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Journal des anthropologues

2013/3 (n° 134-135)


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Il y a au moins une bonne raison de se réjouir en cette rentrée 2013. Malgré la conjoncture économique et politique détestable au plan national (montée des propos xénophobes et racistes [1][1]  « Le maire UMP de Croix, Régis Cauche, soutiendrait..., expulsions quotidiennes des Roms et destructions brutales des bidonvilles, renforcement des lois d’exception pour les personnes sans papiers [2][2]  « À Roissy le tribunal pour migrants divise », Le..., légitimation de l’usage individuel des armes à feu après la mort d’un jeune braqueur sous les balles d’un bijoutier armé, etc.) et international (usage d’armes chimiques en Syrie au mois d’août, écrasement de la population par les militaires en Égypte au même moment, assassinat d’un rappeur par l’extrême droite en Grèce en septembre, etc.) et les difficultés qui n’épargnent pas la rentrée universitaire : la mobilisation menée par le Conseil national des universités (CNU) pour le maintien de la mention ethnologie-anthropologie [3][3]  Cf. http://blogs.mediapart.fr/blog/dejan-dimitri... dans les référentiels de licence de l’université française a été efficace.

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Initiée avant l’été, la pétition lancée par Dejan Dimitrijevic et Patrick Deshayes a recueilli de nombreuses signatures émanant tant de chercheurs reconnus que d’universitaires plus discrets, d’étudiants, de collègues d’autres disciplines ou encore de simples citoyens, alertés par la menace de voir disparaître du champ univer­sitaire un pan entier de la connaissance.

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Le succès de la pétition a permis d’entrer dans de bonnes conditions en négociation avec le ministère de l’Enseignement supérieur en septembre et de convaincre nos interlocuteurs de l’im­portance du maintien de cet intitulé.

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En effet, ne plus afficher la mention ethnologie-anthropologie comme intitulé des formations dispensées à l’université mais l’inclure dans le cadre beaucoup trop vaste d’une licence en sciences sociales aurait eu des conséquences non seulement symbo­liques mais encore pratiques et intellectuelles pour les enseignants-chercheurs et les chercheurs comme pour les étudiants. Cela aurait encore accentué la difficulté de repérage des formations en anthro­pologie relevée par le Journal des anthropologues dans son numéro « Formations et devenirs en anthropologie », invalidé la formation en cours d’étudiants inscrits en ethnologie-anthropologieet surtout ouvert la porte à l’effacement progressif de notre discipline à l’instar d’autres, jugées mineures par le gouvernement. Les lettres, les langues anciennes, la philosophie, l’anthropologie et même la sociologie, se voient en effet menacées de fusion ou d’absorption dans d’autres disciplines, quand ce n’est pas de disparition pure et simple, pour des motifs budgétaires et idéologiques :

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  • L’argent manque dans les nouvelles universités soi-disant autonomes, victimes de la mise en place de la LRU [4][4]  http://www.petitionpublique.fr/?pi=ETHNOLOG Retour..., et des raisonnements quantitatifs ne tenant compte que du nombre d’étudiants inscrits président désormais à l’existence ou non de diplômes et de départements entiers.

  • Ouvert par l’attaque de Nicolas Sarkozy contre l’étude de La princesse de Clèves [5][5]  http://www.dailymotion.com/video/x68n3c_nico... au lycée, l’assaut contre les humanités et les sciences sociales se poursuit aujourd’hui à bas bruit, sous un gouvernement socialiste, avec des effets non moins redoutables.

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Aussi, si l’on peut se réjouir que le fastidieux remplissage des maquettes puisse désormais se faire sous l’intitulé « sciences de l’homme et ethnologie-anthropologie », il convient de ne pas baisser la garde et d’être vigilants quant aux formes que prendra l’application de cette décision.

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Plus encore, il est indispensable de poursuivre, avec exigence et ambition, dans les universités, les revues, les laboratoires, les colloques, les séminaires, etc., mais aussi hors les murs, les discussions sur nos conceptions et nos pratiques de la discipline, nos manières d’enseigner et de pratiquer la recherche ainsi que nos connaissances et découvertes afin de faire connaître les enjeux et les acquis de l’anthropologie à un public large. Ce travail a déjà largement commencé. En effet, contrairement à ce que les décisions ministérielles laissent à croire, de plus en plus d’étudiants s’intéressent dès le début de leur cursus à l’ethnologie et choisissent leurs parcours dans le but explicite d’étudier cette discipline. Si les départements d’anthropologie sont peu nombreux, on recrute pourtant des anthropologues au sein de plus en plus de facultés, que ce soit en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), en sciences de la communication, dans les écoles d’architecture, les écoles d’infirmiers, de travail social ou dans les facultés de médecine voire même dans les écoles de commerce ou de marketing. Les enseignements en anthropologie ont rarement été autant plébiscités et nombreux et divers sont les institutions et les organismes qui sollicitent des anthropologues pour leurs programmes de recherche, comme le numéro « Anthropologues à durée déterminée ? » du Journal des anthropologues le soulignait déjà en 2007.

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Cette diffusion de l’anthropologie dans de nouveaux secteurs nous enjoint à la rigueur et la réflexivité sur les usages de la discipline [6][6]  Cf. Bazin L., Casciarri B., Hayem J., 2012. « L’anthropologie... mais elle doit aussi conforter notre confiance en notre utilité sociale. Si nous sommes attaqués, nous ne sommes pas « en crise ». Il faut nous en convaincre et obtenir non seulement le maintien de nos licences à l’université mais aussi l’ouverture de nouveaux masters dont les étudiants sont demandeurs ; et plus largement, la reconnaissance par nos tutelles de notre dynamisme intellectuel et de notre rôle social et politique.

Notes

[1]

« Le maire UMP de Croix, Régis Cauche, soutiendrait quiconque commettrait "l’irréparable" sur un Rom », article publié dans Nord Eclair, le 16/09/13.

[2]

« À Roissy le tribunal pour migrants divise », Le Monde, 18/09/13.

[4]

http://www.petitionpublique.fr/?pi=ETHNOLOG Retour sur une mobilisation. Documents et début d’analyse », Journal des anthropologues, 118‑119 : 403-418.

[6]

Cf. Bazin L., Casciarri B., Hayem J., 2012. « L’anthropologie est politique. Atelier AFA au congrès de l’AFEA », Journal des anthropologues, 128-129 : 353-361.

Pour citer cet article

Hayem Judith, « Éditorial », Journal des anthropologues, 3/2013 (n° 134-135), p. 7-10.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2013-3-page-7.htm


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