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Journal du droit des jeunes

2002/3 (N° 213)


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Droit de réponse de la fondation des Orphelins Apprentis d’Auteuil

Patrice Hervé, délégué régional et Gilbert Renault, directeur de la Maison Jean Marie Vianney de la Côte St André ont réagi à l’article de Jean-Pierre Cocco sur la Maison Jean Marie Vianney paru le 15 janvier 2002, intitulé " Baffothérapie et observatoire de la violence à l’abris du curé d’Ars ". Ils contestent d’une part la technique rédactionnelle utilisée, d’autre part la réalité des faits évoqués :

" En ce qui concerne la technique rédactionnelle, le ton délibérément pamphlétaire apparaît peu compatible avec l’honnêteté de l’information. La liberté journalistique n’autorise pas la diffamation rédactionnelle. Ce comportement, qui peut avoir des conséquences sur le travail éducatif auprès des jeunes, pourrait ultérieurement être confié à l’appréciation des tribunaux. La réalité des faits invoqués est, pour sa part, totalement tronquée. L’interprétation des faits a été systématiquement inversée, pour illustrer une thèse éducative implicite qui n’engage que son auteur. Pour le respect des jeunes éduqués à la Fondation, pour le respect dû aux éducateurs qui les accompagnent quotidiennement, il n’est pas envisageable que la vérité ne soit pas rétablie. La Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil et la Maison Jean Marie Vianney de la Côte St André vous demandent donc de publier en totalité, in extenso, à la même place et avec la même mise en page, avec la même valeur de titre de une, le texte rectificatif suivant, ainsi que cette lettre d’accompagnement. Il est bien évident que la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil et la Maison Jean Marie Vianney de la Côte St André, ont déjà déclenché une action d’information auprès des autorités et des responsables, nationaux et locaux, de l’Aide sociale à l’enfance, afin de faire connaître la réalité des faits. Avec l’insertion de cette mise au point, les lecteurs de la revue pourront découvrir le fossé qui existe entre « l’intoxicothérapie » à laquelle le Journal du Droit des Jeunes s’est livré et la vérité. Il serait également utile, avant d’écrire des sujets aussi sensibles, qui traitent de l’équilibre de jeunes en situation d’exclusion, d’essayer de connaître le contexte, les méthodes et les résultats enregistrés. Les Maisons de la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil sont ouvertes, même à ceux qui y viennent chargés de préjugés. Vous voudrez bien contacter notre consultant, Pascal Ragot, agence Concept, 06.11.19.11.09, pour toute suite à donner à ce courrier ".

Voici donc ce droit de réponse, suivi de nos commentaires :

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Les faits montés en épingle remontent à plus ou moins trois ans et s’appuient sur des incidents qui ont appelé une réponse ferme, aux plans éducatifs et juridiques. Les quatre éducateurs, source d’information du Journal du Droit des Jeunes étaient des éducateurs récemment embauchés. Constatant qu’ils ne possédaient pas l’autonomie nécessaire pour assumer seuls leurs fonctions, la directeur de la Maison Jean Marie Vianney de la Côte St André a nommé un responsable hiérarchique de proximité, chargé de les accompagner. Alors qu’il s’agissait d’une mesure normale d’aide professionnelle destinée à assurer une présence compétente auprès des jeunes, les quatre éducateurs ont refusé cet encadrement, et se sont mis en arrêt maladie. L’un de ces éducateurs a également été nommé délégué syndical durant cet arrêt maladie. Cette affaire, pour laquelle la Fondation a perdu en première instance au Conseil des Prud’homme, relève d’un conflit du travail. Les quatre personnes concernées ont, d’une part « révélé des faits de maltraitance » qui se seraient produits au sein de la Maison et d’autre part assigné la Maison pour un décompte d’heures supplémentaires. Le tribunal administratif ne s’est pas laissé égaré ; il a accepté le licenciement du délégué syndical pour intention de nuire. Le personnel a massivement désavoué les quatre salariés, puisque la majorité des employés a manifesté son profond désaccord à travers une pétition demandant le renvoi de ces salariés.

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En ce qui concerne « la dénonciation d’actes de violence », les quatre éducateurs ont transmis un - très long - « dossier » au procureur, contenant une « collecte » de faits portant sur une période de cinq années et faisant état de nombreux incidents qu’ils n’ont pour une bonne part pas connus personnellement. Certains, notamment de violence entre jeunes, sont réels, mais ceux-ci ont été réglés par les voies normales, avec signalement aux services sociaux et en lien avec eux, avec les juges et avec le procureur de la République lorsque nécessaire. Ils ont diffusé ce « dossier » sur la place publique, sans même le porter à la connaissance de la direction de la Maison. Le procureur et le préfet ont déclenché une double enquête approfondie, administrative et judiciaire. Les enquêteurs ont entendu l’équipe éducative et les jeunes. Aucune poursuite n’a été engagée, ni envers la Fondation, ni envers un salarié. Le procureur a classé ce « dossier » sans suite, en reconnaissant qu’aucun fait n’était caractérisé. Cette « collecte » de faits apparaît d’ailleurs totalement irréaliste et dessert ses auteurs. Comment l’Aide sociale à l’enfance et les services préfectoraux auraient-ils pu maintenir en activité une Maison où les dysfonctionnements évoqués remplissaient quinze pages d’accusations ? Le préfet a, dans sa fonction de contrôle, par l’intermédiaire et sous l’autorité du directeur DASS, émis des recommandations visant à renforcer les fonctionnements et procédures déjà mis en place.

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Pour citer la lettre du préfet, il convient d’en rétablir le contexte et le ton. Celui-ci déclare en préambule : « L’établissement de la Côte St André ne peut en effet se trouver à l’abri des difficultés socio-éducatives que rencontre la jeunesse actuellement. Je connais la compétence historique de votre Fondation et ses très bons résultats d’insertion socioprofessionnelle. A ce titre, je vous renouvelle ma confiance tout en souhaitant que vous preniez toute la mesure de la situation ».

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Ce qui fut fait, car la Fondation reconnaît que cette Maison a traversé des turbulences. Après un diagnostic, des moyens adaptés à la situation ont été mis en place. Le nouveau directeur, épaulé par un délégué régional, a été chargé de les mettre en œuvre.

La formation des éducateurs

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L’action éducative des Maisons de la Fondation repose fondamentalement sur l’expérience et la qualité de l’accompagnement des jeunes. Tout poste d’encadrement dans chaque Maison, est confié à un éducateur expérimenté, capable d’animer une équipe d’éducateurs. L’ensemble du personnel enseignant est diplômé ; une bonne majorité des éducateurs est détentrice de diplômes du secteur social.

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Les futurs éducateurs suivent un cursus de préformation qui les préparent au diplôme d’état d’éducateur. Ce cursus vise à vérifier leur projet professionnel et à les préparer au concours d’entrée des écoles nationales d’éducateurs. Cette démarche est la réponse à la pénurie d’effectifs dans le domaine social.

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Il convient d’ajouter que la Fondation, reconnue d’utilité publique, n’a jamais demandé d’engagement religieux aux éducateurs qu’elle emploie. Elle s’assure néanmoins de leur adhésion à son projet.

La méthode éducative

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Un rapport rédigé par l’Inspection générale des affaires sociales (1999), ainsi que les résultats enregistrés confortent largement les autorités sur l’efficacité de l’approche pédagogique développée par la Fondation. Ses principes éducatifs montrent ainsi la pleine mesure de leur efficacité, puisque la Fondation enregistre un taux d’insertion de près de 90 % à la sortie de Maison et un taux de réussite aux examens de même niveau que celui des circuits classiques de l’Education nationale, malgré les importants retards scolaires des jeunes que nous accueillons.

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L’approche pédagogique privilégie un regard global sur la personne humaine. Depuis plus de 135 ans, les responsables de la Fondation visent, selon les statuts, à transformer le jeune en danger d’exclusion en « homme debout », capable de bâtir un projet de vie et de prendre son destin en main ; et ainsi de le faire passer d’une situation de dépendance à une situation d’autonomie.

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L’expérience démontre que les jeunes en difficultés sociales - l’exemple des banlieues - éprouvent des difficultés à s’insérer alors que leurs camarades, de même profil, formés à la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil trouvent, pour une grande part, un emploi attrayant. Il existe une solution, une « approche pédagogique » qui fonctionne au sein de la Fondation. Les résultats obtenus démontrent que l’on peut insérer la plupart des jeunes en grandes difficultés.

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Ces principes éducatifs permettent à des jeunes défavorisés, de rattraper un important retard éducatif et social et d’éviter ainsi l’exclusion à laquelle ils étaient inéluctablement promis.

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La Maison assure au jeune un encadrement, que la famille ne peut assumer seule, tout en favorisant la préservation du lien familial.

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La Maison constitue un lieu de vie et la communauté de référence pour apprendre à vivre ensemble. Le jeune y dispose, la plupart du temps, d’une chambre individuelle, espace qu’il peut s’approprier. Beaucoup de jeunes, en arrivant à la Fondation, occupent pour la première fois de leur existence un espace personnel dans un cadre agréable.

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L’échec scolaire constitue une caractéristique de la situation des jeunes à leur arrivée dans les Maisons. Ils accusent souvent deux à trois années de retard scolaire. Les jeunes doivent réapprendre à apprendre, retrouver à nouveau confiance et se réapproprier le sens de la réussite.

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Les 28 établissements scolaires privés, sous contrat avec l’Education nationale, fonctionnent en classes à effectif réduit et soutien scolaire individualisé. Grâce à ces principes éducatifs, un jeune retrouve un niveau qui lui permet de poursuivre des études et d’accéder à l’insertion.

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Outre le déficit scolaire, on constate un déficit social. Les jeunes « arrivants » ignorent souvent les règles sociales les plus élémentaires, comme l’hygiène, les horaires et la nourriture équilibrée. Les adolescents ont fréquemment vécu la violence comme seule relation sociale et les plus jeunes ne savent parfois pas vivre en groupe. L’équipe éducative et le jeune vont définir son parcours personnalisé, qui va fixer sa perspective à long terme. Un processus d’évaluation sera alors mis en place et réunira régulièrement le jeune et son entourage. Dans le cadre de sa vie au sein du groupe, il arrive que ce jeune ait besoin de mesures de « distanciation » ; une mesure d’éloignement temporaire qui permet au jeune de « décompresser », pour repartir sur des bases saines.

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La sociabilisation va s’effectuer par de multiples activités de groupe, aux règles précises, comme le sport, les vacances, les loisirs organisés. Les éducateurs stimulent le sens de la responsabilité au sein du groupe, en insistant sur des notions de solidarité » et de citoyenneté.

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L’éveil spirituel - et non l’obligation religieuse - fait partie de cette éducation globale. Il se traduit par exemple, par des activités humanitaires qui impliquent des engagements de groupe. Les jeunes, avec les familles, sont totalement libres de leurs convictions et pratiques religieuses.

La prévention des incidents, accidents et infractions

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1,8 de codification de l’observatoire des faits et les réponses éducatives possibles.

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L’observatoire est donc un outil pédagogique puissant qui permet d’apporter des solutions, par exemple : constitution de groupes d’expression animés par un psychologue, tout comme une collaboration préventive et pédagogique avec les services de police et de gendarmerie, etc.

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Outre la prévention, le protocole basé sur la loi du 10 juillet 1989, rappelle au personnel l’obligation faite à « toute personne ayant connaissance de faits précis de maltraitance ou de mauvais traitements à l’égard de mineurs de signaler ces faits aux autorités administratives ou judiciaires ».

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Tous les collaborateurs de la Fondation doivent appliquer cette loi avec rigueur et transparence. Aujourd’hui, tout fait connu entrant dans le cadre de la loi, est immédiatement signalé aux autorités.

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Ceci veut dire qu’il ne s’applique aucune obligation de discrétion ou de secret professionnel aux collaborateurs de la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil, en ce qui concerne la dénonciation de faits de maltraitance.

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Les quatre éducateurs qui ont « collecté » des faits auraient dû se conformer à cette loi. Ils auraient dû immédiatement signaler au procureur tout fait litigieux ou soupçon dont ils auraient eu connaissance.

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Si les faits invoqués s’étaient révélés caractérisés, ce manquement de leur part les aurait rendu immédiatement complices.

L’organisation et le financement

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La Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil organise son fonctionnement en deux pôles d’égales responsabilités. L’échelon national définit les grandes orientations, les règles de gestion, le respect du projet éducatif et sa mise en œuvre, ainsi que les investissements. L’échelon régional assure la coordination entre plusieurs Maisons. Au niveau de la Maison, le directeur et son équipe sont responsables du parcours du jeune, de l’accueil à son insertion ; et au-delà si le jeune le désire.

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La Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil gère un budget d’environ 150 millions d’euros (un milliard de francs) : 53 % sont assurés par les amis de la Fondation, dons, legs, donations, vente de produits ; 35 % par des prix de journée de l’Aide sociale à l’enfance et pensions des familles ; 8 % par les sources institutionnelles, taxe d’apprentissage des entreprises, subventions des départements et régions ; 4 % par d’autres produits d’exploitation.

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L’essentiel des ressources est affecté aux Maisons, pour l’éducation des jeunes. Les frais généraux sont réduits au minimum. Ils se limitent au fonctionnement d’une direction générale et des fonctions ressources en appui des Maisons. La bonne utilisation des fonds collectés, ou affectés par les organisations officielles, est contrôlée, de six manières conjointes : cellule interne de contrôle et d’audit dépendant de la Direction générale ; validation des comptes par le Conseil d’administration assisté par le commissaire aux comptes ; adhésion au Comité de la Charte qui veille à la conformité entre la nature des sollicitations pour les dons et leur affectation ; contrôle de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) ; droit de regard de l’Education nationale pour chacune des Académies ; remise des comptes à la préfecture de Paris et aux départements ainsi que remise des comptes à la Banque de France. A cet égard, la Fondation a obtenu la meilleure cotation notamment sur la transparence financière.

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Le rapport de l’IGAS rappelle que la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil remplit une mission essentielle. Bien des départements souhaitent, par exemple, que la Fondation offre plus de places pour les jeunes. Pour conclure, il faut citer M. Gagneux, représentant de l’IGAS, qui déclarait avoir été « extrêmement heureux de participer à ces travaux » et qui devant l’ensemble des cadres de la Fondation a tenu à « saluer l’absolue intégrité de votre démarche, de vos objectifs et de vos pratiques, bravo ».

Fiche d’identité

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Depuis ses débuts en 1866, la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil a pour mission d’accueillir, éduquer, former et insérer des jeunes en difficulté.

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Elle accueille, sans considération d’origine et de culture, des jeunes en difficultés familiales, sociales, en danger moral ou en processus d’exclusion, qu’elle aide à se socialiser.

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Son projet prend en compte toutes les dimensions de la personne dans le respect de sa religion et de ses convictions.

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La Fondation accueille dans ses trente-trois maisons plus de 5 100 jeunes, filles et garçons âgés de six à vingt et un ans, tous en grande difficulté familiale et sociale. Ils sont confiés par les services de l’Aide sociale à l’enfance, sur décision administrative ou judiciaire, soit par leur famille.

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La spécificité de la Fondation repose sur le couple indissociable : éducation et formation. Reconstruire des jeunes en risque d’exclusion par un accompagnement global de la personne, dans le temps et par étapes, tel est le projet ambitieux que développe la Fondation Les Orphelins Apprentis d’Auteuil depuis plus de 135 ans.

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La Fondation est reconnue d’utilité publique depuis 1929.

Plan de l'article

  1. La formation des éducateurs
  2. La méthode éducative
  3. La prévention des incidents, accidents et infractions
  4. L’organisation et le financement
  5. Fiche d’identité

Pour citer cet article

« Le succès de l'insertion des jeunes en difficulté », Journal du droit des jeunes, 3/2002 (N° 213), p. 8-11.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2002-3-page-8.htm
DOI : 10.3917/jdj.213.0008


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