Accueil Revues Revue Numéro Article

Journal des anthropologues

2013/3 (n° 134-135)


ALERTES EMAIL - REVUE Journal des anthropologues

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 243 - 265 Article suivant
1

L’architecte est peintre et sculpteur comme l’ethnologue est toujours potentiellement écrivain. C’est donc autour de leurs capacités créatrices autant que par le dialogue de leurs savoir-faire respectifs que leur rencontre peut se nouer.
A. Bensa (2000)

2

Roquefort est la première appellation d’origine contrôlée française. Imaginer ce que sera le village éponyme en 2025 lors du centenaire de l’aoc, c’est ce à quoi la commune et son office de tourisme s’attèlent, au travers de l’élaboration d’un « projet d’écodéveloppement territorial » valorisant le patrimoine local : économie, urbanisme, tourisme et culture constituent les grands axes de ce « Projet du Centenaire », un des objectifs étant de relier le village à son « territoire nourricier ». L’altération du tissu social et la désertification du village, conséquences du processus de mécanisation engendré par la modernisation de l’industrie fromagère [1][1]  Jacinthe Bessière et Laurence Tibère (2011) parlent,..., en complexifient la tâche. Il s’agit pourtant d’impliquer villageois, professionnels et industriels dans les différentes phases du projet. Pour eux, ce dernier doit devenir un outil pour dire, élaborer et transmettre des clés de compréhension des mutations de la fabrication fromagère. Il doit servir le rapport qu’ils entretiennent avec leur milieu et faire l’objet d’une appropriation.

3

Dans cette perspective, les instigateurs ont amorcé une dynamique de « sauvegarde, valorisation et transmission de la mémoire orale de l’aoc ». C’est ainsi qu’au mois d’octobre 2008, j’ai intégré l’office de tourisme roquefortais au titre d’ethnologue, chargée de mission Patrimoine et Culture. Deux ans plus tard, la commune lançait le volet urbanistique du « Projet du Centenaire » sous la forme d’un concours à maîtrise d’œuvre pour la requalification urbaine du village. À son issue, la proposition d’une équipe pluridisciplinaire [2][2]  Cette équipe se compose d’architectes urbanistes,... conduite par l’agence d’architectes Rayssac a été retenue par le conseil municipal. Comprenant le réaménagement des espaces publics, la construction d’ascenseurs permettant une traversée verticale du site et la création d’une structure centrale polyvalente temporairement baptisée « Maison de Roquefort », ce programme, intitulé « Roquefort 2016, de l’ombre à la lumière », a, depuis, fait l’objet d’un avant-projet sommaire. Dans l’attente de l’engagement financier des différents partenaires sollicités [3][3]  En dehors de la commune et de l’intercommunalité dans..., la suite des opérations a, pour l’instant, été suspendue.

4

S’il y a à dire sur la relation entre politique, tourisme, économie et ethnologie, je me contenterai de montrer comment le regard ethnologique, initialement centré sur les mémoires orales, peut accompagner la réflexion menée par le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre sur la dimension urbanistique du projet. J’aborderai les formes de coopération expérimentées entre les disciplines, mais aussi les limites rencontrées et les perspectives dégagées pour les étapes à venir.

Données contextuelles

Ancrage géographique du projet

5

Le village de Roquefort se situe au sud du Massif Central, tout près du plateau du Larzac dans le département de l’Aveyron. Qu’il s’agisse de sa laine, de sa peau, de sa chair ou de son lait, la brebis a largement contribué au développement de la vie humaine en ces terres. Au premier rang des activités liées à l’agropastoralisme, on trouve la fabrication du fromage, plus précisément ici le Roquefort. Depuis 1925, le lait, cru et entier utilisé, doit être produit par des brebis de race Lacaune, sur une aire géographique dénommée « Rayon » qui comprend les départements de l’Aveyron, de l’Aude, du Gard, de l’Hérault, de la Lozère et du Tarn : cet espace constitue le territoire concerné par le projet d’écodéveloppement.

6

Le fromage doit être affiné en cave pendant 14 jours au minimum, puis maturé durant une période d’au moins 90 jours à compter de sa fabrication, tout ceci entre les mois de décembre et de juin. Les caves d’affinage se situent obligatoirement sous le village de Roquefort, au creux de l’éboulis du Combalou, qui s’étend sur 2 km de long et 300 mètres de large. La zone d’affinage est restreinte parce qu’elle est caractérisée par un contexte naturel singulier : l’éboulis qui la compose est né de glissements calcaires et marneux provoqués par un accident tectonique à l’époque quaternaire. Les éboulements ont enfanté de nombreuses failles et diaclases. Ainsi sont apparues les fleurines (trous souffleurs en occitan), qui maintiennent l’amas rocheux en contact permanent avec l’air atmosphérique. Véritables conduits naturels, elles assurent une autorégulation de l’hygrométrie et de la température de l’air « soufflé » tout au long de l’année. Dans l’antre du Combalou, les conditions d’affinage sont donc naturellement favorisées (Fersing, 2011). Sept industriels détiennent aujourd’hui le monopole de la fabrication.

7

L’ancrage géographique des pratiques rattachées au processus de fabrication fromagère n’a pas toujours été celui-ci. Avant 1925, les « cueilleurs de vent [4][4]  Expression empruntée à Didier Aussibal, chargé de... » affinaient leur fromage dans de nom­breuses caves dites bâtardes (Labbé & Serres, 1999), disséminées sur les causses alentours. De la même manière, le rayon de collecte du lait s’est réduit : dans les années 1960, la Corse ou les Pyrénées faisaient encore partie des zones de production laitière.

Patrimoines, ethnologie et requalification urbaine

8

Un des principaux enjeux du « Projet du Centenaire » réside en l’instauration d’un dialogue entre les différentes instances politiques, institutionnelles mais aussi économiques (acteurs de la filière) et sociales (population) qui jalonnent le territoire de l’AOC. C’est dans la dimension patrimoniale attribuée au Roquefort [5][5]  Qui relèverait, pour Laurence Bérard et Philippe Marchenay... que la convergence semble vouloir être trouvée. Considéré comme une ressource « identitaire » dont il est, par ailleurs, important d’analyser les processus de construction, le roquefort serait à même de contenir « la possibilité d’un avenir qui accroit son caractère d’enjeu stratégique : social, culturel, économique, symbolique et, bien sûr, territorial » (Di Méo, 2007 : 2). Guy Di Méo souligne d’ailleurs que « la vogue actuelle que connaissent les produits de qualité, surtout issus de l’agriculture, confère aux patrimoines des sites et des méthodes de production, comme à celui des biens livrés, une valeur de ressource territoriale précieuse pour les politiques de développement local » (ibid. : 18). Ainsi, tout ce qui touche de près ou de loin, au présent ou au passé, sous une forme matérielle ou immatérielle, au roquefort et à l’agropastoralisme, renferme, pour la commune, un « potentiel patrimonial » à mettre en lumière et à valoriser dans une perspective de développement territorial.

9

En 2007, la commune, l’office de tourisme et le Parc régional des Grands Causses s’associent pour créer un comité de pilotage « Roq’mémoire [6][6]  Ce comité rassemble la Confédération générale des... » visant à faire un état des lieux sur les recherches et les matériaux existants autour de l’histoire de et du Roquefort [7][7]  Approche faisant écho aux analyses développées par.... L’idée est de créer un centre de ressources documentaires autour de l’AOC, mais aussi d’élaborer divers contenus destinés à être mis en forme dans un futur centre d’interprétation implanté au cœur du village. C’est dans ce contexte que mes recherches ont commencé sous la forme d’enquêtes orientées sur les mutations socio?anthropologiques de la filière fromagère au cours du XXe siècle. Pour Christel Caruso, directrice de l’office de tourisme, ce travail allait permettre de sonder les mémoires orales afin de voir comment les différents volets du « Projet du Centenaire » pourraient y puiser source, matière et inspiration. Ces recherches permettaient de légitimer l’inscription du projet dans une continuité historique.

10

Sans autre consigne que d’amorcer une dynamique de « sauvegarde, valorisation et transmission de la mémoire de l’AOC Roquefort », j’expérimentai une triple méthodologie : 1) des entretiens individuels orientés sur la description des savoir-faire impliqués dans le processus de fabrication fromagère actuel et passé (auprès de cabanières, ouvriers de caves, chefs de cave, maîtres affineur, industriels, frigoristes, électriciens, employés de bureau, producteurs laitiers, gérants de laiterie, transporteurs, responsables qualité, responsable expédition, etc. [8][8]  En complément de mes propres enquêtes, j’ai sollicité...) ; 2) des entretiens collectifs réalisés lors de réunions publiques mensuelles portant sur la vie du village (l’ancien cinéma, les fêtes votives et religieuses, les cérémonies familiales, les anciens commerces, la toponymie du village et des alentours, les sobriquets, etc.) – les participants, majoritairement retraités, habitent à Roquefort ou y ont habité ; 3) la mise en place d’un projet pédagogique intitulé « La mémoire de mon village à travers les cinq sens », en partenariat avec l’école de Roquefort. Les mutations du bâti roquefortais, les paysages sonores mais aussi la mémoire tactile liée au processus de fabrication fromagère ont ainsi été abordés au prisme de collectages réalisés par les enfants auprès de nombreuses personnes-ressources. Une fois analysés par les petits enquêteurs (avec mon aide ou celle d’une sociologue, Magali Nayrac), ces témoignages ont fait l’objet d’un processus de création en lien avec le sens abordé. Les différentes étapes de ce travail ont progressivement donné lieu à la réalisation d’une exposition polymorphe composée d’installations plastiques, sonores et photographiques, toujours visible dans le village sous la forme d’un itinéraire de visite baptisé « Raconte-moi Roquefort : regards d’aujourd’hui et témoignages d’hier ».

11

L’ampleur grandissante du réseau d’informateurs et l’engouement manifesté par les habitants à l’égard des actions de valorisation [9][9]  Trois veillées ont ainsi été organisées. ont amené Christel Caruso à considérer ce travail comme « l’âme du projet ». La méthodologie proposée dans le cadre du document de présentation édité en septembre 2012 (Anatome-a, 2012 [10][10]  Anatome est l’agence de communication du Projet Roquefort...) vient officiellement renforcer cette idée : le socle du projet se fonde sur la « dynamique collective » élaborée au travers des « collectes » et des différents « comités de pilotages [11][11]  Parallèlement à « Roq’Mémoire », il existe deux autres... ». Mais dans quelle mesure les mémoires orales peuvent-elles alimenter un discours patrimonial sur l’AOC Roquefort ? Qu’entend-on par « patrimoine » ? Comment l’ethnologue, attentif aux usages des données qu’il recueille, analyse et produit, doit-il se positionner ? Quelle place, quelle marge de manœuvre et de décision va-t-on lui accorder, que ce soit du côté du maître d’ouvrage ou du maître d’œuvre ? Le lancement du volet urbanistique a constitué un espace test vis-à-vis de ces questionnements.

Méthodologie et « organigramme » du projet Roquefort 2016

12

Représentée par Bernard Sirgue, maire du village et Christel Caruso, directrice de l’office de tourisme et responsable du Pôle développement et communication de la commune, la municipalité roquefortaise constitue le principal instigateur de ce projet territorial : elle en détient donc la maîtrise d’ouvrage. L’agence Rayssac, qui a remporté l’appel à concours, en est, quant à elle, le maître d’œuvre. Le book de présentation publié en septembre 2012 fait état d’une « coordination de projet à Roquefort, conduite par deux principales instances » : un « groupe stratégique » et un « comité de pilotage » (Anatome-a, op. cit.).

13

Le premier, composé de Bernard Sirgue, Joël Vernhet (secré­taire général) et Christel Caruso est chargé de « l’animation du projet ». Il bénéficie, à ce titre, d’une assistance à maîtrise d’ouvrage [12][12]  Pierre Rimattei du bureau d’études de maîtrise d’œuvre... et d’un accompagnement en ingénierie financière et juridique [13][13]  Par le biais de Pascal Heymes, consultant du groupe.... Ce groupe constitue l’épine dorsale du projet. Bien qu’à ce jour elles dépendent essentiellement du pouvoir décisionnel de la commune, les réflexions intégreront sous peu un cadre plus large, fruit de l’actuel remaniement des collectivités territoriales. La création d’une grande intercommunalité à l’échelle du Sud-Aveyron a ainsi été envisagée. Cette réorganisation constitue un enjeu pour la commune de Roquefort, qui souhaite trouver les appuis nécessaires à la réalisation de son projet, sans en perdre la tutelle. Les transactions politiques des prochains mois seront décisives.

14

Sous la forme d’un comité de pilotage « convocable par le maire chaque fois qu’une présentation et/ou une décision en justifie la réunion », la seconde instance rassemble « les membres du groupe stratégique, des élus de la commune, des partenaires publics [14][14]  Le conseil régional Midi-Pyrénées, le conseil général..., des partenaires de la filière aoc[15][15]  La Confédération générale des producteurs de lait... et des partenaires privés [16][16]  Fondations, mécènes… » (Anatome-a, op. cit.). Un autre cadre institutionnel doit encore être considéré : en juin 2011, « l’Unesco reconnaît, en tant que patrimoine mondial de l’humanité, le site "Causses et Cévennes, paysage de l’agropastoralisme méditerranéen" dont Roquefort constitue l’extension la plus avancée à l’ouest » (Thomas, 2012 : 12). Cette reconnaissance est perçue comme un levier pour le développement économique local. Mais pour être maintenu, un tel classement doit être incarné dans des initiatives : « Roquefort 2016 » et, à travers lui, le « Projet du Centenaire » pourraient permettre d’en assurer la valorisation progressive et d’en garantir la conservation.

15

Ma participation au premier groupe de travail s’est matérialisée sous forme indirecte, par le biais de Christel Caruso avec qui j’entretiens des échanges formels et informels. Nous abordons ensemble des sujets discutés au sein du groupe stratégique auquel elle participe : la question de la concertation ou celle de la communication relative au projet en sont deux exemples. Selon moi, des réunions avec la population auraient dû être organisées dès le début, mais il en fut décidé autrement : les membres du groupe stratégique ont préféré s’assurer d’abord de l’implication des partenaires financiers. Bien qu’il ait été entendu par l’intermédiaire de mon interlocutrice, mon point de vue resta donc peu pris en compte par le maître d’ouvrage. Peut-être gagnerais-je en crédibilité et en force de proposition si j’intégrais officiellement le groupe de travail ? Ce point renvoie à la question posée par l’absence de « professionnel du patrimoine [17][17]  Expression utilisée par Claire Bertrand, chargée de... » au sein de cet organe décisionnaire, alors même que le patrimoine est censé constituer la clé de voûte du projet. Essayons de voir maintenant dans quelle mesure, à l’échelle du maître d’œuvre, le regard ethnologique peut susciter l’intérêt des différents corps de métiers impliqués.

Roquefort 2016 : lorsque le « patrimoine » passe « de l’ombre à la lumière », en est-il de même pour le regard ethnologique ?

La phase d’appel à concours

16

Alban Bensa fut dès le départ et jusqu’au bout associé par l’architecte Renzo Piano au travail de conception architecturale du centre culturel de Tjibaou. Les circonstances furent toutes autres du côté de Roquefort, où j’étais moi-même employée par l’une des structures commanditaires. En dehors de certains documents fournis aux trois candidats présélectionnés pour répondre à l’appel à concours, les propositions formulées par le lauréat n’ont pas été pensées en lien avec les recherches ethnologiques menées sur le terrain. Il était néanmoins précisé, dans le cahier des charges (2010) établi par la commune et le caue, qu’un des objectifs consistait à « révéler les caractéristiques urbaines et paysagères qui font l’originalité du site en engageant un programme de requalification des espaces publics (espaces à restructurer, identité territoriale à développer) et du cadre bâti (valorisation du patrimoine industriel, valorisation des façades) ». Le contexte initial ne permettait certes pas d’associer l’ethnologie à la réflexion des candidats. En revanche, l’ethnologue aurait pu contribuer à la rédaction du cahier des charges (idem). De la même manière, être associée à la sélection des candidatures retenues dans le cadre d’appel à concours, puis au choix du lauréat, aurait permis de marquer mon implication dans la construction du projet. Au-delà des problématiques d’ordre pratique [18][18]  Ce point renvoie à « l’organisation d’une nouvelle..., symbolique [19][19]  Il s’agit par là de « définir une nouvelle politique... ou économique évoquées dans le cahier des charges (idem), cela aurait aussi conduit les architectes à élargir leur réflexion à la dimension sociale : j’aurais alors pris soin d’éclaircir la notion d’« identité territoriale » et insisté sur les représentations du village et de la filière.

Concernant le village de Roquefort

17

Travailler à la requalification des espaces publics induit l’amorce de nouvelles dynamiques d’usages et de perceptions. Tenir compte du rapport que les habitants entretiennent avec ces espaces a d’autant plus de sens que Roquefort a perdu une large part de sa population au cours des dernières décennies. D’une façon générale, les discours des personnes consultées évoquent une forme de nostalgie à l’égard d’un temps où Roquefort était un « village vivant ». En effet, au cours des cinquante dernières années, la commune a connu une dépopulation massive : si le recensement de 1962 fait état de 1 488 habitants au village, celui de 1975 n’en compte plus que 949 pour atteindre, en 2012, le chiffre de 711 âmes, dont la moitié vit dans les lotissements construits à Lauras dans les années 70. Ce phénomène de désertification peut s’expliquer à la lumière de quatre paramètres : le manque de logements à louer ou acheter (la Société des Caves possède aujourd’hui plus de 80% du bâti roquefortais), la dureté du climat et des conditions d’habitation au village, le développement des moyens de transport collectifs et individuels, enfin les successives modifications apportées au travail en cave (le salage ne se fait désormais plus sur Roquefort mais dans les laiteries situées à divers endroits du département)… Si ce projet s’adresse à la population, comment peut-elle l’intégrer alors qu’elle ne vit plus dans le centre de Roquefort ? La réimplantation d’un habitat pérenne ou temporaire pourrait-elle être, par exemple, envisageable ? La création d’un plan local d’urbanisme peut amener des éléments de réponses sur le long terme. La prise en compte des perceptions de l’espace, via la consultation de cartographies mentales, permettrait quant à elle de laisser émerger le rapport intime que la population entretient avec l’espace du village.

Concernant la filière et l’AOC

18

Hormis la baisse des ventes de fromage, l’ensemble de la filière connaît aujourd’hui plusieurs difficultés. Des enquêtes de terrain [20][20]  Aux miennes, s’ajoute celle de Nastasia Fidanza que... ont révélé la nature paradoxale des liens que les producteurs entretiennent avec les différents maillons du processus de fabrication fromagère : si le cadre représenté par l’aoc inspire un sentiment de sécurité en garantissant la vente d’une partie de la production laitière, il renvoie aussi à la notion de contraintes, notamment sanitaires, et à une certaine forme de pessimisme. Le délitement progressif du lien entre l’ensemble des acteurs contribue à alimenter, chez les plus petits d’entre eux, un sentiment d’éloignement voire d’exclusion des processus décisionnels, et un sentiment de dévalorisation dans l’exercice du métier. Du côté des industriels, les pressions exercées par la grande distribution contraignent à chercher des solutions pour baisser les coûts, rentabiliser et développer les outils de travail. Dès lors, la négociation du prix du lait fait régulièrement l’objet de conflits entre patrons et syndicats de producteurs. Dans quelle mesure le projet porté par la commune de Roquefort peut-il contribuer à la restauration du dialogue ? Les producteurs relèvent également leur non-représentation dans les campagnes de communication, en dehors de l’image désuète du berger. Comment le projet va-t-il se positionner, notamment au regard du classement mondial dont une partie du territoire de l’aoc vient de faire l’objet ?

19

Un sentiment d’incertitude semble se dégager chez nombre d’habitants et de salariés à l’égard des mutations subies par l’industrie au cours des deux dernières décennies. Le fait que les principales entreprises ne soient plus gérées par des acteurs « locaux » suscite des interrogations et leur donne à penser que les administrateurs actuels, investisseurs a priori dépourvus de liens directs et affectifs avec le village, n’en partagent plus vraiment les intérêts, notamment en ce qui concerne la préservation des emplois. La stabilité de l’aoc est elle-même parfois mise en doute. Le projet de requalification urbaine a-t-il la capacité de rétablir la confiance ?

20

La proposition retenue à l’issue de l’appel à concours a révélé une certaine sensibilité dans l’approche envisagée, ainsi qu’une intention réelle de mettre en lumière la structuration du site, sur le plan naturel et culturel. J’y ai donc vu, malgré quelques erreurs d’interprétation sur le plan toponymique [21][21]  En référence à l’intense activité industrielle qui..., une forme de cohérence et la possibilité d’ouvrir et d’accompagner la réflexion. Le fait d’être confrontée à une équipe lauréate dont les propositions, encore à l’état conceptuel, présentaient un parti pris et de grandes orientations validés par les commanditaires, n’a pas facilité l’insertion du regard ethnologique au cœur des préoccupations architecturales. Mais l’équipe externe s’est montrée attentive à redéfinir certains points lorsque cela semblait nécessaire. Quel type d’impact ces échanges ont-ils eu sur l’élaboration de l’avant-projet ?

Les phases « recalage de l’esquisse » et « avant-projet »

21

Composée d’architectes, urbanistes, paysagistes et de spécia­listes du développement touristique et de la communication, le groupement lauréat du concours, baptisé « équipe projet externe » (Anatome-a, op. cit.), a donc été retenu en juillet 2011. Au cours des mois suivants, mes interventions auprès de cette équipe pluridisci­plinaire ont consisté, sous la forme de visites sur site, de discussions, de réunions ou d’échanges écrits, à éclaircir certaines interrogations, transmettre des documents écrits ou iconogra­phiques, formuler des grilles de lectures à l’échelle du village et du territoire de l’aoc (approche géologique, historique, linguistique, toponymique ou socio-anthropologique du terrain). Le travail d’analyse des entretiens ethnographiques m’a permis d’alimenter cette réflexion de fond.

22

J’ai également joué le rôle d’intermédiaire avec certains parte­naires [22][22]  Par exemple Didier Aussibal ou Jean-Pierre Serres,... afin de réunir, autour de l’équipe externe, un maximum de compétences adaptées à leurs besoins. J’ai, d’autre part, tâché de les mettre en garde face à certains écueils, notamment terminologique, toponymique ou symbolique, dans le but de les amener au plus près des réalités. Ainsi, tout en s’inscrivant dans la continuité des agen­cements existants, les aménagements et équipements envisagés, semblent vouloir inviter à la compréhension de l’organisation en surface et souterraine du village. Le concept développé se fonde sur une découverte du site structurée en trois principaux niveaux : l’étage « paysager de la vallée du Soulzon », l’étage « industriel » et enfin l’étage « village historique et Combalou » (Rayssac, 2012 : 15). Trois grands axes de travail (pragmatique, patrimonial, événe­mentiel) ont également été dégagés, lesquels n’ont pas manqué d’interroger l’ethnologue.

Le « projet pragmatique »

23

La gestion globale de la circulation au sein du village a été traitée au travers du premier axe. Le parti retenu vise à réserver un flux vertical au tourisme et un flux horizontal à l’industrie, afin de permettre une cohabitation entre ces deux grandes « familles » d’usagers mais aussi pour « créer une osmose entre les deux principales économies du village » (Anatome-c, 2012). À chaque étage, « l’espace public s’approprie des ambiances spécifiques, que celles-ci relèvent du patrimoine naturel, historique ou industriel […]. Le langage des matériaux est nourri tant de l’univers de l’agropastoralisme que de celui de l’industrie », le projet cherchant à révéler et valoriser cette rencontre tout en « facilitant le travail quotidien des fabricants […] et en créant des espaces de vie où les différentes populations peuvent se rencontrer » (Rayssac, op. cit. : 14). Ainsi, depuis le bas de Roquefort, où les visiteurs sont invités à laisser leur véhicule et à « pénétrer une fleurine », un cheminement ponctué d’ascenseurs, de places, de points de vues mais aussi de circuits d’interprétation, assure leur montée progressive jusqu’au plateau du Combalou où une vue panoramique sur le Larzac et les environs les attend. Au gré d’une ascension passant « de l’ombre à la lumière » (ce qui n’est pas sans rappeler la circulation de l’air au creux de l’éboulis), la découverte de l’aoc se fait en remontant le chemin du lait, depuis la phase d’affinage du fromage en cave jusqu’à la production laitière.

24

Dans l’ensemble, ces propositions paraissent pertinentes dans la mesure où elles font écho à la réalité matérielle du terrain : le cheminement par étage renvoie non seulement à l’architecture interne des caves mais aussi aux phases successives qui en ont ponctué la construction et, par là même, la progressive extension du village. Pour que cela soit compris, il semble malgré tout important d’expliciter et de rendre lisible, par le biais du discours muséographique, la somme des données historiques. L’équipe externe m’a ainsi demandé de procéder à un inventaire du « patrimoine vernaculaire du village » consistant à identifier les traces visibles ou les éléments révélateurs des différentes périodes qui en ont marqué l’histoire : « Ce qui compte, ce sont les éléments "remarquables" du point de vue architectural et paysager [23][23]  Remarque formulée par Giovana Marinoni au cours d’une... ». Cette appréciation, tout à fait arbitraire, soulève la question de ladite préservation du patrimoine matériel. Qu’est-ce qui doit être montré et sauvegardé ? Selon quelles logiques ?

Le « projet patrimonial »

25

Cet axe du projet concerne plusieurs points : en premier lieu, les espaces publics, au sein desquels il s’agit de « valoriser l’aoc Roquefort dans son environnement », « faciliter le travail quotidien des fabricants » et « créer des espaces de vie où les différentes populations se croisent et vivent ensemble ». C’est sur le plan du discours muséographique que l’aide de l’ethnologue a ici été sollicitée. Cependant, des réponses ne peuvent être apportées qu’après avoir considéré l’ensemble des espaces qui serviront d’écrins au discours : autrement dit, les différents circuits de visites de caves et le centre d’interprétation envisagé comme un espace muséographique composé d’expositions permanentes et temporaires, partie intégrante de la « Maison de Roquefort [24][24]  Pôle central d’accueil mais aussi de médiation, d’animation... ». Directement inspiré des « modes de construction vernaculaires », ce bâtiment, construit sur d’anciennes caves dont une partie du mobilier sera conservée, laissera « apparaître l’émergence des caves vers l’extérieur » (Rayssac, op. cit. : 7 [25][25]  Il s’agit de la notice architecturale contenue dans...). Le choix de la toiture, tout comme celui des matériaux, s’inscrit dans la « continuité de l’histoire du site : verre, pierre, métal, bois ». Si les fines lames de bois recouvrant le volume principal font, pour les architectes, office de « filtre tout en assurant une porosité de l’ensemble » et une protection pendant la période la plus chaude de l’année, elles entrent en parfaite cohérence avec les diverses mutations qu’a connues l’industrie au cours du temps : renvoyant à l’image du frigo, elles évoquent l’idée qu’aujourd’hui, pour maitriser le froid (et évacuer l’air chaud à l’intérieur des caves), on construit des sortes de « cheminées exutoires ». Sans que ce soit intentionnel, ce choix vient donc ajouter un « mot de plus au vocabulaire du projet », comme l’a souligné Didier Aussibal. L’équipe externe m’a donc particulièrement sollicitée sur le plan du contenu du discours muséographique mais aussi sur la manière dont les visiteurs pourraient progresser au sein du centre d’interprétation. J’ai, à ce titre, eu accès à certaines maquettes virtuelles du lieu, lesquelles m’ont permis de mieux l’envisager. Sur le plan programmatique ensuite, il m’a été demandé d’évaluer la quantité d’espace consacré à la muséographie intérieure et au centre de ressources documentaires.

Le « projet événementiel »

26

Le long de cet axe, le but est de « relier Roquefort à son territoire », de « dévoiler le pays pour inviter les visiteurs à prolonger leur découverte dans le bassin de vie de l’aoc ». Il s’agit également de découvrir le village « de jour comme de nuit » : « raconter une histoire », « utiliser le bâti industriel » et « valoriser l’environnement naturel exceptionnel du site » constituent les trois principaux moyens pour y arriver. L’objectif est aussi de « révéler le village haut » en s’appuyant sur le patrimoine bâti existant tout en minimisant l’intervention urbanistique. Des percées visuelles ont cependant été envisagées pour « proposer de nouveaux points de vue sur le village, la vallée du Soulzon et le Larzac ». L’enjeu réside encore dans la « constitution d’un cadre pour une offre économique supplémentaire » que ce soit sur le plan hôtelier, gastronomique ou artisanal. Il s’agit enfin, à travers la construction d’un ascenseur panoramique permettant l’accès au Causse du Combalou, de « créer un concept contemporain d’envergure internationale » permettant de donner un « sens nouveau et profond à la visite de Roquefort » mais également de vivre une « expérience inoubliable » (Anatome?c, op. cit.).

27

Avant même le lancement des études d’impact, ce dernier point est susceptible d’enclencher une véritable polémique. Des mails dénonciateurs circulent déjà, pointant du doigt les conséquences écologiques et environnementales de pareille installation sur les falaises du Combalou, quand ce n’est pas le caractère pharaonique des investissements engagés pour sa réalisation qui est mis en cause. La presse locale y fait également référence. Mon point de vue à ce sujet diverge de celui du maître d’ouvrage et du maître d’œuvre, qui assimilent l’ascenseur projeté à une sorte de lien symbolique unissant Roquefort à son territoire. Prenant l’exemple des retombées médiatiques engendrées par la construction du Viaduc de Millau, ils y voient un produit d’appel au service du projet dans son ensemble, une opportunité capable de susciter envie et curiosité à l’égard du fromage et du territoire. Ici, la forme, qui intéresse souvent peu les ethnologues, semble prendre le pas sur le fond. Comment réussir alors à faire entendre et mettre en œuvre une méthodologie qui corresponde à mon ancrage disciplinaire ?

À la recherche d’une méthodologie partagée

28

Mes compétences ont surtout été sollicitées sur le plan du contenu muséographique. Certaines de mes remarques ont toutefois eu un impact direct quoique partiel sur la conception architecturale. Les ascenseurs conduisant à la place de la Maison de Roquefort devaient, initialement, traverser les différents étages d’une cave à l’abandon. Ce n’est plus le cas : « Entièrement vitrés, ils laissent entrevoir, vers l’intérieur, la cheminée taillée à même le rocher, témoin du savoir-faire des artisans de Roquefort, et dévoilent, vers le côté extérieur, le paysage des Causses à travers une vision arborée » (Rayssac, op. cit. : 2 [26][26]  Il s’agit de la notice architecturale contenue dans...). Cette modification est la conséquence d’une incompréhension que j’ai manifestée au cours d’une des visites sur site avec les architectes. En effet, pourquoi vouloir montrer un espace laissé à l’abandon alors que, sous le village, l’activité industrielle bat son plein ? Interloqués par cette réflexion ingénue, les architectes ont revu leur position et déplacé la colonne d’ascenseurs.

29

La rédaction du dossier paysagiste a aussi tenu compte de quelques réflexions issues des enquêtes ethnographiques : par exemple, l’importance accordée aux raccourcis, éléments structurants de l’organisation spatiale du village mais aussi des usages quotidiens de l’espace au cours du xx e siècle.

30

D’autres points mériteraient discussion : dans la note descriptive architecturale du dossier de l’avp, les architectes soulignent que « de nuit, la Maison de Roquefort est un véritable phare posé sur son socle de pierre qui irradie la plaine du Soulzon. C’est l’esprit de rayonnement du patrimoine des caves sur le territoire qui traverse ce bâtiment ». Or cette formulation peut renforcer le sentiment de domination, voire d’écrasement, que les industriels de Roquefort suscitent chez nombre de producteurs de lait. Il en va de même concernant la perception de Roquefort par la population des communes alentours : la prédominance roquefortaise dans certains domaines (touristique, économique…) est parfois remise en cause. Roquefort est alors souvent assimilé à une sorte de village gaulois n’en faisant qu’à sa tête, sentiment accentué par le fait que pendant longtemps, la municipalité a bénéficié d’une autonomie budgétaire importante, garantie par la bonne marche de l’activité industrielle implantée sur son périmètre.

31

Un autre exemple pourrait être celui de la nouvelle place du village qui est assimilée, dans l’avant-projet, à un « espace public central retrouvé ». Or l’ensemble des témoignages montre qu’à Roquefort, au cours du xx e siècle, le concept de place centrale n’a jamais vraiment existé. En effet, le développement de l’industrie le long de l’éboulis a engendré un village étiré, favorisant un habitat dont la vie quotidienne s’est organisée par quartiers. Ces quartiers, souvent baptisés ou assimilés au nom de l’industriel installé à proximité, offraient tous un espace de convergence et de sociabilité à leurs habitants. Mis à part le parvis de l’église où la population avait l’habitude de se retrouver, le marché couvert, les bains?douches et quelques autres lieux fonctionnels, il ne semble pas y avoir eu, à Roquefort, de place centrale. En créant cet espace, il ne s’agira donc pas de « retrouver » ce qui n’est plus (puisque ça n’a jamais été) mais plutôt d’amener le village vers une nouvelle organisation spatiale adaptée aux usages actuels (ceux des habitants, des salariés mais aussi des visiteurs) en favorisant la rencontre de l’ensemble des usagers.

32

Enfin, la tonalité marketing entretenue par l’emploi d’innombrables « mots valises » nuit, à mes yeux, à la réflexion de fond et la mise en lumière du travail réalisé par l’équipe pluridisciplinaire. Dans la partie intitulée « Avoir de l’ambition et valoriser une identité » (Anatome-a, op. cit.), il est par exemple dit de Roquefort que « ses savoir-faire et ses traditions composent un profil identitaire qui doit être montré, perçu et ressenti par les populations d’une façon extraordinaire ». En dehors du fait qu’il faudrait éclaircir le concept d’identité et de tradition, l’emploi du verbe « devoir » renvoie à l’idée d’imposition et d’assimilation, tout le contraire de la démarche collective qui est par ailleurs revendiquée. La notion d’« extraordinarité » mériterait aussi d’être explicitée. Dans le cadre de ma participation à la réflexion, améliorer la précision terminologique fait partie des perspectives dégagées pour 2013.

33

Un planning précis des réunions avec les architectes doit toutefois encore être établi. Plusieurs raisons expliquent que cela n’ait pas encore été fait. De mon côté, la diversité de mes missions au sein de l’office de tourisme ne m’a pas, jusqu’à présent, permis de me consacrer entièrement au projet. Du côté de la maîtrise d’œuvre, la pluralité des compétences impliquées, associée à sa dissémination aux quatre coins de la France, n’a pas facilité la coordination interne de l’équipe. Ajoutés les uns aux autres, ces paramètres ont compromis la mise en place et l’adoption d’une réelle méthodologie de travail. Celle-ci constitue pourtant un des principaux enjeux pour la suite du projet.

Conclusion

34

Ce qui vient d’être dit est le fruit d’un regard réflexif porté sur un projet en cours. Ce regard évoluera sans doute au long des prochains mois, en même temps que le projet lui-même. Tirer des conclusions serait donc maladroit et prématuré. Certaines remarques peuvent cependant être formulées, en vue d’une collaboration plus adéquate entre les disciplines. Au cours des phases « recalage de l’esquisse » et « avant-projet », j’ai été amenée à donner mon avis sur les divers aspects du projet, que ce soit verbalement ou à l’écrit. Certaines modifications matérielles sont le fruit de la prise en compte du regard ethnologique. La place de celui-ci, toutefois, est envisagée par le maître d’œuvre quasi exclusivement en lien avec le discours muséographique et sa scénographie. L’enjeu réside, pour l’ethnologue, en la redéfinition mais aussi l’affirmation de son rôle au sein du projet. Le dépassement de sa fonction initialement centrée sur la collecte des mémoires orales l’y oblige. Tout en faisant dialoguer les temporalités et l’ensemble des acteurs, il doit non seulement amener ses collaborateurs vers la compréhension et la prise en compte des réalités culturelles et sociales qui singularisent la situation, mais également les éclairer sur les enjeux politiques qui pourraient conduire à une instrumentalisation ou une déviation des intentions du projet.


Bibliographie

    • BARREY S., TEIL G., « Faire la preuve de l’"authenticité" du patrimoine alimentaire », Anthropology of Food [online], 8 | 2011, online since 12 May 2011, connection on 13 April 2013. http://aof.revues.org/6783.
    • BENSA A., 2000. « L’ethnologue et l’architecte : la construction du centre culturel Tjibaou », Revue de synthèse (Anthropologies, États et Populations), 121(3-4) : 437-451.
    • BÉRARD L., MARCHENAY P., 1998. « Les procédures de patrimonialisation du vivant et leurs conséquences », in POULOT D. (dir.), Patrimoine et modernité. Paris, l’Harmattan : 159?170.
    • BESSIÈRE J., TIBÈRE L., 2011. « Innovation et patrimoine alimentaire en Midi-Pyrénées », Anthropology of Food, 8, en ligne depuis le 12 mai 2011, consulté le 13 avril 2013. http://aof.revues.org/6759.
    • DELFOSSE C., « La patrimonialisation des produits dits de terroir », Anthropology of Food, 8, en ligne depuis le 18 mai 2011, consulté le 13 avril 2013. http//aol.revues.org/6772.
    • DI MÉO G., 2007. « Processus de patrimonialisation et construction des territoires », in Colloque Patrimoine et industrie en Poitou?Charentes : connaître pour valoriser, Poitiers-Châtellerault.
    • FERSING K., 2011. « De l’homme ou de la fleurine, qui façonne l’autre ? Entre permanence "paysagère" et mutations socio?anthropologiques, réflexions menées dans le cadre d’un projet de développement territorial autour de l’AOC Roquefort », in Colloqueinternational Le patrimoine bâti et naturel au regard de la question du développement durable et du lien social : ressources, pratiques, représentations, Rouen.
    • FIDANZA N., 2011. La collecte de la mémoire orale des savoir?faire relatifs à la production laitière dans le cadre de l’AOC Roquefort. Mémoire de master 2, Nice, université de Nice-Sophia-Antipolis.
    • LABBÉ M., SERRES J.-P., 1999. L’épopée des caves bâtardes : du roquefort au bleu des Causses. Saint-Afrique, Auto éditons.
    • MARRE E., 1906. Le Roquefort. Rodez, Carrière.
    • THOMAS C., 2012. Une ethnologie pour une valorisation patrimoniale et un développement territorial autour de l’AOC Roquefort. À partir d’une mission de collecte de mémoire orale sur l’évolution des savoir-faire en laiteries. Mémoire de master 2, Lyon, université Lumière Lyon 2.
    • VABRE S., 2010. Roquefort-Société : une entreprise agroalimentaire en Aveyron (1840-1914). Thèse de doctorat, Toulouse, université du Mirail.
    • Sources (documents produits par l’équipe externe du projet Roquefort 2016).
    • Cahier des charges, 2010.
    • ANATOME-a, 2012. « Roquefort 2016, de l’ombre à la lumière : Book de Présentation ».
    • ANATOME-b, 2012. « Roquefort 2016 : calage de l’esquisse ».
    • ANATOME-c, 2012. « Cahier technique n° 1 : la requalification urbaine. 
    • CAILBEAUX (S.), 2010. « Cahier de recommandation Roquefort-Sur-Soulzon », Rodez, CAUE de l’Aveyron.
    • MARINONI G., 2011. « Projet de requalification du site de Roquefort : recherche et mise au point d’un vocabulaire commun de projet. Document de travail soumis à débat ».
    • RAYSSAC, 2012. « Dossier avant-projet ».

Notes

[1]

Jacinthe Bessière et Laurence Tibère (2011) parlent, à ce sujet, de « l’engagement des acteurs de la filière dans les stratégies d’innovation ».

[2]

Cette équipe se compose d’architectes urbanistes, d’architectes paysagistes, de graphistes, d’un concepteur lumière, de bureaux d’études techniques ainsi que d’un spécialiste en économie de la construction.

[3]

En dehors de la commune et de l’intercommunalité dans laquelle cette dernière devrait prochainement être intégrée, l’Europe, l’État,le département de l’Aveyron, la région Midi-Pyrénées et la Confédération des producteurs laitiers et des industriels de Roquefort constituent les partenaires potentiels du projet.

[4]

Expression empruntée à Didier Aussibal, chargé de mission Architecture et Urbanisme au Parc naturel régional des Grands causses.

[5]

Qui relèverait, pour Laurence Bérard et Philippe Marchenay (1998 : 2), de la « sphère du bioculturel domestique, c’est-à-dire la catégorie du vivant sur laquelle l’homme intervient à travers une panoplie étendue de savoirs, de pratiques techniques et de représentations ».

[6]

Ce comité rassemble la Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de Roquefort, le Parc naturel régional des Grands Causses, le conseil général de l’Aveyron (Mission de la Culture), l’Institut occitan de l’Aveyron, les Archives départementales, le musée du Rouergue, le centre départemental de documentation pédagogique, le conseil régional Midi-Pyrénées. Des érudits locaux (Jean-Pierre Serres et Maurice Labbé) y sont également associés.

[7]

Approche faisant écho aux analyses développées par Laurence Bérard et Philippe Marchenay (1998).

[8]

En complément de mes propres enquêtes, j’ai sollicité en 2011 et 2012 des étudiantes de master 2, Nastasia Fidanza (2011) et Chloé Thomas (2012), pour réaliser des enquêtes ethnographiques portant sur les savoir?faire liés à la production laitière et la fabrication du fromage en laiteries.

[9]

Trois veillées ont ainsi été organisées.

[10]

Anatome est l’agence de communication du Projet Roquefort 2016.

[11]

Parallèlement à « Roq’Mémoire », il existe deux autres comités de pilotages : « Roq’Tourisme » et « Roq’Développement ».

[12]

Pierre Rimattei du bureau d’études de maîtrise d’œuvre PRI Conseils.

[13]

Par le biais de Pascal Heymes, consultant du groupe Stratorials Finances.

[14]

Le conseil régional Midi-Pyrénées, le conseil général de l’Aveyron, la chambre du commerce et de l’industrie départementale, le comité départemental et régional du tourisme, le Parc naturel régional des Grands Causses.

[15]

La Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de Roquefort.

[16]

Fondations, mécènes…

[17]

Expression utilisée par Claire Bertrand, chargée de mission du réseau grands sites Midi-Pyrénées, lors d’un audit réalisé à Roquefort en mars 2013.

[18]

Ce point renvoie à « l’organisation d’une nouvelle gestion des flux de manière à restructurer l’accueil des visiteurs et à faciliter l’accessibilité du site (navettes, stationnements, cheminements, etc.), fluidifier le trafic et sécuriser la circulation piétonne dans le village » (Cahier des charges, 2010 : 4).

[19]

Il s’agit par là de « définir une nouvelle politique d’accueil touristique dans le cadre d’un projet urbain maîtrisé, intégrant pleinement l'activité industrielle existante, permettant de concilier l’image et la notoriété du produit avec son territoire, ses paysages et ses caves souterraines » (idem : 3).

[20]

Aux miennes, s’ajoute celle de Nastasia Fidanza que j’ai sollicitée pour réaliser un enquête ethnographique portant sur les savoir-faire liés à la production laitière et les représentations de l’AOC.

[21]

En référence à l’intense activité industrielle qui la caractérise aujourd’hui, l’avenue de Lauras a ainsi été rebaptisée « rue des Caves » alors que cette dénomination correspond, d’un point de vue historique, à la « rue » autrefois située sous le rocher Saint-Pierre, le long de laquelle furent aménagées les premières « caves » d’affinage à Roquefort.

[22]

Par exemple Didier Aussibal ou Jean-Pierre Serres, ce dernier étant conservateur du musée de Roquefort.

[23]

Remarque formulée par Giovana Marinoni au cours d’une réunion le 18 juin 2012.

[24]

Pôle central d’accueil mais aussi de médiation, d’animation et de recherches, cet espace est envisagé comme un lieu de convergence entre les différentes populations.

[25]

Il s’agit de la notice architecturale contenue dans le dossier de l’AVP.

[26]

Il s’agit de la notice architecturale contenue dans le dossier de l’AVP.

Résumé

Français

Imaginer ce que sera le village de Roquefort-sur-Soulzon dans 15 ans, telle est la toile de fond sur laquelle la commune, accompagnée de près par son office de tourisme, élabore depuis quelques années un « plan d’écodéveloppement durable » visant à faire de son singulier « patrimoine » le socle fondateur : économie, urbanisme, tourisme et culture constituent les grands axes de cet ambitieux projet qui vient s’ancrer sur le « territoire de l’AOC ». Dans ce cadre, anthropologue et architectes ont été sollicités, pour l’une, afin de réaliser un travail autour des mémoires orales liées au processus de fabrication fromagère, pour les autres, dans le cadre d’un programme de requalification urbaine du village. Cette proposition de contribution propose donc d’expliciter, d’une part, les formes de coopération expérimentées entre les disciplines mais aussi les limites rencontrées et les perspectives pouvant être envisagées pour les étapes à venir.

Mots-clés (fr)

  • anthropologie
  • architecture
  • mémoires orales
  • requalification urbaine
  • muséographie
  • Roquefort

English

When the Perspectives of Ethnology and Architecture Meet in a Territorial Eco?Development Project: The Case of Roquefort-sur-Soulzon ?Imagine how the village of Roquefort-Sur-Soulzon (France) will look in 15 years’ time: that was the backdrop against which the municipality (commune), closely supported by its tourist office, developed a « sustainable eco-development programme » that aimed to have as its basis the village’s remarkable « heritage ». Economics, urban planning, tourism and culture were the pillars of this ambitious programme directly grounded in the « territory of the AOC ». This article examines how anthropologists and architects have become involved in this innovative local development programme, in an interdisciplinary perspective, but also the constraints faced and the perspectives that can be envisaged for the next stages of the project.?

Mots-clés (en)

  • anthropology
  • architecture
  • oral memory
  • urban regeneration
  • museography
  • Roquefort

Plan de l'article

  1. Données contextuelles
    1. Ancrage géographique du projet
    2. Patrimoines, ethnologie et requalification urbaine
    3. Méthodologie et « organigramme » du projet Roquefort 2016
  2. Roquefort 2016 : lorsque le « patrimoine » passe « de l’ombre à la lumière », en est-il de même pour le regard ethnologique ?
    1. La phase d’appel à concours
      1. Concernant le village de Roquefort
      2. Concernant la filière et l’AOC
    2. Les phases « recalage de l’esquisse » et « avant-projet »
      1. Le « projet pragmatique »
      2. Le « projet patrimonial »
      3. Le « projet événementiel »
  3. À la recherche d’une méthodologie partagée
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Fersing Katia, « ‪Lorsque ethnologie et architecture croisent leur regard dans un projet " d’écodéveloppement territorial "‪. L’expérience de Roquefort-sur-Soulzon », Journal des anthropologues, 3/2013 (n° 134-135), p. 243-265.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2013-3-page-243.htm


Article précédent Pages 243 - 265 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback