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Journal des anthropologues

2014/1 (n° 136-137)


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Michel Panoff nous a quittés le 13 janvier 2013 à l’âge de 81 ans. Il avait fait partie des membres créateurs de l’Association fran­çaise des anthropologues et il s’était tout particulièrement investi, en compagnie de Marceau Gast et Michel Perrin, dans la commission de rédaction du bulletin. Michel était issu d’une famille d’émigrés russes, il fit ses humanités à Belfort dans le même Lycée (avec deux années de différence) qu’un de ses compatriotes, le peintre Nicolaï Michoutouchkine qui deviendra une personnalité marquante du monde artistique océanien (Coiffier, 2011 : 451-453). Après des études brillantes à HEC (Hautes études commerciales), il préféra s’orienter vers l’anthropologie. Il devint l’élève de Claude Lévi?Strauss dont les séminaires finirent par le convaincre de conti­nuer une carrière dans le domaine des sciences humaines où il pourrait donner libre cours à sa grande curiosité intellectuelle

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Je ne retracerai pas ici la brillante carrière de Michel Panoff qui sut cependant rester à l’écart des chapelles professionnelles et des querelles claniques. Il fit la plus grande partie de sa carrière au CNRS où il fut un chercheur engagé pour la défense du métier d’ethnologue dont il avait la plus haute estime. Il s’engagea en effet dans une démystification de certaines idées « à la mode » dans le petit monde de l’ethnologie. C’est en compagnie de son épouse Françoise qu’il entreprit ses premières recherches en Océanie, en Polynésie française, puis en Mélanésie dans l’île de Nouvelle?Bretagne, faisant fi des divisions culturelles et sociales en trois unités du monde océanien établies sans réelles argumentations scientifiques par Dumont d’Urville au XIXe siècle. Michel Panoff fit de nombreuses missions en Nouvelle-Bretagne où, tout en étudiant la communauté Maengue, il s’intéressa conjointement aux effets de la colonisation dans les grandes plantations. Il eut la douleur de perdre son épouse Françoise et se réfugia dans ses travaux de recherches.

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Sa bibliographie est éloquente. Dans L’ethnologue et son ombre réalisé avec Françoise en 1968, ses réflexions sur le métier d’ethnologue marqueront plusieurs générations d’étudiants en sciences humaines. Ses publications : La terre et l’organisation sociale en Polynésie (1970) et Tahiti métis (1989) viennent briser les stéréotypes de l’époque sur la Polynésie. Son Dictionnaire de l’ethnologie réalisé avec Michel Perrin en 1973 demeure toujours un petit livre fort utile. C’est principalement son ouvrage Ethnologie : le deuxième souffle (1977) qui représente sa prise de position la plus virulente pour la défense de la profession. L'accès au terrain en pays étranger et outre-mer (1986) sera une compilation des actes d’un colloque organisé avec Marceau Gast pour montrer la réalité et souvent les difficultés du travail de terrain. Michel Panoff publia de très nombreux articles dans les plus prestigieuses revues scientifiques de sciences humaines (cf. Journal de la Société des Océanistes n° 136-137, 2013 : 471-473).

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Michel Panoff fit partie des 143 membres fondateurs de l’AFA (Association française des anthropologues) au début de l’année 1979. Il fut ainsi élu parmi les quinze membres du premier bureau en obtenant le même nombre de voix que Maurice Godelier, après Robert Cresswell et Marceau Gast. Son humour souvent impitoyable et grinçant lui vaudra de nombreuses et durables inimitiés dont il n’avait cure. De 1992 à 1997, l’administration du Muséum lui confia la charge des collections océaniennes du musée de l’Homme. En 1995, il y organisa une exposition sur les îles Marquises et en réalisa le catalogue avec Anne Lavondes.

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J’ai une dette particulière envers Michel Panoff dont je fis la connaissance dans le cadre de la Société des Océanistes. Michel en fut le secrétaire général de 1983 à 1993, puis président de 1994 à 1997, mais fut surtout l’actif rédacteur en chef de la revue Journal de la Société des Océanistes durant une dizaine d’année (1985?1995). Il m’incita à me présenter pour l’élection au conseil d’administration de cette société savante dans lequel je siège encore aujourd’hui. Quelques années plus tard, il m’encouragea à présenter ma candidature à un poste de maître de conférences du Muséum national d’histoire naturelle et il fit en sorte que je puisse lui succéder en tant que chargé des collections océaniennes du musée de l’Homme.

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Son refus d’accepter les compromissions l’incita à se replier sur lui-même, raison pour laquelle, après avoir pris sa retraite et avoir été nommé directeur de recherche émérite, il se retira pour continuer ses recherches en solitaire auprès de son épouse Marie?Christine. Une phrase de Georges Guille-Escuret lui rend ainsi hommage et suffit à résumer le personnage : « Là où tant d’autres firent de "l’autre" un instrument pour s’interroger sur des contradictions intimes, il inversa l’opération pour restituer la priorité à la différence aperçue en face » (cf. JSO, 2013 : 269).


Bibliographie

    • COIFFIER C., 2011. « In memoriam Nicolaï Michoutouchkine », Journal de la Société des Océanistes, 133 : 451-453.
    • GUILLE-ESCURET G., 2013. « In memoriam Michel Panoff : l’intransigeance d’un démystificateur inclassable », Journal de la Société des Océanistes, 136-137 : 269?273.

Pour citer cet article

Coiffier Christian, « Michel panoff (1931-2013) », Journal des anthropologues, 1/2014 (n° 136-137), p. 415-417.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2014-1-page-415.htm


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