Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2130543529
192 pages

p. 27 à 28
doi: en cours

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Dossier

n° 53 2004/1

2004 Revue internationale et stratégique Dossier

Editorial

Pascal Boniface Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
Interrogé par André Malraux sur le bilan qu’il faisait de la Révolution française, Zhou Enlai aurait déclaré : « C’est encore trop tôt pour le connaître vraiment. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’était faire preuve d’un sens du recul historique nécessaire à une évaluation sérieuse. Il est parfois hasardeux de juger l’événement à chaud. Est-il dès lors imprudent de faire dès maintenant un bilan de l’attitude de la France dans la crise puis la guerre d’Irak, comme nous le faisons dans ce numéro de La revue internationale et stratégique ?
En s’opposant frontalement aux États-Unis au nom de principes politiques et juridiques, la France a-t-elle eu raison sur le fond et, ce qui est encore une autre question, a-t-elle valorisé ou compromis son statut international ? Sur ces deux points également, le moment choisi pour répondre à cette question peut compter. Ainsi, peu après la chute de Bagdad, de nombreux commentaires mettaient en avant l’opportunité historique manquée par Paris, qui n’avait pas su être aux côtés des libérateurs de l’Irak. Ces derniers allaient rapidement être considérés par de nombreux Irakiens comme des occupants, à un point tel qu’avant la fin de l’année 2003, le nombre de soldats américains morts après la fin des combats allait dépasser celui des victimes au cours du conflit. En novembre 2003, un journal américain allait même affirmer que c’était la France qui avait eu raison au sujet de l’Irak. Le 14 décembre, on annonçait la capture de Saddam Hussein et, de nouveau, la politique française était sur la sellette. Mais le désenchantement qui avait suivi la chute de sa statue allait se reproduire. S. Hussein arrêté ne signifiait pas pour autant un Irak stable, pacifié et proaméricain. Les différentes alertes terroristes de la fin d’année ont montré que dans ce qui est présenté par les Américains comme l’objectif numéro un (la lutte contre le terrorisme), les progrès dus à la victoire contre l’Irak sont pour le moins ténus. Quant aux progrès de la démocratie, il est permis de rester sceptique. Certes, S. Hussein était l’un des pires dictateurs, mais lorsqu’il a commis ses plus graves crimes, il avait le soutien de pratiquement tous les pays occidentaux, France et États-Unis inclus. Et, de par le monde, de nombreux régimes dictatoriaux subsistent. Certains, même parmi les pires, comme l’Ouzbékistan, font partie de la coalition internationale mise en place par les Américains. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que la démocratisation de l’Irak était non pas la véritable motivation de la guerre, mais bien un argument de légitimation d’une décision prise pour d’autres raisons.
Pour ma part, et sur le fond, mon opinion reste la même que celle que j’ai développée dans mon livre La France contre l’empire, publié en septembre 2003.
Conformément à nos habitudes, nous avons sollicité des personnalités venant d’horizons les plus divers pour réagir à la façon dont la France était perçue dans le monde suite à la guerre d’Irak. Le lecteur pourra trouver que ce dossier est quelque peu déséquilibré car les partisans de la guerre ne sont guère représentés. Ils étaient pourtant nombreux dans le paysage politique et intellectuel, plus d’ailleurs que dans l’opinion publique. Ce n’est pas faute d’en avoir contacté plusieurs qui ont tous décliné notre invitation pour des raisons d’agenda. Il n’y a pas de raisons de mettre en doute cette explication. Peut-être certains ont été gênés de voir que les événements ne leur avaient pas vraiment donné raison. Nous restons en tout cas fidèles à notre ligne de conduite, consistant à vouloir débattre avec tout le monde, y compris et surtout avec ceux qui ne sont pas de notre avis. On peut s’étonner qu’au moment même où l’on célèbre la démocratie, de plus en plus de débats sont en fait de faux débats organisés entre convertis et convaincus d’une même cause et où l’on refuse avec la dernière énergie de débattre avec un réel contradicteur.
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