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Journal du droit des jeunes

2003/7 (N° 227)


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Au moment où le débat démocratique s’exprime dans la rue, faute de trouver sa place dans les instances de négociations et de concertations, il est important que les acteurs professionnels du social s’expriment. La conférence permanente des organisations professionnelles du social entend enrichir le débat par son analyse du malaise social en lien avec les orientations libérales - voire ultra-libérales - du gouvernement.

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Nous constatons sur la forme, un emballement de la machine à légiférer sans concertation ni écoute des publics concernés, sans préoccupation des aspects techniques et sans évaluation des dispositifs en place. Les travailleurs sociaux et leurs organisations représentatives sont ignorés, de même, ce qui est un fait nouveau et inquiétant, que les grandes fédérations d’employeurs du secteur…

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Nous constatons sur le fond que la loi d’orientation sur la Justice, comme la loi de sécurité intérieure, le projet de loi relatif à l’entrée et au séjour des étrangers en France, comme le projet de création d’un revenu minimum d’activité ont pour points communs, en référence à une idéologie libérale assumée mais non explicitement revendiquée, une volonté de stigmatiser les populations « dérangeantes » sans s’attacher au traitement social des comportements, une orientation répressive au détriment de toute action de prévention, une stratégie d’opposition et de fracture entre les différentes classes sociales (notamment les classes moyennes et précaires contre les pauvres et les exclus du monde du travail), et enfin un principe de responsabilité individuelle (en matière de chômage, de délinquance et d’intégration) qui évite de s’interroger sur la responsabilité collective d’une société face à ses manquements !

La Conférence permanente des organisations professionnelles du social

Constituée en octobre 2002 avec l’adoption d’un manifeste commun sur le travail social et la démocratie, la C.P.O. correspond à la volonté des organisations représentant les travailleurs sociaux de participer activement au débat public en faveur d’une plus grande justice sociale. La C.P.O. vise au renforcement d’une capacité d’expertise et d’analyse, par les acteurs professionnels, sur le rôle du travail social face aux enjeux démocratiques de notre société. Elle permet une réactivité plus grande des organisations professionnelles face à l’actualité ; elle entend peser dans le débat public et faire valoir la légitimité des travailleurs sociaux à exprimer une critique sociale.

La C.P.O. regroupe une vingtaine d’organisations couvrant, à elles seules, l’ensemble du travail social (aide sociale, protection de l’enfance, petite enfance, handicap, insertion, personnes âgées, etc.) et la plupart des missions confiées au secteur social et médico-social.

Elle représente de 4 à 5.000 professionnels adhérents aux différentes organisations membres, une dizaine de revues ou publications nationales et autant de manifestations nationales regroupant, tous les ans, des milliers de participants aux travaux et échanges sur le travail social.

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Face à ces constats, comment peuvent se positionner les travailleurs sociaux ?

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Avant tout dans une prise de conscience et une responsabilité de l’ordre du témoignage sur les effets induits à court et à long terme de la politique actuellement à l’œuvre. Il s’agit, bel et bien, des conditions concrètes de vie des personnes les plus en difficultés qui sont aujourd’hui aggravées.

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À court terme, les restrictions apportées à l’Aide médicale d’État (A.M.E), le renforcement des conditions d’accès à la Couverture médicale universelle (C.M.U), le gel des subventions du FASILD ou l’arrêt des financements du secteur associatif en matière de lutte contre l’exclusion vont renforcer la précarité de couches entières de la population.

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À long terme, comment s’exprimera le sentiment d’injustice et de frustration de ces personnes de plus en plus repoussées aux marges de notre société ? Une dynamique d’exclusion d’autant plus préoccupante qu’elle se développe dans un contexte économique de faible investissement sur l’emploi doublé d’une perspective de renforcement de la décentralisation (que l’on pourrait comparer à une fuite en avant : une décentralisation « de bon sens », sans projet politique démocratique, si ce n’est l’apologie de la « proximité » et apparemment tellement mal préparée que c’est sur ce dossier que le gouvernement décide de « lâcher du lest »), une décentralisation sans évaluation préalable de l’existant qui passe aux pertes et profits l’égalité de traitement des citoyens (cf. pour exemple une étude DRESS de 2003 sur la diversité des pratiques COTOREP « la modulation de l’A.A.H ne dépend pas seulement du degré d’invalidité des personnes mais aussi de leur nombre dans chaque département ainsi que du potentiel fiscal et du taux de chômage »).

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Les travailleurs sociaux ne pourront rester indifférents aux dispositifs légaux qui se mettent en place : ils sont aux « premières loges » de la détérioration du lien social ; ils sont directement concernés et mis en cause dans l’injonction qui leur est faite de participer au contrôle de l’ordre public et à la ségrégation de certaines populations (sans papiers, délinquants, comportements violents, etc.).

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Peut-on laisser se déliter les filets de protection du social, certes imparfaits, mais qui avaient le mérite d’exister ?

Notes

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Animateur national C.P.O

Pour citer cet article

Cavat Bernard, « Logique libérale et dégats collatéraux », Journal du droit des jeunes, 7/2003 (N° 227), p. 13-13.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2003-7-page-13.htm
DOI : 10.3917/jdj.227.0013


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