2007
Revue internationale et stratégique
Dossier - Est-il permis de critiquer l'islam ?
Questionner les textes religieux
Marek Halter
Écrivain, président des universités françaises de Russie, parrain de SOS Racisme et de l'association Ni Putes Ni Soumises
Peut-on critiquer l'Islam ? Bien entendu. « Nulle contrainte en matière de religion » dit le Coran lui-même (11 ; 257). Libres penseurs ou croyants, nous avons le droit et même le devoir de questionner un texte religieux ou politique surtout quand il sert à asseoir un pouvoir. Et nous sommes appelés à combattre tous ceux qui les interprètent de manière à justifier leurs crimes.
Je sais qu'aucun dogme, et de surcroît parmi ceux qui se veulent révélés, n'accepte la critique. Ceux qui, au Moyen Âge, ont essayé au sein même de l'Église de discuter ses dogmes ont été brûlés sur la place publique. Le judaïsme n'a tué personne au nom de la foi mais n'a pas manqué de persécuter et d'excommunier, ce fut le cas de Spinoza. L'Islam n'échappe pas à la règle.
« N'insultez pas ceux qui prient en dehors d'Allah » dit le Coran (Les Troupeaux) (6 ; 108). On peut en effet débattre sans s'insulter. Le débat n'était pas rare au sein de l'islam entre philosophes et théologiens. Des textes en témoignent. « Les divergences d'opinion dans ma communauté, dit encore le Coran, sont une manifestation de la miséricorde divine ». Cela n'a pas empêché les théologiens musulmans de brûler les Å“uvres d'Averroès, le fameux commentateur musulman d'Aristote. Pour ma part, je préfère critiquer un Mahmoud Ahmadinejad qui, au nom d'Allah, étouffe toute expression libre dans son pays, mais pas le Coran, qu'il prend à témoin.
Dans le Coran, comme dans tous les livres sacrés qui représentent une compilation de textes conçus à des périodes différentes, on trouve une multitude d'affirmations contradictoires. Le Prophète y réagit souvent aux événements qui le touchent personnellement ou qui touchent à sa communauté de croyants. Communauté, à ses débuts bien mince, qui fuit l'hostilité des habitants de La Mecque, pour se réfugier à Médine où elle se trouve longtemps encore en conflit avec les tribus polythéistes, juives ou christianisées. C'est avec elles que Mahomet règle ses comptes dans nombre de sourates.
Les jeunes musulmans du XXIe siècle s'élèveront tôt ou tard, comme ils le font déjà en Iran même, contre un ordre qui réglementait une société du VIIe siècle. Ils s'élèveront contre les théocraties d'aujourd'hui, contre la notion par exemple de jihad présentée par tous les extrémistes musulmans comme une obligation, comme une guerre sainte contre les « infidèles » et leur influence, c'est-à-dire contre la modernité et la liberté aussi bien des hommes que des femmes. La plupart des théologiens musulmans s'accordent à présent pour traduire le mot jihad en lutte que chaque individu doit, selon l'islam, mener contre le mal qui l'habite.
Les religions m'intéressent parce que leurs textes représentent une partie de notre « roman familial ». Il ne s'agit pas de nous imposer, mais d'aider ceux qui, au sein de chacune de ces grandes religions, ont entrepris de répondre aux exigences de l'humanité après la Seconde Guerre mondiale.