Accueil Revues Revue Numéro Article

Journal du droit des jeunes

2001/5 (N° 205)


ALERTES EMAIL - REVUE Journal du droit des jeunes

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 8 - 10 Article suivant
1

Le service d’adaptation progressive en milieu naturel (SAPMN) est un système de placement apparu dans le Gard il y a une vingtaine d’années à l’initiative d’un juge des enfants de Nîmes, monsieur Launay, et organisé systématiquement depuis dix ans. En résumé, le juge confie l’enfant à un établissement et permet à ce dernier d’autoriser l’hébergement de l’enfant dans sa famille. Cet outil de travail supplémentaire permet à une maison d’enfants de s’ouvrir vers l’extérieur et de proposer un éventail d’interventions axé sur le partenariat avec les familles qui voient leurs compétences mieux prises en compte. Une série de facteurs à favorisé l’apparition et l’utilisation du SAPMN par les services du Gard : des magistrats innovateurs, une grande stabilité des équipes, des directions et du Conseil général, la décentralisation, une surcapacité de places en hébergement dans le département qui oblige les établissements à se restructurer s’ils veulent perdurer. Et, pour tout dire, ce type de projet est « politiquement correct », dans l’air du temps.

Les pratiques sont diversifiées selon les services

2

Les possibilités d’intervention étant très larges, les modalités pratiques sont très diversifiées, variant selon l’histoire du service, son idéologie, ses choix organisationnels, ses capacités créatrices, les compétences de son personnel, les moyens dégagés par la direction, etc.

3

Le choix des établissements évolue avec le temps et les expérimentations, les uns privilégient la polyvalence qui permet une continuité de l’action et des intervenants autour de la famille. La polyvalence apporte également « de l’oxygène » à chacun des éducateurs.

4

Les autres choisissent la spécialisation car ils pensent que le SAPMN est une approche singulière qui nécessite de ne faire que cela.

5

En ce qui concerne les critères d’admission, il y a unanimité pour ne pas remettre en question l’analyse présentée par l’autorité de placement (c’est une déontologie de base partagée par les services). Certains indiquent ce qu’ils sont capables de faire ou pas, d’autres refusent « les missions impossibles », à savoir : les situations où les problèmes psychiatriques sont trop lourds.

6

Un outil est partagé par les différents services, c’est le document écrit au départ du placement. Ce document porte, selon les cas, le nom de « document d’accueil provisoire », de « contrat d’accueil » ou de « projet ». Ces écrits qui reprennent les différents aspects du travail demandé par l’autorité et les modalités concrètes d’intervention sont évalués régulièrement. Cela permet à l’équipe d’adapter son action à l’évolution de la situation.

7

La situation d’Amandine est exemplative des possibilités révélées par le SAPMN. Elle a été placée en internat à l’âge de trois ans car sa mère était en grande difficulté du fait d’une alcoolisation très importante. Après cinq ans d’hébergement, Amandine retourne au domicile de sa mère pour une période de deux ans dans le cadre du SAPMN. La mère éprouvant de nouveau de graves problèmes, la fillette retourna en internat et après quelques mois, la situation de sa mère s’étant stabilisée, un nouveau projet SAPMN permet une mesure mixte : elle dort certaines nuits chez sa mère, les autres à l’internat.

8

Cette « souplesse pédagogique » permet de maintenir un lien fort avec sa mère tout en bénéficiant de la protection nécessaire. La mère garde une place importante auprès de sa fille et dans la situation. De plus, ses compétences sont interrogées régulièrement ce qui permet de réaménager le programme en fonction de l’évolution de la situation.

9

Cet accompagnement modulable et respectueux, lié à une notion de protection omniprésente est « à l’image de la complexité du quotidien ». Mais surtout, il amène une relation de confiance entre la mère, sa fille et les intervenants, qui a pour conséquence de diminuer au maximum la rivalité avec l’internat et par conséquent, assure une meilleure collaboration des personnes.

10

La durée moyenne d’un projet SAPMN varie entre dix-huit mois et deux ans et les indicateurs de fin de l’accompagnement différent selon l’orientation proposée :

11

Allégement des mesures :

  • évolution favorable de l’enfant et de la famille qui peuvent fonctionner sans l’équipe ;

  • tranquillité dans la relation parents/enfants ;

  • lorsque la réponse à « servons-nous encore à quelque chose ? » est négative ;

  • quand les parents mettent en pratique les tâches demandées ;

  • lorsque la situation n’est pas préjudiciable à l’enfant et que le passage d’une situation de contrainte à un accord contractuel est accepté par l’autorité ;

  • si les objectifs de départ sont atteints.

Amplification des mesures :

  • lorsque la prise de risques devient trop dangereuse pour l’enfant ;

  • quand l’évolution est bloquée et que l’équipe avoue son impuissance ;

  • quand la séparation est nécessaire au vu de la dangerosité de la situation.

Rééquilibrer la position de I’intervenant social

12

Un des aspects essentiels du SAPMN est la modification de la position de l’éducateur. Ce dernier, lorsqu’il travaille en internat, est le plus souvent vécu comme « le bras droit du juge » et « le dépositaire » du pouvoir de l’institution qui héberge l’enfant. Le fait de laisser l’enfant dans sa famille entraîne une modification énorme dans les relations parents/intervenants et permet, de fait, un rééquilibrage des responsabilités.

13

Les parents qui gardent ou qui récupèrent des compétences sont plus à même d’accepter une collaboration. L’éducateur qui partage les difficultés des parents, est plus à même de reconnaître celles-ci.

14

Le partenariat est dès lors plus réel car il est fondé sur des éléments concrets et partagés et non plus seulement sur la parole de l’un ou l’autre.

15

L’éducateur passe du « faire à la place » des parents au « faire avec » voire au « faire faire » aux parents.

16

Cela oblige l’intervenant à une véritable gymnastique de l’esprit on ne peut plus bénéfique qui tient réellement de la « suppléance familiale » qui est ici reconnue comme une « fonction-clé » du service.

17

La suppléance familiale, qui n’a pas pour objectif de se substituer mais bien de compléter les actions des parents, rend la coopération avec ceux-ci organisable.

18

Les véritables questions deviennent alors :

  • quelles compétences les parents gardent-ils auprès de leur enfant ?

  • quelles compétences l’éducateur exerce-t-il ?

Il est clair que la place laissée aux parents est fondamentale pour l’identification de l’enfant à l’adulte. Bien sûr, cette modification de position si elle offre d’infinies possibilités de travail nécessite de l’intervenant des qualités d’adaptation très grandes car il ne bénéficie pas de règles établies, il évolue dans un environnement qu’il ne maîtrise pas et sur un territoire qui n’est pas le sien.

19

Le décodage de la somme d’observations et d’informations qu’il récoltera est une nécessité incontournable pour comprendre ce qui se passe. L’analyse de ces éléments lui permettra d’amener des propositions d’amélioration tenant compte du vécu des personnes et de la réalité du terrain.

20

Enfin, de gros efforts d’explication envers l’enfant et la famille seront obligatoires. Les balises pour la construction du projet devront être claires et explicitées ; de même que chaque étape et chaque modification des modalités.

21

Cette pratique est conforme à la Convention relative des droits de l’enfant qui stipule : « les Etats parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant (…). »

22

Elle est aussi dans l’esprit de la loi française qui implique qu’un placement soit exceptionnel et vise au maximum du possible à réinserer un enfant dans sa famille.

23

Le SAPMN, en évitant le placement tout en garantissant un accompagnement régulier, suit de près les indications de la Convention. De plus, son application questionne les personnes concernées par l’intérêt de l’enfant, sur la place de chacun, sur les tâches que chacun continue à remplir, sur la notion de responsabilité et de partenariat.

Accompagnement d’enfants en bas âge ou d’adolescent(e)s

24

Le SAPMN permet l’accompagnement d’enfants en bas âge comme d’adolescents dans leur famille. Dès le départ, les orientations sont discutées avec la famille. La démarche de base étant de soutenir la famille pour qu’elle puisse effectuer un maximum de démarches elle-même.

25

Le travail des intervenants est de mettre la famille en relation avec les diverses ressources de son milieu d’origine avec pour objectif de favoriser l’autonomie de celle-ci.

26

Cela peut se faire par l’accompagnement dans les rencontres avec les services sociaux, l’école, etc. ou par l’activation des parents pour qu’ils effectuent eux-mêmes des démarches pour solutionner les problèmes rencontrés avec diverses institutions.

27

Cela peut être aussi coordonner les actions des différents services qui font partie du réseau de la famille.

28

Tous les moyens, tous les supports peuvent être exploités pédagogiquement avec les enfants comme avec les parents (déplacements, activités, loisirs, vacances, etc.).

Le SAPMN dynamise aussi l’internat

29

Le SAPMN n’a de sens que par le lien privilégié qu’il entretient avec l’internat. En effet, mettre sur pied un projet de SAPMN nécessite de réfléchir à la place de chaque personne mais aussi à celle de chaque structure. Indirectement, cela oblige chacun des acteurs à reconsidérer le concept « hébergement » comme outil et non plus comme objectif du placement.

30

Cette dynamique permet une ouverture d’esprit qui autorise les éducateurs de l’internat à se repositionner comme partenaire du parcours d’un enfant. Ce qui a comme conséquence que l’hébergement, de statique, peut devenir modulable en fonction des potentialités et des lacunes de la situation.

31

Ce lien important permet également aux parents de mieux comprendre et par conséquent de mieux accepter une séparation lorsque celle-ci est vraiment nécessaire ; l’hébergement devient alors une passerelle ou un tremplin plutôt qu’un échec ou un cul-de-sac. Enfin, un avantage, et non des moindres, est que cette dynamique de travail n’est possible que si le service est basé à proximité de la résidence familiale. Comme par enchantement, l’idéologie qui se base sur l’éloignement de l’enfant - que d’aucuns appellent « déportation » - est mise hors-jeu et c’est tant mieux.

32

En conclusion, comme l’affirmait un intervenant nîmois : « l’idéal serait que tout établissement soit organisé en SAPMN ! ». Le système fait l’unanimité grâce, d’une part, à sa souplesse pédagogique pertinente pour l’évolution de l’enfant en relation avec son milieu naturel et, d’autre part, du point de vue de l’établissement, pour son adéquation à répondre à la complexité des situations.

Plan de l'article

  1. Les pratiques sont diversifiées selon les services
  2. Rééquilibrer la position de I’intervenant social
  3. Accompagnement d’enfants en bas âge ou d’adolescent(e)s
  4. Le SAPMN dynamise aussi l’internat

Pour citer cet article

Cocco Jean-Pierre, « L'imagination au pouvoir », Journal du droit des jeunes, 5/2001 (N° 205), p. 8-10.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2001-5-page-8.htm
DOI : 10.3917/jdj.205.0008


Pages 8 - 10 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback