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Journal des anthropologues

2013/3 (n° 134-135)


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É difices remarquables et espaces ordinaires aux xx e et xxi e siècles. Dialogue entre architecture et anthropologie : tel était le titre provisoire que nous donnions au dossier qui suit lors de la diffusion de l’appel à articles. Il témoignait déjà, pour qui était attentif, de l’espoir que les anthropologues se saisissent à nouveau de l’architecture comme objet de recherche, qu’ils sortent de leur vision de sens commun sur l’architecture savante contemporaine, qu’ils pensent l’articulation entre espace, matérialité et phénomène de culture. Par ce souhait, nous espérions également entamer une discussion avec les architectes sur leurs usages et appréciations des sciences sociales.

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La généalogie de ce numéro dit beaucoup de nos intentions et des limites auxquelles nous nous sommes heurtés. Comme nous en évoquions la problématique auprès d’un collègue architecte et sociologue dont nous tairons le nom, il nous disait son intérêt pour l’initiative, mais sa quasi-certitude que nous n’obtiendrions pas assez de matière : selon lui, y compris aux États-Unis dont il est spécialiste, non seulement trop peu d’anthropologues ou de sociologues travaillaient sérieusement l’angle d’approche qui nous intéressait, mais les architectes, qui pour certains ont certes des choses à dire et à montrer, ne sauraient pas les exprimer, faute que les mots fassent partie de leurs outils de transmission privilégiés. Les événements leur ont donné tort et raison : le Journal des anthropologues a reçu plus d’une quarantaine de propositions d’articles mais, de facto, la plupart était hors sujet, s’adonnait à des contorsions ridicules pour y répondre (partant souvent de l’anthropologie urbaine, bien mieux connue et traitée) ou, lorsqu’elles émanaient d’architectes ou d’urbanistes, elles utilisaient une herméneutique rendant difficile la possibilité d’un dialogue. Un premier écrémage n’a, hélas, pas empêché que la sélection se poursuive lors de la réception des articles dont nous avions pourtant retenu les résumés d’intention : une fois détaillés, leurs contenus restaient résolument trop éloignés de notre objet. La nécessaire sélection que nous avons gérée n’est pas seulement la conséquence de notre niveau d’exigence : elle est le signe d’une rareté manifeste des recherches en anthropologie portant sur l’architecture, notamment celle conçue et réalisée depuis le xx e siècle.

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Quant à la difficulté des architectes à communiquer par l’écrit, elle est partiellement démentie par l’histoire récente, au moins autour de quelques grands noms : dans la première moitié du xx e siècle, les manifestes rédigés par des architectes furent nombreux, Le Corbusier (2008) n’étant pas le moins prolixe [1][1]  Très critique par rapport à cette période et la manière.... Sur une période plus contemporaine, Rem Koolhaas [2][2]  Les auteurs cités dans le texte, accompagnés du nom..., peut-être aidé par sa formation initiale de journaliste, ne cesse de produire de courts essais depuis les années 1980 : Junkspace, retraduit en français en 2011, devrait interpeller les anthropologues par une posture qui discute le poids du contexte. Cette année même, en 2013, l’enfant terrible de l’architecture française et méridionale, Rudy Ricciotti, lance son pavé dans la marre en faisant référence, dans son titre, à un documentaire sur Pierre Bourdieu : L’architecture [la sociologie] est un sport de combat. Il est vrai toutefois que ces différents textes prennent une forme dont les universitaires sont peu familiers : les partis pris y sont légion, les règlements de compte souvent explicites, l’administration de la charge de la preuve n’est pas forcément recherchée, l’état des lieux peut être volontairement partial et la licence poétique est fréquente. Il y aurait à réfléchir sur les formes que prennent les productions textuelles de référence selon la profession de leurs producteurs. Puisque telle n’était pas, dans l’immédiat, notre préoccupation, la gageure était d’obtenir d’architectes qu’ils se prêtent à des manières de transmettre susceptibles de rencontrer les habitus académiques et langagiers des anthropologues. Cet obstacle ne nous paraît pas avoir été un handicap : nous accueillons dans ce recueil un certain nombre d’architectes qui nous semblent à même de partager leurs idées (Emmanuel Choupis, Rainier Hoddé Anne Debarre et Cristian Campagnaro). Nous leur sommes reconnaissants d’avoir accepté ce qui, pour eux, revient à une sorte de décentrement du regard et, parfois, une prise de risque vis-à-vis de leurs collègues.

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Il est vrai que ces architectes réunis pour l’occasion enseignent dans le supérieur, précisément dans l’une des vingt Écoles natio­nales supérieures d’architecture (ENSA) qui existent en France ou leur équivalent en Italie, que seul Emmanuel Choupis pratique l’architecture en son nom propre, et que Rainier Hoddé est par ail­leurs diplômé en sciences sociales. Il est vrai aussi que, hormis les architectes, les chercheurs qui participent au dossier interviennent, au moins ponctuellement et pour une part non négligeable, dans ces mêmes écoles (Catherine Deschamps, Annalisa Iorio, Marc Grodwohl, Catherine Grout et Bruno Proth – soit trois anthropo­logues, une théoricienne de l’esthétique et un sociologue). Ainsi, coordinateurs compris, sur les quinze contributeurs qui s’essaient à la réflexion, neuf sont associés à des institutions qui délivrent des diplômes d’architecture : s’intéresser aussi à la matérialité de l’édifice est le moins qu’on puisse attendre de leur part [3][3]  En France, le troisième cycle et le doctorat en architecture.... À notre sens, leur présence majoritaire dans les pages suivantes, plutôt que prouver le dynamisme scientifique des écoles d’architecture, témoigne là encore, en creux, du délaissement dont la question architecturale fait l’objet de la part des sciences sociales dans les universités ou les laboratoires de recherche historiques. Aussi incomplet soit-il, ce dossier se veut donc un appel en direction des anthropologues afin qu’ils réinvestissent le champ de l’architecture.

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Mais poursuivons sur la généalogie. Car avant l’acceptation définitive de la thématique, des réserves se sont exprimées au sein du comité de rédaction du Journal des anthropologues sur son opportunité : les architectes, et notamment les architectes contempo­rains et leurs œuvres, avaient mauvaise presse. Cette représentation intéresse pour un double symptôme, déjà évoqué. D’abord, des anthropologues, y compris celles ou ceux avec lesquels nous parta­geons certains principes, peuvent porter sur l’architecture des xx e et xxi e siècles un regard proche de celui qui prévaut dans l’ensemble de la société : pas plus que la majorité des gens, ils n’ont eu le loisir de développer leur « 6e sens » (formule utilisée par Emmanuel Choupis dans son entretien), c’est-à-dire le sens de l’espace et des volumes ; c’est-à-dire aussi, fondamentalement, le sens du mouvement et du corps entendu dans sa globalité. Cette adhésion de certains au sens commun est également la conséquence d’un désintérêt de l’anthropologie pour l’architecture, en particulier pour ses circonstances complexes et multiples de production. Ce n’est pas là le moindre des paradoxes, puisque analysant ses propres archives, l’anthropologue est, en théorie, obligé de prendre en compte les conditions sociales de son observation et de la rédaction de ses carnets ethnographiques. In fine, nous sommes d’autant plus reconnaissants envers les membres du comité de rédaction d’avoir accepté notre proposition que des méprises pouvaient demeurer : nos collègues ont collectivement fait montre de belles capacités de remise en cause, d’ouverture et d’esprit projectif, fidèles en cela à ce qui les unit.

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Dans l’appel, nous rappelions quelques publications marquantes : le livre de 1969 de l’architecte Amos Rapoport, publié en français sous un titre évocateur : Pour une anthropologie de la maison. Il a le mérite de présenter sans ambiguïtés l’architecture comme un fait de culture mais, contrairement à ce que peut laisser supposer la traduction française de son titre, il n’émane pas d’un anthropologue [4][4]  Son titre initial en américain (House, Form & .... Plus récemment, en 2006, la parution rétrospective d’une compilation d’articles de l’historienne Françoise Choay dans l’ouvrage intitulé Pour une anthropologie de l’espace, fait écho à beaucoup de nos préoccupations. En sociohistoire des mentalités, nous pouvons également faire mention des nombreux travaux de Monique Eleb, parfois réalisés avec l’architecte Anne Debarre (1989), accueillie dans le dossier. Hors publications, nous observons occasionnellement la propension de collègues enseignants du projet d’architecture à utiliser le terme d’anthropologie auprès de leurs étudiants, dans une définition parfois éloignée de celle qui prévaut pour des personnes diplômées en anthropologie. Que signifie alors cette saisie du mot « anthropologie » pour qui s’intéresse à l’architecture quand, dans le même temps, les anthropologues académiques se sont dessaisis de l’architecture ? En France, dans la discipline anthropologique, le nom de Marion Segaud (2007) revient avec trop de constance pour ne pas signifier son esseulement. Lorsque nous enseignons l’anthropologie aux étudiants de 1er cycle en école d’architecture, le ressassement de l’épisode des missionnaires salaisiens détruisant la structure d’un village bororo pour asseoir leur autorité, évoqué dans Tristes tropiques par Claude Lévi-Strauss (1955), psalmodie encore la pauvreté de nos références.

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Certes, on évoque souvent la collaboration d’Alban Bensa (2000) avec Renzo Piano et, dans la même famille intellectuelle, la critique que Benoît de l’Estoile (2007) adresse au musée des Arts premiers de Jean Nouvel. Plus confidentiel, en tout cas moins connu des anthropologues, nous invitons nos collègues à davantage s’emparer de la « théorie de l’oblique », fruit d’une collaboration de longue haleine entre l’architecte Claude Parent (qui nous fait le plaisir et l’honneur d’accepter qu’un de ses dessins [5][5]  Certains de ces dessins font régulièrement l’objet... soit reproduit en première de couverture de ce numéro) et le philosophe Paul Virilio (1996). Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Emmanuel Choupis l’évoque, laissant volontairement planer un mystère sur la profondeur anthropologique de cette théorie. Plus récemment, notons le travail de Sophie Houdart (2009) sur l’architecture du Japonais Kengo Kuma. Il n’empêche : ces travaux restent ponctuels, méconnus ou isolés, sans articulations les uns avec les autres, sans amorces sensibles de débats contradictoires et de productions d’abstractions conceptuelles.

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Car globalement, dans sa matérialité, l’architecture n’est pas un objet qui se pose et s’impose à l’anthropologie, ni en France ni dans la plupart des pays où l’anthropologie a voix de cité ; a fortiori, elle peut encore moins prétendre constituer un champ pour notre discipline. La sociologie a certes été un peu plus diserte, parfois même en jetant l’anathème sur les professionnels de l’espace et leurs réalisations : la dénonciation des « grands ensembles » – où, sans nier qu’ils aient une part de responsabilité, les architectes ont souvent tenu le rôle-titre de bouc émissaire – a entaché les idées portées par le mouvement moderne. Cette critique, légitime à certains égards, portait pourtant assez peu sur des questions strictement architecturales : l’éloignement quasi hygiéniste du centre des villes qui a prévalu dès l’entre-deux-guerres, écartement sur lequel on revient aujourd’hui (Donzelot, 2009), était-il de la responsabilité des architectes et de l’architecture ? N’était-ce pas plutôt une des nombreuses conditions, doctrinaire et contextuelle, de production de l’architecture, sur laquelle les architectes étaient loin d’avoir prise ou d’être les seuls à influer. Qu’à cela ne tienne : d’aucuns analysent aujourd’hui l’obligation de l’enseignement des sciences humaines et sociales dans les écoles supérieures d’architecture en France depuis 1968 (Chadoin & Claude, 2010 ; Proth, 2012) comme la résultante de ce jugement parfois hâtif, pour le moins réducteur quant à l’identification des fautifs. Cette histoire n’est pas sans conséquences. Dans le cadre des programmes validés par la tutelle et via des rencontres parfois singulières, inédites et inspirées, des formes sereines de collaboration entre disciplines existent dans les écoles d’architecture. Mais beaucoup s’établissent sur la base de rapports hiérarchiques, et des sentiments d’injustice et de méconnaissances réciproques instaurent des regards en chien de faïence, voire des climats délétères. Lorsque la sociologie des professions [6][6]  Plutôt que la sociologie ou l’anthropologie du travail.... (Chadoin, 2007 ; Champy, 2011), plutôt qu’un autre champ de la discipline, s’empare non plus de l’architecture mais des architectes, des effets pervers et des gradations de légitimité continuent de s’installer : le récepteur peut y voir le signe que l’architecte, à l’instar du médecin, se fait démiurge.

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De l’autre côté, le rapport des architectes à la sociologie est volontiers épidermique : leur attention fréquente aux usages en tant que fonction n’implique pas, ou rarement, qu’ils veuillent rencon­trer les usagers pressentis avant de concevoir. Leur rapport à l’anthropologie paraît plus clément : même si l’intérêt pour notre discipline est lacunaire, parfois instrumentaliste et souvent factice, le goût de l’observation nous lie. On note même, dans les écoles nationales supérieures d’architecture françaises, l’existence d’un laboratoire dédié : le Laboratoire architecture/anthropologie (LAA), à La Villette, avec notamment les travaux, conduits en collaboration avec des architectes, des anthropologues Alessia de Biase et Philippe Bonin (2007). Mais c’est alors la ville, davantage que l’architecture, qui est inscrit à l’agenda scientifique. La ville et l’urbain qui mobilisent également de longue date les anthropologues et les sociologues – les deux coordinateurs du dossier ne faisant pas exception, puisque nous nous sommes d’abord intéressés aux usages, appropriations et détournements des espaces publics (Deschamps, 2011 ; Proth & Raybaud, 2004).

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À ce propos, il est temps de dire quelques mots de la présence de Colette Pétonnet en clôture du dossier. Au premier abord, elle est classée comme sociologue ou ethnologue de l’urbain. Sa contribu­tion semble alors brouiller les objectifs que nous nous étions fixés. Mais d’une part, présenter sa pensée toujours vivante et agissante nous paraît la meilleure preuve de notre attachement à son œuvre [7][7]  Avant son entretien, Yves Lacascade et Louis Moreau.... D’autre part et surtout, dans les morceaux choisis que nous repu­blions, peuvent se déceler, en filigrane, certains des impensés qui ont, peut-être, conduit à la relégation des questionnements sur l’architecture en anthropologie et en sociologie. Expliquons-nous : il serait exagéré de dire que Colette Pétonnet a fait de l’architecture son objet de recherche. Pourtant, dans toute la première partie de sa carrière, des années 1950 à 1970, les bidonvilles, au Maroc d’abord, en Île-de-France ensuite, certaines cités de transit, enfin des grands ensembles, ont été au cœur de ses investigations (1972, 1987). Elle en questionnait l’urbanité au sens spatial autant que social. Or inter­roger les dispositions spatiales esquisse un premier pas vers une anthropologie de l’architecture. Après ces temps inauguraux d’une recherche sans nom ni champ, on est frappé par ce que rapporte Colette Pétonnet des effets de la découverte d’une expression venue des États-Unis pour qualifier ses travaux et ceux de quelques rares autres collègues de sa génération en France à la fin des années 1970. Ainsi, sans le savoir, tel Monsieur Jourdain, faisaient-ils de la sociologie ou de l’ethnologie urbaine ! Ce qui marque, c’est com­bien l’arrivée d’une nouvelle dénomination modifie la teneur des problématiques. Car s’il était tout à fait légitime, dans ce nouveau contexte, de s’intéresser à l’anonymat dans les villes ? Colette Pétonnet offre incontestablement de très beaux textes sur le sujet – il n’en reste pas moins que les questionnements sur l’espace à pro­prement parler se diluent, voire trouvent matière à se perdre. Étran­gement, à propos de l’urbain, l’unité de lieu, premier jalon possible d’une réflexion sur l’espace, cesse alors d’être un prérequis de la démarche ethnographique. La question devient alors : l’intérêt des anthropologues et des sociologues pour la ville, la constitution de cet objet en champs de recherche légitime, a-t-il contribué à tuer dans l’œuf le goût pour l’espace et, in fine, pour l’architecture ? Une épistémologie reste à faire, pour laquelle notre dossier n’est qu’un maigre tribut.

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Indépendamment de l’hommage rendu à la fraîcheur de la pensée de Colette Pétonnet, il fallait circonscrire nos attentes et, en choisissant résolument l’architecture actuelle, acculer l’anthropologie à ne pas se réfugier derrière une définition tronquée de l’architecture vernaculaire qui draine encore quelques relents de nostalgie colonialiste. Dans les pages suivantes, Marc Grodwohl en propose une approche hybride et vivante, lorsqu’Emmanuel Choupis déplace le curseur entre les différentes manières de nommer l’architecture. Dans ce dossier, afin de comprendre ce qu’elles font au social ou ce que le social leur réserve, la matérialité de la production contemporaine et ses dimensions projectuelles ont donc retenu notre attention. Les représentations que les architectes ont de la sociologie ou de l’anthropologie sont aussi interrogées, ainsi que l’influence des sciences sociales sur la conception des édifices. Différentes échelles sont envisagées : il ne s’agit ni de réduire l’architecture à des bâtiments isolés les uns des autres ni d’oublier ce que ces bâtiments créent, en creux, d’espaces publics. Il s’agit d’affirmer une sensibilité aux murs concrets, vus du dedans ou vus du dehors, abordés ex nihilo ou in extenso (Deschamps, 2012). Dès lors, l’espace gagne une épaisseur. Ce sont les raisons de la production contemporaine de cet espace, dans ses liens avec l’anthropologie, qui nécessite de mener l’enquête.

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En souhaitant sortir du silence anthropologique les architectures des xx e et xxi e siècles, nous visons un triple objectif, repris de l’appel à publication lui-même : 1) favoriser une lecture sereine des normes et des représentations qui influent sur les conceptions architecturales contemporaines ; 2) saisir les rapports ou les écarts entre les espaces pensés et les espaces vécus ; 3) comprendre comment des architectes manipulent des données d’ordre anthropologique ou sociologique. Lors de la diffusion de l’appel, nous annoncions espérer voir ces trois objectifs s’enrouler autour de plusieurs axes plus précis de réflexion. Leur développement est de facto disséminé au fil des différents articles. Surtout, ces axes s’entrelacent dans l’entretien avec l’architecte Emmanuel Choupis : ainsi évoque-t-il les transformations de l’existant et la notion de durabilité, l’influence des arts et des techniques, la tension entre « architecture de représentation », sou­vent spectaculaire, et architecture-à-vivre, la fabrique du projet urbain, les accords et désaccords entre maîtres d’ouvrage et maître d’œuvre, les dimensions médiatiques et marketing ainsi que leurs effets pervers potentiels, les incidences locales ou globales, les échos entre architecture savante ou profane, l’enseignement… Cet entretien a un double statut : il peut se lire comme une seconde introduction et comme une proposition de dialogue sans malenten­dus entre anthropologie et architecture. En articulant la pensée et la démystification de l’architecture avec la passion pour un métier et le désir de se frotter sans cesse à ses productions, Choupis encourage un regard à la fois exigeant et sensible sur les édifices chez ceux que ses collègues nomment les « non-sachants ». Il dévoile l’intelligence, la beauté et la technicité de certains gestes architectu­raux et, par là-même, crée l’envie, pour des anthropologues, de se pencher sur l’architecture. Par ses propos qui naviguent sans cesse entre dimensions matérielles et immatérielles, il érige sans ambiguïtés l’architecture en fait de culture.

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Après cet entretien, viennent des observations et questions ar­chitecturales à l’échelle du bâtiment, de la maison et de l’appartement. L’attention de Rainier Hoddé aux intentions spatiales d’Alvar Aalto, dont il a commis une monographie, nuance les adé­quations entre le dispositif habitable proposé par l’architecte et son appropriation par l’habitant. L’auteur aborde les commodités des maisons en bande selon le point de vue du « petit homme », autre­ment dit le Finlandais ordinaire auquel Aalto accordait tellement d’importance. À partir de « relevés habités » de 12 maisons finlan­daises, complétés par des entretiens avec ses occupants, Rainier Hoddé repère des traits communs aux usages domestiques. L’escalier est une pièce essentielle de la maison. Le palier haut le prolonge en offrant aux habitants une surface libre d’usages non prédéfinis. Si les propriétaires apprécient les terrasses, ils leur reprochent de ne pas être protégées des chutes de neige qui souvent les recouvrent. Enfin quatre familles tournent le dos à la cheminée du séjour qui aurait dû organiser son espace – choix déjà défendu par Franck Lloyd Wright, au début du xx e siècle, pour la maison de Frederick Robbie (Castex, 1985). Malgré l’intérêt pour les usages suggérés, le sens raffiné de l’observation, la préoccupation pour l’habitabilité de l’homme ordinaire, c’est bien, en bout de course, la vie quotidienne de l’habitant qui fait arbitrage entre une production architecturale et sa réception domestique. En définitive, l’un et l’autre ne cessent de dialoguer sans s’imposer, ni s’opposer.

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Cet horizon est repris par Anne Debarre lorsqu’elle interroge la pertinence des usages proposés aux habitants, mais cette fois dans la conception de logements sociaux et en analysant les prises de positions de trois cabinets d’architecture contemporains en France. Ces derniers, pour trouver des réponses spatiales innovantes en dépit de normes constructives de plus en plus contraignantes et de budgets de moins en moins replets, offrent soit des « espaces en plus » de libre affectation, soit des séjours en entonnoir, soit des pièces aux formes irrégulières et différenciées. Afin de montrer la richesse de leur travail, ces cabinets peuvent demander à des photographes professionnels d’immortaliser quelques-uns de leurs intérieurs habités. Ce que discute alors Anne Debarre n’est pas une critique de leur approche théorique, mais plutôt la représentation figée qui en est produite. Elle reproche à ces images de n’être qu’une mise en scène d’usages pétrifiés, portée par un double biais professionnel. Les photographes les mettent en forme, les archi­tectes les médiatisent sans donner à voir la complexité et l’innovation du rapport vécu aux propositions des architectes. Ces cabinets, en somme, privilégient davantage l’esthétisation de leurs intérieurs habités que la valeur anthropologique des appropriations potentielles et réelles qu’ils plébiscitent.

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Cette intention est fort éloignée de celle présentée par Catherine Grout à propos de l’architecte japonais Hiroshi Naito. En s’appuyant d’une part sur des entretiens menés avec lui, des confé­rences prononcées devant un public de spécialistes de la construction, et sur une parfaite connaissance de son processus de conception, l’auteure montre qu’il tente d’associer l’histoire, la mémoire et les ressources locales dans l’ensemble de ses projets, toujours voués à se balancer au rythme des humains qui l’habitent. Ses structures bâties se vivent autant par la fonction que par les sens et les sentiments éprouvés à l’intérieur. Également impliqué dans une réflexion sur l’architecture d’urgence, Naito pense ses réalisa­tions pour atténuer le traumatisme postcatastrophe. Il applique les notions du paysage – le Keikan construit par les hommes et le Fukei incorporé par ces mêmes hommes – aussi bien au sein de l’archipel japonais qu’en dehors. À la fois concepteur, constructeur et con­seiller, Naito n’a de cesse d’intervenir dans des processus collectifs. Cette volonté lui permet de se projeter deux fois. La première en conceptualisant des bâtiments au plus près de son savoir des his­toires, usages et territoires humains. La seconde en faisant le lien avec les pratiques des espaces de demain, en accompagnant les sinistrés comme en participant aux concertations sur le projet urbain des futures villes japonaises.

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Après que ces trois articles aient invité à s’interroger sur les passerelles pouvant relier architecture savante et vécu profane de l’architecture, Anna Lisa Iorio présente une recherche sur de nou­velles formes de penser, concevoir, construire son habitat entre non-initiés. Pour ce faire, elle s’appuie sur des ethnographies de trois programmes dont un seul, celui de Turin, a pu être mené à terme. Elle revient sur le chemin initiatique des profanes du cohabitat (Biau & Bacqué, 2012), où le choix cornélien de la parcelle, la cir­culation des espaces communs, la négociation des surfaces à soi, le choix énergétique, sont autant d’éléments de cohésion et de conflits qui rythment, sur un temps étiré, l’aboutissement du projet. Elle relève l’évolution des représentations divergentes, les motivations multiples, les intérêts parfois antinomiques qui, à force de négocia­tions ou de compromissions, parviennent à donner corps à un espace de vie imaginé, pensé et construit de concert. Elle met en avant la réunion du faisceau de compétences, la constitution d’une expertise personnelle et collective, la dynamique militante qui modifient les raisonnements individuels en créant, au fil du temps, une logique partagée par la plupart des protagonistes. Elle montre que la finali­sation d’un projet d’habitat participatif nécessite l’association d’une idéologie politique, d’un militantisme écologique et d’une solidarité sociale qui laisse peu de place à l’improvisation et à l’amateurisme.

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Par contraste, Derya Ozel, anthropologue, découvre qu’une des caractéristiques de la conception architecturale peut « oublier » le contexte local et pousser les professionnels à jongler avec la méthode du copier-coller consistant à réutiliser des morceaux de projets déjà labellisés. Son ethnographie d’un bureau d’études en environnement à Bombay nous laisse pantois devant les notions de normes, le diktat des labels d’origine nord-américaine et le poids des logiciels de référence qui servent à conceptualiser un projet de gratte-ciel. Ozel insiste sur le fait que les catégories de points et de crédits s’additionnent et sertissent des objectifs à atteindre en une sorte de mathématisation du durable. Ainsi, lorsque le travail en laboratoire se trouve discuté avec les clients, elle consigne un enchaînement de quiproquos, moqueries et réparties humoristiques. Les incompréhensions sur les places de parking, sur le tri des ordures ménagères et sur le recyclage des déchets du chantier ne peuvent se comprendre que lorsque l’architecte avoue que le label appliqué pour le projet d’une zone résidentielle a été élaboré pour des bâtiments commerciaux : c’est bien lors des rencontres avec les clients que le pragmatisme du projet court-circuite les opérations mathématiques procédurières et ramène l’échange vers une logique de bon sens. En enserrant la durabilité dans un raisonnement par crédits alloués en vue d’obtenir le meilleur rang dans l’organigramme du label, la politique de la performance, que l’on retrouve dans bien d’autres contextes de la vie professionnelle, sportive et politique (Bruno & Didier, 2013), aboutit à rendre in­compatible la réalité contextuelle du futur gratte-ciel avec la matérialité scientifique de sa matrice.

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Cette constance dogmatique et leur instrumentalisation se re­trouvent dans l’article de l’historienne Cécile Bourgade lorsqu’elle fait un rapprochement entre la reconnaissance internationale d’un architecte et sa récupération par le pouvoir politique. Après une présentation de l’identité culturelle brésilienne et de son champ architectural au xx e siècle, Bourgade fait un parallèle avec l’absorption, la digestion et la régurgitation des principes modernes par Oscar Niemeyer. En notant la sensualité de la courbe (Niemeyer, 1999) dans sa conception architecturale, qui répond à la froideur de l’angle droit du mouvement moderne, elle avance l’hypothèse que la prégnance de la courbe dans les projets de Niemeyer vient du creuset de la société brésilienne, notamment carioca. Multiraciale, multiculturelle, valorisant le corps, cette der­nière est traduite par l’architecte dans des bâtiments où se lisent l’obsession des transitions sensibles entre l’intérieur et l’extérieur, la végétation et le domestique, les habitants et le paysage. En sou­mettant « la technique au processus créatif », il rejoint la volonté affichée des hommes politiques de la classe dirigeante brésilienne de forger l’identité du nouvel homme brésilien, affranchi de la tu­telle européenne sans renier son héritage colonial.

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De telles intentions sont également à l’œuvre dans l’article d’Angel Aedo, anthropologue, qui fournit des éléments convain­cants pour penser la réception bicéphale de la transmission d’un passé national. L’auteur évoque les filiations entre l’histoire d’un pays, son idéologie politique et la construction d’un mémorial. Après sa mort, Jaime Guzman dialogue encore avec le peuple chilien. Aedo traite du pouvoir de représentation d’une sculpture et d’un édifice en l’honneur d’un homme qui a profondément divisé le pays et décortique les moments de leur conception et inauguration. Situé au cœur du nouveau quartier d’affaires de Santiago, le monument thuriféraire balise la route d’un nouveau Chili. Celui des compagnies internationales, d’un ordre mondial libéral et d’une identité cosmopolite portée par la consommation. Symbole de l’homme nouveau chilien dans l’imaginaire des héritiers du conseiller de Pinochet, la métaphore sculptée d’hommes et de femmes anonymes, observant le même horizon, est sensée représenter une des pierres angulaires de l’unité de tous les Chiliens, alors qu’elle est perçue comme imposant le silence sur les crimes perpétrés sous la dictature de Pinochet par ceux qui se souviennent du coup d’État, des exactions, des disparitions d’opposants.

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Les deux auteurs suivants sont animés par une volonté d’identifier les écueils et les perspectives d’une collaboration entre l’anthropologue et l’architecte dans le cadre de projets portés par le politique. Marc Grodwhol, en coopération avec des étudiants de master qui ont échangé avec 45 foyers de la commune alsacienne d’Ungherseim, en période de transition énergétique voulue par les élus, note quelques traits saillants des représentations des habitants. Ils placent leur maison (naturalité, organicité, symbolique) au centre de leur environnement, lui-même agencé par les relations de voisinage, les savoirs sur l’histoire locale et la volonté de s’y inscrire. En interrogeant les implications des habitants dans le projet d’une ferme de maraîchage biologique, l’auteur promeut les cultures, connaissances et engagements qui permettent de mobiliser des ressources et de proposer des solutions en adéquation avec une façon de penser le monde. C’est en allant chercher les « paroles habitantes » à propos des espaces quotidiens (domestique, public, domanial), que l’auteur nous fait observer que les réponses données à la nécessité de la transition émanent d’une historicité des voisinages, des rapports à la nature et des acquis patrimoniaux qui innervent, au quotidien, les idées du projet de la ferme. Ainsi, les habitants, contournant les contraintes de normes technicistes, privilégient un paysage vernaculaire poétique déjà là mais réactualisé, partagé et produit par eux.

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Katia Fersing, quant à elle, décrit les premières phases de sa coopération avec une équipe d’architectes-urbanistes chargée de penser le Roquefort-sur-Soulzon de 2025 (centenaire de l’AOC), dans le cadre d’un projet d’écodéveloppement territorial. En s’appuyant sur des observations de sites, discussions, réunions, analyse des écrits échangés, elle dégage trois étapes de sa compréhension de la vallée de Soulzon : pragmatique, patrimonial et événementiel. Si, au départ, la place qu’on lui attribue se limite à consommer ses connaissances muséographiques, elle finit par jouer un rôle d’intermédiaire entre le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage. Après plusieurs mois de collaboration, elle constate que ses compétences restent pourtant sous-exploitées mais que sa présence a eu une incidence inattendue. Alors qu’elle regrette que ses ethnographies aient trop peu enrichi la rédaction du cahier des charges et que ses critiques du vocabulaire « marketing » n’aient pas assez pesé sur les choix terminologiques, elle retient qu’une de ses remarques a influé directement sur la conception architecturale : ses observations de terrain, associées à sa candeur, ont conduit à la modification de l’emplacement des ascenseurs qui, dans le nouveau projet, prolonge le lien physique et symbolique entre le savoir-faire artisanal et l’inscription dans le paysage naturel. Elle relaie égale­ment l’idée que le temps de la réflexion et celui de l’action provien­nent de logiques différentes, ce qui empêche l’anthropologue et l’architecte de mettre sur pied une méthodologie commune et d’envisager des coopérations opérationnelles plus équilibrées.

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Avant l’entretien de clôture de Colette Pétonnet, le dernier ar­ticle aborde l’hypothèse d’une anthropologie praticienne, capable de se faire avec l’architecture et le design. Rejoignant, à leur façon, la proposition de Clifford Geertz (1983) de considérer l’anthropologie comme une science des « humanités », Valentina Porcellana et Cristian Campagnaro posent la question de l’implication de leurs disciplines respectives sur le présent du monde. Les auteurs reviennent sur la mobilisation générale des salariés et usagers d’un centre d’hébergement d’urgence que la municipalité de Turin avait décidé de fermer. Cet arrêté municipal va fédérer les énergies et faire coopérer travailleurs sociaux, sans-abri, anthropologue, ar­chitecte designer et une centaine d’étudiants afin de conceptualiser, construire et initier des nouvelles organisations, signalétiques et circulations au sein du « dortoir ». Le travail et les réflexions en commun, les modestes réalisations (peintures murales, graphismes), la création d’outils signalétiques sont les ingrédients de l’entrée du « bien-être dans le dortoir ». Même si les deux auteurs observent que la démarche ne semble pas appréciée par les pairs de chacune de leurs disciplines, cette recherche-action, menée sur un pied d’égalité entre les différents protagonistes, laisse entrevoir des pistes de collaboration effective entre les pouvoirs publics, l’enseignement supérieur, les travailleurs sociaux et les hommes hébergés afin que le simple assistanat ne soit plus la seule référence à leur égard. L’article souligne la volonté unanime de vouloir essaimer cette démarche dans de nombreuses capitales régionales italiennes où la prise en charge des sans-abri pourrait s’inspirer de cette dimension participative. L’expérience décrite fait écho à celle de Jean Prouvé, lorsqu’en 1956 il offrit une maison d’accueil à l’abbé Pierre (Marrey, 2010), où les échanges, qu’ils soient d’ordre fonctionnel, décoratif, ou signalétique, étaient également fondés sur la réciprocité.

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Les contributions de ce numéro reviennent sur les dimensions de représentativité, d’habitabilité et d’usages de l’architecture. Sous plusieurs aspects, diverses matérialités sociales et architecturales sont passées en revue. Le bâti remarquable, la projection de la ville de demain, la réception par les habitants d’espaces à vivre imaginés par d’autres, les collaborations interdisciplinaires sont des thèmes qui innervent les rencontres plus ou moins harmonieuses entre les deux disciplines mobilisées. Les architectes et les anthropologues réunis ici font acte de volontés communes à réfléchir ou travailler ensemble. Mais les auteurs font également le constat que le chemin est long jusqu’à l’instauration de coopérations égalitaires qui pourraient donner lieu à des diagnostics partagés, où les compétences de chacun soient pleinement reconnues et utilisées.

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Peut-être manquent-ils dans ce dossier des contributions portant sur la place de la culture dans le projet urbain, même si Emmanuel Choupis questionne dans son entretien le sens à donner au grand nombre de villes faisant appel à des architectes de renom pour construire ou étendre leur vaisseau muséal ? Peut-être manque?t-il un article qui aborde le poids des entreprises privées qui commandent la réalisation de leur siège social à des architectes susceptibles de retranscrire dans des édifices la puissance du groupe ? Peut-être manque-t-il enfin une réflexion portant sur la matérialité des projets de grande échelle : nous pensons à celui du Grand Paris, qui projette la région Ile-de-France et ses 12 millions d’habitants à l’horizon 2030. Puisse la parution de ce numéro déclencher des velléités de surseoir à ces trous noirs.


Bibliographie

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Notes

[1]

Très critique par rapport à cette période et la manière dont la pensée des architectes européens du début du XXe siècle s’est importée aux États-Unis après-guerre, le journaliste, essayiste et écrivain Tom Wolfe a produit en 1981 un pamphlet qui, une fois écartée sa légère mauvaise foi, renseigne sur toute cette production littéraire : From Bauhaus to our house (republié en français en 2012).

[2]

Les auteurs cités dans le texte, accompagnés du nom de l’ouvrage et de sa date de parution se retrouvent également en bibliographie finale.

[3]

En France, le troisième cycle et le doctorat en architecture existent depuis 2006, dans la droite ligne de la réforme LMD. Avant cette date, leur absence a pu freiner le développement de la recherche sur l’objet qui nous intéresse.

[4]

Son titre initial en américain (House, Form & Culture) dit mieux son contenu.

[5]

Certains de ces dessins font régulièrement l’objet d’expositions à la galerie d’art parisienne Yvon Lambert.

[6]

Plutôt que la sociologie ou l’anthropologie du travail.

[7]

Avant son entretien, Yves Lacascade et Louis Moreau de Belaing rendent compte de leurs rencontres avec Colette Pétonnet.

Pour citer cet article

Deschamps Catherine, Proth Bruno, « Le nœud architectural », Journal des anthropologues, 3/2013 (n° 134-135), p. 13-32.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2013-3-page-13.htm


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