UN NOUVEL APLOMB SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE ?
Comment la Russie voit-elle le monde ? Éléments d'analyse d'une politique étrangère en mutation
Laure Delcour
Depuis plusieurs années, la Russie est plus présente et plus offensive sur la scène internationale. L'emploi d'une rhétorique très ferme, l'usage de l'arme énergétique et l'opposition à l'Occident sont fréquemment interprétés à travers le prisme du retour à la puissance perdue. Pourtant, ces crispations reflètent davantage une crise d'adaptation et une politique étrangère hybride qu'une rupture dans le rapport au monde. Dans ce contexte, le recours à des rapports de force ou méthodes de déstabilisation éprouvées du temps de l'URSS s'apparente à un réflexe. Alors que la diplomatie russe repose sur des fondements – la vision d'un monde multipolaire, la conscience d'une spécificité – peu susceptibles de changer, l'attention portée à de nouveaux instruments (l'image, la langue) reflète une quête d'influence plus que de puissance.
How Does Russia See the Wolrd ? Analysing a Changing Foreign Policy
Over the last few years, Russia has become more involved and offensive in the international arena. The use of firm rhetoric, the political power stemming from natural resources and opposition to the Western world are frequently interpreted as a return to lost power. Nevertheless, the Russian tensions reflect a helplessness and an adaptation crisis rather than a profound change in the relationship to the world. In this context, the resort to force or methods of destabilization can be analysed as a reflex remaining from the time of the USSR. Whereas Russian diplomacy is based upon principles – its vision of a multilateral world, the awareness of a specificity –, little susceptible to change, the attention accorded to new instruments (image, language) reflects a search for influence rather than for power.
• D'une logique d'affirmation à une logique d'opposition ? Discours et pratiques d'un acteur international spécifique
• De la puissance à l'influence ? La diplomatie russe en mouvement
— Effacer l'image de « l'ours ivre » : les débuts d'une diplomatie communicante
— La nécessaire réinvention des modes de politique étrangère : les prémisses d'un soft power à la russe