)communiste » de la revue Archives de Sciences sociales des Religions (no 115, juillet-septembre 2001) comporte plusieurs articles sur l’Asie centrale. Le traitement de l’islam dans la région se focalise souvent sur la vallée de Ferghana, comme en témoignent les contributions de Sam Nunn, Barnett R. Rubin et Nancy Lubin, Calming the Ferghana Valley : Development and Dialogue in the Heart of Central Asia (New York, Century Foundation Press, 1999) et de John Schoeberlein, « Islam in the Ferghana Valley : Challenges for New States », in Stéphane A. Dudoignon, Hisao Komatsu (eds.), Islam in Politics in Russia and Central Asia (Londres, Kegan Paul, 2001). Il faut aussi signaler l’article très documenté d’un spécialiste ouzbek, Bakhtiar Babadjanov, « The Ferghana Valley : Source or Victim of Islamic Fundamentalism ? » dans l’ouvrage collectif de Lena Jonson, Murad Esenov (eds.), Political Islam and Conflicts in Russia and Central Asia (Stockholm, Swedish Institute of International Affairs, 1999). Le livre du journaliste Ahmed Rashid, Asie centrale, champs de guerres : cinq républiques face à l’islam radical (Paris, Autrement, coll. « Frontières », 2002), est bien détaillé sur les réseaux islamistes, tout en comportant de graves erreurs historiques. La toute récente étude de Olivier Roy, L’islam mondialisé (Paris, Le Seuil, 2002), est utile à la compréhension des réseaux transnationaux opérant en Asie centrale. Enfin, même si l’ouvrage de Laurent Vinatier, L’islamisme en Asie centrale : géopolitique et implantation des réseaux religieux radicaux dans les républiques d’Asie centrale (Paris, Armand Colin, coll. « L’histoire au présent », 2002) s’avère quelque peu déstructuré, il offre des chapitres documentés dans un domaine encore peu connu en profondeur, à l’exception de l’islam des femmes, grâce aux travaux de Habiba Fathi, « Les otines sermonnaires inconnues de l’islam centrasiatique » (Revue des Mondes musulmans et de la Méditerranée, « Dossier : Le postislamisme », no 85-86, mars 1999).
L’enjeu de la drogue et de la criminalité est important pour la région, comme le montre Nancy Lubin dans Narcotics Interdiction in Afghanistan and Central Asia. Challenges for International Assistance (New York, Open Society Institute, 2002). En effet, l’Asie centrale s’est imposée non pas en tant que productrice, mais surtout comme zone de transit de la drogue, de transformation dans des laboratoires clandestins et de débouché de la production afghane. Les publications de l’Observatoire géopolitique des drogues, La géopolitique mondiale des drogues (publications jusqu’à avril 2000, wwwwwwwww. ogd. org)demeurent une référence indispensable, à laquelle on peut ajouter l’ouvrage de Camille Werleuw, Trafics et crimes en Asie centrale et au Caucase (Paris, PUF, 1999). On peut regretter l’absence de réflexion sur la consommation locale qui devient un problème sanitaire crucial, notamment avec l’expansion du sida, comme le montre Laetitia Atlani, « Le sida se lève à l’Est » (Transcriptase, no 64, mars-avril 1998, p. 20-24), la dégradation des conditions sanitaires offrant malheureusement un vaste champ d’investigation en anthropologie médicale.
Le thème de la transition a naturellement été privilégié pendant les premières années de l’indépendance. Le recueil d’articles dirigé par Roberte Berton-Hogge, La fin de l’URSS. Héritages d’un Empire (Paris, La Documentation française, 1992) ou encore l’article de Alain Giroux, « Les États d’Asie centrale face à l’indépendance : Ouzbékistan, République Kirghize, Tadjikistan, Turkménistan » (Le Courrier des pays de l’Est, no 388, avril 1994, p. 3-43) sont des outils précieux pour cette période. L’ouvrage de Bernard Chavance, La fin des systèmes socialistes : crise, réforme et transformation (Paris, L’Harmattan, coll. « Pays de l’Est », 1994) est à considérer pour appréhender la réalité centrasiatique. On peut justement déplorer le fait que la plupart des ouvrages disponibles comportent peu d’analyses de la notion de transition. Passerait-on d’un modèle d’économie planifiée et centralisée à un modèle d’économie de marché encore difficile à décrire en Asie centrale ? À cet égard, de nombreux politologues anglophones traitent de la « société civile », comme M. Holt Ruffin et Daniel C. Waugh (eds.), Civil Society in Central Asia (Seattle, Wash., University of Washington Press, 1999) ou encore Nozar Alaolmolki, Life after the Soviet Union : The Newly Independent Republics of Transcaucasus and Central Asia (Albany, NY, State University of New York Press, 2001), en insistant plus sur ce que ces sociétés devraient être pour les Occidentaux sans décrire ce qu’elles sont réellement. L’ethnicité est par ailleurs abusivement utilisée dans la recherche américaine (voir Anatoly M. Khazanov, After the USSR : Ethnicity, Nationalism, and Politics in the Commonwealth of Independent States, Madison, Wis., University of Wisconsin Press, 1995), pour décrire des rapports sociaux qui semblent fonctionner sur d’autres formes de solidarités (régionalisme, réseaux de solidarité, etc.). On peut y voir paradoxalement une réminiscence de l’approche soviétique. Signalons enfin une étude comparative originale et récente de Mark R. Beissinger et M. Crawford Young, Beyond State Crisis ? Post-colonial Africa and Post-Soviet Eurasia in Comparative Perspective (Baltimore, Md., Woodrow Wilson Center Press, 2002).
L’évolution des systèmes politiques est également un champ de recherche bien couvert, mais avec peu d’originalité dans la manière de traiter les problématiques, à l’exception de l’ouvrage de philosophie politique de Marlène Laruelle, L’idéologie eurasiste russe ou comment penser l’Empire (Paris, L’Harmattan, 1999), précieux pour comprendre certaines mutations idéologiques en cours. Les ouvrages de Olivier Roy, La nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations (Paris, Le Seuil, 1997), et de Yaacov Ro’i, Muslim Eurasia : Conflicting Legacies (Londres, Franck Cass, 1995), proposent une réflexion globale sur les transformations politiques. Une étude récente aborde les changements institutionnels dans les États d’Asie centrale : Pauline Jones Luong, Institutional Change and Political Continuity in Post-Soviet Central Asia : Power, Perception, and Pacts (Cambridge, Cambridge University Press, 2002). Le Tadjikistan est étudié par Shirin Akiner dans Tajikistan, Disintegration or Reconciliation ? (Londres, The Royal Institute of International Affairs, 2001) ou dans le no 18 des Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, « Le Tadjikistan existe-t-il ? Destins politiques d’une “nation imparfaite” » (juillet-décembre 1994). Pour le Kazakhstan, signalons l’ouvrage devenu classique de Martha B. Olcott, The Kazakhs (Stanford, Cal., Hoover Institution Press, 1995) ou encore Le Kazakhstan de Catherine Poujol (Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2000). Pour l’Ouzbékistan, une approche anthropologique des phénomènes politiques est présentée par Boris-Matthieu Pétric, Pouvoir, don et réseaux en Ouzbékistan postsoviétique (Paris, PUF, 2002), l’instrumentalisation de l’ethnologie étant abordée par Isabelle Ohayon, « Parcours de l’ethnologie au Kazakhstan : anciennes contraintes, nouveaux travers » (Journal des anthropologues, no 87, 2001). La problématique de l’identité est donc largement documentée, avec une lacune regrettable au sujet du Turkménistan et peu de textes sur la question des minorités à l’exception de l’ouvrage très riche sur un sujet peu fréquenté de Sébastien Peyrouse, Des chrétiens entre athéisme et islam. Regards sur la question religieuse en Asie centrale soviétique et postsoviétique (Paris, Maisonneuve & Larose, 2003).
Dans le domaine de l’économie, citons la trop rare et solide étude compilée par Kathryn H. Anderson et Richard W. T. Pomfret, Consequences of Creating a Market Economy : Evidence from Household Surveys in Central Asia (Cheltenham, Edward Elgar Pub, 2003), l’ouvrage de Mehrdad Haghayegui, The Economies of the Central Asian Republics (Basingstoke, Macmillan Press, 1999), et aussi le livre d’un des meilleurs spécialistes, Richard W. T. Pomfret, The Economies of Central Asia (Princeton, NJ, Princeton University Press, 1995). D’autres ouvrages se concentrent sur l’économie d’un pays en particulier, notamment celui de Yelena Kalyuzhnova, The Kazakstani Economy : Independence and Transition (Basingstoke, Macmillan, 1998) ou encore l’article de Richard W. T. Pomfret sur le modèle ouzbek, « The Uzbek Model of Economic Development, 1991-1999 » (Economics of Transition, vol. 8, no 3, 2000, p. 733-748). L’article de Gaël Raballand, « L’enclavement, coûts et parades. Une application à l’Asie centrale » (Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, no 35, 2003) met en perspective les contraintes géographiques de l’économie centrasiatique. Enfin, il faut signaler l’ouvrage de Boris Z. Rumer (ed.), Central Asia and the New Global Economy (Armonk, NY, M. E. Sharpe, 2000) qui replace l’économie centrasiatique dans le contexte de la mondialisation.
Par ailleurs, il existe de très nombreux sites Internet ((((((www. eurasianet. org, wwwwwwwww. rferl.org, wwwwwwwww. ferghana. ru,wwwwwwww. crisisweb.org) avec des statuts différents ; le bulletin d’information du Centre d’études et de recherche sur l’Asie Médiane (CERAM) (((((((www. oaric. com/ ceraminfos. htm) ;et des moteurs de recherche variés (((((((www. yandex. ru,wwwwwwww. rambler.ru, wwwwwwwww. apport. ru). Outre les sites gouvernementaux officiels (tels que wwwwwwwww. president. kz),on dispose sur la toile de nombreux rapports des organisations internationales sur l’Asie centrale (Banque asiatique de développement : wwwwwwwww. adb. org,Banque mondiale : wwwwwwwww. banquemondiale.org, Programme des Nations unies pour le développement : wwwwwwww. undp. org).
Enfin, il est à noter qu’il existe un grand nombre de références particulièrement complètes et documentées en langues allemande et russe dont on ne saurait se passer pour comprendre pleinement les enjeux de l’Asie centrale.
 
NOTES
 
[1] N.d.l.R. L’International Crisis Group (ICG) est une organisation non gouvernementale (ONG) multinationale siégeant à Bruxelles qui produit des analyses et des rapports sur la situation des différentes zones de conflits dans le monde afin de prévenir et d’aider à la résolution de ceux-ci.
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