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Journal du droit des jeunes

2002/3 (N° 213)


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« Respect de la personne, accueil différencié et tremplin vers l’extérieur »

sont les maîtres mots du projet éducatif
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Le Clair Foyer a ouvert ses portes en 1965, à l’initiative d’une association protestante. Il s’est installé dans un immeuble de 5 étages appartenant à une société HLM dans l’ouest de Strasbourg. A l’époque, l’obligation était d’héberger des jeunes filles d’un foyer situé à la campagne qui venaient travailler à Strasbourg. Fin des années 70, le foyer devint autonome et il est dirigé depuis une vingtaine d’années par Madame Moussay. Actuellement, le Clair Foyer accueille 23 adolescentes en grande difficulté familiale ou sociale.

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La double habilitation Justice et ASE lui permet d’accueillir également des mineures ayant commis des actes qualifiés infractions ou de délit.

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L’accueil est un des aspects essentiels du projet. Celui-ci débute bien avant le placement effectif. Dominique Moussay le définit comme suit : « l’accueil comme préalable à une éventuelle rencontre avec cette jeune fille qui se présente devant moi, objet d’une décision. Mon souhait profond, vif, j’ose dire joyeux, est qu’elle puisse devenir sujet de ce temps de passage qui est, pour moi et qui doit pouvoir devenir pour elle, ce temps de placement ».

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Cet entretien qui rassemble directrice, un éducateur et la jeune fille, est une discussion au cours de laquelle l’adolescente est invitée à s’exprimer sur ce qu’elle vit, comment elle le vit et sur ses espoirs. Les options fondamentales lui sont expliquées de même que les règles de vie et les limites inhérentes à la vie en communauté.

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Certaines règles, comme l’interdit de la sexualité dans le foyer ou de la violence, ne sont pas négociables. D’autres, comme les heures de sorties et de rentrées sont discutables, notamment lors des assemblées générales mensuelles qui rassemblent le personnel éducatif du foyer et les jeunes.

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Dans un second temps, les parents sont invités pour un entretien dont les modalités sont les mêmes que pour la jeune fille. Pour le Foyer, il est important pour les parents de voir le lieu où leur fille sera accueillie, de rencontrer les personnes qui vont s’en occuper. Les responsabilités sont situées autour de l’autorité parentale et des droits et des devoirs de chacun. La directrice précise ses responsabilités par rapport à la mission éducative confiée par le juge des enfants et dont elle a à rendre compte. Les parents sont invités à venir faire le point tous les deux mois au foyer avec leur fille et l’éducateur.

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Ces entretiens d’accueil sont déterminants car les propos échangés lors de ces premiers entretiens feront référence dans le travail quotidien et permettront des évaluations régulières, de constater le chemin parcouru, les « loupés », de continuer le chemin ou de l’envisager différemment.

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Pour conclure sur l’accueil, il est à noter que l’accent est mis également sur des locaux collectifs et accueillants, chaleureux, décorés avec soin et des chambres individuelles impeccables qui permettent un respect de l’intimité de chacune des adolescentes.

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Le travail quotidien s’appuie sur les postulats suivants :

  • « Tout n’est pas joué à l’adolescence ; les adultes sont convaincus d’une part des capacités de changement de la jeune fille et, d’autre part, que le temps est un élément essentiel du travail » ;

  • « Les actes de ces adolescentes sont considérés comme les symptômes de ce temps difficile de mise à l’épreuve de leur identité. Ne pas les enfermer dans leurs actes, c’est prendre acte de ceux-ci comme question qu’elles nous posent et qui appelle réponse » ;

  • « Le respect de la personne, par exemple par l’acceptation de la liberté de parole, par le rappel de la primauté de la parole face à la violence et de la responsabilité des adultes vis-à-vis d’une jeunesse en devenir ».

Ce respect de la personne se traduit également par l’énergie avec laquelle les éducateurs réfléchissent, remettent en question leurs interventions et s’efforcent de ne pas laisser les questions amenées par les adolescentes sans réponse.

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C’est aussi, et surtout, leur volonté d’ouvrir des espaces de parole, de rencontre, de confrontation qui permet aux jeunes de mieux appréhender leur situation, d’y réfléchir et de poser des actes pour la faire évoluer.

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La démarche est sous-tendue par l’idée que « le droit est l’une des procédures à respecter qui vous protègent tous des tentations d’abus de pouvoir ».

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Cette démarche permet à l’équipe dans la vie quotidienne d’éviter ces « petits détails » révélateurs d’abus de pouvoir institutionnel que l’on rencontre dans certains établissements (suppression d’un week-end en famille si transgression ou privation de repas lors d’un retour de fugue).

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Le travail quotidien s’appuie également sur une finalité éducative : « que les adolescentes puissent vivre selon leur style, en en assumant les choix sans être hors-la-loi ».

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Pour mettre en pratique cette finalité, le Clair Foyer compte des atouts certains. Tout d’abord, un personnel qualifié ayant formations complémentaires diverses (DEA de psychologie, licence en sociologie, doctorat en psychologie, Deug de droit, …). Ces travailleurs forment une équipe dynamique, ouverte, où travail sérieux et rigoureux va de pair avec bonne humeur et convivialité.

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Le Clair Foyer s’est également doté d’une « boîte à outils ».

1 - La scolarité est un élément important dans le projet

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Le contexte d’étude et de formation est un support permettant un lien entre le travail éducatif interne et l’extérieur en même temps qu’une stabilisation et une valorisation de l’adolescente.

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Un éducateur scolaire s’occupe d’ailleurs à 3/4 temps de cet aspect. Sa formation en psychologie lui permet de ne pas réduire ses interventions à l’unique soutien scolaire des jeunes filles mais il assure également une écoute attentive de leurs difficultés et de leurs demandes.

2 - Les réunions, moments essentiels pour la bonne marche du foyer

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  • La réunion institutionnelle du mardi matin est un lieu d’échanges sur les projets des jeunes filles, sur les difficultés rencontrées, sur les conduites à tenir, les décisions à prendre. C’est un temps d’échanges et de confrontations riche et indispensable pour d’une part, diminuer l’anxiété, les peurs suite aux risques éducatifs pris avec les adolescentes et pour, d’autre part, permettre « à chacun de se retrouver autour d’options communes qui fassent références ».

  • Les réunions de synthèses qui abordent de façon plus approfondie la situation des jeunes et l’évolution de leur projet.

  • L’assemblée générale mensuelle qui réunit l’ensemble du personnel du foyer et les jeunes filles. C’est le lieu de discussion des problèmes rencontrés dans le groupe, des projets de week-end, des règles négociables…

3 - Les chambres

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Les chambres du 5ème et dernier étage du foyer permettent aux jeunes filles plus d’indépendance mais les autres n’y ont pas accès. Le 5ème étage est considéré comme un passage transitoire entre le foyer et une chambre à l’extérieur. Les adolescentes s’y organisent entre elles pour l’entretenir, elles peuvent y cuisiner et y faire leur lessive.

4 - L’accueil en chambre à l’extérieur du foyer

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Lorsqu’elles « se sentent capables de plus d’indépendance et qu’elles supportent un minimum de solitude », les jeunes filles peuvent faire la demande d’une chambre à l’extérieur du foyer. Les éducateurs rédigent avec elles un guide d’accompagnement qui précise les modalités du projet : budget, fréquence des rencontres, l’exigence de la poursuite de la scolarité.

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La possibilité de continuer à accompagner les adolescentes vivant en studio permet à celles-ci de vivre un grand nombre d’expériences tout en étant sécurisées par la possibilité de se référer à un éducateur si des problèmes sont rencontrés. Cela permet également des aménagements du projet même à une expérimentation concrète et à une confrontation à la réalité de la vie individuelle et sociale.

5 - Les relations avec les parents

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Les éducateurs du foyer s’efforcent d’intégrer les parents dans le projet de leur fille, notamment en les invitant tous les deux mois environ à une réunion d’évaluation de l’évolution de la situation. Mais ces rencontres sont-elles suffisantes pour modifier les relations souvent très perturbées entre les parents et l’adolescente ?

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Ne serait-il pas nécessaire d’accentuer cet aspect du travail ? Avec l’objectif de donner encore plus de ressources avec la jeune fille pour l’avenir, sachant que plus une jeune adulte sera isolée, plus elle éprouvera des difficultés pour s’insérer harmonieusement dans la vie sociale.

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De plus, l’accentuation du travail à la famille va dans le sens des projets du foyer qui sont, par exemple, la création d’un réseau de familles–ressources ou d’adultes–ressources, prêts à accueillir pour un temps une jeune fille en difficulté dans le foyer.

Deux aspects inquiétants

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Il est nécessaire à ce stade d’insister sur l’énorme impact que jouent des éléments tout à fait extérieurs au foyer mais qui rendent de plus en plus difficile le riche et intéressant travail du personnel du foyer. Tout d’abord, la réduction du temps de travail appliquée à un petit internat est extrêmement problématique car les choix sont douloureux : faut-il privilégier le temps de présence éducative, le temps de pensée ? Actuellement, « les temps d’échange et de pensée des éducateurs se réduisent comme peau de chagrin ».

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D’autre part, le contexte sécuritaire actuel renforce l’idéologie de l’urgence. Comme l’écrit Madame Moussay, « à toujours être dans l’urgence, on passe à côté de l’essentiel, c’est-à-dire un réel travail d’analyse et d’élaboration qui ouvrirait à des réponses très différentes respectant les personnes ».

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Malgré toutes ces difficultés, le personnel du foyer reste optimiste et en recherche. Des réunions de réflexion sont prévues pour élaborer de nouvelles pistes de travail éducatif prenant racines dans les points forts actuels. Cette réflexion va dans le sens des projets appelés « services d’adaptation progressive en milieu naturel » (SAPMN), initiés dans le Gard (voir article dans JDJ n°205 - mai 2001).

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Cela est réjouissant et promet encore de belles années à cette structure ancrée à ses valeurs et tournée vers l’avenir.

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Et comme le disait je ne sais plus qui, « malgré les vents contraires, tenez le cap… de bonne espérance ! ».

Plan de l'article

  1. 1 - La scolarité est un élément important dans le projet
  2. 2 - Les réunions, moments essentiels pour la bonne marche du foyer
  3. 3 - Les chambres
  4. 4 - L’accueil en chambre à l’extérieur du foyer
  5. 5 - Les relations avec les parents
  6. Deux aspects inquiétants

Pour citer cet article

Cocco Jean-Pierre, « Le Clair Foyer à Strasbourg », Journal du droit des jeunes, 3/2002 (N° 213), p. 16-17.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2002-3-page-16.htm
DOI : 10.3917/jdj.213.0016


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