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Journal du droit des jeunes

2003/1 (N° 221)


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Dans une approche à la fois historique et problématique, basée sur une enquête de terrain, Gilles Jeannot, du Laboratoire techniques, territoires et sociétés de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, a produit un rapport sur la médiation familiale dans les CAF. Il prend place dans une réflexion plus large menée par le secteur sur le Sens du travail social.

Un projet qui a su se faire reconnaître

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Bien que selon lui, le levier principal et initial qui a engendré la médiation familiale au sein des CAF soit un « mouvement social » de certains usagers, en l’occurrence les pères de familles divorcées, l’auteur du rapport souligne l’engagement militant des travailleurs sociaux (CAF ou associatifs) qui a permis d’y faire reconnaître cette pratique.

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Dans deux des trois CAF enquêtées, suite à une formation ou à un constat soulignant les limites d’un travail centré sur son versant économique (les prestations), les travailleurs sociaux trouvent dans cette méthode une alternative au travail démesurément devenu bureaucratique.

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À la CAF de Melun ce sont des associations qui se sont faites porteuses du projet. « Nos administrateurs n’ont pas souhaité que, systématiquement, les caisses s’emparent de ce domaine alors que sur le terrain il existe d’excellentes initiatives locales, associatives ou autres, de grande qualité » rappellent les actes du colloque de Clermont-Ferrand (« Les CAF et la médiation familiale » 1998).

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Certes le projet a fait valoir l’efficience potentielle (rapport efficacité/coût) de la technique à l’égard de l’ASFR 1 et a profité du contexte favorable aux innovations qu’a été le déconventionnement 2 des CAF.

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La médiation familiale pourrait révéler une nouvelle relation à l’usager où les personnes, faisant usage de leur droit, s’autonomisent en contractualisant entre elles. Le modèle libéral prendrait ainsi le pas sur l’intervention publique, les travailleurs sociaux devenant des « médiacteurs » d’une nouvelle philosophie professionnelle. C’est la thèse de Jacques Commaille, qui la lie au développement de l’individualisme.

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Michael Walzer va dans un autre sens puisque, selon lui, la médiation familiale serait l’expression d’une finalité politique consistant à amener les gens à être responsables de leurs devoirs.

Qu’est donc la médiation familiale ?

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Fortement structurée, elle s’adresse avant tout aux parents divorcés. Elle se met en place, pour un temps balisé et limité, sur la base d’un engagement volontaire des personnes.

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Elle a pour objectif de favoriser l’échange entre les parents et leur recherche de solutions aux problématiques, touchant le ou les enfants, posées par le divorce. Ces particularités en font une démarche spécifique.

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Il est dommage que l’auteur du rapport ne nous donne pas plus d’éléments techniques nous permettant de la saisir plus précisément. Cela aurait peut-être permis d’avancer d’autres pistes d’évaluation que celles proposées pour expliquer le faible intérêt suscité par la démarche chez les usagers. Pourtant cette situation a entraîné une modification significative de la méthode : le recours à la médiation ordonnée en s’appuyant entre autre sur le juge.

La problématique de la demande

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En dépit de leurs efforts, les travailleurs sociaux enquêtés passent plus de temps à faire la promotion de la démarche qu’à faire réellement de la médiation familiale, et ce malgré plusieurs années de sollicitation des usagers sous diverses formes.

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Gilles Jeannot avance comme explications la situation complexe des travailleurs sociaux devant à la fois agir sur le terrain et faire valoir la légitimité de leur méthode, et la précarité du public auquel ils s’adressent.

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C’est au regard de l’expérience de la Seine et Marne, où la médiation familiale est l’œuvre des associations et où le retour des usagers est plus important, qu’il serait intéressant d’en savoir un peu plus sur les modalités d’intervention des uns et des autres, pas toujours aussi normalisées que cela. Ce qui, par ailleurs, souligne la question de la formation comme source de fiabilisation, par professionnalisation, de la méthode.

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Cet apport associatif, problématique à d’autres niveaux, n’entache en rien l’action des travailleurs sociaux des CAF qui soulignent, en cohérence avec le projet, que le chemin qui mène à la médiation est en soi un outil de travail.

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Il aurait été intéressant, pour pousser l’analyse, d’avoir le point de vue des usagers sur cette pratique.

Un outil intéressant de réforme de l’institution

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Lorsqu’au travers des orientations 1997-2000, le CA de la CNAF a donné une place à la médiation familiale, 2 soucis formels ont d’abord prévalus : l’encadrement d’une pratique issue du terrain et l’attention à ne pas faire concurrence à d’autres secteurs.

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Mais la médiation familiale a trouvé sa reconnaissance en tant que réponse à des problématiques internes.

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Conjuguée à la réflexion menée dans le domaine judiciaire, la médiation familiale s’est présentée comme pouvant remédier au manque d’efficience de l’ASFR. Elle prenait ainsi place dans une réflexion plus large sur l’efficacité des interventions basées sur l’injonction dans un souci de plus grande opérationnalité institutionnelle.

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De plus la diffusion de cette méthode, générant un développement de la relation à l’autre, favoriserait la transformation des pratiques internes de travail.

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Par ailleurs la médiation familiale permettait de renouer, tout en la questionnant, avec l’accessibilité à tous des CAF. Le rapport laisse entendre que les réalités de terrain de la médiation familiale ne sont pas aussi évidente : sa forme volontaire ou ordonnée serait liée à des statuts économiques et sociaux différents des usagers.

La médiation familiale, un outil sensé d’actualité

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Dans un contexte national de questionnement sur la famille, cet outil devrait amener la CNAF à se questionner sur sa représentation de celle-ci, théoriquement neutre. C’est effectivement sur la relation parents/enfants, dans un souci de complémentarité du père et de la mère, que la médiation familiale propose de travailler.

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Le rapport laisse émaner que cette méthode réintroduit avec bon sens l’échange dans le travail social et relègue pour revisiter le modèle de l’intervention publique transcendante. Est-ce à ce titre que l’auteur semble regretter l’absence de l’usage de la voie des professions libérales pour diffuser et faire reconnaître la médiation familiale ?

Plan de l'article

  1. Un projet qui a su se faire reconnaître
  2. Qu’est donc la médiation familiale ?
  3. La problématique de la demande
  4. Un outil intéressant de réforme de l’institution
  5. La médiation familiale, un outil sensé d’actualité

Pour citer cet article

Halevy Sivan, « CNAF, CAF et médiation familiale : une rencontre dynamique », Journal du droit des jeunes, 1/2003 (N° 221), p. 60-61.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2003-1-page-60.htm
DOI : 10.3917/jdj.221.0060


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