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Journal des anthropologues

2014/1 (n° 136-137)


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Le samedi 6 avril 2013, s’est tenu à Marseille, dans les locaux de l’association La Compagnie, lieu de création et de promotion artistique, le premier forum national des associations d’ethnologie et d’anthropologie : « L’anthropologie aujourd’hui, l’anthropologie autrement ».

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Cette journée organisée par l’AFEA (Association française d’ethnologie et d’anthropologie) avait pour objectif de créer un débat autour des évolutions de l’anthropologie : Qu’est-ce que l’anthropologie aujourd’hui, comment et où doit-elle être diffusée ? Quels sont les apports de notre discipline au sein d’autres disciplines et quels peuvent être les manières et les moyens de la diffuser, de la transmettre, et de la rendre accessible à un plus grand nombre ?

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Ce temps de rencontre, ouvert à toutes les disciplines ayant un intérêt pour l’anthropologie, offrait à chacun l’opportunité de partager ses pratiques et ses expériences autour de tables rondes.

Une rencontre en deux espaces

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Deux grands espaces ont accueilli les participants : un espace associatif et un espace débat. Le premier espace donnait la possibi­lité à chaque association de présenter sa pratique de l’anthropologie et ses publications. Chaque visiteur pouvait prendre la mesure des différentes problématiques abordées par l’anthropologie auprès des associations présentes, parmi lesquelles nous pouvons citer : Santé Sud, qui a pour objectifs de renforcer les compétences locales pour améliorer la santé des personnes vulnérables, Passerelles, qui vise à promouvoir la culture scientifique et la démarche anthropologique auprès d’un public non universitaire, AMADES (Anthropologie mé­dicale appliquée au développement et à la santé), AFA (Association française des anthropologues), et la Société des africanistes, qui rassemble des études scientifiques de l’Afrique dans différentes disciplines.

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Le second espace a accueilli les débats de la journée autour des rôles de l’anthropologie et donc de sa définition. En présence d’un large échantillon de professionnels (anthropologues, juristes, médecins, psychologues, alcoologues, etc.), les tables rondes ont mis en évidence les différentes postures en anthropologie autour de trois temps : la notion d’« ethnographie plurielle », l’anthropologie « ap­pliquée » dans les institutions et la diffusion de l’anthropologie dans l’espace public.

La notion d’« ethnographie plurielle »

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La notion d’ethnographie plurielle est intervenue dans les débats comme un moyen de penser les enjeux de l’anthropologie d’aujourd’hui.

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L’ethnographie plurielle rendrait compte de différentes pra­tiques de l’anthropologie : une première académique où l’anthropologie est envisagée comme production d’un savoir scienti­fique ; une seconde qualifiée d’anthropologie « appliquée » où le chercheur œuvre pour le compte d’un commanditaire.

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La question soulevée par la réflexion précédente va être celle de la méthodologie à adopter en tant qu’anthropologue. À partir du moment où l’on forme des chercheurs et des professionnels, tous peuvent prétendre à une reconnaissance de leur travail dont les finalités ne sont pas les mêmes.

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Cela nous amène à nous poser la question suivante : quel type de méthodologie est adapté à la pratique de l’anthropologie ?

La méthodologie en anthropologie

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Jacky Bouju, directeur adjoint du Centre d’études des mondes africains (CEMAf) et maître de conférences HDR en anthropologie (Aix-Marseille université), a d’emblée évoqué l’histoire de la disci­pline ainsi que la pluralité de ses interventions. L’anthropologie, sollicitée dans la mise en œuvre des projets de développement se distancie de la recherche dite « fondamentale ». Ce mouvement crée des occasions « …de formaliser la participation des anthropologues aux activités des agences de développement nationales ou interna­tionales ou des bureaux d’études » (Bouju, 2011 : 56).

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Les chercheurs se trouvent confrontés à de nouvelles pratiques. L’anthropologie se trouve dans l’obligation de sortir de son modèle traditionnel d’enquête, en termes d’analyse de petites communautés dites exotiques, afin d’intégrer d’autres échelles d’observation permettant de changer de focale (Bromberger, 1987, 1997). Une recherche commanditée s’appuierait davantage sur le savoir des acteurs locaux comme point de départ pour la compréhension d’une culture ou d’une pratique particulière afin de fournir une réponse à une problématique spécifique. Cette nouvelle pratique entre en rupture avec la tradition de l’anthropologie : un terrain de longue durée sur une zone géographique et une population donnée.

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Jacky Bouju souligne que l’approche inductive est inhérente à la pratique anthropologique. Il construit sa problématique et ses hypothèses en entrant sur le terrain, et adapte sa méthode en fonction des résultats qu’il cherche à produire.

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Faut-il approuver cette ethnographie plurielle évoquée ci?dessus et reconnaître l’utilité et l’efficacité des différentes ap­proches du terrain afin de pouvoir répondre de manière objective à la demande (académique ou professionnelle) ?

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Quelle que soit la posture de chacun, la sollicitation de la discipline par des commanditaires implique des relations inévitables entre anthropologie et institutions. Cette question a été développée lors d’une seconde table ronde.

Anthropologie et institutions

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Comme vu précédemment, l’anthropologie fournit un savoir et une méthodologie pouvant assurer la réussite d’un projet. Quelle forme peut alors prendre l’anthropologie appliquée en institution aujourd’hui ? Les institutions seules ont-elles la capacité de comprendre l’individu en dehors de la norme ?

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On peut alors se poser la question de la place du travail de l’anthropologue dans ces institutions et de la possibilité de pouvoir « porter les deux casquettes ».

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L’apport de professionnels en institution, formés en anthropo­logie, est venu nourrir le débat. Ils voient le travail de terrain de l’anthropologue comme un outil de compréhension des pratiques collectives, de certaines situations qu’elles soient médicales, légales, de migration, etc.

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L’anthropologue, au sein de l’institution, serait un « médiateur » permettant d’opérer un décollement, un détachement vis-à-vis d’une pratique, un décentrement par rapport à une situation. Il a pour objectif de comprendre le fonctionnement de l’institution, de comprendre l’altérité ainsi que d’être capable de traduire, de donner vie aux concepts pour les rendre abordables et compréhensibles par les professionnels. Mettre en place des réponses adaptées à une situation concrète nécessite une meilleure connaissance et compréhension du milieu par un premier travail d’observation : l’ethnographie.

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Là encore nous nous trouvons face à deux écoles. Les uns considèrent que les outils anthropologiques ne sont légitimes et ne doivent être utilisés que par des anthropologues. Ils ne sont donc pas favorables à ce que des professionnels utilisent les méthodes anthro­pologiques sans la participation d’un anthropologue, suivant l’idée que chaque métier détient sa pratique, ses connaissances et ses ou­tils. Les autres pensent que le regard porté par l’approche anthropo­logique est intéressant, et que l’utiliser au sein des institutions donne des résultats positifs. La formation des professionnels aux méthodes anthropologiques permettrait de pouvoir réaliser un travail riche dans la compréhension de tous les éléments réels autour d’une situa­tion donnée.

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Comment peut-on alors rendre l’anthropologie plus visible dans l’espace public afin qu’elle soit à la portée de toutes les personnes ayant un intérêt particulier pour cette discipline ?

Anthropologie et espace public

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Différents lieux de diffusion du savoir et des études anthropo­logiques sont disponibles notamment sur internet par le biais de sites tels que Calenda, Ethno info, Amades [1][1]   http://calenda.org http://www.ethno-info.co.... Dans cette mouvance du numérique se sont également développés des blogs tel que le blog du Cléo, de l’Institut des hautes études des communications sociales, ou encore des blogs créés par des anthropologues en tant que particu­liers pour faire partager leurs recherches.

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Un point soulevé par tous les acteurs présents à la table ronde et directement lié à la numérisation des espaces de diffusion de l’anthropologie, reste problématique : celui de la chute de la vente des revues imprimées. Pour pallier à ce problème, de plus en plus de journaux d’anthropologie proposent une version numérique accessible sous forme de newsletter ou téléchargeable sur leurs sites internet. C’est ce qu’a notamment développé AMADES avec sa revue en ligne Anthropologie et santé. Mais la difficulté réside également dans la diversité et la spécialisation des revues proposées qui touchent des publics restreints. La solution serait-elle de publier moins de revues et plus généralistes ? Il serait pourtant dommage de perdre la richesse offerte par cette pluralité.

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Dans une autre démarche, des associations ont été créées telles que Passerelle, Ethnoart ou encore Ethnologues en herbe avec pour objectif de diffuser l’anthropologie et transmettre les méthodes ethnographiques auprès d’un public scolaire.

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Enfin, l’anthropologie a une place à prendre dans les ren­contres scientifiques pour se faire connaître du grand public. Dans ce sens, c’est sur la présentation de l’initiative des rencontres CNRS jeune « Sciences et Citoyens » organisées au Futuroscope de Poitiers que s’est clôturé ce débat. Le concept étant de développer une ré­flexion autour d’une question donnée grâce à l’intervention de plusieurs représentants de disciplines différentes, des sciences dures comme des sciences humaines. L’invitation est lancée.

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Le débat de cette table ronde a fini par se diriger vers la participation des sciences humaines dans la construction de barrages hydrauliques qui nécessitent une expropriation (Barrage de Serre Ponçon ou de Castillon...), avec l’intervention d’un ingénieur. Il avançait l’idée que la méthode anthropologique devrait participer aux études d’impact environnemental et social liées à ces grands travaux. De réels besoins ont été avancés quant à la nécessité de comprendre les populations prochainement expropriées et de les informer sur les changements à venir. Ce débat a de nouveau entraîné de vives réactions par rapport à la participation des anthropologues dans des études de ce type, soulevant une fois encore l’éternelle question de l’éthique de l’anthropologue, au vu de résultats néfastes entraînés par certains projets de développement pour les populations impliquées.

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Ce premier forum aura été enrichissant en beaucoup de points de vue : tant au niveau de l’échange des pratiques de l’anthropologie entre public, novices et professionnels, que de la visibilité des associations et de la présentation de leurs actions, ou encore des débats animés sur les différentes méthodologies employées en anthropologie.

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Cela dit, il reste encore des sujets polémiques à aborder et éclaircir entre professionnels. Même si on ne peut prétendre répondre à tout et à tous en une rencontre, il est toujours très appré­ciable de se retrouver entre confrères, avec nos parcours et nos points de vue divergents pour rendre publique notre discipline. Alors à quand le prochain forum des associations en anthropologie ?


Bibliographie

    • BOUJU J., 2011. « La formation professionnelle des étudiants en anthropologie appliquée au développement », Journal des anthropologues,126-127 : 55-79 (Formations & devenirs anthropologiques).
    • BROMBERGER Ch., 1987. « Du grand au petit. Variation des échelles et des objets d’analyse dans l’histoire récente de l’ethnologie en France », in CHIVA I. & JEGLE U. (dir.), Ethnologies au miroir. Paris, MSH.
    • BROMBERGER Ch., 1997. « L’ethnologie de la France et ses nouveaux objets. Crises, tâtonnements et jouvences d’une discipline dérangeante », Ethnologie française, 3 : 294-313.

Notes

Titres recensés

  1. Une rencontre en deux espaces
  2. La notion d’« ethnographie plurielle »
  3. La méthodologie en anthropologie
  4. Anthropologie et institutions
  5. Anthropologie et espace public

Pour citer cet article

Bourcheix Loreleï, Joussellin Manon, Moni Marion, « " L’anthropologie aujourd’hui, l’anthropologie autrement " lieu d’échange, de rencontre, de partage et de discussion. Marseille – 6 avril 2013 », Journal des anthropologues, 1/2014 (n° 136-137), p. 391-397.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2014-1-page-391.htm


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