Revue internationale et stratégique
Dalloz

Institut des relations internationales et stratégiques

I.S.B.N.2247066674
232 pages

p. 177 à 178
doi: en cours

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Dossier - Quelle place pour la France dans le monde ?

N°63 2006/3

2006 Revue internationale et stratégique Dossier - Quelle place pour la France dans le monde ?

Réanimer les grands réseaux de l'influence française

Roselyne Bachelot-Narquin Députée européenne (PPE)
On a souvent réduit l'influence d'un pays à sa capacité diplomatique et militaire. De plus en plus, d'autres réseaux organisent l'influence d'un pays, souvent en relation avec le pouvoir politique, parfois en l'ignorant, en le précédant et même en le combattant. Trois types de réseaux sont particulièrement impliqués : les entreprises, les partis politiques et les organisations non gouvernementales. Force est de constater que la France n'active ces leviers que de façon très réticente.
Pour ce qui concerne les entreprises françaises, l'attitude très allante du président de la République — qui ne craint pas de se déplacer à l'étranger escorté de grands patrons — contraste avec la frilosité de la classe politique française. Cette frilosité reflète bien l'opinion publique française, seule parmi les grands pays occidentaux, à rejeter majoritairement l'économie de marché, comme l'a démontré une étude de l'université du Maryland en mars 2006. A contrario, en avril 2006, les débats au Parlement européen sur la directive REACH (qui vise à réglementer l'enregistrement et l'évaluation des produits chimiques) ont souligné l'existence d'une grande synergie entre la droite et la gauche allemande pour défendre les intérêts de l'industrie chimique de leur pays, attitude totalement impensable en France.
Le deuxième réseau d'influence essentiel est représenté par le politique. Les partis politiques français sont pratiquement dépourvus d'influence sur la scène internationale et surtout européenne. Une des causes est à rechercher dans le système de financement des partis qui empêche l'appel de fonds des entreprises. Les formations politiques françaises sont ainsi dans l'incapacité d'assumer les coûts d'un réseau international. On reste rêveur devant les structures internationales de pays étrangers comme la fondation Adenauer en Allemagne ou encore l'International Republican Institute (IRI), fondation du Parti républicain américain.
Ce manque d'influence peut aussi s'expliquer par la « renationalisation » du Parti socialiste français, mise en lumière lors de la dernière campagne référendaire et à l'occasion du partage de la présidence du Parlement européen entre les deux groupes majoritaires, le Parti populaire européen (PPE) et le Parti socialiste européen (PSE), lors des élections de juin 2004. La délégation française du PSE, qui en constitue la délégation la plus importante, a refusé d'installer Michel Rocard dans le fauteuil de président du Parlement européen qui devait revenir pour deux ans et demi à un membre du PSE. Cela aurait pourtant était un moyen d'influence extraordinaire pour la France. Il a sans doute refusé pour ne pas que cela interfère avec les élections présidentielles de 2007. De la même façon, le Parti socialiste français, renonçant au concept d'Internationale socialiste, s'est retrouvé totalement isolé lors du débat sur la directive Bolkenstein concernant les services et a ainsi voté contre le compromis obtenu entre le Parti populaire européen (PPE) et le Parti socialiste européen (PSE) en février 2006.
La France est aussi absente du réseau des organisations non gouvernementales, qui devient pourtant de plus en plus important en termes d'influence, notamment dans les domaines de l'écologie et de l'environnement. Ces organisations non gouvernementales (ONG) peuvent être de grandes organisations internationales. On peut citer les grands lobbies environnementaux, dotés d'importants moyens d'interférence dans le politique et au sein d'institutions productrices de normes, comme Greenpeace, Birdlife ou World Wildlife Found (WWF). L'inspiration de ces ONG est essentiellement anglo-saxonne. Malgré tout, certaines organisations françaises jouissent d'un grand prestige, en particulier les organisations humanitaires d'urgence, les french doctors. Elles effectuent un travail remarquable, mais une fois la crise apaisée, ce sont souvent d'autres pays qui tirent les bénéfices politiques et économiques de leurs actions. À se déplacer sur le terrain de l'humanitaire, on constate que certains pays développent des techniques très performantes d'entrisme des traditions locales. Leurs ressortissants apprennent des langues vernaculaires et peuvent ainsi devenir des conseillers politiques très influents près des chefs coutumiers. Ils entreprennent ainsi une véritable action d'influence politique en profondeur alors que les Français privilégient l'influence diplomatique à court terme. La mauvaise conscience, née de notre passé colonial, nous interdit ces démarches.
Si l'on ajoute à cela les difficultés dans la rénovation des réseaux d'informations télévisées et radiophoniques et le constant appauvrissement des établissements culturels et éducatifs français installés à l'étranger, on constate que les grands outils de l'influence sont à animer et à réanimer pour notre pays.
Et pourtant, ce sont toutes ces structures qui peuvent être les relais primordiaux pour enfin remédier aux insuffisances structurelles de la gouvernance mondiale, dont le déficit démocratique est écrasant. En effet, alors que les acteurs non étatiques de la société civile se multiplient, ils ne sont quasiment pas représentés aux Nations unies et dans les institutions issues des accords de Bretton-Woods (le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et ce qui est devenu aujourd'hui l'Organisation mondiale du commerce). Pour retrouver l'influence perdue, c'est à un patient travail de reconstruction de ses réseaux d'influence politique et technique que la France est conviée.
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