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Journal du droit des jeunes

2002/6 (N° 216)


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À l’heure où le ministre souhaite une réduction des places en internat, à l’heure du rapport Naves-Cathala sur l’accueil provisoire et le placement d’enfants et adolescents, à l’heure ou l’on oublie que la sécurité trouve ses racines dans l’éducation, à l’heure surtout où entre en application la loi rénovant l’action sociale et médico-sociale, s’impose la nécessité d’offrir une photographie de la MECS aujourd’hui, afin de permettre une représentation plus juste de son action éducative. La concordance de facteurs internes et externes, l’évolution des besoins et des normes, nous emmène loin de l’internat traditionnel et nous pousse inexorablement vers une transformation de nos pratiques. De ma place de directeur adjoint, j’ai souvent constaté que les placements sont la plupart du temps mal vécus par les usagers et leurs familles qui les ressentent comme une disqualification et une sanction. Pourtant ces décisions reposent sur une volonté de protection et d’aide. Il m’a donc paru important de m’interroger sur les raisons de l’incompréhension fondamentale qui caractérise la plupart des placements et qui en pervertissent l’objectif.

Du placement à la prise en charge éducative individualisée

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Un constat récurrent, établi au cours de nombreuses années de pratique, m’amène à affirmer que le placement, tout en protégeant l’usager, creuse un fossé entre lui et ses parents.

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Lorsqu’il perdure, ces derniers perdent contact avec la réalité éducative, ce qui rend risquée voire impossible une restitution. On assiste alors à des placements qui se prolongent, désespérant les usagers qui finissent par les mettre en échec, avec parfois la complicité des parents, et bien souvent à la clef une restitution une fois que toutes les autres solutions auront été mises à mal !

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Pour enrayer la reproduction de ces phénomènes paradoxaux j’affirme qu’il faut donner aux parents les moyens de remplir leur rôle activement, mais aussi aux usagers de vérifier leur place en famille. Ces différentes constatations impliquent la nécessité de décloisonner foyer familial et structure éducative. Faire évoluer le placement en offrant aux parents et aux usagers l’opportunité de s’éprouver dans un rôle d’acteur, positionne l’institution en tant que partenaire et non en rivale. Au cœur de ces changements, la M.E.C.S. se trouve en pleine mutation, lieu de ressources et d’action elle sort irrémédiablement de la logique de placement pour se diriger vers la prise en charge éducative individualisée.

La question centrale de l’hébergement

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Ce positionnement demande de questionner les moyens dont l’hébergement est la ressource principale mais en même temps le frein. Comment donner plus de latitudes aux parents et aux usagers s’ils ne peuvent partager davantage de temps ? Les retours en famille lors des week-end ne s’avèrent plus suffisant car ils ne permettent pas aux parents de se saisir de la réalité quotidienne, il est donc devenu nécessaire de favoriser une présence plus opportune de l’enfant au domicile. Partant de là nous nous sommes fixé comme objectif de favoriser une réintégration progressive de l’usager dans son milieu en évitant la dualité : placement ou famille.

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Nous sortons alors de la logique de l’internat traditionnel dans la mesure où l’hébergement devient une des variables de la prise en charge. Si cette dynamique rapproche parents et enfants elle un impact profond sur l’action éducative, les savoir-faire et questionne la déontologie. Ce qui nous amène aujourd’hui à proposer une palette de réponses plus adaptées. Elles s’étendent maintenant de l’hébergement, permanent ou séquentiel, en passant par l’accueil de jour jusqu’au suivi externalisé. Bien sur il arrive que la réintégration en milieu familial soit impossible et qu’il soit question essentiellement de protection voire de séparation, nous favorisons alors une intégration progressive en famille d’accueil.

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De fait l’hébergement dans notre structure s’amoindrit.

Le principe de coparentalité

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Plutôt qu’éduquer, aider les parents à éduquer leur enfant, voilà peut-être la praxis qui sous-tend le glissement qui s’opère. Après m’être beaucoup interrogé sur la résistance qu’offrent les usagers à leur placement je me résous à penser que l’acte éducatif ne prend de valeur que lorsqu’il se réfère à ceux qui le légitiment, c’est à dire les parents. L’évolution des normes, des lois, le respect de l’autorité parentale, le libre accès aux dossiers, la nécessité de contractualiser un projet d’accueil, rendent famille et enfant partenaires à part entière du placement.

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Pourtant le rapport de force est inégal entre MECS et parents. Etre acteur demande à disposer d’une marge de négociation et de zones d’autodétermination. S’il me paraît important de les associer à l’éducation de leurs enfants, force est de constater qu’ils s’y trouvent bien souvent en difficulté, pour les mêmes raisons que celles qui ont justifié le placement. Voilà pourquoi il est nécessaire de mettre des moyens à leur disposition, de permettre une requalification des parents en visant toujours l’intérêt premier de l’usager. La prise en compte des familles représente une vraie révolution car jusqu’à présent l’action éducative, les dispositifs et les moyens dont disposent les MECS visaient la seule prise en charge des enfants. Le partage des responsabilités, que je nommerai : principe de coparentalité, nécessite un soutien actif, comment les parents peuvent-ils s’éprouver, sans craindre d’être jugés, s’ils ne sont pas étayés ? Je pense que ce soutien relève de notre mission, c’est pourquoi nous voulons offrir une réelle alternative éducative, un relais qui permet à tout moment de répondre et de soutenir. Par le passé le maillage social, le réseau générationnel permettait aux familles de traverser des crises sans éclater. Nous constatons aujourd’hui que la plupart de celles que nous aidons sont isolées, les couples sont souvent séparés et pour un grand nombre monoparentales.

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Pour indication, sur les 36 jeunes accueillis cette année, dix d’entre eux sont issus de parents qui vivent ensemble, treize de parents séparés et treize n’ont que leur mère !

Construire la prise en charge autour et avec l’usager

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Si penser le placement autrement devenait depuis longtemps une nécessité, c’est la réalité qui nous impose de le modéliser.

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En 1996 une préadolescente qui nous était confiée ne pouvait plus accepter la vie en collectivité, des questions se posaient quant à sa sécurité immédiate et à son avenir à moyen et à long terme, aucun retour en famille n’étant envisageable. Deux solutions s’offraient : demander la main levée du placement en sachant que cette jeune risquait d’errer de foyer en foyer comme bien d’autres dans son cas, ou construire différemment sa prise en charge.

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Nous avons alors obtenu le soutien du magistrat pour nous permettre d’organiser son hébergement dans une famille d’accueil tout en restant responsable d’elle. Elle y est restée quatre ans. Ce dispositif à permis d’interrompre le cycle de rupture et de mise en échec dans lequel elle se trouvait. Plutôt que de la contraindre à s’adapter nous avons bâtit la prise en charge en fonction de ses besoins. Tout au long de ce parcours nous avons avancé de manière pragmatique dans une dialectique éducative famille d’accueil/structure mère.

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Cette expérience a également questionné la synergie entre Justice, éducatif et services de l’Aide Sociale à l’Enfance car cette conception du placement sortait des représentations habituelles.

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Depuis, ce modèle s’est propagé et les évaluations sont encourageantes. Cette année, sur un effectif de 36 enfants, dix projets d’intégration sont en cours dont trois en direction de familles d’accueil et sept en direction du milieu familial sous forme d’accueil séquentiel et de suivi externalisé.

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Les statistiques montrent que jusqu’en 1998 le nombre de départs non prévus et de mise en échec des placements est encore très important. Ce nombre baisse par la suite. 1999 a été l’année où les premiers projets de réintégration ont abouti, les restitutions réalisées auparavant ne relevaient pas de projets construits. Sur les trois dernières années, le nombre de départs augmente avec une progression des restitutions suite à des projets individualisés.

Le placement : objet de négociation ?

Le terme peut sembler peu approprié en ce qui concerne le placement d’enfants dans une structure relevant d’une mission d’utilité publique. En effet, les magistrats et les services de l’Aide Sociale du Conseil Général nous demandent d’effectuer une prestation pour laquelle nous sommes habilitées et recevons de l’argent public. L’objet de la négociation, n’est donc pas la sélection des admissions, il s’impose à nous de recevoir tout usager qui relève de notre compétence. Si je parle de négociation nécessaire, elle intervient sur les modalités d’accueil qui, comme on l’a vu, varient en fonction du projet de prise en charge éducative individualisée. La négociation vise à en obtenir la maîtrise d’œuvre afin de pouvoir les évaluer et les construire. Ceci demande d’une part un rapport de confiance entre le placeur et nous et d’autre part que la décision judiciaire ou administrative nous laisse une marge d’action suffisante. Il doit pouvoir nous incomber la responsabilité d’une intégration en milieu naturel ou en famille d’accueil. A nous ensuite de prendre toutes les mesures nécessaire pour l’intérêt de l’usager et d’en répondre. Jusqu’à présent nous bénéficions d’une bonne écoute des prescripteurs qui nous accordent leur confiance mais chaque situation doit se négocier au cas par cas. Il faudrait pouvoir maintenant sortir de l’expérimentation et en arriver à la contractualisation globale de ses modalités.

Le niveau secondaire de la négociation concerne l’aspect réglementaire et financier de la prise en charge. En effet à partir du moment ou l’opérationnalité du projet repose sur la capacité d’hébergement, le prix de journée alloué doit prendre en compte chaque usager comme s’il vivait potentiellement dans la structure. Là encore ce niveau de négociation s’effectue au cas par cas, mais il serait souhaitable, afin de pérenniser ces objectifs, que des conventions soient établies. L’attribution d’un budget global favoriserait l’évolution en cours car je pense que le critère de financement ne doit plus être lié à l’hébergement mais à l’usager lui-même.

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En 1999, sur deux restitutions, une résulte d’un projet de réintégration.

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En 2000 sur cinq restitutions, trois sont non prévues, avec un retour à l’établissement et deux font suite à un projet préparatoire.

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En 2001 sur cinq retours en milieu familial ou famille d’accueil, quatre ont résulté d’un projet préparatoire.

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Le constat de l’année en cours fait apparaître que la part de projet de réintégration en famille est en augmentation importante, près du double de l’année précédente et que le nombre de restitutions non préparées et de mise en échec des placements régressent radicalement depuis l’instauration de la Prise en charge éducative individualisée. J’y vois un effet direct du nouveau positionnement de notre structure.

Un dispositif capable de s’adapter

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La diversification des projets entraîne forcément une prise de risque. C’est pourquoi nous partons du postulat que tout usager doit pouvoir disposer d’une place dans la structure, même s’il ne l’utilise pas. À partir de là, si l’intégration est un échec, l’usager peut être accueilli dans la MECS.

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L’organisation interne de l’hébergement regroupe dans les mêmes espaces de vie les usagers qui relèvent de projets différents car cette complémentarité fait toute la richesse de la collectivité. De la sorte chaque accueil peut évoluer vers sa forme optimale.

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Ainsi une unité de vie reçoit des jeunes qui sont là en permanence, d’autres qui ne viennent que par séquences, en semaine, d’autres pour de week-end ou des vacances, d’autres en journée.

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Plusieurs raisons ont participées à ce choix. Tout d’abord parce qu’il permet la socialisation, l’appartenance et ensuite parce que ces différents projets s’articulant entre eux, créent une dynamique favorable. Les allées et venues ne sont pas vécues par les usagers comme facteur d’angoisse mais au contraire comme une réassurance, on peut partir et revenir. Cette perméabilité évacue les phénomènes d’enfermement et chacun peut espérer l’évolution de ses projets.

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Le suivi externalisé lui, permet soit de préparer un hébergement dans un projet de placement, soit d’éviter un placement en intervenant directement à domicile, ce qui devrait être l’objectif principal dans l‘avenir, soit d’accompagner une restitution.

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Afin de parachever le dispositif nous disposons d’un service d’accueil familial. Dans la même dynamique qu’envers une famille naturelle le jeune peut y vivre de manière séquentielle jusqu’à y être intégré complètement. Dans tous les cas la MECS garde la responsabilité de l’usager.

Entre AEMO et internat, une troisième voie ?

Jusqu’à présent la complémentarité entre AEMO et internat constituait une dialectique éducative satisfaisante bien que parfois réductrice. Les failles et les limites de ce binôme amènent toutefois la MECS à se déplacer en direction des familles et du milieu. On pourrait redouter qu’il y ait là confusion de rôle et de place. Pour l’instant, ces deux pôles gardent leur sens. A la vue des missions actuelles et des mandats respectifs de l’AEMO et des MECS, les projets contractualisés entre l’établissement d’accueil et les familles ne peuvent échapper à l’arbitraire et prendre de valeur que si un tiers en est le garant. Ce tiers doit être représenté par l’éducateur d’AEMO. En effet la MECS n’a pas le même champ d’intervention ni la même mission que l’AEMO ; pour elle il est avant tout question d’aider les parents dans leurs actes éducatifs quotidiens, d’externaliser ce qu’elle met en œuvre dans le cadre interne. De plus, ce qui distingue la prise en charge éducative individualisée de l’AEMO est une question de moyens. La structure-relais peut activer à tout moment le plateau technique, les moyens éducatifs et matériels dont elle dispose. Elle peut élaborer différents niveaux de réponse et d’aide aux familles et accueillir l’usager à tout moment, nuit et jour, tout au long de l’année. Ces potentialités nous distinguent et légitiment notre évolution que je résumerai par ces mots : proximité, permanence, alternance.

Mais ces dispositions transitoires permettent, au mieux, de palier aux changements en œuvre : changements de conceptions, changements institutionnels, changement des missions. A moyen terme, l’évolution naturelle impliquerait de sortir également du clivage milieu ouvert, milieu fermé et de rassembler, dans une même mission, ces deux aspects de la prise en charge. Ainsi, serait-il judicieux de confier à un même service, la MECS en l’occurrence, la possibilité d’intervenir en amont en direction d’un usager dans son milieu familial et en aval, par sa capacité à l’héberger si nécessaire. Ce service aurait la responsabilité d’apporter toute l’aide éducative requise par la situation de l’usager et des parents afin de les aider et d’éviter une coupure du lien, ce qui comporte la possibilité d’accueillir selon la fréquence opportune afin de palier à d’éventuelles situations de crise ou de danger. Au surplus, cela éviterait le traumatisme du placement en le réduisant à une modalité transitoire et non obligatoire de la prise en charge. L’objectif restant de cibler principalement l’intérêt de l’usager avec la visée permanente de son retour en milieu familial, cela permettrait également de sortir de la notion de placement d’urgence et des difficultés, récurrentes pour les prescripteurs, à trouver des places en établissement. En résumé, il faut inventer une nouvelle forme de mission entre AEMO et internat. Confier la responsabilité du suivi éducatif d’un usager à un service mandaté pour en prendre la responsabilité globale, à charge pour lui de construire la prise en charge adéquate pour la sécurité, l’éducation et, si possible, l’intégration de l’usager dans son milieu en respectant l’autorité parentale et le lien familial.

Pourquoi ne pas penser que la MECS : Maison d’enfants à caractère social, puisse évoluer vers une MECS : Mission éducative à caractère social ?

Penser autrement le travail de l’éducateur en internat

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Si la prise en charge éducative individualisée répond aux besoins émergents, elle a un impact non négligeable sur la prise en charge traditionnelle en internat et amène les éducateurs à repenser leur métier. Je constate que les éducateurs ont pris conscience de leur environnement et qu’ils sont sortis de la virtualité éducative de l’internat. Ils se retrouvent maintenant à l’interface de l’usager et de son milieu. En effet la mutation de la structure demande à l’éducateur d’internat d’être responsable de l’enfant mais aussi de responsabiliser les parents, de gérer l’espace interne mais également d’externaliser son action, ce qui interroge son positionnement, ses compétences, ses références, son éthique.

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Lorsque l’éducateur doit sortir de son environnement habituel pour aller au devant de la famille se crée comme un phénomène de transgression. La question de l’espace, de l’absence des murs rassurants de la MECS se pose pour lui. Il n’est plus légitimé par son environnement. Aussi lui faut-il être porteur des valeurs de l’institution, des projets et des référentiels, se questionner sur sa place et son rôle. Aller à la rencontre de l’usager et de ses parents, demande une autre forme d’opérationnalité que l’action éducative en hébergement.

Commentaire

Une alternative au placement !

Ce dispositif vise une réintégration progressive du jeune dans son milieu familial “en évitant la dualité : placement ou famille” est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, il modifie la relation classique entre l’institution et la famille, à savoir : la famille est incapable donc l’institution se substitue à la famille. Cette notion de “substitution” est avantageusement remplacée par la notion de “suppléance familiale” qui, en recadrant la famille comme partenaire, lui rend la place indispensable dans l’évolution du jeune. Il répond adéquatement à une grande majorité des situations qui nécessitent un hébergement temporaire hors du milieu familial sans éloignement géographique dommageable pour le jeune comme pour la famille. Il peut également être utilisé pour une réintégration progressive en famille d’accueil si le retour dans la famille d’origine est impossible. Il pourrait même servir à la mise en autonomie de certains mineurs.

La démarche éducative de l’éducateur est reconsidérée dans son ensemble et le fait de travailler différemment sur tous les aspects de l’accompagnement du jeune et de ses parents donne la possibilité à l’équipe de se souder autour d’une dynamique de créativité. Cette dynamique entraîne l’institution tout entière (chacun à son niveau) à réfléchir la structure pour la mettre en adéquation avec cette forme de prise en charge. Et plus important encore, elle modifie les représentations sur les relations jeune- famille-institution ; cela nécessite des références communes qui permettent de se comprendre et de guider des actions cohérentes.

Pour rendre ce dispositif réellement opérationnel, il est nécessaire que des moyens en suffisance soit dégagés, non seulement en temps de travail sur le terrain mais également en possibilités de soutien pour le personnel par des évaluations, intervisions, supervisions individuelles et collectives pour l’élaboration des projets individualisés mais aussi pour les aider à préparer et à évaluer les interventions.

Un autre aspect institutionnel retient l’attention : le fait d’héberger dans une même section des jeunes bénéficiant d’un accueil séquentiel et des jeunes dont le projet est le placement à long terme montre, à l’expérience, que cela entraîne de grosses difficultés qui se traduisent par des comportements de décompensation importants chez ceux qui restent hébergés à long terme et des comportements de rejet des règles de vie pour ceux hébergés à court terme.

L’accueil séquentiel amène l’institution vers une plus grande ouverture et une démarche de créativité importante. Il nécessite une élaboration minutieuse avec le jeune, sa famille et l’autorité et des moyens qui doivent être réfléchis et réévalués régulièrement. Deux aspects mériteraient d’être pris en considération :

  • l’accueil séquentiel ne semble pas s’appliquer aux jeunes qui ont les capacités pour s’installer en appartement ou en studio ; cette démarche ne pourrait-elle pas permettre à certains jeunes de réaliser des expériences dans un cadre protégé ?

  • ne serait-il pas intéressant que l’institution puisse continuer à travailler avec le jeune et sa famille (pendant une période à définir) après que le jeune soit rentré en famille ?

Cela pourrait certainement empêcher un certain nombre de retours en hébergement dus aux difficultés rencontrées par les familles dans le réaménagement de leurs relations.

J.P.C.

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Parallèlement intervenir dedans et dehors confère une légitimité et une richesse importante. C’est pourquoi les éducateurs peuvent être amenés à intervenir à la fois dans la partie hébergement comme sur le suivi externalisé. Leur emploi du temps comporte des temps de couverture classique d’internat mais également un volant d’heures destinées au suivi des projets individualisés.

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Je déplore que le métier d’éducateur, la formation initiale notamment, ne soit pas suffisamment axée sur l’accompagnement des familles et les nouvelles pratiques. Il faudrait pouvoir rapidement en prendre conscience car nous négocions là un tournant du travail social. La profession montre ici ses lacunes et ses limites.

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Pour l’instant c’est la réalité qui nous entraîne à forger nos propres outils et l’employeur qui devient le formateur de son personnel. Il est évident que la prise en charge en internat évolue radicalement, ce qui change son image, sa mission, et peut aussi favoriser le retour vers ce type de structure de ceux qui la déconsidéraient.

…mais aussi les outils théoriques

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Le soutien des équipes éducatives par des personnels spécialisés se montre toujours nécessaire face à la diversification des interventions. Mais l’approche analytique, le soutien psychologique, participent à une trop grande subjectivité et ne répondent plus assez aux besoins actuels. Il faut au contraire s’orienter vers le renforcement des compétences dans le cadre de soutiens ponctuels. Il faut étoffer les outils théoriques par les approches systémiques et sociologiques qui favorisent l’objectivation des faits. Nous avons, là aussi, un rôle à jouer pour affiner la spécificité de notre domaine d’intervention.

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En externe nous nous heurtons fréquemment à l’inadaptation des réponses de soins qui sont apportées aux problématiques que nous prenons en charge. Nous déplorons les carences du secteur médico psychologique qui ne possède pas une bonne représentation des MECS.

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Lorsque nous sollicitons une prise en charge psychologique pour un usager, nous constatons la rigidité et à l’inadaptation de certains services qui possèdent pourtant une mission publique ; les temps d’attente son souvent trop longs pour répondre à l’instabilité des adolescents notamment ; la demande de l’usager conditionne le suivi alors qu’il n’arrive pas à l’émettre et qu’il faut porter ce désir pour lui ; la participation des deux parents est obligatoire, là où ils n’arrivent pas à se mobiliser sur des points beaucoup plus anodins ; les prises en charge s’étirent dans le temps, s’avèrent opaques quant aux buts recherchés, s’opposent même aux objectifs éducatifs et les effets en sont peu mesurables. Voilà pourquoi il me semble nécessaires de proposer maintenant des aides adaptées, “des soutiens techniques”, aux éducateurs mais aussi aux usagers et aux familles, ceci à partir de la structure même.

Sortir des murs

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Revaloriser les parents en leur donnant les moyens d’exercer leur rôle me semble être la meilleure voie afin qu’ils puissent eux même être présents à leurs enfants, plus qu’en les sanctionnant par la suppression des prestations sociales, plus qu’en extrayant les jeunes de leur environnement et de leurs repères, voire les enfermant dans des structures d’éducation renforcées. C’est une question de volonté et de dignité. La MECS qui a vécu longtemps dans l’ostracisme et l’illusion que l’acte éducatif était hors du temps social, dans le plein et le don, montre sa capacité à s’adapter à son environnement.

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L’évolution des dispositifs correspond à l’émergence de nouveaux besoins et aux attentes légales. Pourtant, malgré ces facteurs concordants, les avancées reposent encore trop sur des volontés isolées. Il serait nécessaire que la réglementation et les moyens accordés légitiment cette évolution afin que les expériences innovantes, qui osent sortir des sentiers battus et prendre des risques, soient reconnues et encouragées. Après tout le changement n’implique pas la perte des valeurs, bien au contraire.

Plan de l'article

  1. Du placement à la prise en charge éducative individualisée
  2. La question centrale de l’hébergement
  3. Le principe de coparentalité
  4. Construire la prise en charge autour et avec l’usager
  5. Un dispositif capable de s’adapter
  6. Penser autrement le travail de l’éducateur en internat
  7. …mais aussi les outils théoriques
  8. Sortir des murs

Pour citer cet article

Chénet Gilles, « Une mecs en (r)évolution », Journal du droit des jeunes, 6/2002 (N° 216), p. 22-26.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2002-6-page-22.htm
DOI : 10.3917/jdj.216.0022


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