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Journal du droit des jeunes

2001/2 (N° 202)


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Aborder les problèmes de violence, c’est à la fois se poser la question de la cohérence des interventions et des institutions, c’est aussi parler des jeunes difficiles mais encore solliciter et soutenir les parents. Les enfants et les jeunes que nous accueillons sont en grande souffrance, celle-ci se manifeste, bien souvent, sous forme d’agressivité ou d’épisodes clastiques. Certains jeunes réussissent à s’apaiser, d’autres s’inscrivent dans une escalade de débordements que nous n’arrivons pas à contenir. Tout ne vient pas de la problématique des enfants. Et si la violence des jeunes s’exerçait en retour à la violence des adultes ? Et si notre impuissance à répondre à certains troubles entraînait la répétition ?

I - Nos manques et notre incohérence induisent une violence

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Les difficultés sont diverses : celles liées à la structure accueillante et à son organisation ; celles liées à la cohérence des interventions ; celles liées à la gestion du quotidien par les personnes ; celles liées à la place des parents.

1 - La structure accueillante

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L’architecture reste un enjeu important. Le Conseil général a entrepris depuis plusieurs années, une revalorisation des lieux d’accueil. Il reste cependant des contraintes architecturales à lever qui influencent notablement la qualité de vie des enfants :

  • l’absence de lieu d’accueil pour que les parents puissent exercer un droit de visite et lorsqu’ils existent, une difficulté à bien les gérer ;

  • insuffisance de salles d’activités pour les enfants ;

  • nombre insuffisant de chambres individuelles, l’accueil d’urgence obligeant les enfants à changer de chambre en cours de séjour ce qui est toujours vécu comme déstabilisant : comment, par l’architectural voire l’organisation, préserver l’intimité, la sécurité et les repères des enfants ?

  • une architecture en couloirs ou en labyrinthe difficile à sécuriser ;

  • des bâtiments présentant une grande concentration d’enfants (vingt-sept ou trente enfants dans une même structure).

Une démarche constructive

Ce texte est la contribution au schéma départemental rédigée par les directeurs des établissements publics sociaux de Seine-et-Marne. Dans le cadre de la réactualisation de ce schéma, les établissements publics de Seine-et-Marne ont souhaité réfléchir aux thèmes qui seront traités par trois groupes de travail. « L’actualité des institutions seine-et-marnaises et l’émergence de nouvelles problématiques nous a amenés à nous pencher.sur un thème plus transversal : « la violence dans les établissements sociaux ». En effet, aborder les problèmes de violence, c’est à la fois se poser la question de la cohérence des interventions et des institutions, parler des jeunes difficiles mais encore solliciter et soutenir les parents », écrivent-ils. Ils ajoutent : « Le schéma départemental a été l’occasion d’un formidable bond qualitatif qui ne doit pas occulter nos difficultés présentes, mais les prendre en compte. Contrairement à ce que laisse entendre le commentaire du JDJ (ce numéro, page 36), notre démarche est tout sauf polémique vis-à-vis de nos partenaires institutionnels qui se sont mobilisés pour rechercher avec nous, chacun à sa place, des solutions à des problèmes identifiés en commun. Notre rapport a été bien apprécié notamment par l’Education nationale, le secteur psychiatrique et les autorités judiciaires ».

L’organisation

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La taille des groupes amplifie les tensions (un groupe de dix-huit, des groupes de seize-dix-sept et dix-huit) alors que leur composition est à la fois un facteur d’insécurité et un choix impossible : les groupes dits horizontaux sont parfois incontrôlables (effets de groupes), les groupes dits verticaux sont insécurisants pour les plus jeunes (agressions sexuelles, violences), alors qu’un autre foyer gère mieux les groupes verticaux.

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Faut-il créer de petits groupes (horizontaux ?) à encadrement réduit ?

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Comment adapter l’architecture à cet objectif ? Les facteurs liés au personnel sont extrêmement prégnants et notamment :

  • le turn-over des éducateurs et de l’encadrement pénalise la continuité relationnelle, le suivi des projets, l’organisation et les repères des enfants ;

  • la qualification reste insuffisante (26% ou 69 % dans deux foyers) alors qu’ailleurs on commençait à tirer bénéfice d’une politique de formation initiale (+ 90 % de diplômés). Mais cette situation va probablement se détériorer par l’effet d’aspiration des trente cinq heures (un des foyers a déjà vu partir quatre diplômés) ;

  • dans une moindre mesure, l’insuffisance de la supervision ;

  • le peu de prise en compte sur le plan judiciaire des agressions subies par le personnel (celui-ci devant être protégé par son administration) laissant ainsi les éducateurs désorientés et les enfants dans la toute puissance. Cependant, depuis quelques mois, les auditions des jeunes par les services de police, s’effectuent dans des délais assez courts mais restent bien souvent sans réponse judiciaire ;

  • les horaires de travail qui sont contraignants par leur étendue et leur irrégularité ou leur instabilité (planning sans cesse remis en cause par les arrêts maladies ou les difficultés de recrutement). Ceci génère de la part des acteurs de la fatigue, du stress voire de l’agressivité.

2 - La cohérence des interventions

Avant l’admission

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L’admission ne doit pas être synonyme de rupture de prise en charge. Les placements, au-delà des ruptures familiales qu’ils entraînent, génèrent aussi des passages à l’acte de service : fin de thérapie ou de suivi psychiatrique, fin de prise en charge d’institution spécialisée. Les causes sont parfois simples et évidentes (manque d’informations au moment du placement) mais parfois plus complexes (souhait de l’institution ou du service d’interrompre son action). Peu d’admissions sont préparées et discutées entre les demandeurs de placement et les équipes des foyers au regard de l’intérêt de l’enfant et des parents. Notre expérience montre qu’une admission et un accueil préparé entraînent presque toujours une réussite du placement.

L’admission

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Si l’on veut éviter que l’insécurité et les phénomènes de violence ne viennent occuper en permanence le devant de la scène, il faut reposer la question de l’admission.

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Actuellement, les foyers de l’enfance tentent de négocier les admissions mais ne peuvent refuser celles qui leur sont imposées ; nos arguments ne sont pas toujours entendus : places disponibles, phénomènes de violence à l’œuvre, cumul de problématiques (troubles psychiatriques, troubles du comportement, délinquance, …), jeunes ayant bénéficié à plusieurs reprises d’une observation en institution, couverture des postes, etc.

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Il existe un effet de seuil qui ne peut s’évaluer en nombre de places, certains enfants nécessitant un encadrement extrêmement lourd (un enfant pour un adulte en permanence).

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Par ailleurs, il est très important de rassembler, dès l’admission, tous les éléments permettant d’évaluer la problématique dans sa globalité – faute d’éléments transmis à l’admission, un adolescent abuseur a été placé dans la même chambre qu’un enfant ayant été abusé ! Ailleurs, au hasard d’une crise conduisant un jeune en pédiatrie, nous apprenons qu’il était connu de ce service et manifestait des conduites dangereuses pour les autres enfants.

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A de rares exceptions, les admissions se font en présence des parents et des travailleurs sociaux mais certains établissements sont presque toujours confrontés à l’absence d’écrits (pas d’ordonnance de placement provisoire (OPP) au moment de l’accueil ni bien souvent, pendant la durée du placement), ce qui aggrave souvent l’opposition des familles à l’égard de l’institution.

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Enfin, confirmons certains constats figurant dans le rapport COPAS (Conseil en pratiques et analyses sociales) :

  • nous admettons après échec de placement en famille d’accueil, des enfants n’ayant pas bénéficié d’une observation en foyer, faute de place, de représentations (pas de bébés en institutions) ou du fait d’images négatives attachées aux foyers de l’enfance ;

  • nous réadmettons des enfants remis à la famille à la suite d’une audience alors que l’ensemble des travailleurs sociaux estimait ce retour prématuré ;

  • nous admettons des enfants qui n’ont pu, faute de place, être orientés en institution spécialisée.

L’accompagnement

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Les institutions et les SSE (services socio-éducatifs) éprouvent des difficultés à stabiliser leur personnel éducatif. Dans ces conditions, un enfant peut changer plusieurs fois de référents SSE et de référents institutionnels peu après avoir changé de service chargé du suivi (services socio-éducatifs ou services sociaux de prévention), et cela dans une période de rupture familiale, d’incertitude vis-à-vis de son avenir entraînant souvent, une modification du projet initial. Comment l’enfant peut-il bénéficier d’un étayage fiable dans un monde d’adulte cloisonné mais mouvant ?

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Grâce à une plus grande implication des SSE, à l’émergence d’instances de régulation et à la négociation de protocoles, la qualité de l’accompagnement effectué par les travailleurs sociaux des SSE a grandement progressé, cependant, certains points noirs restent à traiter :

  • nomination tardive voire très tardive de référents (parfois même absence de référent) ;

  • certains travailleurs sociaux SSE ne peuvent assurer l’accompagnement minimal de l’enfant ;

  • la cohérence des interventions se heurte parfois aux logiques de service. Ainsi, certaines informations telles les dates d’audience ou des modifications du droit de visite et d’hébergement nous sont communiquées, non par les services sociaux ou le magistrat mais par les parents eux-mêmes, au dernier moment, ce qui ne laisse guère de temps aux éducateurs pour préparer l’enfant.

Lorsque l’enfant manifeste des troubles du comportement ou de la personnalité, commet des actes de violence ou de délinquance, nous avons besoin d’obtenir, hors de nos murs, des réponses appropriées. Ces réponses, nous les obtenons lorsqu’il s’agit de prise en charge au centre médico-pédagogique ou médico-psycho-pédagogique, mais s’il est question d’admettre un enfant en pédopsychiatrie ou en psychiatrie (ados de plus de seize ans), nous nous heurtons à des problèmes de places, de moyens, de cohérence (une adolescente déclarée admissible la nuit par la psychiatre de garde ne l’était plus le lendemain matin par son confrère, une autre jeune de quatorze ans et demi admise en psychiatrie adulte, etc.).

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Ces réponses, nous les obtenons de l’inspection pour mettre en place un séjour de rupture ou déposer une plainte mais, nous avons le sentiment d’être peu écoutés par les magistrats dans les situations paroxystiques (absence de réponse ou réponse tardive pour les jeunes commettant des agressions). De même, nous ressentons certaines décisions comme empruntes de violence envers l’enfant :

  • refus de recevoir l’enfant pendant les audiences ;

  • décisions prématurées de retour en famille ;

  • remise en cause du travailleur social en présence des parents.

Nos relations avec tel TGI laissent une forte impression d’instabilité et d’insécurité, rien ne semble en mesure de se construire de façon durable… Par contre, tel autre TGI est beaucoup plus présent et à l’écoute des institutions.

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L’orientation est également un point de blocage important ; les foyers de l’enfance se trouvent pris dans un tissu de contraintes qui semblent inconciliables :

  • accueillir pour observation les primoarrivants alors que le turn-over est trop lent pour libérer des places (ou du fait de phénomènes de violence) ;

  • réaliser un cycle : accueil-observation-orientation en moins de quatre mois alors que certains enfants ne trouvent aucune institution capable de prendre en charge leur problématique à l’issue de ce cycle et que nous sommes contraints de les garder plus d’un an (deux pour certains) ;

  • répondre à des demandes particulières (séjours de rupture, accueil de jeunes très déstructurés) alors que les institutions à l’origine de la demande sont elles-mêmes en grande difficulté avec certains enfants et souhaitent une aide extérieure ;

  • respecter les positions et exigences de chaque SSE.

Lorsque nous accueillons un enfant pour observation et orientation, nous lui précisons ainsi qu’à sa famille, les conditions et la durée probable de son séjour en fonction du projet à élaborer. Un projet construit et non finalisé par une orientation perd peu à peu de son sens et réactive le malaise de l’enfant et de ses parents. Celui-ci se manifeste bien souvent par de la violence en retour.

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Le nombre d’enfants que nous ne réussissons pas à orienter est en progression lente mais constante. Ces enfants sont ceux pour qui une prise en charge particulière est proposée à l’issue de l’observation :

  • jeunes ayant d’importants troubles psychologiques voire psychiatriques nécessitant un traitement et/ou des périodes d’hospitalisation et une prise en charge lourde : absence de places, de structure, coopération difficile (secret médical) ;

  • jeunes qui relèvent des CDES pour lesquels nous nous heurtons à trois types de problèmes : manque de places (manque de structures), procédure longue (saisine de la CDES, proposition de lieux d’accueil par la CDES, contacts, etc.), obligation d’obtenir l’accord et la participation des parents ;

  • jeunes ayant des troubles du comportement, commettant des actes de violence ou de délinquance. Pour cette population, l’âge n’est plus le critère dans les passages à l’acte (un enfant de onze ans a tenté d’étrangler une éducatrice, …). Par contre, leur orientation est délicate car ils ont besoin d’une prise en charge très lourde et individualisée nécessitant l’implication forte de plusieurs services (ASE, PJJ, psychiatrie, Éducation nationale, etc.). Lorsque les structures accueillantes ne sentent pas cette volonté, elles hésitent à s’engager et le jeune reste en foyer de l’enfance.

En résumé, faute d’apporter une réponse ou mieux, une réponse adéquate dans un délai supportable par l’enfant, nous renforçons ses manques et son malaise. Le quotidien devient alors la gestion de l’instant et du vide.

3 - La gestion du quotidien par les personnes

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Pour combler ce vide et dépasser la satisfaction du désir immédiat, l’enfant a besoin d’un cadre (ensemble de règles, organisation, lieux de parole, …) lui permettant la confrontation et l’aidant à se projeter ; il a aussi besoin de supports (activités diverses) à son développement et à son mode relationnel. Cet aspect du métier d’éducateur n’est plus enseigné dans les instituts de formation alors que nous pouvons avancer que le quotidien peut être « soignant ».

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Le personnel éducatif assume ce quotidien, parfois aidé par d’autres professionnels : maîtresses de maison, instituteurs, personnels administratifs et techniques. Tous se trouvent confrontés à la violence et se sentent parfois en insécurité, tétanisés dans une dualité agresseur-agressé mal élucidée : ils ne peuvent plus toucher les enfants sous peine d’être vécus comme abuseurs ou maltraitants, or les enfants ont de plus en plus besoin d’être contenus verbalement mais surtout physiquement. Les professionnels peuvent alors se sentir impuissants à contenir et protéger et se tournent vers un extérieur mythique qui ne pourra leur apporter de réponses.

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Les informations et formations sur la responsabilité semblent inefficaces d’autant que l’actualité vient renforcer ce sentiment de fragilité (une enquête est en cours dans deux établissements ; le personnel se sent soumis à la toute puissance d’une parole d’enfant prise en compte par la brigade des mineurs).

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L’éducateur en internat est passé, à l’instar des pères ou des enseignants, d’une position de toute puissance à un sentiment d’impuissance. Retrouver une place, des valeurs et une sécurité est, pour les différents acteurs de l’institution, un enjeu considérable qui doit être pris en compte par les établissements, leurs mandants, les IRTS, la justice, … Pour cela, il nous faut bien nous interroger sur la violence que nous commettons à l’enfant lorsque nous « oublions » ses parents.

Questions de pouvoir ou de compétence ?

La réflexion interne des établissements de Seine-et-Marne intéresse l’ensemble des services publics ou privés qui accueillent, en service résidentiel ou non résidentiel, des mineurs confiés par une autorité administrative ou judiciaire. Après avoir balayé devant leur porte, en pointant les carences de l’organisation interne, ils s’interrogent sur l’équipement médico-psycho-social de leur région, spécialement en pédopsychiatrie ou en psychiatrie (dont la Cour des comptes vient de confirmer les manques dans la France entière et les disparités régionales flagrantes), et aussi de l’Education nationale en ce qui concerne les C.D.E.S. et l’enseignement adapté. Sans doute manque-t-il une évaluation de leur propre capacité à remplir leurs missions qui n’est pas remise en question par les établissements eux-mêmes, mais ceci devrait sans doute faire l’objet d’un regard externe.

Ils se heurtent en outre à l’incompétence ou l’incurie de partenaires dont l’intervention semble nécessaire pour fournir correctement l’aide due aux jeunes et aux familles. On a pu dire que les conflits de compétence sont bien souvent des conflits d’incompétents et l’on pourrait attendre des professionnels de l’aide aux personnes qu’ils aident aussi leurs partenaires institutionnels à se qualifier. Ce n’est jamais facile et pas toujours possible…

Le document rédigé à l’intention du pouvoir politique départemental en préparant l’actualisation du schéma départemental est une première démarche en ce sens et est exemplaire. On peut espérer que les décideurs locaux en tiendront compte pour adapter les bâtiments, le recrutement et la formation du personnel, affiner l’analyse des besoins de la population, prévoir la création ou l’agrément des services privés qui concourent à la politique sociale. L’aide sociale ayant un coût, tout cela relève des élus et non de l’administration ou des services eux-mêmes. En revanche, l’amélioration des relations et des collaborations avec les autres pouvoirs (notamment judiciaire) et institutions n’implique pas nécessairement une dépense et mériterait un effort de clarification dans le cadre légal existant pour induire une démarche politique en appui aux professionnels.

Est-on bien sûr que les foyers de l’enfance qui souhaitent négocier les admissions avec le représentant du Conseil général ou avec le juge pour enfants « ne peuvent refuser celles qui leurs sont imposées » ? La question se pose différemment selon qu’il s’agit d’un service public ou privé, selon aussi que le placement est demandé (exigé) par leur employeur, le département, ou par une instance extérieure.

Ces instances ont en effet aussi des obligations et leurs décisions sont susceptibles d’être contestées si elles s’écartent de la légalité. Les conditions d’admission imposées aux enfants, aux parents et aux professionnels en Seine-et-Marne sont scandaleuses. Ni la surcharge des services externes ni le fait que cela se passe comme cela ailleurs ne peut les excuser. La rupture de prises en charges antérieures par manque d’information ou par défaillance du service en amont, qui « souhaite interrompre son action » sont exceptionnellement justifiables tout comme les « vraies » urgences peuvent parfois, mais rarement, exister. Ces pratiques ne sont pas seulement dommageables et source de violence induite chez les jeunes ou les parents, elles sont illégales.

Illégales si le placement n’est pas motivé par l’impossibilité réelle de poursuivre une action sociale en vue de l’éviter ou d’en limiter la durée. La décision administrative ou judiciaire de placement ne doit en outre pas seulement « reposer » sur de justes motifs en droit et en fait, elle doit être portée à la connaissance de l’administré ou du justiciable et notifiée par écrit.

Formalisme procédurier éloigné de la vie quotidienne et des réalités des services ? On n’arrête pas de faire le procès de la procédure qui est pourtant susceptible d’apporter quelques correctifs aux moeurs administratives et judiciaires dénoncées ici par les travailleurs sociaux : des décisions écrites et motivées des services de l’aide sociale à l’enfance ou du juge pour enfants remises à l’enfant et/ou aux parents (les plus courageux d’entre eux peuvent demander un accès préalable au dossier) et explicitant les motifs de placement pourraient être transmises - le cas échéant par les intéressés eux-mêmes s’ils en disposaient - aux responsables des foyers ou des services en milieux ouverts qui pourraient (enfin !) connaître le motif et surtout le but de leur intervention.

Si partout, le manque d’information des services éducatifs n’est pas aussi flagrant, heureusement, et si de « bons juges » et leurs collaborateurs parviennent ici ou là à expliquer à des personnes qui les comprennent les motifs de leur décision, la situation décrite en Seine-et-Marne n’est, hélas, que trop fréquente aux six coins de l’Hexagone. Il faut donc des procédures car la bonne marche du service public ne peut dépendre de la qualité personnelle des décideurs, variable selon les lieux et les époques. La marge de négociation des responsables de foyer doit être fixée par leur employeur (ici le département) qui pourrait très bien refuser l’admission dans ses établissements - et au besoins exercer les recours - si une autorité prétendait l’imposer sur base d’une décision non motivée ou mal fondée.

Encore faudrait-il préciser les obligations auxquelles on s’astreint (places disponibles, troubles admis ou non, etc.) et rendre publiques les conditions d’accès au foyer de l’enfance. C’est élémentaire en droit administratif : le règlement, pour être obligatoire, doit être porté à la connaissance des usagers…

JPB

4 - La place des parents

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La plupart des enfants violents vivent une problématique concernant leur père (absent, violent, maltraitant, abuseur ou hors la loi). Cette place du père entraîne un positionnement de la mère dans un espace relationnel de type « incestueux ». Dès lors, il devient indispensable de construire une distance constructive entre l’enfant et sa famille. Absents ou présents, les parents ont une place et celle-ci ne s’installe pas uniquement dans les bouts d’espace que nous lui laissons, elle se glisse aussi dans nos incohérences et nos faiblesses (ce sont parfois les parents qui nous informent des dates d’audience… ou qui servent de lien entre ces services) faute de réfléchir à cette place en terme de contenu et de sens et non en terme d’opportunité, nous favorisons les conflits, la manipulation, la prise de pouvoir, les passages à l’acte.

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Les outils et les supports existent, encore faut-il apprendre à les utiliser : conseils d’établissement, commission de discipline inter-établissement, autorisation de pratiquer des soins, gestion du DVH, des vacances, suivi de la scolarité, de la santé, argent de poche, vêture, participation financière, etc. La pratique tend à confirmer que travailler avec les parents régulièrement et plus particulièrement lors de passages à l’acte violents, est extrêmement positif pour les enfants. Il en va de même lorsque la cohérence des interventions (travailleurs sociaux - foyer de l’enfance) est opérante, ou lorsque le travailleur social est très présent auprès de l’enfant et de sa famille.

II - Expériences positives

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Elles sont de deux ordres : celles qui visent à prévenir et celles qui traitent des effets. Rien ne semble cependant constituer une panacée transposable en l’état d’établissement en établissement. C’est un ensemble de petites avancées qui permet d’endiguer ces vagues de violence, citons pêle-mêle :

La prévention

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  • Les réunions d’enfants régulières (celles qui ne servent pas uniquement à rappeler aux enfants les interdits et les contraintes) ;

  • la recherche de l’implication des parents ;

  • le CDIE (Comité de discipline inter-établissements) ;

  • la recherche d’un quotidien porteur basé sur la projection et visant au développement de l’enfant ;

  • la stabilité du personnel, sa qualification, les formations complémentaires ;

  • l’équilibrage des problématiques (négociation des admissions) ;

  • des groupes d’enfants réduits ;

  • la signature, mais surtout l’application de protocoles ;

  • l’implication des travailleurs sociaux ;

  • un temps d’accueil réduit au strict nécessaire (trois à six mois pour observation et orientation suivant l’âge, les problématiques, le projet, etc.) ;

  • des projets d’orientation qui se concrétisent ;

  • cohésion, cohérence des équipes et de l’encadrement ;

  • présence et implication de l’équipe de direction.

Traitement des effets

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  • Lieu de parole, de supervision pour le personnel ;

  • trouver une réponse à chaque passage à l’acte ;

  • en parler avec les enfants ;

  • porter plainte systématiquement pour les actes les plus graves.

III - Les points à travailler

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  • Elaborer des procédures d’admission et notamment :

    • trouver un consensus entre les positions de l’inspection, qui peut imposer, et les établissements qui sauf protocoles particuliers, ne peuvent refuser ;

    • développer les admissions préparées (entretiens, visites, synthèse d’entrée, adhésion des parents, etc.) ;

    • fournir avec l’établissement, dès l’admission, les documents nécessaires (ordonnance de placement provisoire, etc.).

  • valider et appliquer les protocoles ;

  • s’attacher les services d’un psychiatre ;

  • création de lits en pédopsychiatrie et Protection judiciaire de la jeunesse ;

  • repenser les procédures d’orientation CDES et création de lits dans les institutions spécialisées ;

  • développer le partenariat, la mutualisation de moyens et de compétences avec la PJJ, la psychiatrie, l’Education nationale ; mener un travail avec nos proches partenaires (SSE, SAE, SSP, …) sur l’accompagnement des parents et débouchant sur des actions concrètes (groupe de parole pour les parents, organisation et mise en œuvre du droit de visite et d’hébergement, etc.) ;

  • repenser les lieux d’accueil des enfants (reconstruction de certaines Maisons d’enfants) et des parents (extension du groupe de travail ouvert ?) ;

  • créer des groupes de parole pour les enfants afin d’aborder les problèmes de violence ;

  • élaborer une « charte des audiences » et participer aux réunions tripartites ;

  • accélérer la mise en œuvre des procédures judiciaires (AMO, IOE, …) et administratives (contrats d’accueil, signalements sur le nord du département) ;

  • redonner du sens aux documents administratifs (les contrats d’accueil qui circulent de service en service pour signature, les PEIF sont peu ou pas investis, …) ;

  • réagir à la montée en charge de l’application des trente-cinq heures :

    • en apportant une aide aux établissements pour qu’ils puissent requalifier leurs services ;

    • revisiter notre partenariat avec l’IRTS ;

    • accentuer le processus de valorisation du travail en internat.

Enfin, nous pensons que nous devons peser sur le contenu des formations initiales des personnels éducatifs afin de mieux les préparer à la dimension du travail en institution.

Plan de l'article

  1. I - Nos manques et notre incohérence induisent une violence
    1. 1 - La structure accueillante
      1. L’organisation
    2. 2 - La cohérence des interventions
      1. Avant l’admission
      2. L’admission
      3. L’accompagnement
    3. 3 - La gestion du quotidien par les personnes
    4. 4 - La place des parents
  2. II - Expériences positives
    1. La prévention
    2. Traitement des effets
  3. III - Les points à travailler

Pour citer cet article

« Cohérence des interventions et violence dans les établissements sociaux », Journal du droit des jeunes, 2/2001 (N° 202), p. 33-37.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2001-2-page-33.htm
DOI : 10.3917/jdj.202.0033


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