Revue internationale et stratégique
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Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130540980
208 pages

p. 11 à 21
doi: en cours

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Entretien

n° 52 2003/4

2003 Revue internationale et stratégique Entretien

Quelle nouvelle donne géostratégique en Asie du Sud ?

Christophe Jaffrelot Directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERI) à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et spécialiste de la politique de l’Asie du Sud.
PASCAL BONIFACE — À la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001, il a beaucoup été question des conséquences de ces attentats sur l’ordre international, certains affirmant que cet événement allait changer la structure du monde, d’autres avançant, au contraire, qu’il s’agissait d’un moment émotionnellement important mais qui n’aurait pas de conséquences tangibles sur la structure des relations internationales. En ce qui concerne l’Asie du Sud, peut-on dire que le 11 septembre 2001 a changé la donne par rapport à la politique étrangère de l’Inde et du Pakistan et, plus largement, de la région ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont effectivement eu un impact important sur la politique étrangère de l’Inde et du Pakistan, et ce, de deux points de vue différents. Au niveau régional tout d’abord, le 11 septembre, on s’en souvient, a eu pour conséquence immédiate la guerre d’Afghanistan qui, dès le mois de novembre 2001, a mis fin au régime des talibans à Kaboul. Cette intervention militaire a donc fait perdre au Pakistan la base arrière qu’il avait acquise en Afghanistan grâce à ses alliés talibans – la fameuse « profondeur stratégique » tant recherchée par l’armée pakistanaise pour peser plus lourd face à l’Inde. Symétriquement, la chute des talibans a permis à l’Inde de reprendre pied en Afghanistan. Bien des ministères clés du gouvernement de Kaboul sont aujourd’hui détenus par des anciens leaders de l’Alliance du Nord, des proches du commandant Ahmed Shah Massoud, qui étaient soutenus par les Indiens depuis la prise de pouvoir par les talibans en 1996. Avec le gouvernement de Hamid Karzaï, l’Inde a donc amorcé un retour en force en Afghanistan, comme en témoigne aussi le fait que New Delhi a ouvert quatre consulats dans le pays. Cette évolution constitue un point d’autant plus important pour la région que, parallèlement, les liens entre l’Inde et l’Iran se sont resserrés, New Delhi s’efforçant donc de prendre le Pakistan à revers en développant des liens aussi bien avec l’Iran qu’avec l’Afghanistan.
Par ailleurs, au niveau international, le 11 septembre 2001 a eu pour conséquence de favoriser le rapprochement indo-américain. Ce rapprochement ne s’est pas produit immédiatement après les attentats d’Al-Qaïda aux États-Unis ; au contraire, les relations entre les deux pays ont subi alors une mise entre parenthèses de plusieurs semaines. À la suite de ces attaques terroristes, le gouvernement indien a certes fait part de sa compassion à Washington et souligné que l’Inde subissait en permanence des attaques du même ordre dans la région du Cachemire : aux yeux de New Delhi, les deux pays ne constituaient pas seulement les deux plus grandes démocraties au monde, mais aussi les deux principales victimes de l’islamisme. L’Inde proposa donc son aide logistique à Washington. Les États-Unis ont alors déçu l’Inde en considérant que le Pakistan était mieux placé pour servir de base aux opérations en Afghanistan et traquer les membres d’Al-Qaïda. Ce choix indisposa New Delhi, mais cette situation ne se prolongea guère. L’attentat qui eut lieu le 13 décembre 2001 dans l’enceinte du Parlement à New Delhi amena l’Inde à exercer de nouvelles pressions sur Washington pour que le département d’État inscrive les groupes islamistes pakistanais, qu’elle soupçonnait d’être derrière l’opération, sur sa liste des organisations terroristes étrangères. Ce qui fut fait. Le gouvernement indien a ainsi amené les États-Unis à reconnaître que leurs ennemis islamistes communs étaient en partie basés au Pakistan, ce qu’a confirmé ensuite, dès les premiers mois de 2002, la capture de nombreux leaders d’Al-Qaïda au Pakistan. Du coup, si le régime de Pervez Musharraf était un allié tactique pour Washington dans sa lutte contre les réseaux islamistes, l’Inde pouvait apparaître comme un allié stratégique qui partageait les mêmes objectifs en termes de sécurité à moyen et à long terme.
Cette évolution, qui s’est dessinée au premier semestre 2002, fut accompagnée d’une véritable collaboration militaire entre New Delhi et Washington. Celle-ci s’est notamment traduite par des manœuvres navales conjointes dans l’océan Indien et, tout récemment, par des exercices conjoints au Ladakh, une province du Jammu-et-Cachemire. Tout se passe comme si l’Inde était devenue un allié naturel des Américains dans leur lutte contre l’islamisme et pour la sécurité régionale. C’est la seconde grande conséquence – plus ou moins indirecte – du 11 septembre sur les relations internationales en Asie du Sud.
Toutefois, au cours des années 1990 – bien avant le 11 septembre 2001 –, on a pu percevoir des signes avant-coureurs de ce rapprochement indo-américain, tels que l’ouverture de l’économie indienne ou la mise en place de certaines politiques s’opposant aux intérêts de la Chine. Aussi a-t-on l’impression que, tout au long de la décennie 1990, l’Inde a fait le choix stratégique de se rapprocher des États-Unis, laissant de côté Moscou à la suite de l’effondrement de l’ex-URSS. Le 11 septembre aurait-il alors accéléré une tendance préexistante sans pour autant la créer ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — En effet, tout porte à croire que les événements du 11 septembre ont joué un rôle d’ « accélérateur de particules » dans un processus déjà bien engagé et pratiquement linéaire, excepté un moment de flottement à la suite des essais nucléaires indiens des 11 et 13 mai 1998. Dans le contexte créé par l’effondrement de l’allié soviétique et plus encore par le tournant libéral de 1991 en Inde, les États-Unis sont progressivement apparus aux Indiens comme des partenaires en puissance, bien que cette réorientation soit longtemps demeurée de l’ordre du non-dit car elle remettait en cause des décennies de non-alignement et de lutte contre « l’impérialisme américain ».
Il faut souligner ici le rôle primordial qu’a joué dans cette évolution la diaspora indienne aux États-Unis. Elle a véritablement servi de trait d’union entre les deux pays et favorisé le rapprochement politique. Les années 1990 ont été marquées par l’installation aux États-Unis d’un grand nombre d’ingénieurs indiens en informatique et autres « professionals » en raison de la politique d’immigration américaine. Cette nouvelle diaspora a connu une remarquable ascension sociale et a fini par exercer une véritable influence politique. Son poids s’est accru du fait de sa concentration géographique – notamment sur la côte Est où elle pèse lourd dans quelques circonscriptions – et de sa capacité de financement des partis politiques. De sorte que, aujourd’hui, il y a un Indian caucus relativement puissant au Congrès américain.
Parallèlement, l’Inde et les États-Unis ont amorcé un véritable dialogue stratégique. Celui-ci a connu un coup d’arrêt à la suite des essais nucléaires de 1998 mais ces essais ont finalement eu un effet paradoxal sur les relations entre New Delhi et Washington. Car les Américains ont alors engagé des pourparlers soutenus avec leurs interlocuteurs indiens, tenant une bonne demi-douzaine de réunions conjointes en trois ans et permettant ainsi aux deux futurs partenaires d’apprendre à se connaître et à s’apprécier mutuellement. Strobe Talbott, le collaborateur de Bill Clinton chargé du dossier indien, finira par faire un éloge systématique de la démocratie indienne dont il soulignera volontiers les affinités avec le système politique américain. Surtout, Washington finira par voir dans l’Inde le pôle de stabilité dans la région et un point d’appui essentiel à sa politique de sécurité en Asie, tant pour faire la police dans l’océan Indien que pour exercer une forme de contrepoids face à la Chine – l’ennemi privilégié par George W. Bush avant les attentats du 11 septembre. Certains responsables américains, du coup, se résignent plus facilement à la nucléarisation de la force de frappe indienne pour des raisons géostratégiques. D’autant que l’Inde ira jusqu’à accepter le programme américain de National Missile Defense (NMD), alors que la Chine s’y oppose farouchement.
En effet, la décision de New Delhi concernant la NMD fut assez spectaculaire, alors que d’autres alliés des États-Unis, tels que l’Allemagne, la refusaient complètement. Ce fut d’ailleurs le premier point de désaccord majeur entre l’Allemagne et les États-Unis sur un programme stratégique jugé primordial par les Américains. Aussi, le revirement du soutien de l’Inde fut pour le moins surprenant, surtout de la part d’une jeune puissance nucléaire, car la NMD est précisément dirigée contre ce type d’États. Ce soutien n’apparaît-il donc pas comme le signal d’une offre de partenariat entre les deux pays ? Plus précisément, est-il possible d’affirmer que les Indiens ont soutenu la NMD, oubliant ainsi leur statut de défenseurs du désarmement, en échange d’un silence américain concernant leur programme nucléaire ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Sans doute un tel échange de bons procédés a-t-il présidé, de façon tacite ou explicite, à l’évolution des relations entre les deux pays. L’Inde est de toute façon portée à une attitude de non-confrontation avec les États-Unis sur le terrain stratégique du fait que, depuis quelques années déjà, elle est fortement intéressée par la technologie militaire américaine, notamment le système de radars de surveillance aérienne Phalcon (Airborne Warning and Control System, AWACS), qu’elle a récemment obtenu via Israël avec l’accord du gouvernement américain. Elle aspire maintenant à acquérir le système Arrow de défense Anti-Ballistic Missile (ABM) par le même canal israélien.
Un nouveau triangle stratégique réunissant New Delhi, Washington et Tel-Aviv semble d’ailleurs sur le point d’émerger. Depuis 1992, date de l’ouverture d’une ambassade indienne à Tel-Aviv et d’une ambassade israélienne à New Delhi, les Indiens cherchent à collaborer avec les Israéliens en partant du principe qu’ils sont victimes, au Cachemire, du même terrorisme qu’Israël du fait des kamikazes palestiniens. Pour eux, la Ligne de contrôle est une variante de la Ligne verte ; d’où leur volonté d’acquérir les systèmes de détection radar utilisés par les Israéliens. Cette communauté d’intérêts en termes de sécurité renvoie à une convergence idéologique entre les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP) – au pouvoir à New Delhi depuis 1998 – et le Likoud, d’où il ressort que l’ennemi commun, c’est l’islam. Cet axe idéologique a d’abord pris corps aux États-Unis, où les diasporas hindoue et juive ont noué des liens qui leur ont servi ensuite à faire pression sur l’Administration américaine (par exemple pour obtenir que l’aide des États-Unis au Pakistan soit conditionnée à la mise au pas des islamistes). Ce binôme a naturellement trouvé des alliés parmi les néoconservateurs américains et les fondamentalistes protestants qui, eux aussi, décryptent volontiers le monde en termes de lutte des civilisations. Bref, un axe du Bien regroupant l’Inde, Israël et les États-Unis est peut-être en train de se constituer, au moins dans certaines têtes. Cela est net lorsqu’on s’intéresse aux mouvements fondamentalistes. Les nationalistes hindous se voient engagés dans le même combat que les sionistes et certains évangélistes américains. Leurs liens sont d’ailleurs attestés par ceux qui relient plusieurs sites Internet, par exemple Swordoftruth.com.
Comment se fait-il que le triangle New Delhi - Washington - Tel-Aviv, que certains avaient pressenti entre Washington, Moscou et Tel-Aviv, semble mieux fonctionner avec les Indiens qu’avec les Russes ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Il n’y a pas chez les Indiens la nostalgie d’avoir été une grande puissance – et pour cause –, à l’inverse de ce que l’on peut percevoir en Russie. Les Indiens sont déjà satisfaits d’avoir l’impression de commencer à « jouer dans la cour des grands ». L’Inde aspire à être reconnue comme une puissance internationale d’une manière parfaitement légitime, mais quasi obsessionnelle – c’est ainsi que l’on peut d’ailleurs expliquer sa décision d’entrer dans le club nucléaire en mettant tout le monde devant le fait accompli. New Delhi a notamment développé cette attitude en réaction à la montée en puissance de la Chine au cours des années récentes. L’intérêt et le respect que suscite la Chine ont le don d’irriter les Indiens qui, du coup, frappent à toutes les portes, sans toujours obtenir de résultats concrets : ce fut le cas au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à la Coopération économique en Asie-Pacifique (APEC) ou même à l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ANSEA), au sein de laquelle l’Inde ne fut admise qu’en 1995 comme « partenaire de dialogue complet ».
En revanche, dans le cas des relations avec les États-Unis (et peut-être avec Israël), l’Inde se retrouve finalement cooptée et, semble-t-il, assez ravie de l’être, pour participer à un combat global contre l’ennemi public numéro un – l’islamisme – et au nom des valeurs de démocratie et de tolérance – pour reprendre les termes consacrés présidant aux communiqués officiels indo-américains. Du coup, ce partenariat peut s’avérer plus solide.
Cette stratégie vous paraît-elle être une donnée fondamentale de la politique étrangère indienne ou est-elle soumise à un changement politique ? À cet égard, faut-il uniquement mettre en cause le parti nationaliste hindou au pouvoir, le BJP, ou, plus fondamentalement, cette stratégie relève-t-elle d’une dynamique indienne plus générale ? En d’autres termes, une alternance politique pourrait-elle influencer ce projet ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Cette question est difficile car le Parti du Congrès, seul candidat à l’alternance face au BJP, ne traite pratiquement pas les questions de politique étrangère. Autant l’idéologie du BJP le conduit tout naturellement à mener la politique que je viens de décrire, et on sait qu’il la poursuivra s’il est reconduit au pouvoir, autant l’incertitude demeure quant à ce que ferait le Parti du Congrès s’il revenait au pouvoir. Si cette alternance s’effectue avec les voix des musulmans, ce qui est très probable, cela contraindra l’évolution pro-israélienne. D’ailleurs, le Congrès a protesté contre la visite de Ariel Sharon en Inde en septembre dernier – en vertu de grands principes, et notamment du soutien traditionnel de New Delhi à la cause palestinienne, mais aussi, sans doute, en pensant au vote musulman. Toutefois, le Congrès peut aussi considérer que certains avantages en termes de collaboration stratégique militaire valent la peine de s’aliéner la population musulmane.
Quant au rapprochement avec les États-Unis, il peut aussi être justifié par des considérations relevant tout autant de la « realpolitik », mais il reflète en outre une évolution sociologique : à l’instar de bien des pays du Sud, les Indiens entretiennent une vraie « love / hate relation » avec les États-Unis. Ils dénoncent naturellement leur impérialisme (en tout cas leur unilatéralisme) et leur arrogance, mais le rêve américain agit toujours comme un aimant, au point que les étudiants indiens forment aujourd’hui le plus grand contingent d’étudiants étrangers aux États-Unis ! D’ailleurs, si l’Inde n’enverra pas de troupes en Irak tant qu’il n’y aura pas de résolution de l’ONU dans ce sens, New Delhi a très peu protesté contre l’intervention anglo-américaine en Irak.
Mais ny a-t-il pas un coût international pour l’Inde dans la mesure où elle adopte une orientation entièrement opposée à sa politique étrangère traditionnelle ? Ce faisant, l’Inde ne renonce-t-elle pas à un autre leadership ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Je ne dirai pas que l’Inde tourne entièrement le dos à sa politique étrangère traditionnelle. Nous n’avons encore parlé que de ce qui était en train de changer, mais il ne faudrait pas oublier les constantes. D’abord, New Delhi continue d’entretenir une relation privilégiée avec Moscou, relation qui date au moins de 1971, l’année du traité d’amitié indo-soviétique. Cette relation a survécu à l’effondrement de l’URSS, notamment en raison de la connexion militaire : la Russie reste le premier fournisseur d’armes de l’Inde. Ensuite, l’Inde reste méfiante envers la Chine, son agresseur de 1962 que New Delhi soupçonne d’avoir doté son ennemi héréditaire – le Pakistan – de l’arme nucléaire. Enfin, en Asie du Sud, l’Inde tend à poursuivre vis-à-vis des « petits » pays qui l’entourent une politique de « big brother » qui, certes, connaît des variations en fonction de l’orientation politique des gouvernants indiens.
Le changement se lit surtout à travers les efforts de rapprochement de l’Inde vis-à-vis de l’Asie orientale et du Sud-Est, d’Israël et des États-Unis. Cette évolution s’exerce en effet au détriment de la politique quasiment tiers-mondiste, d’obédience non alignée, qu’avait initiée Jawaharlal Nehru, mais il faut tenir compte du fait que cette dernière était devenue quelque peu caduque. Le Mouvement des non-alignés (MNA) a fini par constituer une drôle d’armée et l’Inde ne s’y sent plus en si bonne compagnie. Je le répète : elle veut tutoyer les plus grands, être reconnue comme l’un des leurs. Dès lors, elle doit effectivement acquitter un coût de transaction : elle renonce à être le leader des « petits pays » mais elle est peut-être en passe de devenir l’allié de la superpuissance mondiale.
À terme, le coût de transaction peut être plus lourd encore si le rapprochement indo-américain se poursuit et que la Russie, voire la Chine, s’en inquiètent. On peut en effet se demander dans quelle mesure Moscou – qui avait prôné par la voix de Evgueni Primakov la mise en place d’un triangle Russie-Inde-Chine – n’a pas trouvé agaçant que l’Inde commence à bénéficier d’une relation privilégiée avec les États-Unis. Les Chinois peuvent pousser le même raisonnement encore plus loin et être amenés à penser qu’un partenariat stratégique indo-américain représenterait une menace.
D’autant plus que les Chinois représentent également une diaspora importante aux États-Unis et qu’ils peuvent se demander quelle est la meilleure carte à jouer à ce niveau. À cet égard, jusqu’où l’Inde a-t-elle intérêt à antagoniser ses relations avec la Chine, puisqu’une grande partie de son rapprochement avec les Américains se joue sur ce terrain-là ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Lors de la visite de Atal Bihari Vajpayee en Chine, en juin 2003, ce dernier a attaché une importance particulière à désamorcer les éventuels désaccords qui pourraient se faire jour entre son pays et la Chine, reconnaissant que le Tibet constituait effectivement une province autonome chinoise en échange d’une reconnaissance chinoise de fait de l’intégration du Sikkim à l’Union indienne.
Cependant, la question des rapports entre l’Inde et la Chine se joue aussi en Asie. L’Inde regarde en effet vers l’est – en vertu de la fameuse « look East policy » de Narasimha Rao au début des années 1990 – et d’abord vers l’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, les Indiens sont présents dans l’ASEAN Regional Forum (ARF), ils sont partie prenante de zones de coopération régionales auxquelles appartiennent le Myanmar, la Thaïlande, le Viêtnam, et des pays comme Singapour ou la Malaisie sont intéressés par l’intensification de leurs relations économiques avec l’Inde, notamment dans le domaine des hautes technologies. La présence de plus en plus visible de l’Inde en Asie du Sud-Est pourrait finir par indisposer Beijing.
À la suite de ce changement stratégique majeur en Inde, on est en droit de se demander quelle sera la politique adoptée par le gouvernement face à la population musulmane indienne. Comment traiter avec elle alors que le BJP semble adopter une ligne de conduite plus inquiétante qu’encourageante pour le moment ? En effet, après les émeutes dans la province du Gujarat, on constate qu’il est difficile de répondre par la violence face à une minorité aussi importante [1]. LInde nest-elle pas en train de sécréter des facteurs internes de faiblesse par cette politique qui, à bien des égards, pourrait constituer une fuite en avant ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Les émeutes de l’an dernier au Gujarat – qui ont fait près de 2 000 morts, pour l’essentiel des musulmans qui ont pratiquement tous été tués lors d’assauts couverts, voire orchestrés, par la police – ont amené les musulmans à se « ghettoïser », à se replier sur des quartiers homogènes. C’est un coup de plus porté au sécularisme et au multiculturalisme indiens.
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater que certains musulmans se trouvant le dos au mur considèrent qu’ils n’ont plus d’autre alternative que l’action violente – l’arme du faible : ne croyant plus ni dans l’État et sa police, ni dans les partis politiques ni même dans la justice (ce en quoi ils ont peut-être tort), ils ne voient de solution que dans la réponse armée. C’est précisément ce que l’on a constaté à Bombay au mois d’août 2003 [2]. L’attentat qui y a fait une cinquantaine de morts en frappant la ville en quatre endroits différents, y compris des hauts lieux symboliques, constitue une réponse endogène aux émeutes du Gujarat. New Delhi a immédiatement dénoncé la main de l’étranger, mais on sait aujourd’hui que les attentats ont été l’œuvre d’un groupe, et même, pour l’essentiel, d’une famille, qui, certes, a pu avoir des liens avec des islamistes basés au Pakistan, mais qui a obtenu les armes et les explosifs en Inde. La politique des nationalistes hindous est donc en train de sécréter une réponse terroriste indienne.
Dans le contexte des débats sur le choc des civilisations, la situation indienne vous paraît-elle être un foyer majeur de mobilisation dans le monde arabe ou s’agit-il d’un mouvement purement local qui n’a pas d’écho en dehors de l’Inde ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Ces actions n’ont pas beaucoup d’écho en dehors de l’Inde, sauf via la diaspora. Toutefois, même si ce phénomène continue de ne toucher que l’Inde, c’est, potentiellement, un facteur de déstabilisation régionale. En effet, si l’on venait à assister à des émeutes à répétition en Inde, cela aurait sans doute des conséquences au Pakistan et au Bangladesh où les minorités hindoues serviraient de boucs émissaires.
En outre, certains leaders du BJP ont une lecture internationale de la situation indienne, car ils considèrent que le conflit des civilisations a franchi leurs frontières, et ils décryptent la condition des hindous en se référant à celle d’autres peuples, avec lesquels ils se comparent en permanence. Les juifs, par exemple, sont volontiers évoqués : comme eux, les hindous n’ont pas d’autres terres et, comme eux, ils sont confrontés à un ennemi intérieur. Ils appliquent également la notion de cinquième colonne à la situation américaine en évoquant le cas des islamistes d’Al-Qaïda qui, aux États-Unis, étaient censés s’être intégrés à la société locale mais qui furent les acteurs du pire attentat terroriste perpétré à ce jour.
En ce qui concerne le Pakistan, on constate que ce pays est placé dans une situation pour le moins délicate. En effet, on assiste aussi bien à la diabolisation du régime qu’à l’usage de la prudence par rapport à celui-ci, puisqu’il est difficile de mettre à l’écart un pays de cette taille, de cette importance et qui possède l’arme nucléaire. Aussi, a-t-on l’impression de ne pas savoir comment traiter avec le Pakistan. Entre le dialogue et l’ostracisation, existe-t-il un choix stratégique quant à la façon de ne pas rendre paranoïaques les dirigeants pakistanais ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Tout d’abord, force est de constater que l’on ne s’intéresse au Pakistan que lorsqu’il est utile, et aujourd’hui il présente à nouveau un grand intérêt. Je dis bien « à nouveau » car c’est un véritable « remake » des années 1980, lorsque le Pakistan était l’État pivot de l’Occident, sur la ligne de front de l’anticommunisme, face aux Soviétiques en Afghanistan. Après le retrait soviétique, le pays s’est trouvé comme démonétisé. Puis il a été victime d’un véritable ostracisme, d’abord parce qu’il a été soupçonné de développer l’arme nucléaire, ensuite parce qu’il s’est rapproché des talibans et, enfin, à cause du coup d’État militaire de P. Musharraf en 1999. Tous ces développements ont conduit les Occidentaux à lui imposer de lourdes sanctions.
Mais, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, le Pakistan s’est retrouvé dans la même situation qu’en 1980 : on a redécouvert le Pakistan et on l’a de nouveau considéré comme la ligne de front qui, cette fois, devait faire face au terrorisme islamiste. À nouveau, le Pakistan a parfaitement su tirer profit de cette situation : comme Mohammad Zia dans les années 1980, P. Musharraf a obtenu le maximum d’aide en provenance de l’Occident en échange de son soutien sur le terrain, sans pour autant renoncer à sa politique régionale aussi bien en Afghanistan qu’au Cachemire. S’il n’existe pas de preuves relatives au fait que des officiels pakistanais soient impliqués dans la survie des talibans aujourd’hui, il est en tout cas assez évident que P. Musharraf n’opère pas la répression qu’on aurait pu espérer à l’endroit des groupes jihadistes – quoi qu’il en dise. Ce double langage s’explique par la convergence des intérêts de l’armée et de ces groupes au Cachemire : le régime laisse libre cours aux jihadistes car il considère que c’est la meilleure façon de saigner l’Inde par une guerre de basse intensité.
L’Occident ne sait pas mieux gérer le cas P. Musharraf que le cas M. Zia avant lui. Le soumettre à une pression plus forte, visant notamment à établir une trêve au Cachemire, reviendrait à le décrédibiliser auprès de l’armée et donc à le déstabiliser au profit d’un autre dirigeant qui pourrait être bien plus nocif – voire à faire le lit de l’islamisme. Toutefois, en lui laissant une marge de manœuvre, les Occidentaux prennent le risque de le voir s’affirmer davantage pour exercer une capacité de nuisance accrue.
On a parfois l’impression que l’Inde pousse le Pakistan au crime : il existe clairement une volonté indienne de criminaliser le Pakistan et, à long terme, celle-ci pourrait s’avérer contre-productive. Quel est l’intérêt de pousser le gouvernement pakistanais dans ses retranchements sans avoir aucune alternative politique viable ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Il s’agit effectivement de la ligne de conduite que suivent les dirigeants les plus durs du BJP. À la limite, ce courant cherche à en finir avec le Pakistan, à reconquérir le Cachemire et à faire en sorte que la province pakistanaise du Sind revienne dans le giron indien. C’est le vieux mythe de l’Inde réunifiée (Akhand Bharat). Ce courant adopte donc logiquement une stratégie jusqu’au-boutiste face au Pakistan, sans prendre en compte les conséquences catastrophiques que celle-ci pourrait avoir. En effet, démanteler le Pakistan signifierait sans doute la disparition du commandement unique sur l’arsenal nucléaire pakistanais, ce qui pourrait avoir des conséquences incalculables pour la région – sans compter les risques de guerre civile inhérents à une nouvelle partition.
Mais il existe un autre courant au sein du BJP, incarné par le Premier ministre A. B. Vajpayee, qui tente, chaque fois que cela est possible, de favoriser le dialogue afin d’éviter la logique d’affrontement. Cette politique implique des mains tendues à répétition et que l’on passe son temps à dire qu’il faut se parler sans pouvoir (ni même vouloir) le faire. Il s’agit simplement d’éviter la montée aux extrêmes, mais de là à engager une véritable négociation, il y a un pas considérable à franchir.
Par rapport à la situation actuelle au Pakistan, comment éviter de récompenser les dérives du régime ou, au contraire, éviter de pousser à l’extrême des gens avec lesquels un dialogue est possible ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Pour parvenir à cette fin, il est avant tout nécessaire de régler le problème qui envenime les relations dans la région depuis cinquante ans, à savoir le conflit au Cachemire. Les difficultés à surmonter sont considérables. Tout d’abord, l’Inde s’oppose à toute médiation internationale sur le sujet, alors que le Pakistan y est favorable. Ensuite, afin de trouver une solution équilibrée pour le Cachemire, il faudra redoubler d’imagination pour faire en sorte que personne ne se sente perdant à l’issue d’une confrontation qui aura mobilisé les énergies pendant des décennies. Tant que la question du Cachemire n’aura pas trouvé un début de règlement, on peut craindre que le Pakistan continuera à se définir en grande partie par rapport à cet enjeu pour en faire un ciment de son unité nationale.
Cependant, la résolution du conflit au Cachemire ne constitue pas le seul préalable à l’établissement de bonnes relations avec le Pakistan. Un des grands problèmes de ce pays est l’extraordinaire concentration du pouvoir, aussi bien politique qu’économique ou militaire, entre les mains d’un seul corps : l’armée. Celle-ci n’a jamais été aussi puissante : elle occupe non seulement le pouvoir mais contrôle l’économie. Dans le même temps, elle n’a jamais été aussi coupée de la société pakistanaise, du seul fait, d’abord, de son opulence relative à un moment où les classes moyennes – pour ne pas parler des autres – subissent une véritable paupérisation. Le rôle hégémonique de l’armée n’est naturellement pas un facteur d’apaisement des relations qu’entretient le Pakistan avec l’Inde.
Le pouvoir économique étant également concentré entre les mains de quelques-uns, la société pakistanaise souffre de ne pas avoir une vraie classe moyenne, aussi bien rurale qu’urbaine d’ailleurs. À cet égard, le Pakistan est à la traîne par rapport à l’Inde, qui a réussi à former une classe moyenne grâce à la démocratisation – un régime qui ne garantit pas l’égalité mais un niveau minimal de redistribution – et à une réelle structuration du tissu social où l’on trouve des ferments de société civile, un développement encore embryonnaire au Pakistan.
À court terme, démilitariser l’économie, la société et le milieu politique pakistanais ne suffirait donc pas nécessairement à ouvrir de nouvelles perspectives car il n’existe pas encore d’alternative étant donné l’absence, non seulement d’une société civile, mais aussi d’une société politique articulée autour de partis organisés. Le seul espoir que l’on puisse se permettre à ce sujet est dû à la présence d’une intelligentsia bien formée, d’une presse libre, principalement de langue anglaise, et d’une justice qui fonctionne de façon (très) relativement indépendante.
À cet égard, par rapport à l’image du Pakistan qui est projetée à l’extérieur, il est particulièrement frappant de constater la richesse intellectuelle de cette intelligentsia ainsi que sa sophistication. Cette sophistication nest-elle pas complètement opposée à l’idée couramment répandue d’un Pakistan synonyme de talibans ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Il est en effet parfaitement malhonnête de renvoyer cette image du Pakistan, car le pays compte bien des ressources internes pour suivre une tout autre voie. Au sein de l’armée d’abord, il existe un courant kémaliste pakistanais de militaires modernes et anti-islamistes. Certes, au Cachemire aujourd’hui comme en Afghanistan hier, les militaires pensent qu’ils ont besoin des jihadistes pour former une sorte de joint venture parce que leurs intérêts coïncident, mais islamistes et militaires n’ont pas le même projet politique et les premiers n’ont pas pénétré l’armée pakistanaise au point qu’on le dit parfois.
Mais les ressources les plus prometteuses pour l’invention d’une modernité pakistanaise sont à chercher ailleurs encore, dans cette intelligentsia qui s’investit principalement dans les organisations non gouvernementales (ONG) – des mouvements de défense des droits de l’homme (et de la femme !) jusqu’à l’antiglobalisation en passant par les adeptes du développement rural. Sur le terrain, les ONG – souvent financées par l’Occident – se retrouvent souvent face à face avec les islamistes, contre lesquels elles sont sans doute le meilleur rempart.
L’opinion française a été très marquée par le récent ouvrage de Bernard-Henri Lévy, Qui a tué Daniel Pearl [3] ? D’un point de vue géopolitique, le Pakistan vous paraît-il être, tel que le présente B..H. Lévy, la principale source de déstabilisation dans le monde ou la zone d’ombre qui pèse sur la stabilité stratégique mondiale ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Je n’ai pas lu ce livre, mais j’ai entendu son auteur dans les médias et il me semble précisément que son ouvrage participe à la diabolisation du Pakistan : B.-H. Lévy ne montre qu’un seul aspect des choses. Si on réduit le Pakistan à cette vision, on commet une grave erreur d’appréciation. On peut certainement dire que le Pakistan a été l’une des plaques tournantes de l’islamisme international, dès lors qu’Al-Qaïda s’est repliée au Pakistan, convertissant de facto ce pays en base arrière de l’islamisme en Asie. Toutefois, ceci est insuffisant pour considérer le Pakistan comme une source majeure de déstabilisation internationale, car non seulement ce pays a fait preuve d’un minimum de bonne volonté face aux exigences occidentales, plusieurs gros bonnets d’Al-Qaïda ayant été arrêtés en territoire pakistanais, mais, de plus, il n’est pas facile de concevoir que la force de projection des islamistes du Pakistan soit réellement mondiale.
L’autre façon de considérer l’hypothèse de B.-H. Lévy – puisque vous me demandez de le faire – serait de se placer du point de vue de la prolifération nucléaire. Dans ce domaine, la capacité de déstabilisation du Pakistan est plus grande car il est à craindre que nous ayons là l’un des États proliférants les plus actifs. L’exemple le plus probant en est la Corée du Nord : en effet, certaines informations ont corroboré le fait que Pyongyang a obtenu sa maîtrise du nucléaire grâce aux transferts de technologie en provenance du Pakistan, en échange de quoi le gouvernement pakistanais a acquis la maîtrise des missiles balistiques à longue portée. Aujourd’hui, le Pakistan cherche peut-être d’autres clients. Les spécialistes évoquent parfois le nom de la Libye.
Mais la Libye prendrait-elle aujourd’hui ce risque, allant à contre-courant des sommes extrêmement importantes qu’elle a investies afin de se faire accepter par l’Occident ? D’autre part, mis à part la Corée du Nord, où il s’agissait d’un échange, la liste des clients potentiels du Pakistan n’est-elle pas relativement close ? Dans ce cas, l’hypothèse selon laquelle l’état-major pakistanais, étant lui-même infiltré par les islamistes, serait en mesure de livrer directement des éléments nucléaires à des groupes terroristes vous paraît-elle crédible ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Aujourd’hui, l’état-major de P. Musharraf ne s’inscrit pas dans cette logique. Au contraire, il souhaite donner le plus grand nombre de gages aux Occidentaux afin de continuer à bénéficier de cet appui extérieur. Il semble d’ailleurs que les États-Unis cherchent à négocier avec le Pakistan afin d’obtenir l’accès à un minimum de connaissance, de supervision et de contrôle des installations nucléaires pakistanaises. Il s’agit certainement d’une des données du dialogue entre les deux pays. De plus, la piste d’une prolifération de nucléaire « sale » en faveur de groupes terroristes (qui date de la période de la guerre d’Afghanistan, lorsque l’on avait découvert que les talibans, voire AlQaïda, avaient fait appel à des ingénieurs du nucléaire pakistanais) n’a pas mené bien loin.
Mais ceci ne remet pas en cause un point clé concernant la prolifération, à savoir que si aujourd’hui il n’y a effectivement pas de clients et que le pouvoir pakistanais n’en cherche pas, rien n’autorise à croire qu’il n’y en aura pas demain et que le régime pakistanais ne changera pas d’idée. Le Pakistan est apparemment plus disposé que d’autres puissances nucléaires à céder ce type d’armes : c’est un État proliférant en puissance d’abord parce qu’il a besoin de devises et qu’il a acquis le nucléaire de cette façon, par l’espionnage et des flux illicites. Pour les Pakistanais plus que pour d’autres peut-être, le nucléaire est un bien qui s’échange et qui peut rapporter gros – ce qui n’est pas indifférent en phase de crise économique grave.
On peut effectivement penser qu’il s’agit là de l’un des meilleurs produits d’exportation du Paskitan. Toutefois, il semble que cet atout stratégique soit également utilisé à des fins de négociation face aux Américains, menaçant ces derniers d’un pouvoir de frappe dix fois plus important que celui de la Corée du Nord s’ils venaient à les diaboliser. Ne se trouve-t-on donc pas plutôt dans une logique de chantage que dans une véritable recherche de clients potentiels ?
CHRISTOPHE JAFFRELOT — Il y a bien sûr un élément de chantage. Le Pakistan possède en fait deux atouts, cette carte nucléaire et les rescapés d’Al-Qaïda qui séjournent encore sur son territoire. Tant qu’il pourra jouer sur ces deux registres, il tiendra la dragée haute aux États-Unis. La rencontre de G. W. Bush et de P. Musharraf à Camp David, le 24 juin 2003, a d’ailleurs probablement donné lieu à un véritable marchandage. Le Pakistan a obtenu 600 millions de dollars par an sur trois ans du gouvernement américain en échange de certaines contreparties. Une telle somme d’argent n’a pu être promise qu’en échange de garanties relatives à la lutte antiterroriste et à la prolifération nucléaire. Reste à savoir si elles seront suivies d’effet, l’art du faux-semblant est tellement développé au Pakistan...
(Propos recueillis par Pascal Boniface le 22 septembre 2003)
 
NOTES
 
[1] N.d.l.R. — Le 27 février 2002, des activistes musulmans mettent volontairement le feu à un train transportant des nationalistes hindous revenant d’une manifestation dans la ville de Ayodhya, tuant 58 personnes. Cet attentat a déclenché un cycle infernal de représailles entre les deux communautés dans la province du Gujarat, qui s’est prolongé jusqu’au mois de mars 2002, faisant près de 2 000 morts. À cette occasion, les autorités indiennes ont été accusées par les musulmans de ne pas agir, voire d’encourager les violentes représailles des hindous envers les musulmans.
[2] N.d.l.R. — Le 25 août 2003, un attentat à Bombay, déclenché simultanément à plusieurs endroits, dont la Porte de l’Inde et le temple hindou de Mumba Devi, a fait près de 50 morts. Il faisait suite à une vague d’attaques terroristes qui ont eu lieu dans la ville en décembre 2002, puis en mars et en juillet 2003.
[3] Bernard-Henri Lévy, Qui a tué Daniel Pearl ?, Paris, Grasset, 2003.
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N.d.l.R. — Le 25 août 2003, un attentat à Bombay, déclench...
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