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Journal du droit des jeunes

2001/7 (N° 207)


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« Les mortels vivent de salaire et de travail ; dans l’alternance du labeur et du repos tous sont heureux ; pourquoi donc ne s’endort-il jamais, l’aiguillon que je porte en mon sein ? »

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Les « travailleurs sociaux… » le plus souvent, ce terme ne désigne que les éducateurs spécialisés et les assistantes des services sociaux.

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Dès lors, dans les équipes de travail social, ceux - psychologues, psychiatres, ou autres sociologues… - qui ne sont ni ES ni AS, ni parfois, par extension IS (infirmière spécialisée), deviennent des experts en charge de produire des informations aptes à éclairer l’action concrète d’autres praticiens mandatés pour cela.

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Mais il importe de préciser encore le champ de notre réflexion ; il s’agit des travailleurs sociaux dans le cadre de la protection judiciaire des mineurs et du contentieux familial, c’est-à-dire de travailleurs sociaux qui, au contact du champ judiciaire, sont conduits à produire des textes qui, destinés aux juges entre autres, pourraient être considérés, par ceux-ci, comme faisant partie des dires d’expert, qui, dans les renseignements d’un dossier judiciaire, permettent au magistrat d’élaborer une décision.

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Nous voici donc face à une question dont on pourrait dire que l’enjeu est de taille !

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L’expertise est bien souvent décisive pour l’issue d’un procès. Les magistrats ont en effet tendance à s’en remettre aux dires des experts, dont les rapports, souvent fort techniques, emportent d’autant plus la décision des magistrats qu’ils ne sont pas toujours aisément compréhensibles.

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Pourtant les dires des experts ne lient en principe pas le juge, mais à partir du moment où son opinion n’est pas faite et qu’il lui faut s’en remettre à une expertise, il ne peut que tenir compte des conclusions de l’expert dans son jugement. La partie adverse, si elle s’estime lésée par le rapport de l’expert, peut demander une contre-expertise.

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Le dire des travailleurs sociaux est-il ou non un dire d’expert ? Si tel n’était pas le cas, quelle est la spécificité du dire de l’expert, et comment doit-on nommer et entendre le dire du travailleur social lorsqu’il fait rapport dans le cadre d’une pratique ?

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Une autre question se dégage de cette première qui est fondamentale dans notre propos : en quoi les autres membres d’une équipe de travail social sont-ils experts et, s’ils le sont, quelle est la discipline théorique qui constitue, à proprement parler, leur champ d’expertise ?

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En effet, comme nom commun, l’expert désigne le spécialiste requis par une juridiction pour l’éclairer de ses avis, effectuer des vérifications ou des appréciations techniques.

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Dans le champ de la souffrance spécifique à l’être parlant, nous constatons très vite que la discipline de psychiatres et psychologues ne peut pas être circonscrite à leur spécialité, mais doit s’accompagner d’une référence à la doctrine psychologique, psychiatrique ou autre à laquelle celui-ci adhère et dont il se fait le spécialiste.

I - Le dire de l’expert (de l’anthropométrie à la psychanalyse)

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Alphonse Bertillon montrait fort peu d’intérêt pour les études, au point que son père se vit contraint de l’envoyer en Ecosse, où il fut précepteur. Mais à son retour en France, où il devint employé de la préfecture de police de Paris, il élabora de façon empirique une méthode destinée à organiser rationnellement le classement des détenus, en se fondant sur leurs caractéristiques en matière de constitution osseuse.

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En 1879, Bertillon crée l’anthropométrie, qui repose sur l’étude du morphotype des individus. Les caractères physiques invariables chez l’adulte, pris en compte par Bertillon, sont essentiellement la taille, la longueur de la tête, la largeur maximale de la tête, la longueur du médius gauche et du pied gauche, la grande envergure des bras en croix et la couleur de l’iris gauche.

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Si cette innovation est d’abord fort mal accueillie par les supérieurs hiérarchiques de Bertillon, qui le traitèrent de « fou furieux », elle ne tarde pas à être prise en considération par le nouveau préfet de police (Camescasse), qui lui permet de la tester sur une période de trois mois. Cet essai ayant permis de prouver son efficacité, le système d’Alphonse Bertillon, appelé « bertillonnage », sera adopté et mis en pratique par les services de la préfecture, puis rapidement se diffusera à l’étranger ; dès 1888, par exemple, les Etats-Unis s’y rallièrent.

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Alphonse Bertillon s’attacha dès lors à améliorer son procédé, en enrichissant les bases sur lesquelles il l’avait mis au point. C’est ainsi qu’il décida de recenser, en dehors des mensurations osseuses, les signes particuliers des individus arrêtés. Il s’intéressa également à toutes les ressources ouvertes par l’introduction des clichés photographiques et, en l’appliquant à l’objet de sa recherche, il dégagea le principe de la photographie métrique. Il collabora aussi à l’invention de la méthode d’identification par le relevé des empreintes digitales en préparant des combinaisons de produits chimiques permettant de les retrouver sur des surfaces lisses, au cours des enquêtes policières. Il a exposé les principaux éléments de ses investigations dans une œuvre synthétique : L’anthropologie métrique (1909).

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Les travaux d’Alphonse Bertillon le conduisirent à participer à l’actualité judiciaire de son époque - il identifia le fameux anarchistes Ravachol ; mais il eut un échec dramatique, qui devait lui valoir une solide hostilité d’une partie de l’opinion publique : nommé expert au procès du capitaine Alfred Dreyfus, après l’examen du fameux « bordereau » annonçant l’envoi de documents militaires secrets, il déclara, dans ses conclusions, que l’auteur était bien Dreyfus, ce qui établissait la culpabilité de ce dernier ; Bertillon ne devait jamais se rétracter [2]  Articles « Les Bertillon » et « Criminalistique »,... [2] .

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C’est dans ce contexte que sera réalisée l’expertise de Vacher, l’assassin de l’Ardèche, dans « Le juge et l’assassin », Bertrand Tavernier nous en a retracé l’histoire de manière tout à fait fidèle ; que fait-il dire à l’expert ? :

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« Juge - N’ayez pas peur, mon cher Docteur, grâce à vous et à votre admirable rapport, les douze crimes seront présents au tribunal. Ils seront dans l’acte d’accusation. Le Président les évoquera, les jurés les auront constamment à l’esprit, et pourtant Bouvier ne sera jugé que sur son dernier crime, le plus éloigné de sa sortie de l’asile.

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Professeur - Après notre rapport, il n’y aura aucun doute sur sa lucidité.

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Mère - C’est tout de même un anormal.

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Professeur - Oh ! …. Comme Ravachol, Césario, Papavoine… tous ces anarchistes à la mode. Si on ne guillotinait pas ces « anormaux », ce serait le bordel… Oh, pardon, Madame… Dites-moi, il y a du genièvre dans les cailles ?

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Juge - C’est indispensable.

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Professeur - Je me disais aussi… Excellent !

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Juge - Très bon, Maman… Vraiment très bon ! Moi je n’ai aucun doute sur l’imposture de Bouvier. Ses crises mystiques, ses incohérences, ses crises de violence, tout cela ne sonnait pas juste. Quand il se présentait dans une ferme en disant « je suis le fils de dieu », il savait que ça lui servirait quand il serait arrêté ; un peu de cornas ?

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Professeur - Bouvier veut nous faire croire qu’il est irresponsable. Jamais un aliéné n’a agi et n’agira ainsi. Le seul fait de se dire malade, de vouloir se faire soigner est incompatible avec la folie. Un fou qui sait qu’il est fou est un fou guéri.

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Procureur - Ce n’est pas l’avis du médecin militaire qui l’a réformé.

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Professeur - Après un examen de dix minutes.

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Juge - Il y aussi le Docteur Radeul.

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Professeur : Combien de temps ?

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Juge - Cinq à peine.

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Professeur - J’entends ici la salle. Comme on dit dans les comptes-rendus de procès : Hilarité.

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Procureur - Je pense même qu’on ne le laissera pas parler.

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Professeur - Ces charlatans de la Salpétrière ! … Le sérieux de leurs examens ! … Non, si on veut étudier Bouvier, il est indispensable de se placer à sa gauche… Si l’on se met à sa droite tous les jugements sont faussés. J’ai mis un mois à le découvrir. A présent je suis formel. Bouvier joue la folie parce qu’il a peur de la guillotine. »

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Cent ans plus tard, dans les années 1980, l’expertise en sciences humaines possède des colorations psychanalytiques tout à fait nettes, qui pénètrent les prétoires et risquent de substituer l’interprétation - soit-elle brillante - à la matérialité des faits, surtout lorsque l’analyse en est improbable.

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C’est ainsi que dans un cas de parricide touchant une femme assassinée dans des conditions extravagantes (elle recevra trois types de blessures mortelles : strangulation, défoncement du crâne, et coups de couteau…) l’impossibilité d’analyser le peu de sang restant, et d’identifier des suspects, conduira à se rabattre sur le rapport d’expert psychologue pour bâtir une hypothèse de culpabilité appuyée sur la théorie du complexe d’Oedipe.

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Le procureur et le président du tribunal brandiront deux sortes d’hypothèses inspirées des sciences humaines, le premier pour prouver la culpabilité, le deuxième, pour défendre la séparation entre le champ de la loi du désir et celui de la loi des hommes. Voici les trois textes :

L’expert

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« G.B. est mal socialisé, la relation mèreenfant semble avoir été perturbée dès la petite enfance et le sujet n’a pu se situer correctement au sein du groupe parental, l’image qu’il se fait des humains apparaît dévalorisée et la relation à autrui s’établit souvent sur un mode agressif.

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Si G. est capable d’évoquer une image paternelle structurée, sans qu’on puisse préciser qu’il s’agit de son père de naissance ou d’un substitut, s’il se situe bien par rapport à la virilité, on enregistre par contre des blocages insurmontables à l’évocation de toute image maternelle et féminine. Certes, le choc ressenti par le sujet peut être lié au meurtre de la mère, qu’il en soit ou non l’auteur, mais cela nous renvoie aussi à la relation très ambiguë que G. semble avoir eue avec sa mère, la vie très libre de celle-ci ayant certainement exacerbé les désirs incestueux du garçon, souvent réduit au rôle de témoin des relations de la mère, l’exiguïté du logement pouvant entraîner un certain voyeurisme. G. est très réticent lorsque ces problèmes sont abordés, on peut penser qu’il avait trouvé un certain équilibre avec la présence de M.A., accepté comme rival, et qui lui permettait d’entretenir une relation avec sa mère, par personne interposée. En quittant M.A., sa mère lui échappait en quelque sorte, et, si G. est l’auteur du meurtre, celui-ci peut s’inscrire dans le registre passionnel… ».

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L’expert, au bout de 25 heures de travail sur le cas (si l’on en croit une lettre au juge où il établit le détail de son travail), découvre des blocages insurmontables à l’évocation de toute image maternelle et féminine et, en même temps, des désirs incestueux exacerbés ainsi que la pratique d’un certain voyeurisme. L’amant de la mère accepté comme rival lui permet d’entretenir une relation avec sa mère par personne interposée.

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Puisque G.B. est très réticent et bloqué lorsque ces questions sont évoquées par le psychologue, nous pouvons nous demander où se trouvent les éléments concrets qui permettent de bâtir cette interprétation… Il serait discourtois de penser à de la pure spéculation et, puisqu’il est question de « choc », il doit s’agir d’une analyse affinée des « chocs » au test de psychodiagnostic de Hermann Rorschach, lequel, par le biais d’associations projectives du sujet testé, permet de tracer l’hypothèse de l’univers fantasmatique d’une personne à un moment donné et devant un expert donné. Il ne permet, en aucun cas, de parler d’une éventuelle réalité de l’acte, évoquée par deux fois par l’expert comme possible (sinon comme vraisemblable). Par le biais du test projectif, l’expert mélange allègrement et sans prévenir le lecteur, le champ du désir inconscient, quel que soit l’objet de ce désir et le niveau de socialisation dont il parle, et la réalité de chaque être humain dans un contexte donné et limité par le droit.

Le procureur

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« G.B. est mal socialisé, la relation mère-enfant est perturbée dès la petite enfance, ce qui entraîne, à l’évocation de toute image féminine des blocages insurmontables ; cet aspect à la relation très ambiguë que G. a entretenue avec sa mère, la vie très libre de celle-ci ayant certainement, aux dires de la psychologue, exacerbé les désirs incestueux du garçon, souvent réduit au rôle de témoin voyeur des relations que la mère entretenait avec d’autres hommes. M.A., accepté comme rival, lui permettait d’entretenir une relation avec sa mère, par personne interposée. En le quittant, sa mère tranchait en quelque sorte le lien à son fils, ainsi le meurtre, dans la perspective de cette analyse, peut s’inscrire dans le registre passionnel… ».

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Le rapport de l’expert est maintenant dépouillé de toute relativité ; la relation qui « semblait » perturbée, l’est devenue à présent, en toute certitude et entraîne, pour le procureur, des blocages insurmontables. Le rapport de l’expert est condensé, détourné au profit de ce que l’on veut démontrer, au profit de l’image que l’on veut rendre vraisemblable, en l’absence la plus absolue de la moindre preuve. Enfin, le procureur mélange son interprétation à celle de l’expert et ramène l’image du couteau : cette femme poignardée de plus de quarante coups de couteau l’a certainement été du fait qu’elle avait, au préalable, « tranché le lien à son fils » ; il s’agit donc bien d’un crime passionnel !

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Le procureur accentue encore le mélange opéréau préalable par l’expert. Le parquet redit de manière crue ce que l’expert manifeste avec prudence. Il mélange les projections inconscientes et les réalités agies et pour lesquelles les preuves font défaut. L’accusé a pu désirer la mort de la mère, la mère est morte, c’est donc lui qui l’a fait.

Le juge

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« G.B. est mal socialisé, la relation mère-enfant est perturbée dès la petite enfance, ce qui entraîne, à l’évocation de toute image féminine des blocages insurmontables ; cet aspect à la relation très ambiguë que G. a entretenue avec sa mère, la vie très libre de celle-ci ayant certainement, aux dires de la psychologue, exacerbé les désirs incestueux du garçon, souvent réduit au rôle de témoin voyeur des relations que la mère entretenait avec d’autres hommes. M.A., accepté comme rival, lui permettait d’entretenir une relation avec sa mère, par personne interposée. En le quittant, sa mère tranchait en quelque sorte le lien à son fils, ainsi le meurtre, dans la perspective de cette analyse, peut s’inscrire dans le registre passionnel…

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Attendu qu’à l’audience, cette analyse a été reprise et complétée par le parquet.

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Que les sciences humaines ne sont pas des sciences exactes, comme le fait remarquer Michel Foucault (Surveiller et punir) : « Comment la psychologie, la psychiatrie, la criminologie pourraient-elles justifier la justice d’aujourd’hui, puisque leur histoire montre une même technologie politique, au point où elles se sont formées les unes et les autres ?

48

Qu’on ne saurait se servir de la psychologie, de la psychiatrie, de la psychanalyse pour expliquer les crimes sans risquer de porter une atteinte grave aux droits et libertés individuelles.

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Que si la réalité de l’inconscient ne saurait être contestée, il serait dangereux d’user de ces sciences pour corroborer une démonstration de culpabilité dont les indices objectifs et matériels se révèlent insuffisants pour ce faire.

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Que si cette hypothèse nous séduit elle ne saurait nous convaincre et emporter notre adhésion comme le suggère l’accusation. »

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Le juge reprend textuellement les mots que le parquet attribue à l’expert comme s’ils étaient ceux produits par l’expert ; ainsi, il manifeste que le procureur a saisi la suggestion de l’expert et la dit sans ambages ; le parquet dit brutalement ce que l’expert suggère avec quelque prudence : rien d’autre qu’une intime conviction.

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Autant l’expert que le parquet manifestent une attitude nettement fusionnelle, elle consiste en leur incapacité de séparer leurs opinions et la position qu’ils occupent sur une scène sociale [3]  Il est souvent question d’inceste dans notre société ;... [3] , ils mettent leur culture au service de leurs certitudes préalables : voici ce que je pense, maintenant la théorie va me permettre de le rendre vraisemblable ou crédible. Et ceci au nom de la théorie psychanalytique, alors que Freud mettait en garde celui qui l’utiliserait sans être certain que sa propre analyse soit complète :

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« il cédera facilement à la tentation d’attribuer à ses propres particularités, qu’il perçoit obscurément, une valeur scientifique générale, jetant ainsi le discrédit sur la méthode psychanalytique et induisant les débutants en erreur » [4]  S. Freud, Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique,... [4] .

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Heureusement pour l’accusé, entre le moment du crime (1980) et son jugement (1981) la peine de mort avait été abolie par le Parlement ; heureusement aussi, au moins tout autant, ce juge remarquable, a su trouver sa position de médiateur de la loi et séparer trois domaines : celui des hypothèses intellectuelles qui le séduisent et dont il partage le goût avec le procureur, celui de sa position en tant que juge et qui vise avant tout à garantir les droits et libertés individuelles (c’est-à-dire à s’interdire d’utiliser la séduction pour punir quiconque), celui de la preuve matérielle dont le judiciaire se sert pour condamner et en l’absence de laquelle il ne peut qu’acquitter l’accusé comme il le fait.

II - Les constructions du rapport d’expert

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Dans l’exemple dont nous venons de nous servir, il est clair que l’expert procède, à partir de la parole d’une personne, à la construction d’un « rapport d’expert » qui tente de donner un sens. C’est ce sens qui permettra au magistrat d’obtenir un éclairage vers une prise de décision.

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Comme il se trouve que l’expert utilise la théorie psychanalytique pour échafauder un sens, il risque, nous risquons de confondre son échafaudage, sa construction, avec ce que l’on appelle construction en psychanalyse.

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Ce danger est d’autant plus présent que l’expert ne livre qu’une partie de ses résultats : sa propre herméneutique… Il ne permet pas au juge d’élaborer une conviction à partir du descriptif de la preuve qu’il interprète et assemble [5]  L’expert mentionne le terme « choc » en dehors du contexte... [5] , mais lui livre un sens univoque et dont les arguments ne font pas partie du savoir propre à la discipline judiciaire. Il n’est pas étonnant que les magistrats s’irritent de l’obscurité de certains rapports jargonnants ; il est tout à fait regrettable que des travailleurs sociaux se soumettent à l’empire du savoir psychanalytique lorsque celui-ci, sorti de son lieu d’efficacité - la clinique - ne fait que recouvrir les points aveugles de celui qui s’en fait une coiffe : l’imposture de la prise de pouvoir [6]  J. Lacan, La direction de la cure et les principes... [6]  :

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« Chez le médecin, tout refoulement non liquidé constitue ce que Steckel a justement qualifié de punctum caecum [7]  Point aveugle. [7] dans ses facultés de perception analytique » [8]  S. Freud, Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique,... [8] .

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On ne saurait se servir de la psychologie, de la psychiatrie, de la psychanalyse pour expliquer les crimes sans risquer de porter une atteinte grave aux droits et libertés individuelles.

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Surtout en ce qui relève de la psychanalyse. La théorie de l’inconscient est le résultat d’une approche clinique particulière dont le savoir ne sert qu’à revenir à la clinique.

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« … dans une première phase le médecin acquiert sur le patient les connaissances nécessaires, lui fait connaître les présuppositions et les postulats de l’analyse, et développe devant lui la construction de la genèse de son mal à laquelle il se croit autorisé sur la base du matériel livré par l’analyse. Dans une deuxième phase le patient s’empare lui-même du matériau mis à sa disposition, il le travaille, se souvient de ce dont il peut se souvenir parmi ce qui se donne chez lui comme étant le refoulé, et quant au reste il s’efforce de le répéter dans une sorte de reviviscence. Ce faisant il peut confirmer, compléter et rectifier les thèses du médecin. Ce n’est que pendant ce travail qu’il expérimente, en surmontant les résistances, le changement intérieur qu’on se donne pour but, et qu’il acquiert les convictions qui le rendent indépendant de l’autorité médicale » [9]  S. Freud, Constructions dans l’analyse, 1937, RIP,... [9] .

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S’il est donc vrai que le psychanalyste élabore des constructions à partir de la parole de l’analysé, il est évident que ces constructions, comparables au délire du psychotique en ce qu’elles représentent une partie d’histoire qui est restée refoulée, n’ont de valeur, d’intérêt et de légitimité que dans la dynamique de la cure : c’est-à-dire dans la mesure exacte où elles permettent d’ouvrir une voie à la poursuite des associations du patient ; en dehors de cette relation transfé-rentielle toute construction devient un jugement porté sur l’autre à partir d’une spéculation théorique au nom d’un bien supposé ou pas. Une forme d’agression.

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Autant la théorie psychanalytique est indispensable dans le champ du travail social en tant que médiatrice d’une parole possible entre le désir et la loi, autant son utilisation à des fins de diagnostic, de décision touchant à une personne ou à son droit à la liberté, me semble un détournement pervers qui ne peut se comprendre que comme résistance à l’analyse de la part de celui qui s’en sert.

III - Le travailleur social et son rapport de médiation entre le désir et la loi

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Comme nous l’avons vu, le dire de l’expert est une fin en soi, l’aboutissement d’une étude, l’expression d’une certitude, d’un doute ou d’une ignorance. L’expertise est le résultat d’une procédure expérimentale menée par un spécialiste.

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De ce point de vue, le travailleur social n’est pas un expert et, même, nous pouvons avancer que le psychologue, le psychiatre ou le sociologue ne le sont pas non plus, du moins au sein de l’institution de travail social lorsque celle-ci légitime leur pratique dans l’accompagnement d’une équipe [10]  Le psychologue et le psychiatre ont un dire d’experts... [10] .

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Pour éclairer cette affirmation, il me semble indispensable que l’on s’arrête un instant sur la notion de médiation que nous pouvons ajouter à celle que j’avais tenté de théoriser en son temps [11]  I. Garate-Martinez, L’institution autrement, vers une... [11] sous le nom de recours.

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En effet, nous avons écrit que le travailleur social doit constituer un recours pour la parole d’un usager. Cette parole, souvent restée en souffrance, ne peut pas être remplacée par la définition aliénante d’un bien pour l’usager qui viendra remplacer son accès à la parole.

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En ce sens, nous pouvons penser que la justice, lorsqu’elle statue - une mesure d’AEMO, par exemple - produit un acte de parole qui va au-delà du dire (de la même manière que le oui que l’on profère « devant le maire » est aussi un acte de parole [12]  Il s’agit d’un oui performatif au sens de J.L. Austin... [12] ). La décision de justice est un acte de parole qui a des conséquences importantes pour un usager qui, souvent à son insu, a dépassé les limites de la loi, et qu’il convient de ramener à l’intérieur de ces limites.

69

Lorsque j’enseignais à l’Ecole nationale de la magistrature, de 1982 à 1984, j’avais, une fois, inscrit au tableau noir une longue phrase en grec… Les auditeurs de justice étaient restés interloqués et m’avaient demandé ce que c’était. La loi, leur dis-je ; ils rétorquèrent qu’ils ne pouvaient pas comprendre ne sachant pas lire le grec. Alors, conclus-je, comment voulez-vous qu’un sujet respecte la loi sans avoir intégré les conditions de sa lecture ?

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La décision d’AEMO met en œuvre, en même temps deux contraintes d’un ordre différent : l’obligation contrôlée de revenir dans les limites de la loi, le recours ouvert à une médiation qui permette d’intégrer cette loi, sans recourir à la contrainte extérieure.

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La décision d’AEMO pourrait rester une simple mesure de contrôle judiciaire si elle n’intégrait pas la condition du désir : la transgression de la loi manifeste l’ambiguïté d’un désir en souffrance qui ne sait se dire sans la dimension du passage à l’acte. Au passage à l’acte illégal s’oppose l’acte légal ; dans l’entre-deux, et dans le cours de la loi, le travailleur social peut constituer un recours, s’il parvient à s’engager dans la mesure d’AEMO dans la dimension d’une alliance de travail, d’un projet par le biais duquel la sanction judiciaire que représente l’AEMO subirait une transmutation dans l’ordre de la médiation.

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Il ne sera plus dit : « Obéis à la loi ! » mais, « Vois ses marges et sache qu’entre les deux rives une place est faite pour dire ton désir » au-delà de la violence de l’acte, au-delà de la contrainte de la justice et son exécution.

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Ceci ne veut pas dire que le travailleur social ne doit pas contrôler le respect des limites imposées par la mesure d’AEMO, ni même qu’il doive s’interdire d’en proposer d’autres face à un danger imminent… Non. Cela ne veut pas dire non plus que la protection de l’enfance en danger consiste à produire des placements familiaux et en foyer, comme seule issue face à la violence : cela reviendrait à nier la fonction créatrice de la parole et à transformer les travailleurs sociaux en « matons » aux ordres des experts en danger, fantasmatiques ou pas.

IV - Le dire de médiation : entre secret et révélation

A - Le temps de l’alliance

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Nous allons garder l’exemple de l’AEMO, car celui-ci nous semble le plus à même de rendre compte du rapport entre le travail social et le champ du judiciaire ; d’autres structures de travail social maintiennent le même type de proximité et chacun pourra dégager les éléments théoriques pour sa pratique quotidienne.

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Il me semble évident que le premier temps de rencontre entre le travailleur social et l’usager, ainsi que sa famille, est un temps de méfiance et de dissymétrie :

  • méfiance parce que la mesure d’AEMO est vécue comme une sanction qui remet en cause la qualité de la paternité/maternité, lorsque celle-ci n’est pas directement déchue ;

  • dissymétrie parce que le contrôle que veut exercer le travailleur social n’a rien à voir avec la crainte de contrôle de l’usager et sa famille (on aura tendance à soumettre au contrôle le bien-être matériel).

Il s’agit dès lors d’installer un processus dont la visée essentielle est l’alliance de travail : ceci constitue les préliminaires de l’action éducative. Une parole va être prononcée de part et d’autre ; l’usager dans l’indécision et l’ambiguïté que lui dicte sa souffrance, l’éducateur, le travailleur social, dans les limites qu’il s’engage à garantir pour contenir la panique et le passage à l’acte.

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Dès lors, l’écrit du travailleur social durant cette période ne peut être que le témoignage concret des limites dont il a fait part à l’usager et du projet d’alliance qui institue comme tel l’espace de la rencontre pour l’action éducative en milieu ouvert.

77

Il ne s’agit pas d’informer le magistrat du moindre mouvement de l’usager, ni de traduire en termes techniques la forme de sa souffrance. Il importe d’informer le magistrat de l’espace transitionnel qu’ouvre la mesure d’AEMO et des limites que l’on s’engage à ne pas franchir. Pour cela certaines décisions (rencontres, pensionnat, organisations des visites, …) font projet à court et moyen terme : voilà ce dont il s’agit de faire rapport.

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Faire rapport implique deux ordres de renoncement : à l’obscénité du dire et à l’appropriation de la souffrance d’un autre. La pudeur de l’écrit exige ces deux renoncements, à ce prix l’écrit peut, non seulement faire rapport, mais encore faire subversion et ouvrir à une parole créatrice.

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Essayons d’abord de comprendre le sens des mots, ce sens souvent usé, perdu ou détourné par la facilité de son emploi.

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Obscénité en latin veut dire « sinistre ou fatal », elle est en rapport avec la mort et marque le dire d’une étrangeté qui réduit au silence, qui immobilise. L’acte obscène se trouve parfaitement inscrit dans les mythes qui fondent notre culture :

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« Baubô ne réussit pas, par son discours, à convaincre Déméter d’abandonner son deuil maternel. Baubô change alors de manière et passe à l’action : surprenant Déméter, elle lui offre un spectacle prodigieux, en retroussant son péplos. Ce dévoilement impudique provoqua le rire de la mère endeuillée. Les polémistes chrétiens conservent deux versions de cette scène incongrue. Clément d’Alexandrie [13]  Protreptique, II, XX, 1-XXI, 2, suivi par Eusèbe de... [13] raconte que le jeune Iacchos se trouvait sous le vêtement retroussé de Baubô, riant et agitant la main. Tandis qu’Arnobe [14]  Adversus nationes, V, 25-26. [14] présente une version différente et plus détaillée, où le sexe dévoilé de Baubô prend, grâce à une opération cosmétique, l’aspect d’une figure d’enfant » [15]  Baubô, 1995, Encyclopoedia universalis France S.A. [15] .

82

Cette opération cosmétique rapportée par les Pères de l’Eglise perdure de manière perverse dans nos institutions, lorsque la douleur de l’enfant, en son absence, dans les réunions de synthèse, fait l’objet du partage des travailleurs sociaux qui fraternisent dans cette « communion cannibalique ».

83

Pudeur veut dire attitude de réserve, de délicatesse qui empêche de dire ou de faire ce qui peut blesser la décence ; la pudeur est une marque de respect qui sait que les mots blessent, tuent parfois, rendent muet, en tout cas, celui ou celle à qui on les dérobe pour en tirer profit.

84

L’écrit du travailleur social, à l’inverse du dire obscène de l’expert, pourrait être passé au crible de cette question : combien de ce que j’écris suis-je prêt à soutenir avec celui ou celle dont je tente de garantir l’accès à une parole ?

85

Subversion signifie l’action de troubler, de renverser l’ordre établi, les lois, les principes. Comme l’obscénité, elle implique un renversement de la scène, mais la transformation qu’elle rend possible passe par la parole, par une lecture nouvelle de l’ordre établi et, si l’acte de parole est là, la subversion impose la nouvelle vision des choses à toute une communauté : elle renouvelle la loi.

86

Prenons garde un instant : il ne s’agit pas ici de confondre les lois et les règlements avec la Loi. La subversion n’est un « péché » que dans les régimes dictatoriaux où la « jouissance d’un seul » - le dictateur dicte la loi au lieu de la représenter - remplace pour tout un peuple le rapport à la Loi et son magistère interne, intégrateur de vie humaine.

87

Le travailleur social renonce à l’obscénité de tout dire de ce que l’usager (ou son dossier) lui fait savoir de sa souffrance, pour marquer, écrire de manière concrète le projet autour duquel l’alliance s’étaye, c’est-à-dire, le contrat privé qui transforme la sanction judiciaire, fut-ce une AEMO, en espace ouvert pour qu’un usager y puisse formuler une demande.

88

Voilà qui est vraiment subversif : ce qui était sanction et contrôle, menace latente de la rigueur de la justice, devient par le biais d’un écrit pudique, projet d’alliance autour d’une prise de parole qui fera limite au passage à l’acte que la loi se charge d’interdire.

B - Le temps du recours

89

Faire projet ne veut pas dire que sa réalisation soit aisée ; pas plus que cela ne veut dire que le travail du travailleur social s’arrête là.

90

Le plus souvent, c’est le passage à l’acte qui se situe à la base de la mesure d’AEMO. La loi des hommes n’interdit pas le désir mais sa réalisation lorsqu’elle est délictueuse.

91

Si le projet fait limite au passage à l’acte, il est tout à fait envisageable que le lien transférentiel entre le travailleur social et l’usager et sa famille, doive faire face, au cours de la mesure, à des acting-out qui signent, en même temps, les limites et les avancées d’un processus d’alliance.

92

Mais, qu’est-ce que c’est que le passage à l’acte ?

93

Il est indispensable, au point où nous en sommes, de tracer la différence la plus nette entre l’acte, fondateur d’un projet dans le monde, et le passage à l’acte comme signature de son arrêt ou comme aveu de son impossibilité.

94

De même que dans la cure psychanalytique, il importe, dans le champ du travail social, d’établir les différentes positions du sujet dans le passage à l’acte : est-il du côté du symptôme ou du côté de l’angoisse ? Dans le premier cas, les partenaires sont repérables, le pacte est codifié, l’acte correspond à une conduite organisée. Par contre, dans le cas de l’angoisse, le sujet se trouve être l’enjeu même de la partie et ne peut que choisir hors de la scène.

95

Lorsque le passage à l’acte intervient du côté du symptôme, c’est-à-dire lorsque l’usager s’essaye à transgresser les limites prévues par le projet, le travailleur social est un recours éventuel pour le retour à l’alliance. Il est au service de l’usager pour l’accompagner dans le respect d’un pacte, en dehors duquel il est impuissant et soumis à la loi de la même manière et dans les mêmes limites que l’usager. De cela il doit faire rapport aussi, pour marquer la rupture de l’alliance et proposer une issue, en accord avec la magistrat, qui restaure le pacte interrompu.

96

Lorsque le passage à l’acte intervient du côté de l’angoisse, il marque la chute ou la rechute d’un sujet dans le monde pur, un monde sans limites où le sujet s’absorbe et perd sa trace (la trace de pas qu’est la parole et qui marque les limites de la scène). Il ne faut pas oublier qu’il intervient après un processus d’alliance et qu’il se produit à partir d’un malentendu où le travailleur social a sa part, laquelle ? Ce n’est qu’après avoir repéré les mots restés en souffrance ou négligés qui furent cause de malentendu, que le travailleur social pourra faire rapport comme production écrite, destinée à restaurer les limites de l’alliance entre l’usager et lui, sous l’autorité de la loi représentée par le juge.

C - Le temps de la médiation

97

Le savoir de l’expert est, le plus souvent, exotique par rapport à la discipline judiciaire ; cela veut dire qu’il existe des renseignements que le magistrat n’est pas à même de produire et qui doivent s’établir sans tenir compte de l’effet qu’ils entraîneront sur la décision de justice.

98

Dans le cas de l’AEMO, qui nous a servi d’exemple tout au long de ce travail, l’action éducative est partie intégrante de la décision de justice, elle n’est pas en dehors, elle est en dedans, mais d’une autre manière et avec d’autres mots : si le travailleur social est impuissant pour transgresser les limites de la loi, quoi qu’il en soit de son désir, il peut ouvrir en son sein un espace de médiation qui se situe au-delà de la sanction et restaure la dimension du plaisir comme alternative à la répétition d’un symptôme.

99

En effet, si le travailleur social transgressait les limites d’une loi qui lui attribue une position précise dans la scène judiciaire, ce n’est plus en tant que tel qu’il agirait, mais en tant que sujet aux prises avec son désir de gratifier un usager « pour son bien » et au-delà de la Loi. Il ne serait plus en position de recours, mais s’arrogerait une toute-puissance imaginaire du même type que le passage à l’acte de l’usager et tout autant suscitée par l’angoisse.

100

Si le travailleur social maintient sa position comme un recours, le temps de la médiation permettra d’élaborer un projet éducatif dont la visée n’est plus le respect de l’interdit, mais la création d’un rapport nouveau à la vie qui ne se situe plus du côté de la destruction (temps du passage à l’acte), ni du côté de l’inhibition. Il s’agit alors de s’inscrire dans la réalité sociale des formes de sublimation.

101

Le plaisir entre en scène comme rupture d’un processus de répétition, symptôme tragique qui vient gripper le devenir du sujet au point exact où, pour lui, s’est inscrite une absence, un abandon, un désamour. Ce qu’il refoule de son histoire revient du côté de l’acte et se répète.

102

Le processus éducatif vise à conduire l’usager vers des possibilités créatrices du côté du travail et de l’amour. Il ouvre à une prise de conscience : la transgression de la loi n’est pas supportable pour le corps médical. Mais le désir peut trouver d’autres formes d’expression que la loi ne punit pas. C’est vers ces formes d’expression que le travailleur social peut accompagner l’usager.

103

C’est cela que nous pouvons nommer le temps de la médiation.

V - Pour conclure aujourd’hui

104

Autant le secret que la révélation se situent en amont du passage à l’écrit. L’écrit du travailleur social, de nature différente du savoir de l’expert, l’est en ceci qu’il n’applique pas une discipline à un objet d’étude, mais tente de mettre une distance entre le vécu d’une expérience et son récit comme trace.

105

Il doit savoir que les mots qui lui sont adressés ne lui sont pas destinés en propre, de même que le passage à l’acte adressé à un sujet, trompe toujours son adresse. Fomenté par l’angoisse, le passage à l’acte opère dans un monde dont l’usager a perdu le plan. Il voyage à vue dans un brouillard de panique qui lui fait porter des coups en aveugle : la trajectoire est toujours la même, mais dans une géographie qui ne connaît plus de repères.

106

Parce que les mots de l’usager ne lui sont pas destinés, le travailleur social n’est pas libre d’en faire usage : ce serait une obscénité.

107

Mais lorsqu’il pense sa pratique pour en faire rapport à un autre, lorsqu’il rend compte de son action au-delà du vécu, la somme de son expérience, s’il tente de la mettre dans l’ordre de la loi, peut faire dévoilement : dès lors cette révélation qui se construit dans une prise de distance lui dictera les termes du passage à l’écrit.

108

Quels sont les faits qui lui dictent les éléments du projet ?

109

Quelles sont les évolutions de ce projet au décours de la mesure ?

110

Que faut-il attendre des décisions que l’on demande au magistrat ou qu’on lui conseille ?

111

Voilà entre secret et révélation le temps de l’écrit qui est le seul capable, au-delà des sensations, de restaurer une histoire pour un sujet en le faisant revenir dans l’écrit du temps.

Notes

[*]

Ce texte a été présenté au colloque « Les écrits des travailleurs sociaux dans le cadre de la protection judiciaire des mineurs et du contentieux familial : questions et enjeux » organisé par la FN3S de Caen à Paris, du 20 au 22 novembre 1996.

[**]

Psychanalyste, membre d’Espace analytique, docteur en sciences de l’éducation, professeur associé à l’Université Bordeaux 1

[1]

F. Hölderlin, Poèmes, trad. G. Bianquis, Paris, 1943.

[2]

Articles « Les Bertillon » et « Criminalistique », 1995, Encyclopedia universalis France S.A.

[3]

Il est souvent question d’inceste dans notre société ; il conviendrait de comprendre que l’inceste consiste précisément en cette absence de séparation des positions et des distances, ce mélange « incastus (non chaste) ».

[4]

S. Freud, Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique, 1912, in « La technique psychanalytique », PUF, Paris, 1977.

[5]

L’expert mentionne le terme « choc » en dehors du contexte du test projectif, le faisant comprendre dès lors dans son sens commun d’émotion violente ou brusque. Dans le test de Rorschach, on interprète un choc à partir d’un temps de latence plus important dans les associations qui concernent les couleurs autres que le noir…

[6]

J. Lacan, La direction de la cure et les principes de son pouvoir, in « Ecrits », Seuil, Paris, 1966 : « … L’impuissance à soutenir authentiquement une praxis, se rabat, comme il est en l’histoire des hommes communs, sur l’exercice d’un pouvoir », p. 586.

[7]

Point aveugle.

[8]

S. Freud, Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique, op. cit.

[9]

S. Freud, Constructions dans l’analyse, 1937, RIP, V. II, PUF, Paris, 1985.

[10]

Le psychologue et le psychiatre ont un dire d’experts dans l’institution lorsque leur fonction se résume à la passation de tests ou d’entretiens cliniques à visée de diagnostic.

[11]

I. Garate-Martinez, L’institution autrement, vers une clinique du travail social, Ed. Gemme, Paris, 1996. Voir notamment au chapitre 2, l’éducateur comme recours face au passage à l’acte (p. 53) ; au chapitre 4, la fonction instituante comme recours pour l’accès à une parole (p. 77), au chapitre 5, le formateur comme recours pour accéder à une parole différente de la répétition de l’échec (p. 89), enfin, au chapitre 9, où le recours se trouve défini du côté de l’entretien : le médecin est un recours pour le patient en ce qu’il permet de remettre en harmonie le corps biologique et le corps du désir (p. 119). C’est cette notion d’entre-deux, où s’engager ne revient pas à prendre parti, qui nous intéresse ici.

[12]

Il s’agit d’un oui performatif au sens de J.L. Austin (Ecole linguistique d’Oxford), Quand dire c’est faire, Paris, Seuil, 1970. Cité dans : Joël Dor, Introduction à la lecture de Lacan, Tome I, L’inconscient structuré comme un langage, Ed. Denoël, Coll. L’espace analytique, Paris, 1985, p. 149.

[13]

Protreptique, II, XX, 1-XXI, 2, suivi par Eusèbe de Césarée, Praeparatio evangelica, II, III, 31-35.

[14]

Adversus nationes, V, 25-26.

[15]

Baubô, 1995, Encyclopoedia universalis France S.A.

Plan de l'article

  1. Le dire de l’expert (de l’anthropométrie à la psychanalyse)
    1. L’expert
    2. Le procureur
    3. Le juge
  2. Les constructions du rapport d’expert
  3. Le travailleur social et son rapport de médiation entre le désir et la loi
  4. Le dire de médiation : entre secret et révélation
    1. Le temps de l’alliance
    2. Le temps du recours
    3. Le temps de la médiation
  5. Pour conclure aujourd’hui

Pour citer cet article

Gárate Ignacio, « La question de la transmission l'obscénité du dire, la pudeur de l'écrit », Journal du droit des jeunes, 7/2001 (N° 207), p. 17-23.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2001-7-page-17.htm
DOI : 10.3917/jdj.207.0017


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