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Journal du droit des jeunes

2002/8 (N° 218)


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Le service met en œuvre - de façon intensive sur un temps court - des mesures d’action éducative en milieu ouvert adaptées à une population de pré-adolescents et d’adolescents en situation de marginalisation profonde. Sont visés des adolescents de plus de quinze ans en situation de marginalisation profonde et de rupture familiale, le plus souvent déscolarisés, le plus souvent violents, en errance et pour lesquels un danger est clairement établi. Les parents sont dans l’incapacité de les prendre en charge et d’exercer leur autorité parentale. Cette mesure judiciaire est ordonnée pour une durée de six mois (exceptionnellement renouvelable) et elle prise après le constat d’échec d’actions éducatives plus traditionnelles. Le contenu de la prise en charge est établi dès le début de la mesure pour déterminer très rapidement avec lui les objectifs du jeune nécessairement inscrit dans une future insertion socioprofessionnelle.

1 - Le mode d’approche

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L’accompagnement est très soutenu et construit avec le jeune en partant de là où il vit; la famille sera mobilisée. L’éducateur le rencontre au minimum une à deux fois par semaine.

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En plus de l’accompagnement individuel, des actions collectives peuvent être développées. Un éloignement est parfois organisé sous la forme d’un séjour de rupture ou d’un passage dans une institution pendant maximum deux semaines à négocier avec le magistrat. Le service exerce ses mesures sur l’ensemble du territoire départemental de l’Oise.

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Chaque éducateur, qui doit être expérimenté et réellement engagé dans le projet, suit une quinzaine de jeunes. Un psychologue ou un psychiatre participe au projet (cfr cahier des charges).

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La mise en application de ce type de mesure n’est susceptible de produire des résultats satisfaisants que si une série de paramètres sont rencontrés :

  • une préparation minutieuse dès avant la rencontre chez le magistrat;

  • une démarche éducative basée sur les sciences humaines avec une vision réaliste de la situation du jeune : «partir de là où le jeune se trouve»;

  • une relation authentique entre le jeune et l’éducateur formé et engagé dans le projet;

  • une vision globale de la situation du jeune tant au niveau personnel que familial et social;

  • une définition des axes de travail basée sur les ressources du jeune de son milieu et de son environnement plutôt que sur ses lacunes.

2 - La pratique de la mesure judiciaire

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La mesure judiciaire est ordonnée spécifiquement par le juge des enfants pour une durée de six mois, la mise en pratique de celle-ci doit être laissée à l’appréciation du service.

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Cela signifie que le magistrat, qui connaît le projet éducatif du service, reconnaît à celui-ci la capacité de prendre en charge les différents aspects de la mesure. Le service informe le magistrat des démarches entreprises mais il dispose d’un champ d’autonomie reconnu qui est déterminant pour la bonne évolution de la mesure décidée par le magistrat.

Evaluation du projet

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L’aspect essentiel que l’on peut relever après expérimentation, c’est que le projet tel qu’il était présenté dans le Cahier des charges était une «Mission impossible». En effet, prévoir la prise en charge de quinze jeunes en grande difficulté par éducateur dans une superficie aussi étendue que le département ne permettait pas, mathématiquement, une prise en charge suivie et régulière et encore moins «renforcée».

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Si l’éducateur rencontre une fois par semaine chacun des jeunes dont il s’occupe (et cela semblait être un minimum), cela nécessite, à raison d’une moyenne de deux heures trente par rencontre, le dépassement de l’horaire de l’éducateur, sans compter les heures de travail en équipe, de réunions, de supervisions, de rédaction des rapports, de formation, etc.

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Les difficultés sont accrues du fait que les adolescents en grande difficulté sont les grands exclus de la politique de la jeunesse, à commencer par le système scolaire mais aussi, et c’est encore plus préoccupant, par les institutions sensées les prendre en charge comme l’aide à l’enfance ou la PJJ. La difficulté à mobiliser les parents vient encore compliquer la tâche des éducateurs.

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D’autres constats accablants ont été relevés :

  • les adolescents les plus isolés (les jeunes en errance, sans lien soit avec sa famille, soit avec une structure sociale d’intégration ou un environnement protecteur) n’ont jamais été aidés par le système de la protection à l’enfance;

  • le réseau ne joue pas le jeu notamment pour l’hébergement d’urgence. L’hôtel «Formule 1» a été plus d’une fois utilisé car les structures d’accueil refusaient le jeune en errance.

Il faut insister sur le très intéressant travail d’évaluation rédigé par Monsieur Perrot et son équipe. En particulier, l’évaluation qualitative, aussi utile que courageuse. L’équipe relève «qu’il est illusoire de prétendre solutionner, résoudre, voire réguler ces problématiques dans le champ éducatif seul sur une période de six mois»; «la durée de six mois d’intervention est évidemment illusoire dans ces cas, comme les moyens logistiques qui nous sont consentis».

Perspectives d’avenir

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Au vu de l’évaluation réalisée, des modifications ou plutôt des améliorations sont proposées.

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Il semble plus réaliste de passer de quinze jeunes pris en charge par éducateur à douze. La pluridisciplinarité de l’équipe va être renforcée.

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Un psychiatre pourra aider les éducateurs dans l’élaboration des programmes éducatifs mais aussi il supervisera, à la demande, les interventions par des jeux de rôles,…

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Même si la mobilisation du réseau reste un objectif, l’équipe veut se donner la possibilité d’héberger d’urgence un jeune en difficulté. C’est pourquoi deux studios d’urgence vont être utilisés par l’équipe qui a expérimenté que si un jeune se retrouve sans solution, il est très difficile de garder un accrochage avec lui. Pour améliorer la prise en charge des jeunes les plus en difficulté, des doubles mesures et des séjours de rupture sont envisagés.

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En conclusions, le projet d’AEMO «renforcée» est aussi intéressant que courageux et a le mérite de poser de vraies questions qui ne se résoudront pas par la poudre aux yeux lancée par la politique du gouvernement actuel. Il faut insister sur le fait que l’efficacité d’un tel projet dépend en grande partie, des moyens en personnel et de l’organisation de celui-ci.

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L’autre question relevée par monsieur Perrot : «comment mobiliser le jeune, sa famille et l’environnement social ?» est essentielle. Enfin, le travail éducatif avec les jeunes en grande difficulté nécessite une de réflexion des praticiens sur une politique de la jeunesse globale réfléchie dans une optique de transversalité, sans quoi apparaissent rapidement les querelles corporatistes stériles pour les jeunes et leurs familles.

Le Département de l’Oise en pointe !

Tandis que la pratique des juges pour enfants devient, à l’égard des mineurs délinquants, de plus en plus répressive dans l’Hexagone (voir notre livraison de septembre dernier), au lieu de simplement se lamenter sur l’inefficacité de services éducatifs débordés, le Département de l’Oise offre aux juridictions pour enfants un outil pointu de prise en charge d’adolescents en grande difficulté.

Il s’agit de mesures civiles mais chacun sait que pour nombre d’entre ces jeunes, la poursuite pénale n’est pas loin, parfois même elle n’est évitée qu’en raison de la possibilité de mener une action sociale ou éducative préventive.

Les services du Conseil général ont donc, début 1999, confié, après appel d’offre, à l’ADSEA [*] de l’Oise la mise en œuvre d’une assistance éducative intensive en milieu ouvert. Les premiers bilans annuels sont encourageants et la méthode s’affine alors même que des difficultés non mesurées au départ s’imposent à l’aune de la réalité : difficulté de recruter et former les éducateurs spécialisés à la hauteur des problèmes à traiter, d’organiser des horaires tenant compte du droit du travail et des déplacements dans un département fort étendu, etc. Alors que l’AEMO classique implique une charge de 35 à 40 jeunes suivis par éducateur, trois éducateurs assument ici le suivi d’une quinzaine de jeunes (alors qu’en région francophone de Belgique, on admet une charge de quatre jeunes seulement par éducateur : ainsi, pour un projet semblable d’intervention intensive auprès de douze jeunes, un Service d’aide et d’intervention éducative est subventionné pour deux éducateurs et demi (ETP), un mi-temps psycho-social, un mi-temps administratif, un mi-temps technique et un directeur pour la prise en charge de douze jeunes.

[*]

Association départementale pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence, 30 rue Bossuet, 6000 Beauvais - Tél. 33 44 06 04 05 - Email : adesao.siege@wanadoo.fr

Plan de l'article

    1. 1 - Le mode d’approche
    2. 2 - La pratique de la mesure judiciaire
  1. Evaluation du projet
  2. Perspectives d’avenir

Pour citer cet article

Cocco Jean-Pierre, « L'AEMO "renforcée" », Journal du droit des jeunes, 8/2002 (N° 218), p. 36-37.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2002-8-page-36.htm
DOI : 10.3917/jdj.218.0036


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