Revue internationale et stratégique 2005/3
Revue internationale et stratégique
2005/3 (N°59)
184 pages
Editeur
I.S.B.N. 2247064000
DOI 10.3917/ris.059.0071
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Dossier - Les Suds et les relations internationales

Vous consultezL'Europe fait-elle sens pour les pays du Sud ?

AuteurJean-Jacques Kourliandsky du même auteur

Chercheur à l'IRIS

« Imaginez-vous être un citoyen d'ailleurs, — Amérique latine, Afrique ou Asie —, s'intéressant à l'avenir de son pays et observant l'état du monde [...]. Se débrouiller par soi-même n'est pas concevable »[1] [1] Karoline Postel-Vinay, L'Occident et sa bonne parole. Nos...
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. L'Europe, pour les citoyens de ces pays fait-elle sens en 2005[2] [2] Zaki Laïdi (sous la dir. ), Géopolitique du sens, Paris,...
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 ? « Au temps de la guerre froide », les Suds « faisaient sens à l'échelle du globe », « non pas pour eux-mêmes, mais par la lecture dont ils étaient l'objet de la part d'autres acteurs dont la vision était structurée par les images de la guerre froide »[3] [3] François Constantin, « L'Afrique sub-saharienne du contresens...
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. Diverses combinaisons ont alors rapproché ou opposé Européens et pays du Sud, selon leur degré d'adhésion à la stratégie des États-Unis dans le contexte de l'affrontement Est-Ouest. L'Europe, ou du moins certaines de ses composantes, était alors sollicitée par le Tiers Monde pour rechercher un compromis aux conflits dits régionaux en Afrique australe ou en Amérique centrale. Les premières manifestations d'une Politique étrangère et de securité commune (PESC), qui pourtant n'existait pas encore, ont été matérialisées en Afrique, aux Caraïbes et dans le Pacifique (pays ACP), avec la Convention de Lomé[4] [4] La Convention de Lomé organise la coopération des États...
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et en Amérique centrale dans le cadre du dialogue de San José.

2 Le monde a changé. La fin de l'affrontement Est-Ouest a été aussi celui de la fin de la bipolarité et des discours tiers-mondistes issus de la Conférence de Bandoeng d'avril 1955. « Le fait central [...] est la puissance [...] américaine. [...] Il n'est pas de pays qui ne définisse sa stratégie en fonction des États-Unis »[5] [5] Robert Cooper, La fracture...
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3 Dans ce nouvel environnement international, les États d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine ont-ils encore des raisons et des occasions d'engager un dialogue et une coopération avec l'Europe ? Par ailleurs, l'Europe peut-elle être perçue comme un bloc unitaire ?

L'Europe face à la puissance américaine

4 Grâce à leur suprématie au niveau militaire, culturel, technologique et économique, les États-Unis ont marqué de plus en plus l'organisation du monde depuis la fin de la guerre froide. Cette réalité, qualifiée d'unilatérale en France, a fait l'objet, ces dernières années, et plus particulièrement depuis la crise irakienne, d'une abondante littérature, tant scientifique que journalistique. Corollaire de cet intérêt et des inquiétudes qui en découlent, la quête de multipolarité a structuré un récit politique alternatif légitimant une nouvelle approche de la construction européenne[6] [6] Hubert Védrine, « Pour une Europe-puissance », Politique...
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. Celle-ci, en effet, est plus diplomatique et volontariste, contrairement à l'héritage communautaire, indifférent aux logiques de puissance[7] [7] Pascal Lamy, La démocratie-monde. Pour une autre gouvernance...
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5 Un certain nombre d'intellectuels, sans pour autant contester le caractère mondialement hégémonique des États-Unis, ont regretté les appels à la mobilisation nationale et européenne visant à contenir cette omnipuissance. Défenseurs de l'identité occidentale et de sa consolidation, ils ont critiqué comme vain et d'un autre âge le discours qui, en France, privilégie la perpétuation de l'autonomie sous ses formes nationale et européenne.

6 Les uns et les autres, avec des ambitions opposées, n'en privilégient pas moins une approche identique. Leurs discours s'inscrivent dans le cadre des rapports de force entre nations qui alimentent un discours théorique et des analyses centrées, en France, sur le lien transatlantique, dans sa dimension la plus immédiate, les États-Unis, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et l'Union européenne (UE)[8] [8] Arthur Paecht (sous la dir. ), Les relations transatlantiques. ...
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. Le reste du monde est perçu de façon inconsciente comme un champ de manœuvre et de débats secondaires ouverts aux acteurs internationaux majeurs, détenteurs de la puissance économique et militaire. L'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie en développement constitueraient l'espace naturel et privilégié, selon cette vision du monde, de l'ingérence sous toutes ses formes[9] [9] Ghassan Salamé, Appels d'Empire. Ingérence et résistances...
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 : économique, financière, humanitaire, écologique, démocratique, militaire. Bien que les contradictions soient profondes entre « euro-occidentaux » et « euro-multilatéralistes », tous ont en partage ce que Georges Corm a défini comme la mise en scène du monde par le prisme des puissances[10] [10] Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté. 1956-2003, Paris,...
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. De façon plus directe, pour l'ethnologue Marc Augé, adaptant la morale bien connue du fabuliste, « les rapports de force commandent les rapports de sens »[11] [11] Raphaël Bessis, Marc Augé, Dialogue avec Marc Augé autour...
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7 Les grandes questions concernant l'avenir du monde — la préservation des énergies fossiles, la protection des forêts, l'aptitude de l'OTAN à défendre le droit « hors zone », la diffusion des libertés politiques et économiques — opposent les tenants des deux écoles, « euro-occidentaux » et « euro-multilatéralistes ». Mais ils convergent sur un point fondamental : ce débat ne concerne que les membres du groupe très restreint des États qui comptent. Les contradictions, en effet, portent parfois sur le partage éventuel des responsabilités, en aucun cas sur l'élargissement du cercle des décideurs.

8 Mais, paradoxalement, les défenseurs de la multilatéralité n'intègrent les pays du Sud dans leur réflexion que de façon marginale. Les « périphéries », comme se définissent les pays d'Amérique latine[12] [12] L'Amérique latine a contribué à l'élaboration et à...
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— le Tiers État du monde en paraphrasant l'abbé Sieyès —, exigent toujours une part de responsabilité et de sens sur les affaires du monde[13] [13] Voir Amartya Sen, La démocratie des autres, Paris, Payot,...
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. Ils brouillent sur divers terrains — commerciaux, financiers, militaires, voire culturels — les débats de la commission trilatérale États-Unis, UE et Japon. Il suffit ici de rappeler, à titre d'exemple, l'étonnement étasunien, européen et japonais devant le blocage réussi de la Conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), organisée à Cancún en septembre 2003, par une vingtaine de pays représentant l'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie. La stratégie mise en place avec succès par le G 20 n'avait pourtant rien d'imprévisible. Un accord préalable signé par trois grands pays du Sud le 19 août 2003 — l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde —, l'avait matérialisée de façon publique. Mais cette coalition de pays n'ayant pas accès à la table de décision, leurs requêtes n'ont pas été prises en considération. Et ce d'autant plus que leurs intérêts agricoles et commerciaux étaient de surcroît jugés inconciliables[14] [14] Marc Laffineur, La conférence de Cancún. Un échec salutaire...
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9 Cette absence de regard sur les « périphéries » était à ce moment-là inattendue. L'arrivée à la Maison-Blanche de George W. Bush, un président mû par la « Destinée manifeste » légitimant l'usage de la force préventive au nom du bon droit, aurait pu permettre l'expression européenne d'une pensée géopolitiquement réactive, hétérodoxe et novatrice[15] [15] « [. . . ] il est maintenant courant d'envisager l'Europe,...
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10 Le désarroi européen de Cancún, les divisions de l'Europe pendant la crise irakienne, la paralysie de la diplomatie française en Afrique, le recours européen à des sanctions commerciales à l'égard de la Chine, la présence symbolique et financière de l'UE dans le Quartet au Proche-Orient — États-Unis, UE, Organisation des nations unies (ONU), Russie —, signalent un doute identitaire et une hésitation. La France, depuis l'été 2004, a significativement et publiquement donné à sa diplomatie une feuille de route modeste. Le recours à « l'influence » devient la ligne maîtresse de la défense d'intérêts[16] [16] Michel Barnier, « Discours d'ouverture, deuxième conférence...
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, dont on peine à définir les contours et la ligne de résistance. Le « lobbyisme », en effet, que ce soit dans les couloirs du Congrès des États-Unis, dans ceux de la Commission européenne ou de l'OMC, suppose une vision claire de l'acteur et de l'objectif qu'il entend défendre par cette voie, faute de pouvoir/vouloir le faire d'une autre façon.

11 Où sont ces intérêts ? Quels sont-ils ? Comment les exprimer ? Passent-ils par l'ingérence active et sans états d'âme derrière les États-Unis dans les théâtres du Sud ? Ou supposent-ils, faute d'expression nationale encore crédible, la quête d'une Europe-puissance apte à mobiliser en théorie les énergies éparses d'une Union qui peine à exister internationalement de manière lisible et active ? Les Suds ont-ils une place d'associés dans un modèle européen de gestion du monde ? Ou bien s'agit-il seulement de les instrumentaliser pour rassembler les Européens désireux d'équilibrer le rapport asymétrique avec les États-Unis, et d'offrir une option alternative à finalité strictement européenne pour contrer ceux qui, à la Commission européenne, et chez certains États membres de l'Union, partagent la vision globale des États-Unis ? La vision de l'Europe que peuvent avoir les pays du Sud ne renvoie-t-elle pas l'Europe à ce qu'elle est ? L'Europe fait-elle suffisamment sens par elle-même pour susciter une attente ou plus modestement pour projeter une image claire ?

12 Jacques Attali, dans sa dernière publication, a le mérite de poser directement les termes de l'alternative Europe / États-Unis. « Quand on se rendra compte qu'en 2030 l'UE et les États-Unis ne représenteront plus que 8 % de la population mondiale et 50 % des richesses, d'aucuns proposeront de rassembler les deux rives de l'Atlantique. Ce sera la fin du projet politique européen »[17] [17] Jacques Attali, La voie humaine. Pour une nouvelle social-démocratie,...
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13 Deux lignes de crête, en tous les cas, mériteraient d'être intégrées dans la réflexion théorique préalable à la prise de décision des euro-occidentaux comme des euro-multipolaires. Elles permettraient de mieux comprendre le doute des « tiers » pays à l'égard de l'Europe et d'assumer pleinement ou de corriger l'écart grandissant constaté entre « les vieux pays » et les périphéries du monde.

14 L'équipe actuellement au pouvoir à Washington défend une conception suzeraine des rapports transatlantiques. Cette politique universelle s'applique donc aussi, et pour la première fois de façon évidente et contraignante, à l'Europe. Le concept « d'arrière-cour », dont l'usage était jusqu'ici géographiquement limité à l'Amérique latine, concerne désormais l'Europe. Parallèlement, les pays du Sud, en particulier les plus grands d'entre eux, développent des stratégies Sud/Sud répondant à des logiques propres, de plus en plus indifférentes à l'Europe.

L'Europe comme extrême Amérique du Sud ?

15 Cette interrogation, pour certains, ce constat, pour d'autres, interpelle. Elle reflète une difficulté croissante, celle de percevoir en Afrique, en Amérique latine et en Asie l'image de l'Europe, sa volonté d'être elle-même et sa capacité éventuelle à assumer des choix qui lui soient propres.

16 La définition de l'Amérique latine comme « Extrême-Occident » inventée par Alain Rouquié[18] [18] Alain Rouquié, Amérique latine. Introduction à l'Extrême-Occident,Paris,...
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a une incontestable valeur historique et identitaire. Les bouleversements de l'ordre international de ces dernières années, la rudesse du rapport transatlantique, conduisent à proposer un renversement des termes de la définition. Bien que cela puisse contrevenir au sens commun européen, on peut se demander si l'Europe, deux siècles après l'Amérique latine, n'est pas à son tour tombée sous le joug de l'hyperpuissance nord-américaine.

17 La différence établie par Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense des États-Unis, entre la « Vieille » et la « Nouvelle Europe », a le mérite de la clarté et de la franchise. Si une partie de l'Europe résiste à son intégration dans une « république impériale »[19] [19] Raymond Aron, La république impériale. Les États-Unis...
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, qui n'a jamais autant mérité ce qualificatif qu'aujourd'hui, une autre Europe est en gestation, acceptant son asymétrie et le leadership de Washington.

18 Le commentaire a surpris et choqué beaucoup d'atlantistes historiques[20] [20] François Heisbourg, La fin de l'Occident ? L'Amérique...
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nostalgiques des fictions égalitaires cultivées par l'OTAN pendant la guerre froide et de la maïeutique démocrate pratiquée par William J. Clinton et ses collaborateurs[21] [21] Joseph S. Nye, Bound to Lead. The Changing Nature of American...
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. L'Allemagne, qui vient à peine de retrouver sa capacité d'expression internationale, mais aussi la France, membre permanent du Conseil de sécurité, se sont vues rappeler à l'ordre comme de quelconques républiques bananières. L'absence de considération pour les pays du Sud, au-delà d'un discours bien-pensant et paternaliste sur l'aide — de plus en plus humanitaire — et des remontrances sur les droits de l'homme, a empêché l'examen attentif de leur mode de fonctionnement international, de leur gestion de l'asymétrie de puissance. Cet examen, plus particulièrement centré sur ceux qui ont une expérience biséculaire de l'asymétrie en Amérique du Sud, aurait pourtant permis d'alimenter la réflexion des tenants de la « multipolarité ».

19 La mise en parallèle des situations européennes et latino-américaines paraît incongrue. L'examen de situations concrètes, tel celui proposé par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, conforte pourtant l'hypothèse. « En supposant que les États-Unis, écrit l'ancien ministre français, soient d'accord pour mettre sur un plan d'égalité un partenaire, les Européens [...] seraient-ils capables et disposés à l'assumer ? Pour répondre affirmativement ils devraient accomplir un effort immense pour [...] construire un projet de puissance raisonnable et imposer sa prise en compte aux États-Unis. Aujourd'hui, mises à part certaines attitudes secondaires, cette hypothèse ne repose sur aucune réalité »[22] [22] Hubert Védrine, « Inquiétudes et divergences occidentales »,...
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20 L'incapacité européenne d'aujourd'hui à relever le défi de l'asymétrie de puissance peut-elle être mise en parallèle avec celle de l'Amérique latine ? Les situations héritées ne sont pas identiques. Le seuil d'inégalité n'est pas le même. Pourtant, le constat d'une parenté de comportement impose son évidence. Les réactions européennes de ces dernières années renvoient une image qui reflète les comportements suivis par les pays d'Amérique latine.

21 L'acceptation d'une suzeraineté reposant d'abord sur la force et la puissance est une attitude partagée par certains sur les deux continents. Les leçons des guerres perdues, contre les États-Unis en Amérique latine, ou de conflits gagnés grâce aux États-Unis en Europe, ont été suffisamment fortes pour générer une attitude de vassalité consentie de part et d'autre de l'Atlantique. Le plus souvent acceptée sans être théorisée, elle a donné lieu, à certains moments historiques, à l'élaboration de doctrines de « souveraineté limitée » acceptées. En Amérique latine, un président colombien, Marcos Fidel Lopez Suarez, marqué par la perte de la province panaméenne dans les années 1920, a réduit les ambitions diplomatiques de son pays à un alignement vers « l'étoile polaire »[23] [23] Guillermo Fernández de Soto, Reflexiones sobre política...
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 : les États-Unis. La doctrine a été en quelque sorte sacralisée par une appellation latine : Respice polum. L'Argentine des années Menem, soixante-dix ans plus tard, a produit le « réalisme périphérique », connu dans sa forme popularisée par un ministre des Affaires étrangères sous le nom de « relation charnelle », perpétuation de la même intentionnalité[24] [24] Carlos Escudé, Realismo periférico. Fundamentos para la...
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. L'atlantisme européen repose sur le même constat. Porté par l'État européen qui a maintenu l'illusion de l'autonomie dans les années 1950, le Royaume-Uni, il a sanctionné l'abandon par les Européens de leur souveraineté militaire, déléguée aux États-Unis. En 2003, l'Espagne, s'appuyant sur le Royaume-Uni, le Portugal et les nouveaux pays ayant adhéré à l'UE, en a proposé une déclinaison plus engagée, qualifiée d'atlantique[25] [25] Jean-Jacques Kourliandsky, « Bilan des années Aznar :...
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. Ici encore la résignation commande le comportement vis-à-vis d'une situation vécue comme une fatalité irréversible.

22 L'attachement au respect du droit et à l'établissement de normes supérieures aux États a été opposé par l'Amérique latine, comme par certains Européens, à l'argument de la destinée manifeste donné par les États-Unis pour justifier un droit d'ingérence supérieur. Les Latino-américains ont inventé une doctrine, la doctrine Drago[26] [26] Gerardo Bra, La Doctrina Drago, Buenos Aires, Centro Editor...
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, pour contester par le droit le corollaire de Théodore Roosevelt de 1904 (« L'Amérique aux Américains »). L'Argentine, le Brésil et le Chili ont soutenu la création du Tribunal international de La Haye en 1907. Avec la même ardeur, plus récemment, beaucoup ont contesté le recours unilatéral à la morale universelle, utilisé par les États-Unis et l'OTAN pour habiller les interventions au Kosovo et en Afghanistan, ainsi que l'engagement armé en Irak. L'attachement aux normes de l'ONU est tout aussi fort chez une partie importante des États membres de l'Union, tant aux procédures de l'ONU concernant l'action armée contre un État membre, qu'aux délégations de souveraineté permises à des fins morales Cour pénale internationale (CPI) ou écologiques (Protocole de Kyoto). Le propos critique de Robert Kagan[27] [27] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse. Les États-Unis...
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, opposant Mars et Vénus, États-Unis et Europe, s'applique avec la même crédibilité à l'Amérique latine d'hier et d'aujourd'hui comme à l'UE, et ce de façon explicite depuis la victoire électorale du républicain G. W. Bush.

23 Des stratégies d'influence auprès des puissants ont été mises en œuvre en Europe comme en Amérique latine pour réduire les dépendances. Le lobbying diplomatique dans les couloirs du Congrès des États-Unis est un instrument intégré parmi d'autres qui fait l'objet d'un enseignement en Argentine et au Mexique[28] [28] Carina Miller, Influencia sin poder, Buenos Aires, Nuevohacer/ ISEN,...
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. L'influence a été, depuis l'été 2004, consacrée officiellement par la France comme élément articulateur de son expression extérieure[29] [29] Michel Barnier, op. cit. ...
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. De façon plus générale, ce mode de fonctionnement est celui des États postmodernes, selon la définition donnée par Robert Cooper, soucieux de parvenir à leurs fins en évitant les conflits.

24 La gestion militaire par les États-Unis de leur contentieux avec l'Irak de Saddam Hussein a permis de constater un parallélisme de comportements en Amérique latine et en Europe, entre « résistants », mettant en avant le droit international, et « résignés », acceptant de plus ou moins bon gré ou anticipant les demandes nord-américaines. À l'image de l'Europe, l'Amérique latine s'est elle aussi partagée entre « vieux » et « nouveaux » pays, pour reprendre la terminologie utilisée par D. Rumsfeld. Le défi bien connu au sud du Rio Grande de l'interventionnisme militaire des États-Unis, au nom d'une morale divine habillée selon les circonstances, a été posé pour la première fois aux Européens en 2003. Les uns ont cédé et participé aux opérations militaires. D'autres ont refusé de légitimer la guerre préventive. D'un côté on trouvait le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie et la Pologne avec la Colombie, la République dominicaine, le Nicaragua et le Salvador. De l'autre, l'Allemagne, la Belgique et la France, avec le Chili, le Mexique, le Brésil et l'Argentine.

Europe « stressée », indifférences périphériques

25 Ces divisions, aussi bien intestines qu'intercontinentales, ont alimenté un doute porteur d'indifférence. On savait l'unité latino-américaine plutôt rhétorique qu'effective. La crise irakienne a apporté la démonstration d'une absence d'identité européenne et donc d'affirmation d'une expression commune face aux défis extérieurs. Cette absence identitaire n'avait rien de particulièrement inattendu. Guy Hermet avait déjà illustré avec bien d'autres la difficulté à définir un espace de sens européen « affaibli par les rivalités internes du continent »[30] [30] Zaki Laïdi, op. cit. ...
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. Mais la démonstration concrète et lisible de cette difficulté, à l'occasion de la crise irakienne, a banalisé et déclassé l'Europe aux yeux de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie.

26 Pendant la guerre froide, la Chine avait bâti une théorie de l'équilibre international dans laquelle l'Europe et le Tiers Monde étaient appelés à jouer un rôle convergent. Pékin a aujourd'hui d'autres horizons, plus diversifiés, combinant des stratégies Sud/Sud, avec celles de coopération concurrente avec les États-Unis, l'Europe et le Japon. Le doute européen a été intégré dans les réflexions non seulement des Chinois, mais aussi de tous ceux qui, au Sud, s'efforcent de préserver une forme maximale d'autonomie. Dans les pays musulmans, écrit Georges Corm, on sait que « si l'Europe tente de mettre un peu d'eau dans le vin américain de la guerre totale et sans nuance au terrorisme, il lui est difficile pour autant de s'en détacher »[31] [31] Ibid. ...
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. Un ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Lafer, constatant l'approfondissement de l'effacement international de l'UE, absorbée par les emboîtements successifs de questions institutionnelles et identitaires mal résolues, en a conclu à la nécessité pour son pays et l'Amérique latine d'agir sans tenir compte d'un continent « stressé »[32] [32] Celso Lafer, La identidad internacional de Brasil, Buenos...
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27 Le Brésil du président Luiz Inácio Lula da Silva a inventé depuis trois ans la stratégie d'affirmation nationale, permettant au Brésil de prendre en compte avec réalisme le doute européen signalé par le ministre des Affaires étrangères de Fernando Henrique Cardoso. Adaptant aux circonstances actuelles la théorie chinoise des trois mondes, le Brésil a privilégié une diplomatie Sud/Sud porteuse d'autonomie potentielle qui a pris de court les États-Unis et l'UE. Proposant des alternatives d'intérêts partagés sur toute la gamme des activités extérieures propres aux États, le Brésil a cherché à constituer un noyau dur international avec de grands États d'Afrique et d'Asie. L'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine ont donné une crédibilité à l'intention brésilienne. D'autres États ont rapidement suivi dans chacun des continents, autour du Brésil en Amérique latine, de la Chine et de l'Inde en Asie, et de l'Afrique du Sud en Afrique. Au printemps 2005, le processus n'a toujours pas épuisé ses vertus. Cette réussite est-elle durable ? En tous les cas elle répondait à une attente commune aux pays éloignés de la zone centrale des décisions, qu'elles soient diplomatiques (membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU), économiques (membres du G 8, contributeurs principaux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale), ou militaires (détenteurs de l'arme atomique, membres de l'OTAN).

28 La réunion constitutive de l'alliance Afrique du Sud-Brésil-Inde, le 19 août 2003, a créé une dynamique nouvelle. Cette dynamique a répondu à la prise de conscience progressive que le nouvel ordre international de l'après-guerre froide ne permettait pas l'émergence d'un monde articulé autour et par l'ONU. Le droit d'ingérence que se sont accordés les pays vainqueurs, conduits par les États-Unis, principale innovation de la période, a été critiqué ou rejeté par les gouvernements de l'ancien Tiers Monde, au-delà de considérations morales et de leur identité politique, souvent différente et parfois contradictoire. L'intervention de l'OTAN au Kosovo, la mise en examen du général Augusto Pinochet à Londres, la pression exercée par les États-Unis sur Cuba, la guerre en Irak, relèvent de circonstances très différentes[33] [33] Valérie Niquet, « Les répercussions de la crise du Kosovo...
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. Toutes ont pourtant fait l'objet de réserves et de rejet par les États exclus de la décision d'ingérence. Ce rejet, bien que généralisé, avait été manifesté jusqu'à l'initiative brésilienne de façon désordonnée et dispersée. L'Europe, l'un ou l'autre de ses États, ou l'UE, avaient été jusque-là perçus comme un élément potentiel d'équilibre[34] [34] Max-Jean Zins, « La nouvelle cohérence de la politique...
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. L'expression extérieure de l'Union et de ses États membres, enlisée par ses multiples débats intérieurs, empêchée par les approches diverses ou contradictoires de ses composantes nationales, avait provoqué un doute croissant et une réévaluation dont témoigne l'appréciation de Celso Lafer, citée supra. L'expression pratique de la proposition mise en œuvre par le Brésil et avalisée par un certain nombre de grands États du Sud fait par principe délibérément abstraction de l'UE comme élément central d'équilibre international et de multipolarité. Elle n'exclut pas des convergences éventuelles, mais à partir d'une position préalable de mise à niveau de la part d'acteurs étatiques périphériques.

29 La première démonstration de la pertinence du choix manifesté par le Brésil a été faite dès le mois de septembre 2003 à Cancún, où se tenait une réunion de l'OMC. L'émergence du groupe, qui s'est fait connaître à ce moment-là sous le nom de G 20, a grippé le compromis acquis avant et parallèlement à la conférence par les États-Unis, l'UE et le Japon. Il a, par ricochet, mis en évidence la division fondamentale d'intérêts existant, au-delà des différences et divergences, entre pays du Nord et pays du Sud, entre pays ou réseaux de pays cumulant les facteurs de puissance et pays non dotés ou partiellement dotés de ces mêmes facteurs. L'articulation du Brésil, de la Chine et de l'Inde s'est consolidée au fil des mois. Brésil et Chine ont trouvé des complémentarités imprévues. Plusieurs visites bilatérales dont deux de haut niveau ont officialisé au travers d'accords une relation de forte intensité. La Chine est aujourd'hui le troisième partenaire commercial du Brésil. Elle a soutenu la candidature brésilienne à la direction de l'OMC. Elle défend également l'accès du Brésil à un siège de membre permanent du Conseil de sécurité sans pour autant assumer celui des associés asiatiques du Brésil au sein du G 4, coalition visant à mutualiser un objectif partagé par le Brésil, l'Inde, le Japon et l'Allemagne. L'Inde a, quant à elle, signé en janvier 2004 un accord l'associant au Mercosur[35] [35] Le Mercosur est le Marché commun sud-américain, regroupant...
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. Brésil et Inde ont également paraphé plusieurs traités bilatéraux.

30 Le Brésil a par ailleurs consolidé ses rapports avec ses voisins sud-américains. Il a autant de fois que nécessaire joué les bons offices pour apaiser les tensions internes ou bilatérales. Il a veillé à maintenir la dynamique du Mercosur tout en lui donnant une perspective régionale. Le principe d'une communauté sud-américaine a été acté au Pérou le 9 décembre 2004. Et un accord de coopération énergétique a été signé entre le Brésil et deux autres États producteurs de pétrole, l'Argentine et le Venezuela. Cette consolidation régionale lui a permis de faire entendre une voix sud-américaine sur la scène internationale. Pour la première fois dans l'histoire de l'ONU, au printemps 2004, en Haïti, des Latino-américains ont pris la responsabilité civile et militaire d'une opération de paix. Et en septembre de la même année, sous l'impulsion du Brésil, un noyau de pays latino-américains a entraîné deux pays européens, l'Espagne et la France, à présenter conjointement une initiative, concernant le combat contre la faim dans le monde, à l'Assemblée générale de l'ONU. Enfin, autre démarche novatrice, le 10 mai 2005, le Brésil et l'Amérique latine ont accueilli la Ligue des États arabes, zone d'influence traditionnelle des États-Unis et de l'UE. Le 2 mai 2005, à Washington, les États-Unis ont pris acte d'un nouveau rapport de force, en acceptant comme Secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), après un bras de fer de plusieurs semaines, un candidat chilien, soutenu par le Brésil, l'Argentine, le Chili, et le Venezuela, pays qui, depuis 2003 et au fil des mois, avaient tissé des alliances commerciales, énergétiques et diplomatiques mutuellement profitables.

31 En réussissant à canaliser sur des projets précis les ambitions autonomes et jusque-là dispersées d'États périphériques leaders dans leur zone géographique, la diplomatie du Brésil a fait émerger un acteur international nouveau, effectif et pourtant insaisissable. Les coalitions à géométrie variable qu'il a réussi à construire n'ont en effet aucune vocation à réanimer l'esprit de Bandoeng, un bloc non-aligné ou anti-impérialiste. Elles ne cherchent pas davantage à diviser les États centraux comme le prétendait pendant la guerre froide la diplomatie chinoise en essayant d'opposer les États-Unis à certains de leurs alliés européens. Et pourtant le pragmatisme brésilien, loin de toute définition idéologique conquérante, a, dans une certaine mesure, ouvert une brèche dans l'unipolarité en coagulant des alliances de circonstance sur des objectifs partagés avec des Latino-américains, des Asiatiques et des Africains. Les États-Unis et l'UE ont été contraints de s'en accommoder, voire de s'y associer. Loin des discours sur l'Europe-puissance, nécessairement rhétoriques compte tenu de la diversité des options nationales empêchant l'expression de l'identité commune nécessaire à son affirmation concrète, le Brésil a fait la démonstration de la pertinence des coopérations renforcées entre gouvernements unissant leurs efforts sur des projets partagés. Les alliés de ces coalitions en ont tiré collectivement des retombées positives pour leur développement et leur présence dans le monde, bien que leurs liens mutuels soient extrêmement variables, parfois éphémères ou bien appelés à se consolider. L'Europe, en s'élargissant, en éloignant un peu plus l'horizon d'une identité allant au-delà des reflets de souveraineté calqués avec fidélité sur les constitutions nationales, signalés à l'article I- 8 du traité établissant une Constitution pour l'Europe[36] [36] L'article I-8 du traité établissant une Constitution pour...
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, a sans doute perdu durablement la capacité d'être entendue, faute de savoir et de pouvoir exprimer un intérêt collectif. L'espace mondial, que l'on savait occupé par les États-Unis depuis la fin de la guerre froide, est aujourd'hui rempli, de façon plus modeste mais inattendue, du moins en Europe, par des puissances authentiquement émergentes agissant en réseaux à géométrie variable. Accaparés par l'état des relations transatlantiques et leurs difficultés institutionnelles, identitaires, économiques et sociales, les Européens, comme à Cancún, ne sont pas en situation de pouvoir comprendre, ni même de constater et encore moins d'agir sur un monde qui peut-être n'attend plus rien de particulier des méridiens de Greenwich, Paris et Bruxelles.

32 Le 11 mai 2005 à Brasilia, 12 pays d'Amérique du Sud et 22 du monde arabe ont décidé de soutenir le candidat de l'Uruguay à la direction de l'OMC, Carlos Pérez del Castillo, et ainsi d'affronter Pascal Lamy, candidat de l'UE soutenu par les États-Unis. La démarche a échoué. Mais elle a matérialisé une dérive croissante des ensembles géopolitiques européen, arabe et latino-américain. L'Europe, prise dans ses contradictions institutionnelles et identitaires, et dans une logique étrangère au concept de puissance, est de plus en plus perçue par les Suds comme une partie de l'Occident et de l'espace de sens nord-américain. L'Europe est ainsi renvoyée à son identité, toujours problématique, par ses partenaires éventuels. Mais comment « construire », a commenté l'économiste français Jean-Paul Fitoussi, « une stratégie de puissance dans (un) vide de souveraineté ? »[37] [37] Jean-Paul Fitoussi, La politique de l'impuissance, Paris,...
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Notes

[ 1] Karoline Postel-Vinay, L'Occident et sa bonne parole. Nos représentations du monde, de l'Europe coloniale à l'Amérique hégémonique, Paris, Flammarion, 2005.Retour

[ 2] Zaki Laïdi (sous la dir.), Géopolitique du sens, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.Retour

[ 3] François Constantin, « L'Afrique sub-saharienne du contresens au contrepoint ? », dans Zaki Laïdi (sous la dir.), Géopolitique du sens, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.Retour

[ 4] La Convention de Lomé organise la coopération des États membres de l'Union européenne (UE) avec les États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), dans le but de promouvoir et d'accélérer le développement économique, culturel et social de ces derniers.Retour

[ 5] Robert Cooper, La fracture des nations. Ordre et chaos du XXIe siècle, Paris, Denoël, 2004.Retour

[ 6] Hubert Védrine, « Pour une Europe-puissance », Politique internationale, no 106, hiver 2004-2005 ; Pierre Moscovici, Europe, une puissance dans la mondialisation, Paris, Le Seuil, 2001.Retour

[ 7] Pascal Lamy, La démocratie-monde. Pour une autre gouvernance mondiale, Paris, Le Seuil, coll. La république des idées, 2004 ; Jean-François Revel, L'obsession anti-américaine. Son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences, Paris, Plon, 2002 ; Jean-Marie Colombani, Tous Américains ? Le monde après le 11 septembre 2001, Paris, Fayard, 2002 ; Xavier de C*** (Régis Debray), L'édit de Caracalla ou plaidoyer pour les États-Unis d'Occident, Paris, Fayard, 2002 ; Philippe Roger, L'ennemi américain. Généalogie de l'antiaméricanisme français, Paris, Le Seuil, 2002.Retour

[ 8] Arthur Paecht (sous la dir.), Les relations transatlantiques. De la tourmente à l'apaisement ?, Paris, IRIS/PUF, coll. « Enjeux stratégiques », 2003.Retour

[ 9] Ghassan Salamé, Appels d'Empire. Ingérence et résistances à l'âge de la mondialisation, Paris, Fayard, 1996 ; Jean-Christophe Rufin, L'Empire et les nouveaux barbares. Ruptures Nord-Sud, Paris, Hachette, 1992.Retour

[ 10] Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté. 1956-2003, Paris, Gallimard, coll. Folio/Histoire, 2003.Retour

[ 11] Raphaël Bessis, Marc Augé, Dialogue avec Marc Augé autour d'une anthropologie de la mondialisation, Paris, L'Harmattan, 2004.Retour

[ 12] L'Amérique latine a contribué à l'élaboration et à la popularisation de la théorie de la dépendance, en particulier par les apports de Fernando H. Cardoso et de Raúl Prebisch.Retour

[ 13] Voir Amartya Sen, La démocratie des autres, Paris, Payot, 2005.Retour

[ 14] Marc Laffineur, La conférence de Cancún. Un échec salutaire pour l'OMC ?, Paris, Assemblée Nationale, Délégation pour l'Union européenne. Document d'information no 1210, novembre 2003.Retour

[ 15] « [...] il est maintenant courant d'envisager l'Europe, non plus comme une forme spécifique de communauté politique [...] mais comme une puissance faisant contrepoids à l'Amérique [...] cela est [...] une régression », Karoline Postel-Vinay, op. cit. p. 197.Retour

[ 16] Michel Barnier, « Discours d'ouverture, deuxième conférence des ambassadeurs », Paris, ministère des Affaires étrangères, 26 août 2004.Retour

[ 17] Jacques Attali, La voie humaine. Pour une nouvelle social-démocratie, Paris, Fayard, 2004.Retour

[ 18] Alain Rouquié, Amérique latine. Introduction à l'Extrême-Occident,Paris, Le Seuil, 1986.Retour

[ 19] Raymond Aron, La république impériale. Les États-Unis dans le monde, Paris, Calmann-Lévy, 1973.Retour

[ 20] François Heisbourg, La fin de l'Occident ? L'Amérique latine, l'Europe et le Moyen-Orient, Paris, Odile Jacob,2005.Retour

[ 21] Joseph S. Nye, Bound to Lead. The Changing Nature of American Power, New York, Basic Books, 1990.Retour

[ 22] Hubert Védrine, « Inquiétudes et divergences occidentales », Commentaire, no 104, hiver 2003.Retour

[ 23] Guillermo Fernández de Soto, Reflexiones sobre política internacional, Bogotá, Kimpres, 1992.Retour

[ 24] Carlos Escudé, Realismo periférico. Fundamentos para la nueva política exterior, Buenos Aires, Planeta, 1992.Retour

[ 25] Jean-Jacques Kourliandsky, « Bilan des années Aznar : l'affirmation nationale et atlantique de l'Espagne », La revue internationale et stratégique, no 54, été 2004.Retour

[ 26] Gerardo Bra, La Doctrina Drago, Buenos Aires, Centro Editor de América Latina, 1990.Retour

[ 27] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse. Les États-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial,Paris, Plon, 2003.Retour

[ 28] Carina Miller, Influencia sin poder, Buenos Aires, Nuevohacer/ISEN, 2000.Retour

[ 29] Michel Barnier, op. cit.Retour

[ 30] Zaki Laïdi, op. cit.Retour

[ 31] Ibid.Retour

[ 32] Celso Lafer, La identidad internacional de Brasil, Buenos Aires/Mexico, Fondo de cultura económica, 2002.Retour

[ 33] Valérie Niquet, « Les répercussions de la crise du Kosovo en Asie » et Jean-Jacques Kourliandsky, « Amérique latine, le malentendu kosovar », La revue internationale et stratégique, no 36, hiver 1999-2000.Retour

[ 34] Max-Jean Zins, « La nouvelle cohérence de la politique étrangère de l'Inde », Relations internationales et stratégiques, no 22, été 1996.Retour

[ 35] Le Mercosur est le Marché commun sud-américain, regroupant l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.Retour

[ 36] L'article I-8 du traité établissant une Constitution pour l'Europe est une transposition d'articles existant dans les lois fondamentales d'États souverains (art. 2 de la Constitution française par exemple).Retour

[ 37] Jean-Paul Fitoussi, La politique de l'impuissance, Paris, Arléa, 2005.Retour

Résumé

Avec la fin de la guerre froide et l'affirmation des États-Unis comme hyperpuissance, le rôle de l'Europe, dans ce nouveau contexte, se pose avec une particulière acuité pour les autres pays du monde. L'Union européenne est-elle capable d'exister de manière lisible et active dans un monde en quête d'une multipolarité affirmée ? Peut-elle être envisagée comme un élément central de l'équilibre international par les différents « Suds » ? Ou bien est-elle incapable de surmonter ses divisions et de transcender ses problèmes institutionnels, économiques et sociaux ? Est-elle condamnée à accepter la suzeraineté des États-Unis, comme jadis les pays d'Amérique latine ? Ces questions renvoient inévitablement à s'interroger sur sa stratégie de puissance, sa souveraineté et, en définitive, sur son identité.



Does Europe Make Sense for the Southern Countries ?
With the end of the Cold War and the assertion of the United States as a superpower, Europe's role is becoming a serious issue for the other countries of the world. Is the EU able to exist effectively, with a clear and active policy, in a world that pursues an asserted multipolarity ? Can it be considered as the core of the international balance by the different countries of the « South » ? Or is it unable to overcome its divisions and transcend its institutional, economic and social problems ? Is it condemned to accepting the suzerainty of the United States as the Latin American countries did in the past ? Answering these questions inevitably leads to rethink its power strategy, its sovereignty and, ultimately, on its identity.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Jean-Jacques Kourliandsky « L'Europe fait-elle sens pour les pays du Sud ? », Revue internationale et stratégique 3/2005 (N°59), p. 71-82.
URL :
www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2005-3-page-71.htm.
DOI : 10.3917/ris.059.0071.