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Journal des anthropologues

2013/3 (n° 134-135)


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Le quartier de Sanhattan est un emblème des contradictions de l’expérience de la globalisation contemporaine dans le paysage urbain de la capitale chilienne. Son nom – hybridation entre Santiago et Manhattan – évoque l’utopie d’un monde social peuplé par les gratte-ciel, en accélération permanente, et régi par le profit symbolisé par le district financier de la Grosse Pomme. La modernité incarnée par cette zone de Santiago englobe, aussi bien géographiquement qu’idéologiquement, des contradictions propres aux agents qui l’occupent (corporations nationales et étrangères, cabinets de conseil, think tanks, centres commerciaux). Au cœur de ce quartier, nous étudions un lieu de commémoration issue d’un projet architectural entrainant un enjeu politique et culturel, le Mémorial Jaime Guzmán, l’idéologue de Pinochet, assassiné en 1991 par des militants d’extrême gauche. La méthodologie de cette étude est basée sur l’analyse de sources historiques, d’entretiens avec les différents acteurs interpellés par le Mémorial (habitants, politiciens, experts, hommes d’affaires, architectes, artistes), et sur un travail ethnographique attentif aux productions paraethnogra­phiques des interlocuteurs ?(Holmes ?&? Marcus, 2006 ; Holmes, 2010)?  [1][1]  L’enquête de terrain a étémenée de 2008 à 2011 à Santiago.... Notre démarche s’inspire de la perspective de l’habiter (dwelling perspective) développée notamment par Tim Ingold (2000, 2011) et, dans le cas des monuments, par Barbara Bender (2006). Nous examinons les dimensions esthétiques, politiques et culturelles de la conception de cet édifice comme les conditions qui l’ont rendu possible. Outre l’analyse des idées véhiculées par le bâtiment et le choix de l’emplacement, le Mémorial Guzmán est l’objet d’une ethnographie qui tient compte de ses usages et de ses effets inattendus. Le champ complexe qui se déploie autour de ce monument conçu comme un ensemble de pratiques et de valeurs est le terrain de cet article. Il explore les liens qui se tissent entre sa construction, l’imaginaire qui le sous-tend, et les expériences induites par les manières de l’habiter.

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Notre approche porte sur l’utilisation et la signification d’un bâtiment à travers l'observation des dynamiques menant à sa con­ception et à ses actes performatifs fondateurs. Nous suggérons que le Mémorial consacré à l’un des intellectuels les plus influents de l’autoritarisme néolibéral chilien doit être compris comme partie intégrante de l’environnement qui l’entoure : des bâtiments specta­culaires. Dans leur ensemble, ces spectacles architectoniques jouent un rôle productif dans la promotion de nouvelles valeurs et des fu­tures orientations politiques. Dans des conditions d'incertitude généralisée comme celles qui règnent dans le monde contemporain (Abélès, 2006), les espaces architecturaux spectaculaires encoura­gent ? comme le suggère Aihwa Ong (2011) pour le cas des hyperbuilding – une logique de valorisation anticipative. Dans cette optique, le bâtiment érigé à la mémoire du « martyr » de la postdic­tature, loin de se limiter à une tâche purement commémorative, participe – avec les édifices futuristes qui l’entourent – à l’anticipation d’un avenir qui s’affirme comme une garantie.

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Mais avant d’explorer les représentations et les usages du Mémorial dans le centre d’affaires de Santiago, il est nécessaire de retracer une série d’événements qui ont marqué la genèse de son projet.

Le projet du Mémorial et ses effets

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À l’origine, l’édification du monument à la mémoire de Jaime Guzman est envisagée sur la place Baquedano [2][2]  Afin de matérialiser ce projet, une association nommée.... Plus connue sous le nom de Plaza Italia, elle représente un espace emblématique de la ville, un lieu de rencontre et d’événements de portée nationale. Emplacement stratégique situé au centre de la capitale, cette place est également le lieu de convergence de citadins provenant aussi bien des banlieues riches que pauvres. Dans l’imaginaire des habitants, la Plaza Italia matérialise une sorte de axis mundi qui divise en deux le territoire de la capitale : les beaux quartiers s’étendant de la place vers l’est, et les quartiers populaires qui descendent vers l’ouest. Sur cette carte mentale commune à la plupart des habitants de Santiago, la dichotomie entre la partie basse de la ville et les terrains situés sur les flancs de la cordillère réside moins dans la distance physique que dans l’abîme social séparant leurs résidents.

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L’idée de dresser un monument en plein cœur de Santiago afin de célébrer la figure de Jaime Guzmán ne laissait personne indifférent, surtout pas ceux qui furent poursuivis pendant la dictature. Néanmoins, pour les partisans du dirigeant assassiné la controverse reposait sur un faux problème. L’actuel président de l’UDI (Union démocrate indépendante), le parti fondé par Jaime Guzmán, désamorçait ainsi toute polémique éventuelle quant à la légitimité de l’emplacement du Mémorial : « La ville appartient à tous les Chiliens. Par conséquent, il est tout à fait normal que Jaime Guzmán puisse bénéficier d’un monument représentant tout le Chili. Nous souhaitons que les Chiliens comprennent et respectent cette volonté [3][3]  Témoignage de Patricio Melero. Ce dirigeant fut recruté... ».

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Lorsque les riverains observèrent les premiers signes de la construction du monument, ils s’inquiétèrent. Personne ne les avait prévenus du projet de modifier l’espace public à proximité de leurs domiciles. L’intention de créer un mémorial provoqua le rejet de la plupart des habitants du quartier, et suscita chez eux la volonté de s’organiser pour s’opposer à sa construction. La rumeur du mouvement contestataire s’amplifia, quelques médias s’emparèrent de l’information. Ces événements firent même l’objet d’un film documentaire [4][4]  Réalisé en 2008 par Renato Villegas, ce documentaire.... Initié par quelques personnes seulement, le mouvement se montra capable d’empêcher les groupes de pression promémorial de matérialiser leur projet sur la place Baquedano. Le risque de dégrader l’image du sénateur commémoré pouvait affecter considérablement les ambitions de son parti. En tant que garants de la paix citoyenne et se posant en victimes de la violence terroriste, les partisans de Jaime Guzmán abandonnèrent l’idée de construire le monument sur la Plaza Italia. « Nous avons voulu éviter les attentats et les victimes innocentes dans un lieu aussi fréquenté », expliquait ainsi un conseiller de la FJG [5][5]  Entretien, Fondation Jaime Guzmán (FJG), Santiago,....

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Sanhattan, le centre d’affaires florissant de Santiago, se prêtait parfaitement à l’accueil du Mémorial Guzmán. Les garanties de sécurité du quartier de même que la prospérité reflétée par la cons­truction de bâtiments modernes et spectaculaires lui donnaient toutes les qualités pour devenir l’espace idéal des futures rencontres des disciples du conseiller de la dictature. Une fois le monument inauguré sur la place Unesco, le résultat excéda toutes les attentes. Un espace fut même créé pour accueillir des conférences et des séminaires. L’édification du lieu combla tout particulièrement les membres de la Fondation Guzmán. Les premières activités organi­sées montrèrent très vite la fonctionnalité de son emplacement. Sa proximité de lieux habituellement fréquentés par le réseau d’hommes d’affaires, de politiciens et d’experts qui encouragent le Mémorial, acheva de confirmer sa pertinence.

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Figure 1. Sanhattan [6][6]  Source : archives du site http://www.plataformaurbana.cl... Figure 0
Photo de Andrés Rosenberg
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Avant sa construction, le Mémorial fit l’objet d’un appel à concours en vue de définir ses caractéristiques architecturales et le type de sculpture devant accompagner le bâtiment [7][7]  Cet appel à concours a été lancé par une commission.... Le nombre considérable de réponses à l’appel et la composition du jury permirent de légitimer un processus contesté par différents secteurs, spécialement l’Association des familles des détenus-disparus pendant la dictature. Sur 140 projets, celui de la sculptrice María Angélica Echavarri et de l’architecte Nicolás Lipthay l’emporta. La proposition fut choisie car elle remplissait les critères des promoteurs du Mémorial, à savoir : « Préserver la mémoire de Jaime Guzmán, mettant en relief ses qualités essentielles comme l’amour envers Dieu et la patrie, et aussi son goût artistique et sa sensibilité culturelle [8][8]  ?Bases del concurso público para el diseño del Memorial... ». D’après l’un des membres de la FJG, le projet sélectionné « représente une véritable contribution à l’urbanisme lui permettant d’être appréciée et acceptée par tous les habitants [9][9]  Entretien, FJG, Santiago, 2009. ».

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Grâce aux dons privés, la Corporation Pro-Mémorial recueillit plus de 2 millions de dollars pour la construction [10][10]  Entretiens, FJG, 2008, et notes du journal El Diario.... Sur le plan des conventions esthétiques les idées étaient claires. Un collaborateur de la Fondation Guzmán l’exprime ainsi : « Depuis le lancement du concours, nous avons écarté l’idée d’un monument réaliste car nous savions que cela n’aurait pas été le souhait de Jaime. Notre but était de construire une œuvre qui reflétait son esprit [11][11]  Entretien, FJG, Santiago, 2008.  ». Les détails de l’édification du Mémorial constituèrent un thème récurrent de conversation dans les couloirs et les séminaires de la Fondation Guzmán. Par trois fois, l’inauguration du bâtiment originellement prévue le 1er avril, date de l’assassinat du sénateur, fut reportée. La deuxième annulation eut lieu le 28 juin, jour de son anniversaire et la troisième le 24 septembre, jour de l’anniversaire de son parti [12][12]  Le 24 septembre 2008, l’Union démocrate indépendante.... Loin de démoraliser les promoteurs du projet, les retards successifs semblèrent au contraire élargir leurs perspectives. En effet, pendant plusieurs mois, les membres du think tank qui rassemble les héritiers politiques de Jaime Guzmán restèrent persuadés que leurs bureaux seraient transférés dans le nouveau bâtiment destiné à préserver la mémoire de leur fondateur. À tel point que, son directeur indique : « Nous avions envisagé l’installation d’un café littéraire dans la zone sud de la place. En effet, nous avions commencé à discuter avec la chaîne Starbucks afin qu’elle administre le lieu [13][13]  Finalement, le déplacement des locaux de cette fondation... ».

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Bien que les amis et les partisans de Jaime Guzmán se soient rapidement organisés après sa mort en créant la fondation qui porte son nom, plusieurs d’entre eux sentaient la nécessité d’agir au-delà des fonctions habituelles du think tank. Leur ambition était non seulement d’instaurer un lieu de mémoire mais aussi de construire un bâtiment pour l’action. Comme l’indique le directeur de la FJG : « Nous n’avons pas voulu nous contenter d’un buste ou d’une œuvre symbolique. Nous nous sommes donnés comme objectif la création d’un lieu de réflexion afin d’agir, sur une place qui pour beaucoup n’existait pas [14][14]  Entretien, FJG, Santiago, 2008. ».

L’« apôtre martyr » de la post-dictature

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Né à Santiago du Chili le 28 juin 1946, au sein d’une famille de tradition politique conservatrice, Jaime Guzmán voulait dès son plus jeune âge consacrer sa vie au sacerdoce (Moncada, 2006). Au fil des années, cette vocation se transforma en une passion pour les affaires publiques. Sa vision poli­tique a, toutefois, été toujours liée à sa vocation religieuse. En 1963, à l’âge de seize ans, Guzmán commence des études de droit à l’université catholique du Chili. Quatre ans plus tard il devient leader du corporatisme (gremialismo), mouvement découlant d’un rejet de la « politisation » de l’activité universitaire. Son engagement politique s’affirme alors que le mouvement étudiant est en pleine effervescence et que la réforme universitaire devient un enjeu majeur. Jaime Guzmán se transforme alors en un adversaire implacable du gouvernement de Salvador Allende.

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Figure 2. Guzmán et Pinochet [15][15]  Guzmán (à gauche) et Pinochet (à droite), photo reprise... Figure 1
Photo de Mónica Gonzalez
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Après le coup d’État de 1973, il devient l’un des conseillers civils les plus importants du régime. À 27 ans, Guzmán a déjà occupé plusieurs postes à responsabilité en tant que conseiller de la junte militaire. Il participe activement à l’étude et à l’élaboration d’une nouvelle constitution, approuvée en 1980 lors d’un plébiscite réalisé sans registre électoral, sous un état de siège voilé, et sans garantie pour ses détracteurs et ses opposants. Guzmán fut l’artisan d’un croisement entre les conceptions socioreligieuses de la droite conservatrice et le néolibéralisme économique introduit par les Chicago Boys chiliens. Dans les dernières années de la dictature, il se consacre davantage à l’organisation du parti de droite d’orientation populiste UDI. À l’avènement de la démocratie, il est élu sénateur, en 1989, éclipsant le dirigeant socialiste, Ricardo Lagos, qui deviendra des années plus tard le président du Chili. En sortant d’un cours qu’il donnait à l’université catholique, Guzmán tombe sous les balles d’un commando du FPMR [16][16]  Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR), fondé en... et décède à l’hôpital militaire. Homme brillant, éloquent et austère, doté d’un esprit affûté et synthétique, Jaime Guzmán disposait de toutes les qualités pour se transformer en mythe. Érigé en martyr par sa fondation [17][17]  Fondée en 1991, la Fondation Jaime Guzmán promeut..., le souvenir de sa figure cherche à s’imposer comme celui d’un républicain éminent et un citoyen exemplaire.

Le lieu

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Le bâtiment consacré à la mémoire de Jaime Guzmán occupe un espace triangulaire d’une superficie totale de 2 100m2, cerné par trois voies de circulation automobile. Une zone d’édifices spectaculaires avec des boutiques de luxe et des bureaux exclusifs l’entoure, formant un contraste saisissant avec les quartiers d’autres communes dépourvus de zones vertes, laissés pour compte par les investisseurs privés et déconnectés des pôles économiques de la ville.

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Le quartier du Mémorial est une zone extrêmement surveillée par les carabiniers (la police nationale), les patrouilles municipales, et les services privés de sécurité. Les piétons sont aussi contrôlés par des dizaines de caméras de vidéo-surveillance appartenant à des organismes publics et privés qui veillent sur la tranquillité du quartier. Face au Mémorial Guzmán, se dresse l’imposante ambassade des États-Unis dont les divers bâtiments s’apparentent à un bunker.

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Le Mémorial Guzmán symbolise une frontière dans le paysage de la ville. Il marque l’entrée dans un nouveau territoire de pratiques urbaines : Sanhattan. Ce quartier d’affaires, on l’a déjà évoqué, constitue une simulation à l’échelle de quelques rues de la géographie des villes globales (Sassen, 2001). Bien que la dénomination Sanhattan n’apparaisse pas sur les cartes officielles de Santiago, toutes les personnes qui y vivent ou y travaillent connaissent ce terme qui s’est imposé également dans le langage employé par la presse et les autorités locales.

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En 2008, en pleine crise financière mondiale, le quartier accueillant le Mémorial Guzmán était déjà l’objet des convoitises immobilières et fut marqué par d’importants investissements. Trois projets colossaux, le Costanera Center, les Tours de Agua et la Tour Titanium sont en train de transformer le paysage urbain de Santiago, qui, d’après un chroniqueur, devient : « une ville de catégorie mondiale, une icône de l’architecture pour toute l’Amérique latine [18][18]  Diario Financiero, Santiago, 23 février 2007 (en... ». Les quartiers autrefois résidentiels tels que El Golf et Vitacura laissèrent la place : « à un modèle de ville moderne et pro­ductive, [...] un changement de rôle qui reflète dans le paysage physique l’essor économique vécu par le pays », ajoute la chronique du journal local. L’essor évoqué était cependant loin de se générali­ser à l’ensemble du pays, confronté à une accentuation des inégalités (Riesco, 2008) que le gouvernement s’efforçait d’atténuer.

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Près du Mémorial Jaime Guzmán se dressent divers édifices imposants. Le Costanera Center, un projet immobilier en cours de réalisation, s’étend sur quatre bâtiments. Le gratte-ciel Gran Torre Santiago, dont l’inauguration est prévue pour 2013, aura une hauteur de 303 mètres et deviendra la plus haute tour du pays et même de l’Amérique latine [19][19]  L’édifice Gran Torre Santiago deviendra ainsi la troisième.... Inauguré le 3 mai 2010, la tour Titanium, à ce jour la plus haute du Chili, est un édifice impressionnant dans lequel se trouvent quelques-unes des entreprises qui ont contribué à la réalisation du Mémorial.

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Lors de l’inauguration du monument en l’honneur de Guzmán, l’actuel ministre de l’Économie, Pablo Longueira, remercia les donateurs du projet, parmi eux le président de ASL Sencorp, la compagnie responsable du développement immobilier de Sanhattan : « Nous remercions Monsieur Senerman et toutes les entreprises qui ont contribué à l’édification de cette œuvre merveilleuse », disait-il dans son discours de clôture [20][20]  Note de terrain. Mémorial Guzmán, Las Condes, 9 novembre.... Il se trouve qu’à l’intérieur de la tour Titanium (le gratte-ciel du constructeur Senerman) se situent les bureaux du cabinet d’avocats Carey & Cie [21][21]  Le cabinet d’avocats Carey & Cie loue plusieurs bureaux... et ceux de l’entreprise Ultramar. Cette dernière appartient au groupe Von Appen, dont les principaux actionnaires, Wolf von Appen, son fils Richard et son oncle Sven, ont une participation active dans les think tanks proches de la droite chilienne [22][22]  Wolf von Appen, président de Ultramar et directeur.... Dans cette même tour se trouvent les cabinets d’avocats du sénateur Jovino Novoa, l’un des directeurs de la FJG et grand ami de Jaime Guzmán [23][23]  Sous le régime militaire, Pinochet nomma Jovino Novoa.... À proximité du monument, se tisse au quotidien un dense réseau de relations sociales. Les liens entre le Mémorial Guzmán et ses alentours sont révélateurs de son enracinement dans l’environnement urbain. Ils permettent de comprendre la raison d’être de cet édifice et, en tant qu’œuvre produite par un think tank, son rôle moteur de véritable « Mémorial pour l’action [24][24]  Formule souvent utilisée par les membres de la Fondation... ».

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Figure 3. Mémoriam Guzmán, Tour Titanium et Gran Torre Santiago Figure 2
Photo de Angel Aedo Gajardo

L’édifice

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La sculpture constitue l’objet central de l’espace du Mémorial. Elle apparaît comme un message codifié mais simple à déchiffrer. Il s’agit d’un bronze vieilli – de 22 mètres de large pesant 12 tonnes – placé sur une plaque de céramique au bord d’un miroir d’eau. Elle est composée de 66 figures irrégulières symbolisant le peuple chilien dans sa diversité. Jaime Guzmán est représenté embrassant fraternellement le reste des sculptures anthropomorphes. Dans le contexte de l’ensemble de l’œuvre, la sculpture de Jaime Guzmán n’est pas perçue par ses partisans comme un élément central. Cette appréciation esthétique a un lien significatif avec le rôle politique du chef vénéré de l’UDI, en particulier avec la fonction exercée pendant les années noires de la dictature, lorsque l’avocat de l’université catholique agissait dans l’ombre comme l’architecte intellectuel des dispositifs de normalisation institutionnelle du régime d’exception [25][25]  Quelques mois après le coup d’État, le 11 mars 1974,....

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Sur une surface construite de 916m2, l’architecture du monument crée un espace qui invite à la contemplation et favorise la réflexion. Toutes les conditions ont été réunies afin de produire une sensation de réconfort et d’apaisement chez les visiteurs. Au niveau de la rue, un grand miroir d’eau a été construit, ainsi qu’une place publique et une grande sculpture comme emblème du projet. Au sous-sol, le Mémorial dispose d’une grande salle de conférence entourée par un couloir qui sert à exposer des images et des objets illustrant des aspects exemplaires de la vie de Jaime Guzmán. « L’idée était de se soustraire à la ville, en construisant un espace intime et contemplatif », explique l’architecte du projet. Depuis son inauguration, ces parties souterraines ont accueilli des hommages et des conférences promues par les groupes de réflexion proches du leader disparu de la droite conservatrice.

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Selon l’architecte qui a conçu le bâtiment et l’artiste qui a fait les sculptures, le Mémorial Guzmán : « cherche à éveiller des sentiments qui nous font défaut aujourd’hui, tels que l’excellence alliée à l’humilité, la fermeté, la droiture, la transparence [...], cet édifice devrait devenir un phare [26][26]  Echavarri et Lipthay, Mémoire du projet Mémorial Guzmán,... ». La valeur de ce récit réside dans l’approbation générale qu’il a suscitée parmi les amis et les disciples du sénateur commémoré. La perception idéalisée du dirigeant rejoint celle imaginée par ses opposants, en arrière-plan pour les uns, dans l’ombre pour les autres. Mon intention, explique la sculptrice : « n’était pas de représenter la physionomie de Jaime Guzmán, mais de transmettre ses idées, son désir d’unité et d’un avenir meilleur pour tous les Chiliens ». La sculpture représente une longue file de figures humaines sans visages qui donnent l’impression de marcher. La statue de la Vierge de 14 mètres de haut située sur la colline San Cristóbal constitue un élément important du paysage orientant le sens des figures sculptées en bronze [27][27]  La colline San Cristóbal est située dans le centre.... La présence de cet élément s’inscrit bien dans la représentation du sénateur martyr promue par ses partisans : celui qui « fait avancer son peuple, [...] entoure de ses bras les habitants du Chili et les conduit, sans peur, par la voie du progrès et de la vérité », comme le soulignent les artistes concepteurs du mémorial [28][28]  Echavarri et Lipthay, Mémoire du projet Mémorial Guzmán,.... Pris dans son ensemble, la sculpture représente la géographie du pays, le Chili émerge du miroir d’eau, métaphore de l’océan Pacifique. On serait tenté d’y voir une rhétorique nationaliste, digne des temps de l’étatisation des grandes mines de cuivre. Pourtant, le quartier regorge de compagnies et de références internationales : non seulement le monument se situe face à l’ambassade des États-Unis, mais encore Sanhattan, avec son architecture, ses activités et l’identité cosmopolite de ses occupants, reflète un imaginaire enraciné ailleurs, loin des traditions chiliennes.

L’inauguration

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Lors d’une journée ensoleillée de printemps, la place Unesco devint le théâtre d’un rassemblement inhabituel. Le motif ? L’inauguration d’un lieu de mémoire consacré à la figure politique et morale de Jaime Guzmán. L’inauguration se déroula un dimanche, à midi, moment idéal pour permettre à la plupart des invités d’assister d’abord à la messe matinale. Parmi les nombreux convives, plusieurs groupes se distinguaient. Les premiers à arriver furent les conseillers des think tanks FJG et LyD, accompagnés de quelques parents et amis, tous bien habillés pour la cérémonie. L’intention des organisateurs était de réunir des représentants de divers secteurs politiques. Les dirigeants de l’UDI, le parti de l’influent conseiller de Pinochet, ne ménagèrent pas leurs efforts pour obtenir la présence des autorités de l’État. Ils aspiraient, en effet, à faire de l’inauguration un véritable événement national. Un collaborateur de la Fondation Guzmán l’affirma sans ambages : « Nous espérons que la présentation officielle du Mémorial se déroule en présence d’un maximum de représentants de tous bords afin d’honorer Jaime Guzmán et de montrer du respect envers l’unité de l’âme nationale qui inspire son mémorial ». Le raisonnement politique ne laissait place à aucun doute : la légitimité du Mémorial était en rapport direct avec la présence de représentants de l’État. Dans l’entourage de la Fondation Guzmán, le lieu édifié en l’honneur de leur dirigeant disparu représentait beaucoup plus qu’un simple monument : « Il est un lieu de paix et de réflexion, mais aussi un espace d’action, c’est tout cela le Mémorial », remarquait l’un de ses proches [29][29]  Entretien, FJG, Santiago, 2008..

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Le déploiement des agents de sécurité à l’arrivée de chaque personnalité, soulignait à la fois son importance et attirait l’attention du spectateur. L’inauguration revêtait le caractère d’un acte officiel. Lors de la cérémonie, près de 2 000 personnes comblèrent la surface totale du lieu. Différents groupes présents dans la foule exhibaient leur appartenance, décelable dans leur manière de s’habiller, dans leur gestuelle et dans la rareté des dialogues transversaux. Il était possible de distinguer au moins douze groupes dans la géographie sociale de l’enceinte : les dirigeants et les conseillers appartenant aux think tanks proches du sénateur disparu, les représentants du pouvoir exécutif, les autorités parlementaires, les maires, les membres du tribunal constitutionnel et de la haute hiérarchie de l’Église catholique, les représentants de l’armée [30][30]  L’armée de terre, l’armée de mer, l’armée de l’air..., quelques ambassadeurs et leur personnel diplomatique, la famille et les proches de Jaime Guzmán, une élite de jeunes professionnels de la FJG, des dirigeants de la UDI, un groupe d’artistes et d’ingénieurs ayant participé à la construction du Mémorial. Sur une estrade, un présentateur muni d’un microphone était chargé d’annoncer au public situé à l’écart des premiers sièges, l’arrivée des autorités. La démarche, apparemment banale, d’annoncer les noms des personna­lités présentes, participait en réalité du déroulement d’un rituel minutieusement élaboré. Le président du Sénat fut le premier à être applaudi. Quelques minutes plus tard, ce fut le tour de Mgr Medina, cardinal de l’Église, suivi des présidents des partis de droite UDI et RN (Rénovation nationale). Les ministres de l’Intérieur, du Secrétariat de la présidence et le porte-parole du gouvernement furent également présentés.

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Après avoir demandé au public de garder le silence par haut?parleurs, un enregistrement de l’hymne national du Chili surgit et invita tout le monde à chanter. L’hymne contribuait à créer le sentiment partagé d’unité en effaçant les différences sociales et politiques qui séparaient les participants. Dans un État comme le Chili, qui a toujours voulu montrer sa sobriété et son respect des valeurs républicaines, l’hymne national a toujours joué un rôle prépondérant dans les actes publics. Il suffit de se rappeler cet état singulier de communitas qui se manifesta en plein hiver 2002, dans le centre de Santiago : une foule d’environ 5 000 Chiliens, de tous les âges et de toutes les classes sociales, posa nue devant l’objectif du célèbre photographe nord-américain Spencer Tunick. Sans indications particulières du photographe, un désir spontané de fusionner en une seule et même voix émergea de la foule. Pour clore la session, égaux dans la nudité, ils entonnèrent l’hymne national [31][31]  Cette cérémonie fut désignée comme l’un des événements.... Or, lors de l’inauguration du Mémorial, l’interprétation de l’hymne subit quelques modifications. Lorsque la dernière note de l’hymne retentit, des voix se firent entendre continuant à chanter a capella des bribes, comme « l’asile contre l’oppression », en y ajoutant les cris de « Vive le Chili et Pinochet ! ». Une partie du public suivit alors cette improvisation et chanta de nouveau l’hymne patriotique en s’attachant en particulier à la troisième strophe glorifiant la valeur des soldats, qui, selon les paroles de l’hymne « sont la colonne qui soutient la nation ». Il n’est pas superflu de rappeler que cette strophe, reprise dans chaque événement de grande envergure pendant la dictature, divisait le pays en deux camps : ceux qui la chantaient avec fierté et ceux qui, en signe de protestation se taisaient. Ainsi, ce fragment, à la fois insignifiant et symboliquement prépondérant, représentait dans chaque lieu où il était entonné, la fierté des uns et le courage des autres.

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Pendant le régime de Pinochet, la junte militaire modifia l’ordre des strophes de l’hymne national. Il devint obligatoire de chanter la troisième strophe (jusqu’alors omise) glorifiant l’armée. En 1990, une fois restaurée la démocratie, le président Aylwin rétablit la tradition républicaine. Ne figurent plus désormais dans les cérémonies officielles que la cinquième strophe et le refrain. Or la troisième strophe de l’hymne resurgit avec une nostalgie lancinante lors de l’inauguration du Mémorial Guzmán. Malgré cette digression, les organisateurs tentèrent de maintenir le bon déroulement du protocole. Sur un grand écran furent projetées des images de la vie du leader disparu. Une voix profonde et sereine soulignait les aspects de sa personnalité et quelques faits marquants de sa trajectoire politique. C’est alors que les nostalgiques cessèrent progressivement de chanter leur propre version de l’hymne, en proférant quelques slogans en souvenir du commandant en chef de l’armée récemment décédé. Les images projetées paraissaient convaincre ou du moins émouvoir l’auditoire. Un silence cérémoniel finit par s’établir, et les participants écoutèrent attentivement la suite du récit :

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Jaime Guzmán était plus qu’un homme politique, il était un leader spirituel qui avait un impact sur la société […] un homme qui avait consacré sa vie au Chili et, principalement aux plus démunis. Les jeunes, à qui il avait inculqué la vocation du service public, avaient désormais devant eux le défi de faire resurgir son énergie spirituelle afin qu’elle baigne les nouvelles générations.

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Jaime Guzmán aimait Dieu et sa patrie. Jaime Guzmán a interprété ce que Dieu voulait pour aider à reconstruire la démocratie au Chili, pour nous et pour nos enfants. Jaime Guzmán, un enfant de notre patrie, un héros incontesté de notre histoire [...]. En ce lieu, s’élève le symbole le plus pur de la fraternité, de la volonté implacable de l’amour pour les autres. Jaime Guzmán Errázuriz, un grand Chilien, un vrai, de ceux qui donnent tout pour la patrie, de ceux qui ne s’oublient jamais [32][32]  Notes prises lors de l’inauguration du Mémorial Guzmán,....

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Ces mots désincarnés provoquèrent chez les spectateurs l’effet de « la voix intérieure », une étrange sensation où se mêlaient des images antagoniques : la violence criminelle et l’État, Dieu et la torture, la politique et la gloire spirituelle, tout cela sous l’implacable soleil estival de Santiago. Une série de discours suivit la projection. « Dans ce lieu perdurera la pensée d’un sénateur lâchement assassiné », déclara le maire de Las Condes, la commune aisée où se dresse le Mémorial, bastion de la droite conservatrice. La sœur du dirigeant décédé exprima ensuite ses remerciements. Bref et émouvant, son discours toucha la relation inextricable entre la ferveur religieuse et l’autoritarisme politique du fondateur de l’UDI : « Jaime n’était pas un homme qui cherchait la reconnaissance. Ce fut sa foi qui le conduisit à la politique. Faire ce qu’il considérait comme son devoir : Dieu, la patrie, et le prochain [...]. Le monument qui se dresse ici ne peut être compris que dans cette perspective [33][33]  Notes de terrain, 2008. Il existe une version de ce... ». L’irruption de représentations religieuses dans des réflexions d’ordre politique est un phénomène surtout perceptible dans les conversations entretenues avec les membres de la Fondation Guzmán. Le cardinal Medina, présent à la cérémonie, illustre les rapports entre l’Opus Dei et le haut commandement de l’armée. Ses liens avec les fondateurs du gremialismo remontent au temps où il enseignait en tant que professeur de théologie de l’université catholique, alma mater du mouvement fondé par Guzmán, et berceau universitaire des fameux Chicago Boys. Un an avant sa participation à l’inauguration du Mémorial Guzmán, le cardinal Medina fut chargé d’un autre rituel commémoratif : la première messe célébrée devant le mausolée d’Augusto Pinochet. Selon le quotidien El Mercurio, le seul média autorisé à couvrir l’événement, le cardinal bénit la tombe du général et pria pour que son âme fut : « reçue au plus haut des cieux, [parce qu’il] fut un homme de bien ». Un sévère et tranchant « Écoute-nous, Seigneur, nous te prions » fit alors vibrer les murailles du temple, ajoute un assistant à la messe familiale [34][34]  El Mercurio, 12 septembre 2007..

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Mais revenons à la cérémonie dont le discours de clôture pro­noncé par Pablo Longueira, l’ami fidèle et disciple de Jaime Guzmán, constitua un moment phare. La montée sur scène du sénateur Longueira fut généreusement applaudie. Bien que l’aboutissement du projet soit le fruit de la participation d’un large réseau d’acteurs, chacun s’accordait à reconnaître dans la figure du sénateur, le leader dont les efforts ont été déterminants pour que l’inauguration puisse avoir lieu. Ses premières paroles, protoco­laires, saluèrent les ministres venus en représentation de la prési­dente Bachelet. Plusieurs personnes, visiblement agacées, commen­cèrent à le huer. Le sénateur ne releva pas l’incident. Il s’agissait d’une occasion d’apparaître comme un conciliateur et de se montrer à la hauteur d’un événement revendiquant l’union nationale. Aujourd’hui, précisa le parlementaire, « nous ne sommes pas réunis entre amis pour rendre hommage à un autre ami ». Il était en effet important d’effacer tout doute concernant le caractère officiel de cette cérémonie : « Ce Mémorial est l’expression la plus éloquente de ce que Jaime Guzmán aurait voulu. Il ne s’agit pas d’un monu­ment en son honneur mais d’un souvenir impérissable d’un de ses rêves et idéaux les plus essentiels : l’unité du Chili et de tous les Chiliens, affrontant l’avenir avec le regard rivé sur Dieu [35][35]  Notes de l’inauguration du Mémorial Guzmán, Santiago,... ». Ces paroles indiquaient non seulement la clôture de l’inauguration mais réglaient aussi ce que les disciples de Guzmán considéraient comme la dette de la république envers eux.

33

La perpétuation du souvenir de Jaime Guzmán s’est révélée essentielle dans la réarticulation des imaginaires identitaires de la droite post-Pinochet. Un an après l’ouverture du Mémorial, les héri­tiers de l’influent conseiller de la dictature vainquirent la coalition de centre-gauche aux élections présidentielles. Aujourd’hui, ce sont eux, soutenus par les grands groupes économiques du pays, qui dirigent l’État avec une nouvelle génération d’experts en démocra­tie. La construction de cet édifice a mis en évidence la manière dont différents groupes dominants de la société (dirigeants politiques, experts, hommes d’affaires, militaires, prêtres et artistes) ont pu créer un dispositif exceptionnel d’intégration. L’acte inaugural du Mémorial a été propice à la convergeance des conceptions, des sentiments et des (intérêts différents vers un exemple de « gouver­nement de soi et des autres ». Un modèle de conduite, que ce bâti­ment a pour mission de perpétuer. Les ambitions de sa conception architecturale et ses actes fondateurs ont révélé sa fonction d’échafaudage du grand rituel d’amnésie du Chili contemporain, un rituel qui ne s’avoue pas et se nourrit de sa dénégation.

34

Sur le silence strident des crimes commis sous le régime de Pinochet, l’impeccable édifice consacré à Jaime Guzmán s’élève triomphant au milieu des gratte-ciel étincelants. La mémoire qu’il répand, épure la brutalité d’une dictature que son héros s’est attaché à rendre légitime. Le mémorial pour l’action, comme ses promoteurs aiment le décrire, remanie un passé pour le transformer en une utopie qui se reflète sur les murs des tours de verre qui l’entourent. Nonobstant, si le rêve de la modernité invoque toujours l’histoire la plus ancienne, comme l’observe Walter Benjamin (2000), les voix réduites au silence sur lesquelles se dresse ce Mémorial permettent de comprendre pourquoi, dans ce cas particulier, « rien ne rend le sommeil aussi inquiet que la peur du réveil ».

Je remercie les lecteurs anonymes et les coordinateurs du dossier « Architecture » du Journal des anthropologues, Catherine Deschamps et Bruno Proth, pour leur lecture et suggestions dans la préparation de cet article.


Bibliographie

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Notes

[1]

L’enquête de terrain a étémenée de 2008 à 2011 à Santiago du Chili.

[2]

Afin de matérialiser ce projet, une association nommée Corporation Pro?Mémorial a été spécialement créée le 12 mai 2003.

[3]

Témoignage de Patricio Melero. Ce dirigeant fut recruté par Jaime Guzmán en personne. En 2012, il est député et président du parti UDI. ?Source :? ? ? ?« ? ?UDI? ? inició recolección de fondos para financiar monumento a Jaime Guzmán », ? ?El Diario de Cooperativa? ?,? ? 9 novembre 2003 (en ligne). ?

[4]

Réalisé en 2008 par Renato Villegas, ce documentaire de 50 minutes s’intitule La bataille de la Plaza Italia.

[5]

Entretien, Fondation Jaime Guzmán (FJG), Santiago, 2008.

[6]

Source : archives du site http://www.plataformaurbana.cl (05/08/2010).

[7]

Cet appel à concours a été lancé par une commission du Sénat présidé par Carlos Bombal, ancien maire de Santiago sous le régime militaire.

[8]

?Bases del concurso público para el diseño del Memorial Jaime Guzmán E., Corporation Pro-Mémorial, Santiago, 2003.?

[9]

Entretien, FJG, Santiago, 2009.

[10]

Entretiens, FJG, 2008, et notes du journal El Diario de Cooperativa, 9 novembre 2003 (en ligne : http://www.cooperativa.cl).

[11]

Entretien, FJG, Santiago, 2008.

[12]

Le 24 septembre 2008, l’Union démocrate indépendante (UDI) célébrait ses 25 ans d’existence.

[13]

Finalement, le déplacement des locaux de cette fondation n’advint pas en raison de l’élargissement imprévu de la rue Vitacura. Entretien, FJG, Santiago, 2008.

[14]

Entretien, FJG, Santiago, 2008.

[15]

Guzmán (à gauche) et Pinochet (à droite), photo reprise de CIPER http://ciperchile.cl (Santiago, 1er avril 2011).

[16]

Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR), fondé en 1983 comme bras armé du parti communiste du Chili sous Pinochet, il s’est séparé du PC en 1991 et est devenu une organisation révolutionnaire indépendante. Le FPMR a renoncé à la lutte armée en avril 1997.

[17]

Fondée en 1991, la Fondation Jaime Guzmán promeut ses idées et ses conceptions morales.

[18]

Diario Financiero, Santiago, 23 février 2007 (en ligne : http://www.portalinmobiliario.com/diario/noticia.asp?NoticiaID=6174).

[19]

L’édifice Gran Torre Santiago deviendra ainsi la troisième tour la plus élevéede l’hémisphère sud, juste derrière les deux gratte-ciel localisés en Australie : Q1 Tower à Gold Coast et Eureka à Melbourne.

[20]

Note de terrain. Mémorial Guzmán, Las Condes, 9 novembre 2008. Abraham Senerman est le président de la société immobilière Titanium SA.

[21]

Le cabinet d’avocats Carey & Cie loue plusieurs bureaux de la tour Titanium. Cette société de conseil juridique et économique est la plus grande du Chili et domine le marché national. Son actionnaire principal, Jorge Carey, connut Jaime Guzmán à l’université catholique lors de ses études de droit.

[22]

Wolf von Appen, président de Ultramar et directeur de l’entreprise minière SQM, est également le vice-président du think tank Centro de Estudios Públicos, conseiller de la Fondation Paz Ciudadana, collaborateur de l’Institut Libertad y Desarrollo, et membre du conseil de direction de la SOFOFA. Cf. Aedo (2012).

[23]

Sous le régime militaire, Pinochet nomma Jovino Novoa secrétaire général du gouvernement, fonction qu’il occupa de 1979 à 1982.

[24]

Formule souvent utilisée par les membres de la Fondation Guzmán.

[25]

Quelques mois après le coup d’État, le 11 mars 1974, futpubliée la « Déclaration des principes du gouvernement du Chili » rédigée par Jaime Guzmán et dans laquelle futétabli le cadre juridique de la « nouvelle institutionnalité » mise en place par le régime du général Pinochet (Cristi, 2000).

[26]

Echavarri et Lipthay, Mémoire du projet Mémorial Guzmán, Santiago, FJG, 2003.

[27]

La colline San Cristóbal est située dans le centre de la ville de Santiago. La statue de la Vierge de l’Immaculée Conception, visible de plusieurs points de la ville, est considérée comme un symbole de la capitale.

[28]

Echavarri et Lipthay, Mémoire du projet Mémorial Guzmán, op. cit.

[29]

Entretien, FJG, Santiago, 2008.

[30]

L’armée de terre, l’armée de mer, l’armée de l’air et la gendarmerie nationale.

[31]

Cette cérémonie fut désignée comme l’un des événements les plus marquants de la dernière décennie au Chili selon le magazine MásDeco du journal La Tercera, le21 août 2010 : 8.

[32]

Notes prises lors de l’inauguration du Mémorial Guzmán, Santiago, 2008.

[33]

Notes de terrain, 2008. Il existe une version de ce discours dans les archives de la FJG.

[34]

El Mercurio, 12 septembre 2007.

[35]

Notes de l’inauguration du Mémorial Guzmán, Santiago, 9 novembre 2008.

Résumé

Français

Cet article étudie un lieu de commémoration issue d’un projet architectural entrainant un enjeu politique et culturel, le Mémorial Jaime Guzmán, l’idéologue de Pinochet, assassiné en 1991 par des militants d’extrême gauche. Nous examinons les dimensions esthétiques, politiques et culturelles de la conception de cet édifice ainsi que le processus le conduisant au cœur du quartier de Sanhattan. Hybridation entre Santiago et Manhattan, Sanhattan reflète l’utopie d’un monde social peuplé par les gratte-ciel, en accélération permanente, et régi par le profit symbolisé par le district financier de la Grosse Pomme. Outre l’analyse des idées véhiculées par le bâtiment et le choix de l’emplacement, le Mémorial Jaime Guzmán est ici l’objet d’une ethnographie qui tient compte de ses usages et de ses effets inattendus.

Mots-clés (fr)

  • anthropologie
  • politique
  • Chili
  • Mémorial Jaime Guzmán
  • architecture rituel
  • paysage urbain
  • Santiago

English

Dreams and Paradoxes of a Ritual Building at the Heart of the Business District of Santiago (Chile) ?This article studies the aesthetic, political and cultural aspects of the creation of the Jaime Guzmán memorial site of Santiago. Guzmán was an important ideologist of Pinochet’s military regime, assassinated in 1991 by left-wing extremists. The memorial is located at the heart of Sanhattan (a hybridization between Santiago and Manhattan). As an emblem of globalization’s contradictions, this urban landscape reflects the social utopia of a world in constant acceleration, populated by skyscrapers and governed by profit. Besides the analysis of the ideas evocated by the building and the location, this article explores the Jaime Guzmán memorial site from an ethnographic perspective that considers the uses and unexpected effects of the place.?

Mots-clés (en)

  • anthropology
  • politics
  • Chile
  • Memorial Jaime Guzmán
  • ritual architecture
  • urban landscape
  • Santiago

Plan de l'article

  1. Le projet du Mémorial et ses effets
  2. L’« apôtre martyr » de la post-dictature
  3. Le lieu
  4. L’édifice
  5. L’inauguration

Pour citer cet article

Aedo Angel, « ‪Rêves et paradoxes d’un édifice rituel au cœur d’un quartier d’affaires de Santiago (Chili)‪ », Journal des anthropologues, 3/2013 (n° 134-135), p. 199-220.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2013-3-page-199.htm


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