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Journal du droit des jeunes

2003/3 (N° 223)


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Le mot « tournante » a été inventé par les partourzeuses, une minorité qui ne se plaint pas de relations sexuelles en groupe. La majorité des victimes d’un viol, en revanche, en sont gravement blessées.

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Le verdict d’Argenteuil m’a heurté par sa sévérité. On l’explique par la nécessité de permettre aux victimes d’être « réparées ». Seront-elles « réparées » si on blesse les auteurs du crime ?

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Du côté des auteurs, il y a souvent un « mâle inducteur » (parfois une femelle… ?) qui établit avec la victime un rapport d’emprise et fait « tourner » sa victime. J’emploie le mot « mâle » pour marquer le côté instinctif. Si l’on a affaire à une personnalité perverse de type paranoïaque (il s’agit parfois de partager une tendance homosexuelle combative) alors il faut absolument punir en énonçant rigoureusement la loi. Dans ce cas la peine - qui n’est pas nécessairement la prison - est thérapeutique. Pour peu, bien entendu, que l’on ait reconnu ce type de personnalité.

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Les autres petits mâles (entre douze et dix-huit ans généralement) qui sont entraînés par son emprise sont incertains de leur sexualité, ont aussi besoin que l’on prononce une peine pour signifier l’interdit. Mais il faut surtout se demander pourquoi ils n’ont pas développé une faculté d’empathie qui naît d’un étayage affectif. À défaut, ces « mâles induits » qui sont de petits garçons, souvent carencés affectifs, découvrant le sexe, resteront soumis à la pulsion et continueront à suivre le « mâle inducteur » en croyant que c’est cela la vie. Il faut leur éviter la prison qui n’aurait pour effet que de les délabrer encore plus et empêcher justement le développement de leur potentiel d’empathie et qui ne ferait que les ancrer dans ces comportements dont ils ne comprennent pas la gravité.

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30 % des adolescents découvrent la sexualité avec angoisse, sans autre modèle que le porno au point que leur modèle idéal peut être le « mâle inducteur ». Il faut remettre en cause cette « culture » et leur infliger une sanction qui les rend conscients.

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Laquelle ? Voyez Maryse Vaillant ! (ci-contre). Il s’agit de leur donner le droit de donner (un dessin pour les petits, un coup de main pour les moyens, un travail généreux pour les ados). Neuf « mâles induits » sur dix ne recommenceront pas si on induit et développe ce processus d’empathie. Il faut expliquer aux juges que leurs propres enfants sont susceptibles de participer à ce genre de crime comme des « sales gosses », sans être pervers pour autant.

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Il faut combler un manque d’éducation, c’est-à-dire expliquer d’abord et changer le modèle sexuel et surtout, développer le processus d’empathie. Leur donner des responsabilités transforme les « sales gosses ».

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(propos recueillis par J.P.Bartholomé)

Pour citer cet article

Cyrulnik Boris, « Sur le verdict d'Argenteuil : des " sales gosses " ? », Journal du droit des jeunes, 3/2003 (N° 223), p. 21-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2003-3-page-21.htm
DOI : 10.3917/jdj.223.0021


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