• Une histoire de la reconstruction européenne À propos de l’ouvrage :
— Après-guerre. Une histoire de l’Europe depuis 1945 / Tony Judt, Paris, Armand Colin, 2007, 1 026 p. (traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, version originale Postwar : A History of Europe since 1945, 2005).
— L’écriture de l’« histoire de l’Europe après 1945 » : se défaire des illusions rétrospectives / Professeur à la New York University, T. Judt y dirige l’Institut Eric Maria Remarque qu’il a fondé en 1995. On lui doit, notamment, de nombreux travaux sur les intellectuels français d’après-guerre. Œuvre originale et foisonnante par les interprétations proposées et la somme des événements historiques analysés, Après-guerre l’est aussi par les sources d’inspiration revendiquées par l’auteur pour l’écriture d’une telle histoire. Outre l’importante bibliographie consignée en fin d’ouvrage, l’auteur dit en effet avoir puisé autant chez l’historien marxiste Eric J. Hobsbawm (L’âge des extrêmes, 1999) que chez l’historien français François Furet (Le passé d’une illusion, 1995)., Pour T. Judt, l’histoire de l’Europe depuis 1945 ne saurait se lire uniquement comme l’« histoire de la construction européenne », entendue comme histoire de la CEE/UE. L’après-guerre européen correspond davantage à une « histoire de la reconstruction du continent européen », c’est-à-dire une histoire de la reconstruction des États de l’ensemble de l’espace européen, en rupture avec la vision réductrice des histoires de la « construction communautaire européenne » qui domine de nombreux travaux et qui constitue le discours communément admis.
— Une histoire totale des transformations européennes depuis 1945 / C’est bien de cette révolution européenne, inimaginable en 1945, dont il est question dans le livre de T. Judt. Comment, sur les décombres de la guerre civile européenne, les États européens, dans leur ensemble, ont-ils réussi à se reconstruire pour former l’Europe d’aujourd’hui ? L’histoire de l’Europe depuis 1945, pour T. Judt, c’est l’histoire matérielle et mentale d’une reconstruction. Or, pour retracer une telle histoire, il importait, non pas de partir de la réalité du continent unifié, ni même de son projet, mais de la réalité matérielle et intellectuelle du continent en 1945. Celle-ci se confond alors avec la dévastation politique, économique, sociale, morale d’un espace divisé entre des États qui vont chacun entreprendre leur reconstruction. , L’histoire de l’Europe se fait totale, parce qu’elle se fait tout à la fois histoire politique et histoire diplomatique, mais aussi et surtout, histoire économique, sociale, culturelle, intellectuelle. Elle s’applique à l’ensemble de l’Europe, c’est-à-dire à l’« Europe de l’Ouest » et à l’« Europe de l’Est ». Ainsi, T. Judt nous entraîne dans les coulisses diplomatiques du règlement de l’immédiat après-guerre et fait revivre les événements qui conduisent à l’installation progressive de ce l’on nommera par la suite la guerre froide. Il revient alors, entre autres, sur les positions de la Grande-Bretagne dans le règlement de l’après-guerre, les réflexions sur l’ordre mondial qui se met en place, le rôle des États-Unis, l’attitude de l’URSS, le rapport à l’Allemagne, l’obtention par la France d’un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, la création de l’OTAN... Il décrit, pays par pays, l’installation des régimes communistes en Europe de l’Est. Tout ça en insistant sur le fait que cette histoire n’est pas écrite à l’avance, ce qui lui permet ainsi d’écrire également l’histoire des possibles échoués, c’est-à-dire l’histoire incertaine et foisonnante d’un temps incertain et instable. Ce qui n’aurait pu s’apparenter qu’à une nouvelle histoire diplomatique de l’après-guerre prend toute son épaisseur lorsque, tout au long des quatre parties, T. Judt lui adjoint également une histoire intellectuelle et culturelle de la période concernée. Pour l’immédiat après-guerre (1945-1953), le chapitre consacré à ce qu’il appelle les « guerres culturelles » (chapitre 7) s’attache à montrer comment le clivage politique et idéologique entre communiste et anticommuniste divise également les sociétés et traverse l’ensemble du monde intellectuel et culturel européen.