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Journal du droit des jeunes

2001/7 (N° 207)


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L’Ecole mobile est une section du foyer « Les Brandons » situé à Champagne-sur-Seine en Seine-et-Marne (77). Elle accueille neuf jeunes de 13 à 16 ans et est agréée par la D.D.A.S.S.M.A. Elle accomplit en « une année un parcours initiatique, culturel, professionnel et thérapeutique avec des jeunes en difficulté d’insertion scolaire ».

Les objectifs

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Jean-Michel Kurc, promoteur du projet, pense que « dans le fonctionnement tel qu’il est prévu de nos jours, ils (les jeunes) sont exclus ou s’éjectent eux-mêmes des solutions d’attente avant un éventuel apprentissage. L’objectif est donc de permettre à des jeunes en situation difficile d’acquérir une meilleure connaissance d’eux-mêmes et de trouver quelques points d’appui pour sortir des impasses dans lesquelles ils se sont laissés enfermer ». (extrait du projet du service appelé « projet pourquoi pas »). Le nom était à l’origine : « le Foyer mobile ». C’est au Sénégal en 1966 que le nom a été modifié.

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Jean-Pierre Jung, psychopédagogue de l’équipe raconte pourquoi : « J’ai appris et constaté moi-même, que pendant ce séjour de trois mois dans ce territoire du Sénégal, le seul mot de passe qui ait fonctionné sans soupçon, discussion ni retard, c’est celui d’école française de Bango. Et je précise avoir entendu de mes propres oreilles, Jean-Michel Kurc se présenter sans aucune hésitation ni sourire aux lèvres, comme le directeur de cette école française. Je vous assure que pour les contrôles policiers sur les routes de la région, la formule est magique ».

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Le pourquoi de « mobile » est également expliqué par Jean-Pierre Jung : « parler « d’Ecole mobile », c’est donc désigner le « Mouvement » comme fondement de l’apprentissage de la vie, de la culture, des sciences, mais aussi de l’intelligence, de la raison, de la justice et de la vérité ».

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Pour être complet, signalons que l’équipe a déposé un projet pour obtenir la présence d’un enseignant dans l’équipe d’animation qui serait « une classe-relais » pour les jeunes qui partent.

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« Ce type d’expérience permet de responsabiliser le jeune au quotidien, de donner de soi pour avoir. Chacun fait quelque chose pour le groupe ; on peut compter sur lui et lui faire confiance. En situation professionnelle, des échanges relationnels avec des adultes qui ne sont pas les proches qui gravitent habituellement autour d’eux et qui ont une approche différente de par leur culture.

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Ils sont perçus autrement que des jeunes cas sociaux comme c’est souvent le cas. Nous constatons que la distance peut aider certains jeunes à situer leur place dans leur famille, alors qu’ils étaient au centre de conflits d’adultes, dans des relations souvent fusionnelles avec leur mère ». (extrait de « projet pourquoi pas »)

Le débat

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Ce projet suscite des prises de position radicales tout autant pour l’encenser que pour le critiquer.

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Ouvrons donc le débat autour de ce projet controversé ; nous le débutons avec Jean-Pierre Jung, prêtre salésien de Don Bosco, psychopédagogue et théoricien du projet : « Le voyage d’un jeune avec l’école mobile est une sorte de rite initiatique qui lui apprend à se resituer par rapport à sa réalité notamment scolaire. Les éloigner de leur famille et leur quartier, c’est les mettre en mouvement et les sortir de toutes les limites, étiquettes, de la stigmatisation qui leur collent à la peau pour leur faire connaître l’Afrique dont la culture est inspirée par d’anciennes sagesses. C’est une école de la vie.

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Le concret se vit avec l’équipe dont la figure emblématique est Jean-Mi. Lui n’a pas de méthodologie, il vit au ras du sol avec les jeunes ; il travaille au jour le jour. Lorsque Jean-Mi explose et insulte ou frappe, c’est parce que son amour est déçu. Ce n’est pas un manque de respect vis-à-vis des jeunes, c’est du spontané. Si ça devenait une méthode de travail, cela serait grave et je refuserais de continuer dans le projet. Mais je comprend que cela soit mal perçu. Il faut bien comprendre que Jean-Mi a une fonction patriarcale dans une ambiance familiale et cela soude les relations entre les jeunes et l’équipe. D’ailleurs, en ce qui concerne la sexualité, il n’y a jamais eu de problème puisque les jeunes sont comme frères et sœurs (sic).

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Le plus délicat dans le projet c’est le retour des jeunes à la réalité car le milieu familial ne bouge pas. L’idéal serait que les familles soient en thérapie pendant le voyage des jeunes ».

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Poursuivons avec Monsieur Giraud, sous-directeur de l’Enfance au service de l’Action sociale de Seine-et-Marne qui suit de près et depuis le début, le projet : « C’est un projet particulier très intéressant qui s’inscrit dans la diversité des réponses à apporter aux jeunes du département. C’est la rencontre entre le projet de vie de Jean-Michel Kurc, d’une idée de parcours initiatique et d’un besoin du département pour certains jeunes dont le placement en foyer ne serait pas opportun.

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Le coût du projet : le prix de journée est de 850 francs par enfant, c’est le prix moyen pour un internat.

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Les méthodes éducatives de Jean-Michel Kurc ne me posent pas problème car c’est un tout : il y a de l’amour et de l’autorité ; il y a une palette d’émotions et éduquer c’est savoir dire non et puis pour Kurc éduquer c’est jouer la comédie, c’est faire de l’esbroufe ; le langage qu’il emploie c’est pour se synchroniser avec les gamins ».

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Voici ce qu’en pense Monsieur Ameline, directeur de l’action sociale du département de Seine-et-Marne.

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« L’Ecole mobile n’est pas une forme d’action qui a été planifiée par le département, c’est une initiative d’une équipe qui a demandé les moyens pour la mettre en pratique.

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Ce projet s’inscrit comme une action créative dans un ensemble organisé qui comprend : internats, AEMO et accueil familial. Ce n’est pas la panacée mais cela convient à quelques jeunes dont le parcours pourrait basculer dans la délinquance, l’exclusion ou le suicide.

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Jean-Michel Kurc et son équipe sont appréciés ici en Seine-et-Marne ; 99 % des personnes qui ont vu le film « Des lascars dans la brousse » ont compris qu’il ne faut pas s’arrêter aux scènes d’engueulades entre jeunes et Kurc. C’ est le reste du film qui est important. Kurc est très télégénique et il utilise un langage cru qui secoue mais c’est très courageux de sa part de se montrer comme ça. Mais cela ne remet pas en question la confiance portée au projet ».

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Voici la position de Maryse Esterle-Hedibel, chercheuse [*][*] Maître de conférences à l’IUFM du Nord-Pas-de-Calais..., auparavant, éducatrice pendant treize ans : « Au cours du document filmé, la violence et l’obscénité des propos tenus par Jean-Michel Kurc, omniprésent dans la relation avec les jeunes (mais où est passée l’équipe éducative ?), les insultes à connotation sexuelle constantes dans ses propos à leur égard, à l’encontre de toute déontologie éducative, laissent perplexe quant au projet sensé justifier ce périple.

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Le seul moment où on les voit détendus est la période qu’ils passent en stage dans des entreprises locales. Les personnes qu’ils y rencontrent sont aimables, souriantes, bien disposées à l’égard des adolescents… Lesquels se conduisent comme des personnes ordinaires, ce qu’ils sont fondamentalement !

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Quand il n’insulte pas, il pratique le dénigrement systématique. Une règle de base de l’action éducative est de « faire avec » les jeunes : or les éducateurs circulent en camionnette alors que les jeunes crapahutent sur les routes en VTT ! Pour être accueillis à l’arrivée avec des quolibets…

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La seule jeune qui résiste est isolée après avoir été frappée. La séquence qui se veut un « entretien éducatif » est très révélatrice du malaise des éducateurs, puisqu’ils reviennent sur la gifle qu’elle a reçue de Kurc (qui doit quand même les gêner aux entournures, entre autres après les réactions des habitants du coin) et s’attachent à faire admettre cette violence à la jeune fille, laquelle montre ainsi sa soumission à la toute puissance de l’adulte et non pas son évolution positive. La pseudo-satisfaction exprimée par les jeunes à la fin du séjour est d’autant plus grave qu’elle marque leur soumission à ces méthodes de terreur et de dénigrement ; mais peut-être ont-ils choisi cette tactique dans un souci de confort personnel, la révolte coûtant très cher et les possibilités de défense semblant inexistantes.

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On reste bouche bée devant le rôle joué par le « psychologue » qui cautionne ouvertement ces pratiques et tente, entre autres, de convaincre la jeune que son « problème » n’est pas lié à « Jean-Mi » et « Fan-Fan » mais bien à sa propre problématique !

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Ce document montre que des jeunes en difficulté et/ou ayant commis des délits ne sont pas considérés comme relevant du droit commun, ils sont toujours en « zone de non-droit », les droits de l’enfant en particulier ne semblant pas les concerner.

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Que penseraient ceux qui soutiennent en toute connaissance de cause ces paroles et ces pratiques si leurs propres enfants étaient traités de cette manière dans un camp de vacances ?

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Des exemples médiatisés existent pourtant, tel celui de « Cheval pour tous », où les méthodes appliquées étaient sensiblement les mêmes, l’isolement étant lié aussi dans ce cas à l’éloignement géographique. Le scénario semble se répéter : un lieu isolé et de ce fait hors contrôle, un leader charismatique et tout-puissant, des méthodes violentes, le non-respect de l’obligation scolaire, une médiatisation complaisante (ah ! le baroudeur bourru au grand cœur, ce héros du quotidien, qui balaie les théories psycho-sociologiques en agissant comme un homme, un vrai, pour remettre ces petites canailles, qui sont au fond des bêtes blessées, dans le droit chemin !) le soutien actif et revendiqué d’autorités sanitaires et judiciaires.

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Les jeunes attendent des éducateurs qu’ils les emmènent sur un autre terrain justement, celui de la reconnaissance des adultes, de l’estime de soi, profondément atteinte par les expériences de vie antérieure, avec la certitude qu’ils peuvent encore jouer leur avenir de manière constructive. Si les adultes qui ont la charge de ces jeunes reproduisent les mêmes violences que celles qu’ils ont subies, à quoi bon les leur confier ?

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A l’heure où l’on parle d’incivilités, de respect, de citoyenneté, de lutte contre la maltraitance, qu’il se trouve encore des personnes, y compris dans le monde éducatif, pour soutenir ouvertement ou passivement ce genre de pratiques montre que le chemin est encore long entre les déclarations vertueuses et la réalité d’actions de terrain non contrôlées, cautionnées par des autorités qui se débarrassent à bon compte de jeunes que personne ne défend (ils font partie des populations les plus vulnérables et sont encore plus déconsidérés du fait des délits que certains d’entre eux ont commis) et évitent sans doute ainsi un nécessaire et urgent débat sur leur prise en charge ».

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Nous poursuivons avec l’avis de Madame Alba, psychologue et directrice d’un foyer pour mineurs en difficulté situé à Verviers, en Belgique : « Ce projet part d’une idée intéressante mais pas vraiment originale, c’est une « resucée » d’une idée qui existe depuis la deuxième guerre mondiale. Des travailleurs sociaux refaisaient avec des jeunes « délinquants » le voyage des pionniers vers l’ouest des Etats-Unis. Mais là, tout un travail de recherche de racines était réalisé avec ces jeunes qui parcouraient à nouveau les chemins pris par leurs ancêtres. C’est dans la mise en application du projet que cela dérape : ce Monsieur Kurc est dangereux car, pour l’avoir écouté lors d’un colloque il y a peu de temps, il se défend des critiques en affirmant qu’il n’a pas d’objectifs bien définis, qu’il travaille à l’intuition et qu’il n’a aucun recul. Il est d’autant plus dangereux qu’il refuse d’expliquer sa pédagogie et qu’il souhaite qu’on le prenne, lui et son projet, tel qu’il est et on doit lui faire confiance. Il ne manque d’ailleurs pas de se contredire avec le sourire puisqu’il explique que ses coups de gueules, c’est de la théâtralisation.

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Je me demande comment les jeunes sont préparés pour vivre cela ; on les met en garde contre les scorpions mais pas contre les règles de fonctionnement du groupe. En fait, Monsieur Kurc fonctionne comme un chef de bande : il gueule, il est grossier, il lance des règles qui semblent arbitraires puis fait de la « psychologie du genou ».

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Ses objectifs, c’est faire sortir un jeune de son milieu pour prendre du recul et analyser sa vie. Pour les concrétiser, il faut un accompagnement très spécialisé et très professionnel et on ne peut pas dire que ce soient les lignes de force du projet. Idem pour son principe éducatif basé sur : « casser » le jeune et ensuite le « reconstruire » ; de plus, ce n’est pas le psychologue qu’on voit dans le film et qui justifie les propos et les agissements de Kurc qui semble compétent pour aider les jeunes.

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Pour moi, pousser un jeune dans ses derniers retranchements et ne pas l’accompagner pour l’aider à gérer ses émotions, c’est de la véritable maltraitance. D’autant qu’il est payé pour aider les jeunes ».

Que retenir de ces avis ?

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Tout d’abord, le décalage entre le projet annoncé par « l’École mobile » et sa mise en pratique apparaît nettement : le parcours initiatique, culturel, professionnel et thérapeutique des jeunes se révèle dans la pratique, une zone de non-droit où isolement et maltraitance vont de paire.

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Que penser des contradictions entre le discours de Monsieur Kurc et celui de Monsieur Jung ?

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Pour les avoir rencontré, l’un et l’autre, je peux vous assurer que Kurc est dans la vie comme dans son travail, à savoir plus proche de Monsieur Bidochon que de l’éducateur spécialisé et il est continuellement en représentation.

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Monsieur Jung couvre son collègue sans aucun état d’âme. Il assure que Kurc est « un être spontané » alors que ce dernier assure qu’il fait de « la théâtralisation ». Jean-Pierre Jung aura-t-il le courage de mettre en pratique ses déclarations en démissionnant comme il me l’a assuré ?

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On ne peut que regretter, comme Madame Esterle-Hedibel, la complaisance des médias représentés ici par Jean-Thomas Ceccaldi, réalisateur du document « l’École mobile, des lascars dans la brousse » pour France 2. Celui-ci, en ne se démarquant pas clairement des agissements de Kurc, participe à la banalisation de ces comportements inacceptables. Il porte une responsabilité énorme car, à notre époque, le poids des médias est écrasant.

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Tout cela rappelle irrésistiblement un autre document sorti il y a quelques années.

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En février 1998, le journaliste Olivier Pighetti qui a suivi le raid de « Cheval pour tous » dans les Carpates en Roumanie, où un voyage « initiatique » en autocar est organisé chaque année par l’association, claironnait ceci : « Supéri (directeur de Cheval pour tous) est un génie de la psychologie. Loin de leur cité, dans la neige et le froid, la plupart des petits durs craquent. Un instant de déprime, une explosion de colère, un signe de fragilité, et François (Supéri) intervient, leur fait comprendre ce qui fonde la communauté des hommes : l’entraide, le respect de soi et des autres, la nécessité de l’effort. Quand le message ne passe pas, il hurle : ce sont tes parents qui t’ont foutu dans cette merde ! Tu dois t’en sortir seul ! »

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On sait ce qu’il est advenu de cette association et de son directeur.

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Monsieur Pighetti s’est-il rendu compte de la lourde responsabilité qu’il porte en ayant mis Monsieur Supéri sur un piédestal alors qu’il était d’une totale incompétence en matière de psychologie ou d’éducation. A-t-il fait son mea culpa dans les médias ?

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Plus grave encore est l’attentisme et le silence des services d’inspection.

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Il existe pourtant un guide méthodologique s’adressant aux professionnels des directions départementales des affaires sanitaires et sociales édité en 2000 par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité, direction de l’Action sociale. Ce guide s’intitule : « Prévenir, repérer et traiter Les Violences à l’encontre des enfants et des jeunes dans les institutions sociales et médico-sociales ».

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On peut y trouver page 19, une définition de la violence institutionnelle selon Stanislaw Tomkiewicz : « j’appelle violence institutionnelle toute action commise dans ou par une institution, ou toute absence d’action, qui cause à l’enfant une souffrance physique ou psychologique inutile et/ou qui entrave son évolution ultérieure ».

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Le guide rappelle également page 40, une série d’articles de la CIDE et notamment l’article 19 : « les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toutes formes de violence, d’atteintes ou de brutalités physiques et mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié ».

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Dans la conclusion page 69 et suivante, le guide insiste sur le contrôle nécessaire des institutions :

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« Le contrôle, une mission fondamentale, une garantie pour les usagers. Le contrôle, rappelé dans l’article 3 de la CIDE, procède d’un fonctionnement démocratique d’une société qui doit garantir la sécurité de citoyens face à des pouvoirs institutionnels qui peuvent être arbitraires et violents. (…) Il s’agit donc d’une mission fondamentale des directions départementales des affaires sanitaires et sociales qui ont en charge le suivi et le contrôle des institutions accueillant des personnes particulièrement vulnérables et dépendantes : enfants et jeunes séparés de leur milieu familial, enfants et adolescents présentant des troubles ou des handicaps, personnes âgées, personnes démunies… (…) ».

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Dans le cas de l’École mobile, les autorités de tutelle jouent-elles réellement leur rôle ? Le contrôle du projet est-il effectif ? A partir de quels éléments l’inspecteur chargé de ce dossier donne-t-il le feu vert pour la poursuite de celui-ci ? Est-il d’accord avec les indications du guide méthodologique ? L’a-t-il lu ?

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Pour conclure, nous reprendrons la partie la plus intéressante du bilan éducatif de l’École mobile réalisé conjointement par l’équipe éducative et les services de l’Aide à l’enfance de la D.D.A.S.S.M.A. de Melun.

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« A notre retour (du voyage en Afrique), certains enfants n’ont pas d’autres solutions que de retourner au sein de la famille dans la cité. D’où la nécessité de créer un sas de réadaptation qui pourrait être un petit lieu de vie. En effet, la totalité des jeunes qui sont retournés vivre dans leur environnement d’origine, les Z.U.P. où ils étaient leaders, restent encore fragiles, happés par le cercle des copains. Il leur est difficile de construire. Ils revivent avec leur mère, un père absent, défaillance de l’autorité. Ils replongent rapidement dans leur réalité d’où certainement la nécessité de ne pas y retourner ».

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Quel bilan !

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L’équipe admet elle-même que le voyage n’a servi à rien si l’éloignement d’avec le milieu ne perdure pas. Peut-on rêver d’un constat d’échec plus patent que celui-là ?

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Si subsides et évaluation sont mis en parallèle, le coût n’est-il pas exorbitant ?

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A vous de juger, l’estimation du coût du voyage de dix mois d’un jeune avec l’École mobile est d’environ 255.000 francs (850 francs par jour et par enfant).

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Un éducateur, un assistant social ou un thérapeute familial chargé d’accompagner le jeune et sa famille pour améliorer les relations et chercher avec eux des pistes positives ne serait-il pas mieux indiqué ?

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Soyons clairs, pour moi l’École mobile telle qu’elle fonctionne doit disparaître du secteur de la protection de l’enfance.

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Le plus affligeant c’est que si Monsieur Kurc continue à sévir, c’est bien sûr, à cause des éléments abordés plus haut mais aussi et surtout parce que des magistrats et des travailleurs sociaux continuent à lui faire confiance et à lui confier des jeunes.

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Pour continuer le débat, nous souhaiterions connaître les arguments que ces professionnels peuvent nous opposer.

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Merci à eux et à tous les praticiens intéressés de nous faire parvenir vos avis que nous ne manquerons pas de publier.

Notes

[*]

Maître de conférences à l’IUFM du Nord-Pas-de-Calais et chercheuse au CESDIP/CNRS Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, Guyancourt.

Plan de l'article

  1. Les objectifs
  2. Le débat
  3. Que retenir de ces avis ?

Pour citer cet article

Cocco Jean-Pierre, « L'école mobile », Journal du droit des jeunes, 7/2001 (N° 207), p. 7-10.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2001-7-page-7.htm
DOI : 10.3917/jdj.207.0007


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