2007
Revue internationale et stratégique
Dossier - Est-il permis de critiquer l'islam ?
Éditorial
Pascal Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)
Plus un sujet est sensible, moins il est possible d'organiser un véritable débat à son propos. Même la véritable controverse, au sens noble du terme, n'est plus possible. Elle est défigurée par les diabolisations de celui qui ne pense pas de la même façon et le penchant à l'autocélébration de ceux qui partagent les mêmes analyses. La tradition intellectuelle française est en souffrance et la multiplication des débats cache mal celle des anathèmes stériles (et souvent qui ne sont pas menés de façon ouverte et transparente) ou des entreprises de manipulations.
Fidèles à sa philosophie et à ses méthodes de travail, l'IRIS a décidé de consacrer un numéro de sa revue à un sujet qui a déclenché la polémique : « Est-il permis de critiquer l'islam ? ». Nous avons adressé à une quarantaine d'auteurs potentiels, venant d'horizons politiques et philosophiques différents, leurs contributions en toute liberté. Une grande partie a répondu, d'autres ont décliné notre invitation pour des raisons très différentes, faute de temps, faute d'être confortable avec le sujet, etc. L'absence de contribution venant de l'UMP et de l'UDF est un dommage collatéral des élections présidentielles. Les deux responsables de ces formations qui avaient accepté notre invitation, ont été accaparés par la campagne électorale et n'ont pu à leur grand regret fournir un texte. Le lecteur pourra trouver que curieusement ce dossier manque de signatures d'intellectuels ou de responsables musulmans. Nous en avons pourtant contacté plus d'une demi-douzaine qui tous, pour des raisons diverses ont décliné notre invitation.
Quelques-uns des intellectuels les plus engagés pour dénoncer l'impossibilité de critiquer l'islam n'ont pas jugé bon de donner suite à notre proposition de s'exprimer librement sur le sujet. Ce qui prouva au moins qu'ils estiment qu'il existe pour eux suffisamment d'autres espaces de liberté et je m'en félicite.