Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130539896
200 pages

p. 63 à 71
doi: en cours

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Tendances

n° 51 2003/3

2003 Revue internationale et stratégique Tendances

Du wait and see à l’anticipation rhétorique : la redéfinition forcée de la stratégie politique syrienne

Barah Mikaïl Chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
Les récentes menaces proférées par certains membres de l’Administration américaine à l’encontre de la Syrie semblent confirmer des craintes maintes fois affichées par Damas : le risque de voir une présence militaire américaine en Irak se perpétuer et provoquer un remodelage politique de tout le Moyen-Orient. Soumis désormais à des pressions intenses de la part de Washington, le gouvernement syrien semble ainsi devoir procéder à une révision de sa stratégie politique, substituant progressivement, et par la force des choses, à sa traditionnelle politique du wait and see une rhétorique qu’il espère capable de faire valoir ses positions politiques sur la scène internationale. Reste à savoir si ce choix pragmatique pourra, à l’avenir, préserver le pays des ambitions américaines et israéliennes affichées à son encontre. From a Wait-and-see Policy to a Rhetoric Anticipation : The Syrian Political Strategy Forced into Redefinition
The recent threats uttered by members of the American Administration against Syria seem to justify the worries often manifested by Damascus regarding the risk of a perpetual American military presence in Iraq, which could lead to the political remolding of the entire Middle East. Under Washington’s acute pressure, the Syrian government is compelled to revise its political strategy by progressively, and through the force of circumstances, substituting its traditional wait-and-see policy for a rhetoric which the government hopes will permit to make the most of its political positions on the international scene. The remaining question is whether this pragmatic choice will preserve Syria from future American and Israeli ambitions directed against the country.
La récente intervention militaire américano-britannique en Irak est un événement qui semble ne pas suffire à Washington. C’est du moins l’impression qui ressort des injonctions menaçantes adressées par plusieurs membres de l’Administration américaine à l’encontre de la Syrie, dès la fin du mois de mars 2003, c’est-à-dire bien avant que ne soit officiellement déclarée la chute du régime de Saddam Hussein. Cette situation, qui conforte dans leur position les détracteurs d’une politique américaine jugée avant tout soucieuse de ses impératifs politico-stratégiques, était-elle néanmoins imprévisible ? L’histoire des relations américano-syriennes et les tensions qu’elles ont pu connaître, particulièrement depuis les événements du 11 septembre 2001, montrent que les menaces proférées par l’Administration américaine à l’encontre de Damas n’étaient en fin de compte guère surprenantes.
 
LES CONSTANTES SYRIENNES
 
 
La mort de Hafez al-Assad, en juin 2000, avait suscité des interrogations sur la manière dont son fils et successeur, Bachar al-Assad, allait gérer les affaires du pays. Trois années ont passé depuis, à l’issue desquelles il peut être affirmé que le jeune président syrien, en dépit d’évolutions sensibles sur certains dossiers, a opté, sur l’essentiel, pour la continuité de la politique de son prédécesseur. Les bouleversements régionaux récents laissent néanmoins à penser que la survie du régime syrien sera liée à sa capacité à rompre avec un grand nombre des principes politiques qui le caractérisent. Plusieurs constantes restent en effet vivaces, dans le discours prôné par le régime syrien comme dans son action politique, et pourraient accentuer l’idée selon laquelle B. al-Assad aurait opté pour un irrédentisme doctrinal dont le contenu remonte aux années 1970. Or, si l’on s’y attarde, on peut constater que bien des évolutions, sur le plan interne principalement, sont intervenues en Syrie, même si elles sont restées éphémères.
L’espoir qu’avait pu susciter B. al-Assad lors de son accession à la présidence syrienne, en juillet 2000, se justifiait en effet par une série de réformes internes que venait de connaître le pays et qui semblaient augurer d’un ordre nouveau pour la Syrie. Ainsi, dès 1998, l’expulsion du pays de Abdallah Ocalan, chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de Turquie, ou encore la mise à la retraite de caciques du régime, dont le chef des renseignements militaires syriens, Ali Douba, sont autant de faits à inscrire au crédit du jeune « docteur Bachar » [1]. Mais le changement le plus significatif intervint en mai 2000, quand Mahmoud Zou’bi, Premier ministre syrien depuis treize ans, se vit exclu du parti Baas au nom de la lutte contre la corruption. Le suicide de ce dernier, qui semble confirmer la validité des soupçons pesant sur son intégrité morale, augura indirectement, au sein de l’opinion publique, des nouvelles priorités qui seraient amenées, dorénavant, à régir le pays : transparence, renouvellement de la « vieille garde » [2] syrienne et, in fine, inscription du pays sur des bases renouvelées. Ces espoirs furent néanmoins vite déçus. Les huit premiers mois de la présidence de B. al-Assad, s’annonçant novateurs en bien des points, connurent en effet rapidement leur coup d’arrêt, ce qui poussa maints observateurs à qualifier cette courte période de « Printemps syrien ». Certes, la signature, en septembre 2000, par des intellectuels syriens d’un communiqué intitulé « Manifeste des 99 », suivi en février 2001 d’un « Manifeste des 1 000 », sorte de carte établie par les Comités pour la reconnaissance de la société civile, sont autant d’événements qui soulignent une nouveauté : la possibilité offerte à ces intellectuels de faire valoir leur volonté de réformes politiques. Inimaginables du vivant de H. al-Assad, ces initiatives incarnaient un aspect d’autant plus inédit qu’elles furent suivies de la création, en juillet 2001, de l’Association syrienne des droits de l’homme, ainsi que de la promulgation d’une nouvelle loi sur la régulation de la presse, en novembre de la même année.
Toutes les conditions semblaient ainsi réunies pour pouvoir enfin s’orienter vers la démocratisation tant souhaitée du pays, accompagnée de plus par le silence – interprété comme complice – de l’exécutif syrien. Mais c’était compter sans l’influence de certains membres de la « vieille garde » qui continuent à encadrer le nouveau président syrien. On ne peut en effet expliquer autrement que par la volonté des fidèles du régime baasiste le raidissement brutal et inattendu dont firent soudainement preuve les autorités syriennes qui décidèrent, dès lors, de promulguer une série de mesures en vue d’encadrer strictement la tenue des forums publics de discussion. De même, on assista à l’arrestation des personnalités les plus critiques de la situation politique interne de la Syrie [3]. Le message semblait clair : tout changement émanant de personnalités privées reste incongru, la loi d’urgence – en vigueur depuis 1963 – continuant à justifier des dispositions particulières en ce qui concerne la sécurité du pays [4].
Ces parenthèses, qui permirent au moins aux citoyens syriens d’envisager de réelles perspectives d’évolution, n’eurent toutefois pas leur pendant sur le plan de la politique régionale du pays. La présence militaire syrienne fut ainsi maintenue au Liban, ce qui paraît peu étonnant lorsque l’on sait que B. al-Assad, à la suite de la mort de son frère Bassel [5], en janvier 1994, se vit confier prioritairement le dossier libanais, qu’il assuma jusqu’au décès de son père, soit une période de six ans qui l’amena à prendre conscience de l’importance stratégique que revêt le pays du Cèdre dans la vision syrienne de la stabilité régionale. Les différentes manifestations antisyriennes, qui éclatèrent pour l’essentiel au sein de la communauté chrétienne du Liban à partir du printemps 2001 – et notamment le bombardement par le gouvernement israélien de Ariel Sharon d’une station radar syrienne basée sur le territoire libanais –, ne trouvèrent pas de réponse de la part de Damas sinon, sur ce dernier point, une déclaration précisant qu’elle se réservait le droit de répondre à l’agression israélienne [6]. Les deux redéploiements militaires syriens intervenus depuis ne peuvent, pour leur part, être interprétés qu’à la lumière des risques que Damas estime pouvoir encourir si elle opérait un retrait définitif de ses troupes du Liban [7]. La Syrie considère en effet que sa présence militaire sur le sol libanais permet aux deux pays de se prémunir face aux ambitions d’Israël, leur ennemi principal dans la région ; une conception dont les origines sont à trouver dans la politique de H. al-Assad. Dès le milieu des années 1970, ce dernier avait estimé que l’entrée des troupes syriennes au Liban [8] devait être amenée à durer, de manière à ce que Damas puisse s’affirmer comme partenaire incontournable des négociations sur les différends régionaux, parmi lesquels figurait la question du Golan, région occupée par Israël depuis 1967 et annexée en 1981 [9]. Cette vision semble avoir prouvé sa validité, tant les années consécutives à l’invasion du Liban par Israël, en 1982, ont montré, même en filigrane, la réalité d’un affrontement syro-israélien sur le sol libanais. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le retrait de Tsahal d’une grande partie du Sud-Liban, en mai 2000, a été – paradoxalement – accueilli avec inquiétude au sein des instances politiques syriennes. Le problème se posait en effet de savoir comment continuer à justifier la présence syrienne au Liban.
Dans la période actuelle, Damas peut difficilement envisager le retrait de ses troupes du Liban, en raison de deux principaux impératifs. En effet, la Syrie estime que ses troupes contribuent à la stabilité du pays du Cèdre par le soutien qu’elles seraient susceptibles d’accorder au Hezbollah libanais opérant dans le sud du pays, s’il s’engageait dans une confrontation directe avec les troupes israéliennes pour libérer les fermes de Chebaa [10]. Le gouvernement syrien ne cache pas son soutien au mouvement chiite, « groupe de résistance » selon ses propres termes, et il est particulièrement significatif de noter à ce propos les nombreuses cérémonies qui se sont déroulées sur le sol syrien à l’occasion desquelles B. al-Assad s’est sciemment montré en compagnie de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah libanais. Sur ce point au moins, le président syrien affirmait ainsi sa volonté de marquer un tournant par rapport à la politique de son père – dont le soutien à ce groupe était effectif mais discret –, quitte à ce qu’il soit interprété comme radical par ses détracteurs. Toutefois, la crainte de Damas de perdre son emprise sur le gouvernement libanais constitue un élément bien plus déterminant à ses yeux. En effet, du point de vue syrien, un gouvernement libanais entièrement libre de ses actes serait tôt ou tard conduit à tenir des négociations avec les États susceptibles de menacer sa sécurité. Si une telle perspective devait se confirmer, la signature d’un traité de paix entre le Liban et Israël deviendrait un scénario fort plausible, du fait de la position de faiblesse dans laquelle se retrouverait un Liban soucieux de garantir sa stabilité. Cette situation impliquerait alors un renforcement de l’isolement de la Syrie, dont les relations sont déjà empreintes de tensions extrêmes avec Israël, et serait synonyme d’un affaiblissement inéluctable de sa position concernant ses revendications sur le Golan, de la restitution duquel Damas fait dépendre tout préalable à la paix.
La Syrie étant déterminée à faire valoir ce qu’elle estime être son droit absolu, elle est grandement consciente de la nécessité de médiatiser ses revendications, particulièrement dans un contexte où elle considère que le parti pris des États-Unis – seul pays, selon elle, capable de garantir la paix au Moyen-Orient – joue trop en faveur de l’État hébreu. C’est à la lumière de ces éléments qu’il faut comprendre l’investissement que fait Damas des tribunes d’expression et d’action collectives, sur le plan international comme à l’échelle régionale.
 
L’INVESTISSEMENT DES TRIBUNES D’ACTION COLLECTIVE
 
 
La manière dont la Syrie s’est affirmée au sein du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), dont elle est membre non permanent depuis le 1er janvier 2002, fait partie de ses actions les plus remarquées sur le plan international ; une intégration qui ne fut cependant pas sans susciter des réticences de la part d’Israël tout comme, dans une moindre mesure, de la part des États-Unis.
L’État hébreu, qui exprima dès février 2001 ses inquiétudes de voir la Syrie intégrer le Conseil de sécurité de l’ONU, alla jusqu’à faire part de sa volonté de lancer une contre-campagne visant la Syrie, espérant être soutenu dans son action par les États-Unis et certains de leurs alliés [11]. Dans la conception d’Israël, l’inscription de la Syrie sur la liste des États soutenant le terrorisme élaborée par le département d’État américain, son maintien de troupes militaires au Liban et son soutien aux actions du Hezbollah libanais rendaient sa candidature incompatible avec les requis onusiens de contribution à la paix. Ces critiques, auxquelles Washington se joignit dans un premier temps, s’avérèrent cependant vaines. Le 8 octobre 2001, la Syrie était en effet élue membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour une durée de deux ans [12], 160 des 177 membres de l’Assemblée générale des Nations unies – les États-Unis s’abstenant – s’étant prononcés en sa faveur. Cette élection représente une défaite cinglante pour l’État hébreu, comme pour les lobbyistes pro-israéliens actifs au sein du Congrès américain, ce qui poussera Raanan Gissin, porte-parole du Premier ministre israélien, à estimer que c’était là « une mauvaise blague » [13].
Damas considérait pour sa part que son accès au rang de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU ne devait en rien être synonyme de passivité et de tractations sans lendemain. C’est ainsi que, depuis le 1er janvier 2002, la Syrie s’est faite le chantre de la cause arabe au sein de l’ONU, une manière pour elle de médiatiser ses propres revendications tout en s’affirmant porte-parole des requêtes des États du monde arabo-musulman. Ce combat passe essentiellement, à ses yeux, par la remise en cause de la politique et des actions israéliennes menées dans les Territoires palestiniens, et donc par la critique des positions de l’Administration américaine sur ce point. Un exemple significatif en est la résolution proposée au Conseil de sécurité, le 14 décembre 2002, dans le but de condamner l’attentat de Mombasa perpétré le mois précédent, et dans lequel avaient péri des victimes kenyanes et israéliennes. La Syrie, qui s’était rangée du côté des pays engagés dans la lutte antiterroriste au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, fut ainsi le seul pays à s’opposer à son adoption, arguant de l’absurdité que constituait, selon elle, la mention explicite du nom d’Israël dans une telle résolution alors que les troupes israéliennes perpétraient, pour leur part, « les formes les plus abusives de terrorisme » ainsi que des « crimes contre l’humanité » dans les Territoires palestiniens [14]. Se retrouvant isolée et incapable d’entraver l’adoption du texte, du fait de son statut de membre non permanent du Conseil de sécurité, Damas ne se découragea pas pour autant. Ainsi, le 21 décembre 2002, les États-Unis opposèrent leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité proposé par la Syrie, et qui préconisait la condamnation d’Israël pour son « meurtre de plusieurs employés des Nations unies dans les Territoires palestiniens » [15]. Était ainsi reléguée aux oubliettes une résolution qui avait pourtant trouvé la faveur de 12 des 15 membres du Conseil de sécurité. Mais la Syrie avait néanmoins, de son point de vue, pu prouver son engagement en faveur d’un ordre international équitable et qui cesse de faire la part belle à un État hébreu bafouant continuellement les résolutions de l’ONU.
Le 8 novembre 2002, l’adoption de la résolution 1441 – sorte de mise en garde adressée à l’encontre du régime irakien, exhorté à montrer sa pleine coopération avec les inspecteurs du désarmement onusien – trouva, à l’étonnement de maints observateurs, la faveur de la Syrie. Est-ce à dire que Damas considérait, à l’instar de la plupart de ses homologues régionaux et internationaux, que le régime de S. Hussein constituait une menace effective à son encontre ? Rien n’est moins sûr, la Syrie n’ayant pas ménagé ses critiques à l’encontre de l’Administration américaine depuis le discours sur l’état de l’Union du 29 janvier 2002 [16]. Damas n’a en effet jamais caché sa crainte de voir la moindre intervention militaire américaine en Irak se transformer en une occupation qui consacrerait l’emprise de Washington sur tout le Moyen-Orient. L’adoption de la résolution 1441 constituait ainsi pour la Syrie – comme pour l’ensemble des membres du Conseil de sécurité opposés à une intervention en Irak – la solution du moindre mal, puisqu’elle semblait soumettre le sort de l’Irak aux délibérations de l’instance onusienne. Le temps passant, et la résolution 1441 prouvant ses limites dans la possibilité matérielle de convaincre les États-Unis de renoncer à leurs ambitions militaires, c’est par le biais de déclarations politiques et lors de réunions au sommet tenues au sein d’instances collectives telles que l’Organisation de la ligue des États arabes que la Syrie continua à formuler ses critiques.
La Ligue arabe constitue en effet une autre instance que la Syrie s’efforce de mettre à profit afin de relayer son discours et, surtout, d’influer sur des déclarations finales qu’elle veut faire apparaître comme émanant d’un consensus arabe [17]. Les discussions tenues lors de la conférence de la Ligue arabe des 27 et 28 mars 2002, à Beyrouth, reflètent bien les pressions que Damas a dû exercer afin d’éviter que la déclaration finale du sommet puisse jouer contre les intérêts des États arabes du Moyen-Orient. Le plan de paix au Proche-Orient du prince héritier Abdallah d’Arabie Saoudite, aussi attrayant qu’il ait pu apparaître, même pour les esprits les plus avertis sur les réalités du Moyen-Orient, comportait en effet, dès sa formulation initiale, des enjeux tels qu’il ne pouvait s’attirer le soutien de la Syrie. Damas a toujours fait du retrait effectif d’Israël de tous les territoires arabes occupés depuis la guerre de juin 1967 un préalable à la conclusion d’un accord de paix avec l’État hébreu. Pour sa part, Israël considère – bien que de manière inavouée – qu’un retour aux frontières de juin 1967 impliquerait une renonciation à l’annexion d’une grande partie des Territoires palestiniens, ainsi que du Golan, et à ce qu’ils représentent en termes d’enjeux, aussi bien économiques – l’eau – que militaires et stratégiques – notamment les stations de surveillance israéliennes implantées sur les hauteurs du Golan. S’il n’en était pas ainsi, le Premier ministre Ehoud Barak n’aurait probablement pas été prêt, en mars 2000, à « restituer » l’équivalent de 101 % (sic) de ce territoire à la Syrie, selon des modalités qui continuent à garantir à Israël un plein accès aux ressources du lac de Tibériade [18]. C’est en référence à ce point, représentatif de la position israélienne générale sur les conditions d’une paix israélo-arabe, que B. al-Assad – soutenu dans son action par le gouvernement libanais – a insisté pour que la déclaration finale du sommet de Beyrouth comporte la mention explicite de la nécessité d’un retrait israélien de « tous les territoires occupés » depuis juin 1967, comme préalable à toute négociation sur la conclusion d’un traité de paix entre l’État hébreu et ses homologues arabes [19].
Plus récemment, la conférence de la Ligue arabe tenue à Charm al-Cheikh, le 1er mars 2003, a constitué une autre occasion que Damas a tenté de s’approprier afin de transcender les divisions des pays arabes et de peser sur le cours des événements. Le spectre imminent et inévitable d’une guerre annoncée par les États-Unis à l’encontre de l’Irak était également doublé d’une forte crainte syrienne que la tentation, mal dissimulée, de maints dirigeants arabes d’être débarrassés de S. Hussein se matérialise en un soutien déguisé au gouvernement américain. C’est ainsi que B. al-Assad s’affranchit du ton diplomatique habituellement adopté par tout participant à ces rencontres officielles, appelant les dirigeants arabes à prendre conscience de ce que leur acquiescement à une intervention américaine en Irak signifierait l’exposition de tous les pays de la région, sur le court comme sur le long terme, à un danger fatal dont l’issue serait « l’imposition d’une paix [aux pays de la région] aux conditions israéliennes » [20]. Usant, comme le faisait son père, de termes précis et n’hésitant pas à inscrire les menaces pesant sur l’Irak dans le droit fil de la déclaration Balfour, des accords Sykes-Picot [21] ou de la création de l’État d’Israël – événements à forte connotation négative au sein du monde arabe –, le président syrien jouait ce qui constituait à ses yeux une ultime carte, en rappelant en substance à ses homologues le caractère insatiable dont avaient fait preuve les États-Unis vis-à-vis de l’Irak : demande du retour des inspecteurs dans le pays, suivie d’une exhortation à appliquer les résolutions de l’ONU et celles du Conseil de sécurité, puis évocation des notions de démocratie et de droits de l’homme, et finalement du développement que connaîtraient l’Irak et la région en général après le déroulement de la guerre. Et de souligner que « nous n’aurions [alors] pas à nous étonner de ce qu’apparaisse [à l’avenir] un terme aussi creux que ceux que nous entendons régulièrement de la part des Américains : le terme de guerre “développementale” ou développement par la guerre » [22]. Il convenait donc pour le président syrien, dans une sorte d’opération de la dernière chance, de démontrer que, loin de se limiter à une simple intervention en Irak, les États-Unis poursuivraient une tentative de remodelage du Moyen-Orient tout entier si leur action ne se voyait pas opposer une franche opposition politique.
 
L’ÉQUATION SYRIENNE
 
 
Si la liberté de ton du président syrien ne peut évidemment expliquer à elle seule les menaces que Washington a récemment formulées à l’encontre de Damas, il convient cependant de noter que les tensions entre les deux capitales ont souvent été très vives, notamment après les événements du 11 septembre 2001.
Ce fut le cas lors de la courte visite que fit le secrétaire d’État américain Colin Powell à Damas, le 16 avril 2002, au moment où Israël, qui avait initié son opération « Rempart » [23] deux semaines plus tôt, provoquait l’indignation de la communauté internationale. C. Powell avait effectué son escale syrienne afin d’exhorter le gouvernement syrien à arrêter de soutenir le Hezbollah libanais. Cette remarque n’étant pas du goût des autorités syriennes, le secrétaire d’État américain, pourtant accueilli à son arrivée par le ministre des Affaires étrangères, Farouq al-Shara, fut raccompagné à l’aéroport par une personnalité de second rang, un acte loin d’être anodin.
Mais force est de constater que le ton acerbe dont use désormais le président B. al.Assad sur le plan médiatique semble constituer pour lui une arme ultime, par laquelle il souhaite exprimer un double message : d’une part, faire comprendre aux opinions et gouvernements du monde que l’instabilité chronique que connaît le Moyen-Orient n’est, contrairement à une idée répandue, que pour très peu imputable au déficit structurel des régimes de la région [24] ; d’autre part, inviter l’ensemble des gouvernements et des opinions arabes à prendre conscience du danger croissant que leur manque de concertation fait peser sur la région. Car, si les tensions présentes entre Damas et Washington ne sont en rien inédites, il n’en demeure pas moins que le gouvernement syrien ressent les dangers qui planent sur lui du fait de la modification politique profonde que risque de subir de facto le Moyen-Orient [25]. Damas est-elle pour autant prête à assumer une confrontation ? Les choses paraissent en fait plus réfléchies.
Le nouveau discours syrien se voit en effet doublé d’une forte dose de pragmatisme politique, et le ton franc et acerbe auquel recourt B. al-Assad n’est pas pour autant synonyme d’effronterie gratuite comme on pourrait a priori le penser. Sur le plan décisionnel, l’action du président syrien demeure largement déterminée par les tenants d’une « vieille garde » qui semble penser que, Bachar n’étant pas Hafez, les États-Unis ne peuvent qu’être tentés de substituer à ce président jeune, inexpérimenté et, surtout, opposé à la politique étrangère américaine dans sa forme actuelle, une direction « démocratique », « souple » et susceptible de pousser le pays à normaliser ses relations avec Israël, sans pour autant faire de la restitution du Golan un préalable à toute négociation. Damas a cependant aussi conscience de ce que toute concession accordée aux Américains se verrait inéluctablement suivie d’une série d’autres demandes qui, tôt ou tard, la pousseraient à opposer un refus, motif suffisant pour la taxer de « belligérance ».
L’équation syrienne semble ainsi se résumer au fait que la menace sur le pays semblant devoir se faire plus pressante – que ce soit par une intervention américaine directe dans le pays ou, scénario non moins plausible, par une confrontation directe avec Israël –, il convient de s’y préparer tout en se tenant à des principes présentés comme immuables, c’est-à-dire aux constantes politiques qui ont permis au pays de déjouer les menaces le visant depuis maintenant plus de trente ans. À ce titre, les visites, en avril 2003, du sénateur démocrate Tom Lantos puis de C. Powell à Damas ont donné lieu à un battage médiatique mondial selon lequel la Syrie aurait fait part de sa décision de se plier à des exhortations américaines et de procéder à la fermeture des bureaux politiques du Hamas et du Djihad islamique figurant sur son territoire [26]. Sur le plan officiel, la Syrie n’a pas, dans un premier temps, clairement infirmé ces propos. Mais dans les faits, ces bureaux, que le gouvernement syrien qualifiait de « médiatiques » jusqu’à peu, ont effectivement fermé leurs portes, selon des modalités différentes toutefois de celles qu’ont pu annoncer la plupart des médias. S’il faut en effet lire dans cet événement le résultat de pressions américaines intenses, qui confirment la faible marge de manœuvre laissée au gouvernement syrien, il convient de garder néanmoins à l’esprit que ne plus avoir de représentation officielle sur le sol syrien ne change rien à la nature et à la réalité des actions menées par le Hamas ou le Djihad islamique dans les Territoires palestiniens. En d’autres termes, la Syrie semble avoir finalement cédé sur un point qui ne modifie en rien, sur le fond, les orientations globales de sa politique, ses atouts les plus précieux restant pour le moment habilement préservés [27]. Damas confirme ainsi que sa conception du terrorisme est en grande partie antinomique à celle développée par Israël et l’Administration américaine [28]. Mais, sa faiblesse militaire ne pouvant la préserver des menaces la visant, elle semble avoir été contrainte à abandonner sa politique traditionnelle du wait and see pour investir pleinement une stratégie basée sur la rhétorique, seule alternative fiable à sa portée pour faire valoir les fondements d’une politique régionale qui, tout en ayant garanti la stabilité du pays jusqu’ici avec succès, demeure néanmoins incomprise par beaucoup, à commencer par ses propres voisins régionaux.
 
NOTES
 
[1] Alain Gresh, « L’ascension programmée du “docteur Bachar” en Syrie », Le Monde diplomatique, juillet 2000.
[2] La « vieille garde » est composée des hommes qui ont accompagné et conseillé Hafez al-Assad tout au long de ses trente ans de présidence. Son existence est certifiée, bien que sa composition précise reste opaque pour ce qui ne relève pas des hautes instances politiques syriennes. On notera cependant cette citation de Philippe Rondot, pour qui « il est souvent fait référence au Comité militaire baasiste [...] qui, regroupant autour du président Assad les principaux chefs militaires actuels, pèserait dans l’ombre sur toutes les décisions. Très tôt, le Baas, relégué au rang de force d’appoint et devenu un appareil très bureaucratique, se trouvera manipulé par quelques officiers entre les mains desquels repose, en fait, la destinée du pays » (Philippe Rondot, La Syrie, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », no 1704, 1993, p. 76).
[3] Au titre desquelles figure l’opposant communiste Riyadh al-Turk.
[4] Notons que le domaine économique ne fut pas en reste sur le plan de l’ouverture. La promulgation par le gouvernement de Bachar al-Assad d’une série de lois dans ce domaine a en effet vite consacré, à la grande satisfaction de la bourgeoisie du pays, une forte prépondérance du secteur privé dans l’économie syrienne, qui allait constituer 65 % du produit intérieur brut (PIB), phénomène notable pour un pays dont la structure économique était inspirée jusqu’à peu du socialisme de l’ancienne Union soviétique (voir à ce sujet, Samir Seifan, « Perspectives de l’économie », Confluences Méditerranée, no 44, hiver 2002-2003). Les industriels syriens se dirent cependant déçus, en définitive, de ne pas voir les privatisations et la libéralisation de l’économie étendues à tous les secteurs du pays.
[5] Bassel al-Assad, qui aurait dû succéder à son père, aurait probablement été bien mieux préparé à la présidence car introduit de longue date dans les arcanes du pouvoir syrien. À sa mort, son frère Bachar se vit contraint d’arrêter les études d’ophtalmologie qu’il poursuivait à Londres, afin d’être formé efficacement à ce qui allait devenir sa fonction de président, en lieu et place de son défunt frère.
[6] Les émeutes antisyriennes les plus significatives éclatèrent directement après le retour du patriarche maronite Nasrallah Sfeir d’une tournée en Amérique du Nord. Au cours de cette dernière, il avait appelé à la fin de la tutelle syrienne du Liban, en mars 2001. Quelques mois plus tôt, en septembre 2000, les évêques maronites avaient appelé au retrait de l’armée syrienne du territoire libanais, suscitant ainsi l’ire des dirigeants politiques et religieux des autres communautés du pays. Voir notamment Mouna Naïm, « La polémique sur la “présence” syrienne au Liban devient un peu plus sereine », Le Monde, 15 avril 2001.
[7] Damas comme Beyrouth justifient ces redéploiements militaires par les dispositions de l’accord de Taëf de 1989, le « Document d’entente nationale » qui stipulait sans beaucoup de précisions un redéploiement sur deux ans de l’armée syrienne dans la zone de la Bekaa, située au nord du Liban. Pour le reste, le document prévoyait que « le temps pendant lequel les forces syriennes resteront dans ces régions sera précisé par l’accord qui devra être conclu entre les deux gouvernements libanais et syrien ».
[8] Les troupes syriennes sont entrées dans Beyrouth le 15 novembre 1976, suite à une demande officielle formulée par le président Suleiman Frangié au nom des dirigeants maronites libanais. Leur présence effective sur le territoire libanais remonte cependant au 1er juin 1976, date à laquelle H. al-Assad avait décidé d’intervenir du fait de l’ampleur des affrontements entre groupes chrétiens et factions progressistes, qui risquaient de dégénérer en un embrasement régional s’ils n’étaient pas rapidement endigués.
[9] Samir Kassir, « La lutte pour la démocratie en Syrie et l’indépendance libanaise », Confluences Méditerranée, no 44, hiver 2002-2003, p. 84-85.
[10] En mai 2000, l’armée israélienne s’est retirée de l’ensemble du Sud-Liban, à l’exception des fermes de Chebaa, situées à la frontière libano-israélienne. Damas appuie la revendication de souveraineté libanaise sur cette parcelle de territoire, et donc l’action du Hezbollah en faveur de leur récupération.
[11] « Israeli Concerns over Syria’s Efforts to be a Non-permanent Member at UN Security Council », disponible sur Internet à l’adresse suivante : hhhhhhhttp:// wwwwwww. arabicnews. com/ ansub/ Daily/ Day/ 010220/ 2001022003.html, consulté le 2 juin 2003.
[12] Soit un mandat qui court du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2003.
[13] Anne Penketh, « Israel Says Election of Syria is a “Bad Joke” », The Independent, 10 octobre 2001.
[14] « Sûriya tou’aridou qarâran fî majliss al-amn youdîn “al-hojûm al-irhâbî” fî kînya » [La Syrie s’oppose à une résolution du Conseil de sécurité qui condamne « l’attaque terroriste » au Kenya], Al.Hayat, 15 décembre 2002.
[15] « As-soulta toudîn wa Isrâïl tourahhib bil-“vîto” al-amîrki fî majliss al-amn » [Veto américain au Conseil de sécurité : l’Autorité palestinienne dénonce, Israël satisfait], Al-Hayat, 22 décembre 2002. Cette résolution était une allusion directe à un incident qui avait éclaté un mois auparavant et au terme duquel un employé britannique des Nations unies avait trouvé la mort.
[16] Discours à l’occasion duquel le président George W. Bush annonçait l’inscription de l’Irak, aux côtés de l’Iran et de la Corée du Nord, dans l’« axe du Mal ».
[17] Souvent, les tractations précédant les déclarations finales des sommets de la Ligue arabe restent en effet empruntes d’un aspect dramatique, de nombreux protagonistes cherchant à mettre en avant des idées qui, intérêts nationaux obligent, font la part belle aux exigences américaines.
[18] Charles Enderlin, Le rêve brisé. Histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient, 1995-2002, Paris, Fayard, 2002, p. 149-151.
[19] « Al-Assad : lâ moufâwadât min dûn ta’ahhod isrâilî bil-insihâb al-kâmel » [Al-Assad : pas de négociations sans promesse israélienne d’un retrait total], Al-mustaqbal, 28 mars 2002. Notons qu’il faut également voir dans cette insistance la volonté syrienne de faire pendant à l’interprétation israélienne de la résolution 242 du Conseil de sécurité. Adoptée le 22 novembre 1967, on peut y lire notamment que « l’instauration d’une paix juste et durable au Moyen-Orient » passe – entre autres – par « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés pendant le récent conflit ». La référence de Tel-Aviv à la version anglaise de la résolution, qui comporte certaines ambiguïtés d’ordre sémantique, l’a poussée à interpréter l’expression « from territories » par un sens équivalent à « de territoires », ce qui pourrait laisser une large marge de négociation à Israël dans l’application des résolutions onusiennes.
[20] « Sharm ash-Shaykh : rafd moutlaq lil-harb ‘ala-l-’irâq » [Charm al-Cheikh : refus total de la guerre à l’Irak], Al-mustaqbal, 3 mars 2003.
[21] N.d.l.R. — Le 16 mai 1916, un accord secret fut conclu à Downing Street entre Sir Mark Sykes pour le Royaume-Uni et François Georges-Picot pour la France, par lequel les deux puissances se partagèrent les terres arabes sous domination ottomane. Ainsi, la Syrie et le Liban actuels revinrent à la France, tandis que l’Irak et la Palestine (incluant la Jordanie) furent attribués au Royaume-Uni.
[22] Voir l’intégralité du discours dans le journal syrien Teshreen, 2 mars 2003.
[23] Menée du 29 mars au 24 avril 2002 dans le nord de la Cisjordanie, l’opération « Rempart » a donné lieu à de très nombreuses exactions, dont les plus frappantes ont été exercées dans le camp de réfugiés de Jénine.
[24] Dans son édition du 31 mai 2002, le journal Al-quds al-’arabî rapportait déjà des propos du président syrien selon lesquels William J. Clinton avait déjà procédé à sa mise en garde, à l’occasion de la tenue du sommet de la Ligue arabe, fin 2000, en lui conseillant d’atténuer son langage rude. Ce à quoi B. al-Assad dit avoir répliqué en haussant encore davantage le ton, une manière pour lui de montrer que les pressions étrangères, et en l’occurrence américaines, ont leur importance dans la perturbation du fonctionnement des régimes arabes et l’absence d’unité politique qui en découle.
[25] À titre d’exemple, la déclaration récente du président G. W. Bush au sujet de sa vision d’un Moyen-Orient constitué en zone de libre-échange à l’horizon 2010 accroît les craintes syriennes du fait des conditions nécessaires à la concrétisation d’un tel projet, notamment la normalisation des relations arabo-israéliennes selon des modalités qui ne sont pas encore clairement arrêtées, mais qui risquent fort de ne pas jouer en faveur des intérêts des pays arabes. Le danger étant que tout régime refusant d’adhérer aux conditions israéliennes pour la paix puisse être considéré comme paria et donc à écarter. À ce titre, la chute du régime de Saddam Hussein semble constituer un premier pas allant dans ce sens.
[26] Ce phénomène a immédiatement été suivi par des rumeurs rapportées par la presse israélienne, confirmées par le gouvernement israélien, mais démenties avec vigueur par le gouvernement syrien, selon lesquelles la Syrie, juste avant l’intervention américaine en Irak, aurait tenté par l’intermédiaire de Maher al-Assad, frère du président, de procéder à des tractations avec un homme d’affaires israélien afin de faire part de sa volonté d’entreprendre des négociations avec le Premier ministre israélien. Une hypothèse peu plausible – sinon totalement exclue – tant la Syrie sait que le moindre geste initié de sa part envers l’État hébreu ne peut que la conduire à se mettre en position de faiblesse, et donc jouer contre elle à terme. Les récentes déclarations de Ariel Sharon, qui se dit finalement prêt à entamer des négociations avec la Syrie sans conditions préalables, confirment la délectation du Premier ministre israélien à afficher de bonnes intentions inédites et circonstancielles de manière à ce que tout refus syrien puisse être interprété sur la scène politico-médiatique comme signe de mauvaise volonté évidente du régime.
[27] Le Hezbollah libanais, dont l’action, pour Damas, est bien plus déterminante pour l’obtention de ses revendications territoriales, ne détient en effet aucune représentation officielle sur le territoire syrien. 
[28] Confrontée au problème des Frères musulmans entre 1978 et 1982, la Syrie fait également sienne la nécessité de traquer les éléments d’Al-Qaïda, groupe effectivement terroriste dans sa conception. Un fait dont Washington a pris acte à plusieurs reprises.
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