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Journal du droit des jeunes

2002/2 (N° 212)


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L’idée d’un RMI jeunes a longtemps provoqué l’opposition tant des politiques que des professionnels. Des projets de réalisation se font pourtant, de plus en plus précis. Mais, cette mesure ne doit pas être que financière. Elle doit interroger tout le dispositif actuel d’aide et d’accompagnement qui a montré ses limites.

Petit état des lieux

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L’instauration du RMI a répondu à la nécessité de disposer d’un dispositif qui intervienne comme dernier filet de protection sociale. Quand toutes les aides et allocations diverses ne peuvent plus s’appliquer, un revenu minimum est proposé. La notion des minima sociaux s’est progressivement imposée aux diverses catégories de la population : les réfugiés ou sortants de prison (allocation d’insertion), les chômeurs (allocation spécifique de solidarité), les retraités (minimum vieillesse), les personnes handicapées (allocation d’adulte handicapé) etc.

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Curieusement, seuls les jeunes échappent à cette logique… En attendant l’évolution législative qui se profile à l’horizon, les professionnels réfléchissent et interrogent leurs pratiques. Bien au-delà de la question essentielle de la survie financière des 16-25 ans se pose le problème de l’accompagnement dans l’entrée de la société adulte d’une classe d’âge qui constitue le monde de demain.

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Avant même d’évoquer les dispositifs sociaux, il convient de rappeler que le premier socle de la solidarité intergénérationnelle est familial. Des recherches sociologiques ont tenté de démontrer qu’un mouvement de repli narcissique sur le couple aurait pu contrarier l’aide apportée par les familles à leurs enfants. Or, il n’en est rien : l’entretien du jeune scolarisé, les secours matériels et financiers au jeune adulte, les coups de pouce ponctuels ou réguliers sont autant de gestes de soutien spontanés désignés, à tort, comme les « nouvelles » solidarités familiales, mais qui n’ont jamais vraiment cessé [1][1] A lire notamment « Les implicites de la politique familiale :....

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Le premier coup de main que reçoivent donc les jeunes générations provient de leur famille. La loi a d’ailleurs prévu de contraindre cette entraide au cas où elle ne se réaliserait pas : c’est 1’ « obligation alimentaire » qui implique les ascendants et descendants entre eux. De la même façon que chacun d’entre nous peut être amené à subvenir à ses parents dans le besoin, ces derniers ont une obligation d’entretien de leurs enfants qui va au-delà de leur majorité. Un juge peut ainsi être amené à fixer le versement d’une aide financière, au vu du projet de vie d’un(e) jeune qui ne pourrait s’assumer de façon autonome au-delà de ses 18 ans. Cette prise en charge intrafamiliale constitue donc l’essentiel de l’appui apporté aux jeunes générations.

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La société s’est néanmoins dotée, au fil des années, de dispositifs permettant de venir combler les manquements ou impossibilités familiales.

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Commençons par évoquer ce qui n’existe pas ou a été supprimé.

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La loi instaurant le RMI a exclu les moins de 25 ans, sauf celles et ceux qui ont charge de famille (environ 35.000). Il s’agissait d’éviter d’enclencher chez les plus jeunes des comportements d’assistés et de renoncer à trouver de véritables solutions pour les insérer. Si on peut comprendre ces réticences, il est difficile de les justifier pour les plus jeunes et de ne pas les appliquer aux plus de 25 ans ! Depuis 1992, l’allocation d’insertion servie par l’ASSEDIC au titre du régime de solidarité et qui s’adressait aux jeunes sortant du système scolaire, a été supprimée.

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Pour qu’un jeune bénéficie d’une allocation ASSEDIC, il lui faut avoir travaillé 4 mois au cours des 18 derniers mois. Mais les ressources qu’il touche alors ne dépasseront pas une durée de 4 mois.

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Résultats : depuis quelques années, on a assisté à une paupérisation des 16-25 ans. Ils constituent le tiers du public accueilli dans les CHRS. En outre, 2 jeunes chômeurs sur 3 ne sont pas indemnisés.

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Plusieurs dispositifs existent qui permettent de répondre à des situations particulières. C’est le cas pour les jeunes de 18 à 21 ans en difficulté sociale et en situation de rupture familiale : le département propose un contrat jeune majeur qui s’accompagne d’une allocation pouvant aller jusqu’à 3.000 francs. Cette possibilité est liée à un projet (scolaire ou professionnel) et s’interrompt en cas de non respect des obligations acceptées par le (la) jeune. Elle est limitée à un public en grande difficulté, présentant des capacités de se construire un projet… et de s’y tenir. Autant dire, qu’une infime minorité y a accès !

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Un autre dispositif est proposé par la Mission locale : le programme TRACE qui offre une continuité sur un parcours maximum de 18 mois au travers de stages de préformation et de formation qualifiante. Ces stages sont rémunérés. Entre deux sessions ou en appui aux faibles indemnisations assurées, on peut avoir recours aux Fonds d’aide aux jeunes versés, là aussi, par les Missions locales, mais qui est plus conçu comme un dépannage ponctuel. 110.000 personnes en ont bénéficié au cours de l’année 2000 (contre 100.000 en 1999 et 85.000, en 1997), pour un versement moyen de 1.500 francs par demande acceptée. Ces aides viennent satisfaire des demandes de subsistance et de déplacement (dans le cadre des démarches d’insertion).

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Patrick Rouyer constate, d’une façon brutale, les limites de ces dispositifs : « certains jeunes sont, de fait, inemployables. Ils n’ont à offrir que leurs bras, dont personne ne veut, et nous n’avons rien d’autre à leur proposer que des stages qui ne débouchent sur rien. Dans ces conditions, ils n’ont d’autres solutions que de se révolter ou d’attendre d’avoir 25 ans pour toucher le RMI »[2][2] ASH n°2.062 (13 mars 1998)..

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Face à ce constat de carence, plusieurs départements ont expérimenté un RMI jeunes. Ainsi, l’Ile et Vilaine qui propose depuis 1998 un accompagnement personnalisé et une « Bourse emploi 35 » de 2.000 francs par mois, ou la Gironde, qui a mis au point, l’année suivante, un « Contrat d’accompagnement à l’autonomie » assurant une aide financière de 500 à 2.000 francs par mois sur 6 mois minimum.

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Le premier semestre 2001 a été riche de réflexions en la matière. Le Commissariat général du plan a rendu public, le 28 février, un rapport préconisant la transformation des prestations familiales, avantages fiscaux et bourses actuellement versées aux familles, en une allocation formation d’un montant mensuel de 1.200 francs à 1.700 francs qui pourrait être attribuée à chacun des trois millions de jeunes majeurs qui poursuivent leurs études. Le mois suivant, le Conseil économique et social préconisait, quant à lui, l’attribution à tout jeune de 20 à 25 ans, présentant un projet d’entrée dans la vie professionnelle, une allocation de 2.000 francs dont la moitié serait à rembourser (sans intérêt) entre 25 et 30 ans.

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Enfin, la conférence de la famille tenue le 11 juin décidait de la création d’une « Commission nationale pour l’autonomie des jeunes » chargée de faire le bilan des dispositifs proposant des ressources aux 16-25 ans, et d’envisager les modalités de création d’une allocation d’autonomie. Le rapport de cette instance devra être rendu au 31 décembre 2001.

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La lourde machine administrative et législative s’étant mise en marche, le secteur socio-éducatif ne pouvait être en reste. Les commentaires, avis, propositions des acteurs de terrain ont fait florès. Une journée d’étude, consacrée à cette question, était organisée, le 19 octobre 2001, dans les Côtes d’Armor, par le CREAI de Bretagne. Elle fut l’occasion d’un regard porté tant sur les jeunes que sur les professionnels, et plus particulièrement sur le décodage des difficultés rencontrées par les uns et les autres.

Le regard de la sociologue

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L’insertion des jeunes peut être perçue à partir d’une entrée liée aux ressources financières. Cette question importante entre toutes n’épuise toutefois pas la problématique. L’objectif visé nécessite d’autres approches pour comprendre les (dys)fonctionnements sociaux.

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Laurence Roubleau-Berger, sociologue, travaille depuis près de vingt ans auprès des jeunes de banlieue. Son activité ne se réduit pas à une étude théorique. C’est sur le terrain, au contact du public observé que cette chercheuse a décidé de s’investir. Elle est allée à la rencontre de ces jeunes pendant de longues périodes, méthode incontournable à ses yeux pour abaisser leur méfiance et ainsi mieux comprendre leur fonctionnement. Ses analyses ouvrent des perspectives qui sont autant de remises en cause par rapport à la plupart des pratiques traditionnelles d’insertion.

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Premier constat : si, depuis une trentaine d’années, la concurrence s’est accrue sur le marché du travail et si les titres scolaires se sont largement dévalorisés (la possession d’un baccalauréat, par exemple, s’est banalisée), les jeunes générations ont des exigences de plus en plus fortes. Il n’est plus question d’aller travailler à la chaîne comme son père et d’être usé par une vie d’exploitation.

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Second constat : le modèle de carrière stable lié aux variables traditionnelles que sont la scolarité ou les ressources familiales est mort. Le rapport à l’emploi est imprégné par la précarité : missions intérimaires, contrat à durée déterminée, statut intermittent, travail au noir, participation à l’économie informelle, etc. constituent la biographie de beaucoup de jeunes.

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Troisième constat : la capacité de projection et d’insertion d’un(e) jeune est à relier directement avec l’oscillation qui le fait passer d’une logique d’estime de soi à la honte de soi. Le phénomène de défiguration sociale et de disqualification publique va intervenir dans l’aptitude à suivre un parcours professionnel. Se sentir reconnu et s’inscrire dans une représentation positive est essentiel pour s’engager.

L’aide sociale légale aux jeunes adultes[*]

par Jacques Trémintin

Les 16-29 ans vivent des situations très variées en terme de logement, d’activités, de moyens financiers et de situation familiale. Trois sous-populations peuvent être distinguées qui se répartissent entre deux statuts : celui d’enfant pris en charge et celui de bénéficiaire en titre.

- Les grands enfants vivant chez leurs parents. La CAF verse des prestations familiales jusqu’à l’âge de vingt ans, dès lors que la famille a la charge effective du jeune et que celui-ci ne perçoit pas de ressources propres supérieures à 55 % du SMIC. Pour les aides au logement et le complément familial, cet âge limite est fixé, depuis le 1er janvier 2000, à 21 ans. La réglementation du RMI considère quant à elle que les enfants sont à charge jusqu’à leur 25ème année. La moitié des 16-19 ans sont couverts par les allocations familiales, 16 % le sont au titre des aides au logement et 23 % dans le cadre du RMI :

  • Les jeunes allocataires sans charge de famille : 30 % des 16-30 ans bénéficient d’une aide personnelle au logement qui leur est propre.

  • Jeunes parents bénéficiaires du fait de leur charge de famille : prestations jeunes enfants (34 % du nombre, des allocataires de 16 à 29 ans), allocations familiales (17%), allocation parent isolé (3 %).

Au total, la moitié des 16-29 ans se trouve couverte par l’une des prestations de la CAF. Mais selon l’âge, le taux de couverture évolue : il est de 65 % à 16 ans, tombe à 63 % à 19 ans et à 32 % à 20 ans, pour remonter à 44 % à 25 ans et 55 % à 29 ans.

Les dispositifs en l’état laissent donc de côté un certain nombre de populations.

C’est le cas des familles ayant un seul grand enfant. 40 % des 16-19 ans ne bénéficient d’aucune prestation familiale (versée à partir du deuxième enfant, seulement).

On constate aussi une nette baisse du niveau de vie à l’âge butoir de 20 ou 21 ans lorsque les familles perdent totalement leurs droits aux prestations familiales. Cela est notamment vrai pour les aides au logement. Leur niveau n’est pas toujours incitatif à la décohabitation : les jeunes adultes de plus de 20 ans n’ouvrent plus droit à cette prestation en restant dans leur famille, sans pour autant avoir les moyens financiers de prendre un logement autonome.

Quant au RMI qui n’est ouvert (sauf en cas de charge de famille) qu’aux plus de 25 ans, il instaure une sorte de majorité sociale déconnectée de la majorité légale fixée à 18 ans.

On ne peut donc que constater la fragilisation de la situation des jeunes adultes quand aucun filet de sécurité sociale ne vient relayer un soutien familial qui peut s’avérer défaillant ou peu apte à accompagner le processus d’autonomisation.

C’est vrai pour l’ensemble de la population, ça l’est d’autant plus pour les jeunes SDF, d’origine sociale souvent modeste qui sont marqués par des épisodes passés particulièrement difficiles (décès des parents, mauvais traitements, tentatives de suicide, séparation d’avec la famille, fugues,…) et une faible qualification. Le tableau final auquel on arrive démontre que les mesures standards d’aide sociale et même la récente tendance à la reprise économique ne seront pas suffisantes pour assurer l’insertion sociale des plus fragiles.

[*]

D’après le dossier jeunes adultes de « Recherches et Prévisions » n°65 2001.

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Ces analyses doivent nous inciter à penser au pluriel les notions de travail et d’activité. Trois principes, explique toujours Laurence Roubleau-Berger, président au déroulement des carrières des jeunes, qui se répartissent entre l’emploi « officiel » et les activités de socialisation d’ordre culturel, associatif ou relationnel. C’est tout d’abord l’alternance entre les unes et les autres. C’est aussi la superposition de ces différentes occupations qui peuvent se dérouler de façon contiguë. C’est, enfin, la réversibilité, amenant à une entrée et sortie permanente des dispositifs.

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Ces mécanismes sont essentiels à la compréhension de la fluidité des engagements des jeunes. Les politiques d’insertion s’appuient, aujourd’hui, sur des normes au travail vieilles de 25 ans. Si, elles veulent déboucher positivement, elles doivent s’ouvrir à cette culture de l’aléatoire qui est aussi productrice de normes et de richesse. Elle doit apprendre à répondre aux capacités à produire ces compétences individuelles et collectives qui émergent des espaces intermédiaires de recomposition sociale. Car, les banlieues ne sont pas ces lieux d’anomie si fréquemment dénoncés. S’y développe tout un monde de la petite production urbaine. Cette économie est polymorphe. Elle se situe dans la proximité : animation, aide périscolaire, ateliers informatiques, salon de coiffure informels… Mais, elle relève aussi du symbolique : échanges de biens moraux : restauration des identités, reconnaissance de l’autre, affirmation de l’estime de soi… Sans oublier tout ce panel de pratiques qu’il ne faut pas amalgamer, car chacune a sa propre originalité et fonction : débrouille, activités informelles, trocs, travail au noir, actions illicites, etc.

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Toute la question aujourd’hui, est bien de savoir comment on peut passer de ces mondes peu légitimés à l’insertion ? Pour aider le jeune à hiérarchiser ces différents niveaux, il faut qu’il puisse en parler. Pour qu’ils s’autorisent à le faire, encore faut-il que leurs interlocuteurs soient prêts à reconnaître et à valoriser ces domaines.

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Un jeune qui se présente comme n’ayant rien fait, possède la plupart du temps une panoplie impressionnante de savoir faire et de compétences. Mais, il n’en parle pas, car il sait que ces richesses ne sont pas validables au yeux de la norme de travail traditionnelle. Laurence Roubleau-Berger s’interroge : un étudiant en école de commerce sait qu’il faut faire apparaître dans son CV son activité dans une association et sa connaissance de l’anglais ou de l’allemand. Pourquoi la connaissance de l’arabe ou du turc et l’activité menée pendant des années dans un groupe de rap ou une association d’aide aux petits frères ne sont-elles jamais mises en avant par des jeunes de banlieues ?

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Un certain nombre de situations constituent des obstacles à l’adhérence entre les mondes légitimés et ceux qui ne le sont pas. La première est bien la discrimination des compétences qui contribue à les invisibiliser : tant du côté de l’intervenant (qui ne voit pas ou ne cherche pas, par méfiance ou ignorance) que du côté de jeune (qui n’en fait pas état, par intériorisation de l’exclusion). Des richesses restent ainsi ignorées, qui auraient pu être mises à profit pour valoriser le jeune. Autre condition défavorisante : le préjugé raciste qui ferme les portes par rejet ou par conviction d’un trop grand fossé culturel. Autre limite, celle de la ségrégation urbaine et spatiale qui enferme dans des enclaves urbaines et rend difficile toute ouverture aux autres mondes. Or, c’est bien du passage entre ces différents univers que dépend soit l’émergence du caïdisme, de l’errance ou de la révolte, soit le processus d’insertion. Reste à trouver les acteurs qui pourront faire ce travail de passeur et d’adhésion entre ces différents mondes…

Quel partenariat entre professionnels ?

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Quand, en 1998, la délégation des Côtes d’Armor du CREAI [3][3] CREAI de Bretagne 61 - Rue Jean Guehenno - 35700 Rennes... propose de créer un lieu d’échange entre professionnels du social, un thème émerge vite comme premier sujet de préoccupation : les moins de 25 ans, qui apparaissent comme une catégorie particulièrement touchée dans ses conditions de vie. Les jeunes à la dérive, en rupture familiale plus ou moins volontaire, sans revenus, ni logement stable sont de plus en plus nombreux. Cette situation venant bousculer les dispositifs traditionnels du secteur éducatif et de santé mentale, il y avait de quoi mobiliser les intervenants.

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Un certain nombre de professionnels répondent positivement à l’invitation d’un groupe de travail. Beaucoup d’autres se contentent de rester dans la plainte, en évoquant leurs difficultés à travailler en partenariat, mais ne prenant pas les moyens qui leur sont offerts pour sortir de la situation ! Pourtant, le travail s’engage et se déroule deux années durant qui aboutira au constat d’un certain nombre de paradoxes.

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Comment peut-on travailler à l’autonomisation des jeunes sans leur en fournir les moyens ? Comment peut-on travailler à la contractualisation alors que, pour y arriver, il faut pouvoir se projeter dans le temps et tenir ses engagements ? La superposition des dispositifs ne répond pas toujours aux besoins des jeunes : ce sont les usagers qui doivent s’adapter aux procédures, alors qu’il serait logique que ce soit le contraire.

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La complexité des mesures ne fait que fragiliser les publics alors qu’elles devraient les consolider. Trop souvent, pour répondre à des situations à la marge, les professionnels ont recours à des ajustements à la périphérie des strictes missions qui leurs sont imparties officiellement, ces pratiques étant alors plus liées à la conviction et à l’engagement individuels qu’à une validation institutionnelle. Les réponses construites s’avèrent donc une impasse qui justifie une mise à plat. Il faut se mettre à repenser les façons de travailler :

  • développer une culture du travail interpartenarial qui permette de dépasser les rivalités entre services, en sortant des institutions refermées sur elles-mêmes et en s’ouvrant vers l’extérieur ;

  • passer d’un réseau aléatoire d’acteurs à une véritable articulation institutionnelle qui implique une meilleure connaissance mutuelle et une harmonisation des pratiques ;

  • ré-interroger le labyrinthe actuel des mesures et des procédures qui doivent faire place à une visibilité et une simplification des dispositifs ;

  • s’ouvrir aux situations interstitielles qui ne relèvent ni d’un secteur, ni d’un autre : ces entre-deux où ce qui règne, c’est le jeu de la patate chaude ;

  • déplacer les logiques institutionnelles d’une démarche autocentrée vers la recherche de l’insertion des jeunes, par une meilleure compréhension de leur mode de fonctionnement.

Finalement, comme on le constate très souvent, ce serait une erreur de procéder à une séparation par trop artificielle entre les professionnels et les jeunes qu’ils prennent en charge. Il y a, plus qu’on ne l’imagine, des phénomènes de contagion et de diffusion entre les uns et les autres.

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De la même façon qu’il y a de multiples mondes au sein de cette jeunesse qui justifient qu’on fasse un travail de reliance, il y a des fractionnements chez les professionnels qui méritent qu’on travaillent à l’établissement de ponts et de passages.

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La désafiliation des jeunes pose un défi au travail social qui ne pourra être relevé que par une approche plurielle et multiple sur plusieurs fronts à la fois : garantir les conditions matérielles minimales (qui dépendent du législateur), certes, mais aussi, porter un regard différent sur cette population (en sortant des schémas traditionnels qui ont échoué) et recomposer les modalités de collaboration.

Notes

[1]

A lire notamment « Les implicites de la politique familiale : approches historiques, juridiques et politiques », Chauvière et all, Dunod, 2000.

[2]

ASH n°2.062 (13 mars 1998).

[3]

CREAI de Bretagne 61 - Rue Jean Guehenno - 35700 Rennes - Tél. : 02.99.38.04.14.

Plan de l'article

  1. Petit état des lieux
  2. Le regard de la sociologue
  3. Quel partenariat entre professionnels ?

Pour citer cet article

Trémintin Jacques, « Le problème de l'accompagnement dans l'entrée de la société adulte », Journal du droit des jeunes, 2/2002 (N° 212), p. 26-29.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2002-2-page-26.htm
DOI : 10.3917/jdj.212.0026


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