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S'inscrire Alertes e-mail - Revue internationale et stratégique Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezOptimiser nos atouts et développer les pôles de compétitivité
AuteurSerge Bellanger du même auteur
Président de l'Union des Chambres de commerce et d'industrie françaises à l'étrangerÀ l'heure de la mondialisation et du marché planétaire, productivité et compétitivité sont au cœur d'une politique économique de croissance. Ce sont deux mots clés pour les entreprises et les gouvernants. Les entreprises doivent poursuivre leurs investissements sur le territoire national pour créer des emplois et nourrir leur développement. Mais l'objectif est aussi d'inciter ces entreprises françaises à saisir les opportunités de croissance sur les marchés extérieurs. En 2005, la France s'est classée au premier rang des investissements directs à l'étranger.
2 L'attractivité territoriale est aussi un enjeu important pour l'investissement international. Et dans ce contexte, la France a été, en 2005, le second pays d'accueil en Europe, derrière le Royaume-Uni.
3 Au centre de cette stratégie de développement, la France a souhaité placer les pôles de compétitivité que sont ces espaces de fertilisation de croissance entre entreprises, centres de recherches, universités et acteurs financiers. C'est aussi, culturellement, un engagement dans une démarche partenariale pour la promotion de projets communs innovants. Un marché planétaire sans frontière implique la mise en œuvre de politiques économiques qui répondent aux enjeux de la mondialisation.
Les nouvelles tendances de l'économie mondiale
4 On remarque tout d'abord une désindustrialisation des économies avancées au profit de pays émergents et une croissance de l'économie des services et du savoir. Aux États-Unis, par exemple, les emplois générés par l'industrie, qui représentaient 20 % de la population active en 1979, n'en représentent que 11 % en 2006, et 50 % des produits manufacturés sont importés. D'autres pays accusent la même tendance.
5 C'est aussi la progression du commerce mondial (augmentation de 25 % depuis trois ans) et la montée en puissance de nouveaux marchés comme la Chine ou l'Inde, qui modifient progressivement la configuration des échanges commerciaux et des investissements directs. Les statistiques du commerce extérieur ne permettent plus aujourd'hui d'apprécier à leur juste valeur les performances nationale et internationale d'une économie, compte tenu de l'importance des investissements directs étrangers, des échanges intrasociétés et du commerce international dit de « transit ». À titre d'illustration, le chiffre d'affaires des filiales d'entreprises françaises aux États-Unis représente sept fois le montant de nos exportations vers ce pays. 40 % de celles-ci sont des échanges intergroupes. Le même constat peut être établi pour les échanges et les investissements directs entre l'Europe et les États-Unis. Les statistiques des échanges internationaux ne sont donc plus aujourd'hui une référence significative pour la mesure d'une performance économique. Nous avons besoin de nouvelles grilles de lecture pour apprécier cette compétitivité nationale et affiner les analyses comparatives.
6 Le troisième constat concerne les pays à forte croissance qui ont investi dans les nouvelles technologies, la recherche, le développement et la réforme de leurs systèmes d'éducation et de formation. Certes, c'est le cas de grand pays comme les États-Unis ou le Japon, mais c'est également vrai pour des pays plus petits tels les pays nordiques, qui ont réussi leur mutation.
7 La France est un peu à la traîne, avec un budget de recherche et de développement qui représente 2,2 % de son PNB, loin derrière les États-Unis ou le Japon. Par exemple, il n'existe aucune entreprise française parmi les trente premières sociétés mondiales qui ont le plus investi dans les nouvelles technologies. Les États-Unis ont investi, en 2005, 110 milliards de dollars dans la recherche et le développement des secteurs santé, énergie et défense. Le budget des pôles de compétitivité français semble un peu faible par rapport à ces chiffres. Et pourtant, la France a, depuis des siècles, apporté une riche contribution au développement de la science et de la technologie. Mais aujourd'hui notre politique d'innovation manque de dynamisme.
8 Les flux financiers se sont aussi intensifiés en direction des pays émergents alors que les pays riches accusent pour une large part un déficit public. Cette situation affecte le financement de projets collectifs stratégiques, qui conduit les gouvernements à rechercher des partenariats publics-privés pour accompagner la croissance.
9 Enfin, la mondialisation a accéléré le processus de réflexion sur l'évolution des modèles socio-économiques. Mais la France, elle, reste prudente dans son approche, ayant tendance à assimiler globalisation et américanisation de l'économie, qui freine sa mutation vers un capitalisme moderne. La France a encore trop souvent une image de pays conservateur qui ne semble pas être engagé pleinement dans le jeu de la mondialisation. Lors d'un récent sondage sur l'économie de marché réalisé aux États-Unis avant la visite du Premier ministre chinois, 75 % des Américains et 73 % des Chinois étaient en faveur de la concurrence économique, alors que les Français n'étaient que 36 %. Aujourd'hui, un débat sur l'évolution du capitalisme se développe en Europe. Il s'agit d'examiner dans quelle mesure, sans entrer dans un capitalisme sauvage, on peut s'adapter aux nouvelles réalités économiques et réconcilier ainsi le social avec l'économique et la concurrence. La France pourrait s'en inspirer mais elle reste absente de ce débat.
Quel regard portent les étrangers sur la France d'aujourd'hui et son attractivité ?
10 La France possède de nombreux atouts. Elle n'a pas à rougir de sa performance globale. En effet, elle représente 1 % de la population mondiale et, pourtant, est le sixième acteur économique mondial, le cinquième exportateur de produits et le quatrième exportateur de services au monde. Ces statistiques démontrent que les fondamentaux de notre économie sont sains.
11 Nous pourrions également rappeler que toutes les études et sondages sur les investissements internationaux montrent que les étrangers apprécient la facilité d'installation dans notre pays, la qualité de nos infrastructures ou encore la qualité de l'environnement et de nos ressources humaines. 25 % des premières 2 500 sociétés françaises sont d'origine étrangère. Et pourtant, cette réalité est mal perçue. Nous apparaissons comme un pays frileux, inquiet, voire protectionniste. En définitive, nous avons à l'étranger une image ambiguë que nous devons corriger. À titre d'exemple, la politique des 35 heures est critiquée alors que nous détenons le second taux de productivité horaire dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), devant l'Allemagne, les États-Unis et le Japon. Nous sommes souvent taxés de protectionnisme, et pourtant, 45 % des sociétés du CAC 40 sont détenues par des fonds de placement anglo-saxons. Cette situation est sans équivalent dans une autre grande puissance économique. Ces quelques exemples mettent en valeur le fort décalage entre les réalités économiques françaises et la perception de notre pays à l'étranger. Nous devons prendre conscience de cet enjeu.
Les défis imposés par l'économie mondiale
12 À l'heure où l'économie se mondialise, la France a quatre grands défis à relever.
13 Le premier est celui de l'innovation industrielle. Il faut mener une politique de recherche et de développement plus ambitieuse et plus dynamique. Une mobilisation autour des pôles de compétitivité peut jouer un rôle moteur mais la réussite dépendra de notre capacité à associer les efforts privés et publics.
14 Le second défi est d'ordre culturel et social. Nous devons modifier nos comportements, lever les ambiguïtés de notre système socio-économique et afficher des ambitions et des engagements plus forts dans une économie mondiale.
15 Le troisième défi est celui de la communication extérieure. Nous avons réalisé de nombreux progrès dans ce domaine, en particulier grâce aux efforts de l'Agence française des investissements internationaux (AFII), des ambassades et des entreprises. Mais il nous faut aller plus loin pour mieux expliquer notre performance économique globale sur les grands marchés étrangers.
16 Enfin, le quatrième défi est structurel. Un environnement économique réglementaire et fiscal plus favorable permettrait à nos PME-PMI de conforter leur croissance et d'atteindre ainsi une taille critique pour faire face à la concurrence mondiale.
17 Ainsi, la France a beaucoup d'atouts et de compétences pour affronter, sans a priori, les réalités d'une économie moderne et ouverte. Mais nous devons agir rapidement pour rester dans le peloton de tête des économies mondiales.
PLAN DE L'ARTICLE
- Les nouvelles tendances de l'économie mondiale
- Quel regard portent les étrangers sur la France d'aujourd'hui et son attractivité ?
- Les défis imposés par l'économie mondiale
POUR CITER CET ARTICLE
Serge Bellanger « Optimiser nos atouts et développer les pôles de compétitivité », Revue internationale et stratégique 3/2006 (N°63), p. 133-136.
URL : www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2006-3-page-133.htm.
DOI : 10.3917/ris.063.0133.




