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Journal du droit des jeunes

2004/3 (N° 233)


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« Il n’y a aucune condition à notre accueil, si nous te rencontrons c’est que nous allons t’accueillir », « même si tu persistes dans tes comportements, tu resteras parmi nous et nous ne t’exclurons pas », disons–nous aux adolescentes difficiles lors des entretiens d’accueil. Provocation, folie, inconscience ?

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Rien de tout cela ! Ces deux volets : absence de condition à l’accueil demandé par une autorité mandante pour une adolescente en grande difficulté et non-renvoi constituent ce que nous nommons « non-exclusion ». C’est une base de travail réfléchie et assumée et qui nous paraît une condition essentielle à notre action éducative.

1 - La valse des institutions

1.1 - Le toboggan

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Nous sommes un Centre d’Accueil Spécialisé (C.A.S.) [3][3] En Belgique, les Centres d’Accueil Spécialisés ont..., c’est à dire que – comme ne l’indiquent ni l’appellation ni le sigle - nous accueillons des adolescentes dites « difficiles », que leurs comportements mettent en danger (fugues, toxicomanies, prostitution, etc.), souvent violentes ou agressives vis-à-vis d’elles-mêmes ou envers les autres et bien sûr la plupart du temps en décrochage scolaire.

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Cet accueil s’effectue sous mandat, c’est-à-dire que les adolescentes sont placées dans notre foyer par un juge ou un Directeur de l’Aide à la Jeunesse, de manière contraignante, et plus rarement par un conseiller de l’Aide à la jeunesse dans le cadre d’une aide administrative acceptée.

1.2 - Les adolescentes accueillies

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Les adolescentes que nous accueillons ont vécu des traumatismes précoces, des carences affectives ou des maltraitances qui les ont blessées et leur ont fait perdre leur confiance en l’adulte, en l’autre, et en leur capacité d’être aimées.

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Ce que recouvre en réalité ce terme de difficile, c’est le rejet de tous les services et de toutes les formes de prise en charge. Elles arrivent dans notre institution la plupart du temps après de nombreux renvois ; il n’est pas rare qu’elles aient connu une dizaine de foyers ou de centres d’hébergement dans les années qui précèdent leur arrivée au Toboggan. Elles ont appris à tester avec une grande efficacité la crédibilité et la fiabilité de ceux qui prétendent leur offrir de l’aide. Leurs tests s’avèrent souvent concluants, les intervenants mis en échec finissent par abdiquer, ce qui explique ce nombre impressionnant de renvois.

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Elles rêvent de poser des valises bien lourdes de souffrances passées et présentes mais y croient si peu qu’elles continuent à les porter ou à s’y accrocher et préfèrent tout casser plutôt que d’être à nouveau déçues. C’est ce que nous appelons l’abandonnisme.

1.3 - Le renvoi

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Dans ce contexte d’accueil, le renvoi s’inscrit souvent dans la continuité de l’abandon familial qu’il répète.

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Il est de plus paradoxal de renvoyer une adolescente pour les symptômes-mêmes qui justifient notre intervention, à savoir violence, non-respect des règles…

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Les intervenants et les institutions elles-mêmes n’ont-elles pas une lourde responsabilité dans le « délabrement » de certains jeunes, lorsque, connaissant leur histoire, elles en arrivent à néanmoins décider d’un renvoi ?

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Nous avons progressivement compris à quel point un rejet, un renvoi de plus, constitue, chez une adolescente abandonnique une maltraitance supplémentaire qui ne peut qu’accroître la profondeur de son mal-être, accentuer sa dérive et discréditer auprès d’elle toute relation d’aide à venir.

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Seul un arrêt de la valse des institutions peut interrompre l’impuissance et l’échec.

2 - Les conditions pour tisser des liens

2.1 - La non-exclusion, un préalable

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C’est en reliant des observations qui concernent un travail mené depuis quinze ans [4][4] Et en les confrontant à celles d’autres professionnels... que nous avons pu recenser un certain nombre de caractéristiques indispensables à notre travail, dont la non-exclusion.

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Quelle que soit la manière dont nous nous y prenons, nous ne pouvons compter sur des changements immédiats. Si nous avons parfois le sentiment que nos efforts sont inutiles lors du suivi-même d’une adolescente, il arrive en revanche très souvent qu’une jeune fille revienne nous voir après sa majorité pour nous parler de sa vie et de ce qu’elle a appris auprès de nous, témoignant à la fois du lien qui s’est tissé entre elle et certains membres de l’équipe et de l’impact de notre action.

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La plupart des adolescentes que nous recevons pratiquent la politique de la terre brûlée et leur abandonnisme conduit la majorité de leurs comportements. Toute relation affective est intensément recherchée en même temps que potentiellement dangereuse parce que source d’un nouvel abandon ; toute réussite contient sa menace d’échec futur, aussi leur faut-il briser tout lien naissant et saboter tout ce qu’elles réussissent.

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Pour accompagner une adolescente abandonnique, il y a lieu non seulement de tenir compte de cet abandonnisme mais d’en faire l’objet de notre action éducative afin de favoriser un lent travail d’apprivoisement pour permettre que se construise « un lien fiable entre l’adolescente et l’institution »[5][5] Genèse d’une pédagogie de la reliance Isabel sanchez.... Il s’agit d’instaurer un lien de confiance qui autorise la relation d’aide là où une nouvelle rupture la déforcerait. Nous devons faire preuve à cet égard de patience, de ténacité et de disponibilité.

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Pour le construire, il est indispensable que l’adolescente et nous sachions dès le départ que les symptômes pour lesquels elle est accueillie ne mettront pas fin à l’accueil parce qu’ils ne sont plus supportés.

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Dans ce contexte, ne pas exclure est un prérequis, un préalable sans lequel aucune action éducative n’aurait de sens.

2.2 - Non renvoi ou non-exclusion

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Nous préférons parler de non-exclusion que de non-renvoi car il ne s’agit pas seulement d’un refus de renvoyer. Ces deux notions diffèrent en au moins deux endroits riches d’implications pour nous : la non-exclusion à l’accueil et la possibilité d’un relais dans une autre institution et qui serait « renvoi » momentané ou plutôt écartement temporaire.

2.2.1 - Accueil sans condition

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Le processus de bientraitance que constitue la non-exclusion commence en effet pour nous dès l’accueil et même avant celui-ci.

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Certaines institutions accueillent un jeune à condition qu’il ait un projet. Nous savons que si tel était le cas nous ne serions pas là et l’adolescente non plus. Nous voulons dire par-là qu’il est peu probable qu’une adolescente en grande difficulté arrive chez nous dans le cadre d’une aide acceptée avec un projet dont elle est porteuse. Dans le cas où l’aide est contrainte, il est paradoxal de demander d’entrée de jeu un projet ou même une demande. Nous avons d’ailleurs appris à travailler sans cette fameuse demande qui semble indispensable à tant de services.

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Nous ne disposons pas de critères d’acceptation ou de refus qui nous feraient renvoyer une adolescente avant même de l’admettre. À partir du moment où une autorité mandante nous sollicite pour une jeune fille, nous l’accueillons pour autant que notre capacité d’accueil nous le permet.

2.2.2 - « Écartement temporaire »

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Une fois accueillie, une adolescente a sa place au foyer jusqu’à sa majorité, c’est-à-dire que nous ne la renverrons pas.

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Il peut arriver néanmoins qu’à la demande d’un juge et parce que sa situation l’exige, elle soit momentanément accueillie dans une autre institution, généralement une Institution Publique de Protection de la Jeunesse ou un hôpital psychiatrique.

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Il ne s’agit pas d’une exclusion dans la mesure où cela ne relève pas de notre décision et où notre institution continue à suivre l’adolescente (visites, poursuite du travail familial…) - et bénéficie à cet égard d’un mandat -, et surtout dans la mesure où elle réintègre le foyer après cet écartement.

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De la même façon lorsqu’une adolescente est en fugue, nous n’accueillons pas une autre jeune fille à sa place. Revenir après des mois de fugue et constater qu’elle a toujours sa place au foyer et que celui-ci a continué à s’investir dans sa recherche et à soutenir sa famille a d’ailleurs parfois des effets spectaculaires dans l’évolution d’une jeune fille.

2.3 - Un outil et non un absolu

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On aura compris qu’il ne s’agit pas d’un but en soi à atteindre quoi qu’il dût en coûter à l’institution, mais d’une philosophie de travail qui nous permet de créer un cadre propice à tisser un lien avec l’adolescente que nous accueillons.

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À partir du moment où elle et nous savons que nous nous donnons du temps pour être quelqu’un l’un pour l’autre, la fuite en avant peut s’arrêter.

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« Peut » parce que cela ne résout rien bien sûr, et nous n’avons aucune garantie du succès de notre entreprise. Cette manière de travailler ne change ni son histoire ni sa souffrance et elle a ses limites.

3 - Les limites

3.1 - Du côté des adolescentes

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Pour les adolescentes, absence de renvoi peut signifier absence de limites et là encore elles vont tester le système.

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Les règles existent bien sûr et sont toujours rappelées en tant que garde-fous et vecteurs de socialisation, mais les sanctions ne peuvent être que les conséquences de l’acte commis et la frustration liée à la privation d’un droit. Nous travaillons à ce que les règles soient intégrées, ce qui signifie que dans la pratique quotidienne elles sont en permanence transgressées. Les jeunes filles peuvent s’en sentir insécurisées.

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Elles vont également vérifier la cohérence de nos dires et la solidité du lien qui se tisse avec nous. Leur souffrance et leurs symptômes peuvent dans un premier temps s’en trouver exacerbés car d’anciennes blessures sont ravivées. Si nous ne tenons pas parole à ce moment-là, l’impact est plus négatif encore que si nous n’avions rien dit.

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Par ailleurs, la non-exclusion est une « stratégie » pertinente pour les troubles abandonniques. Elle ouvre en revanche la porte à une manipulation ou une utilisation perverse de la part d’adolescentes fermées à toute relation d’aide ou s’inscrivant dans un registre psychopathique.

3.2 - Du côté de l’équipe

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Les limites sont aussi les limites professionnelles et humaines des membres de l’équipe. Les éducateurs sont en permanence confrontés à l’inquiétude, l’impuissance et à ce qui, il faut bien le dire, ressemble souvent à un échec de leur action éducative.

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De plus, même si il y a bien évidemment des conséquences aux actes, ne pas renvoyer implique de ne pas s’appuyer sur le système de punitions et de sanctions dont le renvoi constitue, en même temps que l’ultime étape, le fondement même. Cela induit un suivi éducatif particulier et insécurisant pour les éducateurs.

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Tout cela exige que nous ne travaillions jamais seuls. Nous sommes en relation étroite avec les autorités mandantes qui sont le tiers qui rappelle la loi. Le suivi que nous assurons n’est possible que si elles assument à nos côtés les risques inhérents à ce type de travail éducatif nous apportent leur soutien inconditionnel, en comprenant et en partagent notre approche pédagogique.

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Ce sont elles qui prennent la décision d’un placement temporaire en IPPJ lorsque les risques deviennent trop importants ou à la suite d’actes délinquants commis par l’adolescente. Il nous revient également de travailler en collaboration étroite avec ces structures d’accueil transitoires, alors même que nous appartenons à des logiques différentes [6][6] L’exemple clinique que nous évoquons en témoigne..

3.3 - Du côté des familles

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Les familles, parfois ravies de trouver enfin une institution qui ne lâchera pas, peuvent complètement démissionner ou plus souvent dans une ambivalence aisément compréhensible, mettre à mal et discréditer notre action parce que nous tiendrions là où elles ont lâché prise.

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Heureusement ce parti pris de ne pas exclure nous donne le temps de travailler avec les familles…

4 - Ce que cela nous permet

4.1 - Du côté des familles

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Le fait que la famille sache que nous « irons jusqu’au bout », que nous sommes un interlocuteur définitif change beaucoup de choses pour ces familles qui ont dû répéter leur histoire à un nombre considérable d’intervenants tout en sachant qu’il leur faudrait recommencer encore et toujours.

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La confiance qui s’installe entre l’adolescente et nous permet que nous puissions à certains moments être un intermédiaire entre elle et sa famille quand tout contact leur semble impossible.

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Nous nous efforçons de faciliter une lente restauration d’un lien souvent très abîmé, dans le respect des familles et de leurs compétences.

4.2 - Du côté des éducateurs

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Il s’agit de « lire » un jeune autrement que par les actes qu’il pose, de prendre en compte autre chose que la transgression. Au-delà de la conviction qu’il est important d’agir de la sorte, les éducateurs découvrent une logique de travail différente et sont propulsés dans une autre dimension que celle des cadres habituels vectorisés par le renvoi.

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La relation importante qu’ils instaurent avec une adolescente est le terreau dans lequel elle peut grandir et continuer à se développer.

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Le temps dégagé par ce parti pris va autoriser l’élaboration avec l’adolescente d’un projet individualisé et négocié incluant l’insertion scolaire ou socioprofessionnelle, la réappropriation de son histoire et la restauration ou la consolidation des liens familiaux, et l’apprentissage de l’autonomie avec des objectifs réalistes.

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Le corollaire de cette notion de non-exclusion est que les éducateurs ne se sentent pas soumis à une obligation de résultats qu’ils savent dépendre de nombreux facteurs sur lesquels ils n’ont que fort peu de prise. En revanche, ils se sentent le devoir de tout essayer et de tenir bon. Leur action éducative est faite de cette humilité et de cette ténacité, d’un professionnalisme doublé d’humanité. C’est un travail délicat, stressant et ardu, mais quand la mayonnaise prend, la métamorphose d’une adolescente peut être spectaculaire et très gratifiante.

4.3 - Du côté des adolescentes

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Si la non-exclusion est une réalité - ce que, nous l’avons déjà dit, les adolescentes vont tester -, elles vont devoir être créatives pour adopter d’autres types de comportements que ceux qui relèvent de la transgression.

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Expérimentant une relation qui ne se rompt pas, elles vont pouvoir se livrer, s’ouvrir, se lancer dans l’aventure d’une reconstruction affective avec en chemin parfois une relation fusionnelle avec l’éducateur ou l’éducatrice, parfois une grossesse…

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Peut-être vont-elles pouvoir enfin retrouver confiance en l’adulte, en la capacité de cet adulte à les aider, mais aussi en elles, en leurs propres capacités à être investies et dignes de confiance.

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Cette non-exclusion s’inscrit dans une pédagogie de la « reliance »[7][7] Dans le sens de « relier l’adolescente à son environnement... et de la résilience au sein de laquelle nous déployons ténacité et disponibilité au service d’une attente patiente et sans découragement qui permette à l’adolescente d’aller puiser dans ses forces vives.

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Il ne s’agit pas pour nous d’attendre ou de vouloir à tout prix pour elle, mais d’être là, d’encourager un dixième ou un centième essai, sans attente excessive mais sans désabusement, en croyant que l’étincelle peut se produire.

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Chaque parcours est unique, voici un exemple parmi d’autres.

4.3.1 - Un exemple clinique [8][8] Cet exemple reprend très largement le récit de Marc...

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Ce jour-là, le responsable d’un établissement psychiatrique me téléphone : « Nous avons une jeune fille de seize ans, notre intervention se termine et nous avons besoin de trouver une institution d’Aide à la Jeunesse qui puisse la prendre en charge. Elle est guérie… »

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Guérie… Je trouve le mot assez surprenant. Mais je commence par m’enquérir plus prosaïquement des raisons qui ont mené au choix de notre institution.

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« Nous avons l’impression qu’elle présente des difficultés de comportement, me ré-pond-t-on, mais que cela ne relève pas de l’intervention psychiatrique. Donc nous nous adressons à vous. »

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Le Toboggan, créé à Mons en 1988, prend en charge en hébergement simultané quinze adolescentes de quatorze à dix-huit ans, voire jusqu’à vingt ans, quand c’est nécessaire. C’est ce que l’on appelle un CAS : un Centre d’Accueil Spécialisé.

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Spécialisé… En quoi ? Cette appellation cache en fait la volonté de créer des services qui s’occupent de jeunes dont personne ne veut, des jeunes qui sont à la frontière de toutes les problématiques. Le Toboggan figurant sous la rubrique « Adolescents difficiles » du guide social, l’hôpital s’était donc vraisemblablement adressé à nous après un nombre considérable de refus.

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Nous convenons d’un rendez-vous.

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Chez nous, comme expliqué plus haut, le parti pris est d’accueillir les jeunes que nous acceptons de rencontrer. Imaginez-vous expliquer à une adolescente : « Venez vous montrer, on vous dira après si on vous accepte ou pas… »

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Nous l’accueillons donc, pour cette première entrevue, encadrée de deux soignants.

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À l’exposé des soignants, nous nous demandons d’emblée pourquoi cette jeune fille se trouve dans un hôpital psychiatrique. Ce qui nous est décrit ne s’apparente pas, à nos yeux en tout cas, à des troubles psychiatriques, ni même à quelque comportement pour lequel un hôpital psychiatrique aurait pu s’avérer indispensable. Enfin, il nous faut la moitié, si ce n’est les trois quarts de l’entretien, pour comprendre que cette jeune fille est hospitalisée depuis l’âge de douze ans, soit depuis quatre ans, et qu’elle a séjourné dans deux hôpitaux différents…

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L’équipe du dernier hôpital paraît épuisée. Et c’est ainsi que nous apprenons que l’autorité de placement avait été interpellée car la « malade » avait, quelque temps auparavant, frappé, au point qu’il y avait lieu de prendre des mesures. L’intervention du magistrat ayant été demandée, elle avait été sanctionnée par un séjour en I.P.P.J. [9][9] Institution publique de Protection de la jeunesse dans...

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Une question, dès lors, se pose à nous : cette jeune fille est-elle malade, et donc irresponsable ? Ou responsable ? Auquel cas que fait-elle dans un hôpital psychiatrique ?

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Nous commençons à deviner que le personnel de l’hôpital tente de faire correspondre le profil de cette jeune fille à la réalité de notre institution ou en tout cas de montrer qu’il ne correspond pas à la réalité de la leur, au mépris peut-être de certains constats qui ne nous sont pas transmis. L’hôpital semble soulagé de confier ailleurs cette adolescente pour laquelle il ne parvient plus à envisager d’aide thérapeutique.

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C’est dans ce contexte que nous acceptons cette jeune fille qui, par ailleurs, n’a pas du tout le souhait de quitter l’hôpital où elle vit depuis des années. Elle nous dit, d’ailleurs : « Moi  ? Je suis folle. »

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Sur base de tout cela, et des dires de l’hôpital : « Tout le travail d’intervention que nous avons pu mener est arrivé à ses fins, il n’y a plus de raisons que nous continuions d’intervenir ». Nous décidons de la contrarier : « Non, tu n’es pas folle ! Tu es comme les autres. Et situ viens chez nous, tu seras prise en charge comme toutes les autres filles. Si dans ton évolution, tu crées des problèmes, nous te considérerons comme responsable. Pas comme une malade. »

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Or, la jeune fille, lorsqu’elle s’installe chez nous, se trouve dans une incompréhension totale des raisons pour lesquelles elle quitte l’hôpital. De plus, nous constatons qu’il reste des problèmes dont il n’avait jamais été question, à cause de cette volonté de la faire glisser aux forceps dans une maison d’hébergement telle que la nôtre. Elle souffre d’énurésie, nocturne, mais également diurne et d’encoprésie. Imaginez une jeune fille de seize ans, entourée d’autres du même âge pas particulièrement tolérantes et qui ne peut se retenir d’uriner dans sa culotte, en voiture, dans son lit, et de déféquer dans les poubelles, les douches…

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Nous nous obstinons à lui répéter qu’elle n’est pas folle. Elle s’entête à dire qu’elle l’est. Et puisque nous ne voulons pas la croire, et bien, elle va nous le prouver.

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Et c’est ce qu’elle fait.

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Avec une certaine constance.

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Pendant plusieurs mois, nous sommes face à des comportements invraisemblables et en tout cas insupportables dans une institution d’Aide à la Jeunesse. Elle s’accroche à un pont pour sauter dans le canal, crée des embouteillages au centre de la ville parce qu’elle va sauter sous un bus, s’automutile, répète qu’elle va se jeter de la fenêtre et exerce sa violence sur les autres.

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Son départ de l’hôpital et son arrivée chez nous ne constituent-ils pas une forme de maltraitance susceptible d’amener ce type de comportement, ou du moins de le renforcer ? Ses comportements tendent clairement à nous prouver que c’est bien à l’hôpital qu’elle doit retourner, d’autant que chacune de ses conversations téléphoniques avec les soignants de l’hôpital se conclut par : « Non, non tu ne peux pas revenir ! ! Non, non, tu sais bien qu’on a dit que tu ne reviendrais pas ! ».

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Nous tenons bon et ne l’excluons pas de l’institution ni pour un retour à l’hôpital ni pour un ailleurs.

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Prenons le temps de découvrir son passé.

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Dès sa naissance, cette jeune fille est ballottée de situation difficile en situation difficile. À un an, elle est prise en charge par une famille d’accueil. Si ses dix premières années n’ont pas été faciles, elles étaient néanmoins rassurantes : elle avait un papa et une maman pour elle toute seule. Alors est arrivé un nouveau-né. Ses comportements jusqu’alors difficiles mais raisonnablement acceptables, avec cette angoisse de perdre sa place, se transforment en actes agressifs envers le bébé. Situation évidemment insupportable pour la famille d’accueil, qui n’a d’autre ressort que de l’écarter étant donné la dangerosité de ses actes. Et c’est ainsi que débutent, l’année de ses douze ans, les hospitalisations psychiatriques.

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La jeune fille que nous accueillons est ce que nous appelons une « abandonnique », une personne tant abandonnée qu’elle recherche à tout prix la relation, le lien affectif, mais qui, dès l’instant où il commence à exister, le rompt par peur de souffrir plus encore d’une rupture… qu’elle n’aurait pas décidée.

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Le seul lien qui lui restait, malgré toutes les épreuves qu’elle lui avait fait subir, était celui qui la reliait à cet hôpital. Cette structure très lourde, grâce aux médicaments, au nombre d’intervenants, à un travail certain, avait pu supporter ses différents symptômes. Oui, un lien s’y était créé. Que nous étions en train de rompre…

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Quand le psychologue avait rédigé un rapport positif : Cela va beaucoup mieux. On peut envisager ton départ », elle avait mis le feu à ses cheveux. Comment aurait-elle pu mieux exprimer son angoisse et dire : « Vous voyez bien que je ne suis pas prête ? »

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Cette notion d’abandon nous permet de reconsidérer la situation sous l’angle du lien. Nous nous efforçons de retrouver la famille naturelle. Elle a une maman, qui est là, quelque part, qui n’est jamais vraiment intervenue que de très loin et qui, elle-même, est très limitée, tant sur le plan intellectuel que sur le plan de l’équilibre psychique, avec de longues périodes de prise en charge sociale et psychiatrique. Et si cette maman pouvait (re)devenir un point d’accrochage ? Cela semblait sensé et aurait permis de dépasser le cadre formel de l’intervention. En effet, si l’institution est soumise aux limites de son mandat judiciaire (pour mineures d’âge, notamment), la place d’une mère, elle, ne connaît ni limite d’âge, ni mandat…

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Par ailleurs, comme elle est renvoyée de l’école au bout de quatre jours, nous collaborons avec une structure de jour qui tolère ses comportements, tout doucement l’apprivoise et parvient même à la réinsérer dans le circuit scolaire traditionnel type CEFA [10][10] Centre d’éducation et de formation en alternance pour... avec un stage en milieu professionnel.

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Entre temps, la jeune fille continue à vérifier si nous avons la même capacité que l’hôpital de maintenir un lien. Je ne détaillerai pas les symptômes censés prouver qu’elle était folle, qui nous mettaient dans la quasi-impossibilité de la supporter : taper sur les éducateurs, provoquer des situations de peur généralisées, jusqu’à ce qu’un jour, elle claironne : « Je mets le feu à l’institution… » et qu’elle le fasse.

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Et elle fit même en sorte que ce soit sa chambre et son lit qui commencent par brûler. Quel moyen plus clair de nous dire que nous ne pouvions plus la garder ? Il n’y avait plus de place pour son lit…

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La réaction première, logique et habituelle dans ce genre de situation, eût été le rejet total. Et il est vrai que nous avions bien du mal à continuer à travailler avec elle, là, dans l’immédiat ! Sans parler de l’émeute parmi les jeunes, qui n’avaient, elles, qu’une envie, c’était de lui « faire la peau » ! Comment l’équipe éducative aurait-elle pu imaginer, dans ce contexte, de continuer à travailler avec une jeune fille qui avait mis leur vie en « jeu(x) » ?

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Nous éprouvions tous un sentiment d’impossibilité, d’isolement, de découragement, d’atteinte des limites.

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C’est là que le juge de la jeunesse a pris une décision déterminante.

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Il fallait réagir, et de manière pertinente, et en même temps, ne pas détruire le travail qui pouvait encore se faire, après.

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Il y avait eu transgression massive de la loi et, dès l’instant où nous avions toujours affirmé : « Tu es une jeune fille comme les autres, responsable de tes actes », il était difficile de ne pas lui faire assumer sa conduite ! Elle a donc été orientée vers l’I.P.P.J. de St Servais : quarante-deux jours en section fermée.

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Pendant ce temps là, j’avais la volonté de travailler, avec l’équipe éducative, sur ce fameux lien, entre elle et nous, qui me semblait au centre de la situation. Nous ne devions pas nous arrêter à ce dernier événement, si grave fût-il. Mais que pouvait-on mettre en place ? Il fallait absolument qu’elle n’ait pas réussi dans la rupture du lien et pour cela convaincre les éducateurs de la reprendre ! Les discussions n’ont pas été faciles.

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À force d’en parler, de démonter son parcours depuis son arrivée, la logique de la situation apparaissait. Il ne fallait pas s’arrêter au fait qu’elle venait de commettre, le voir de manière primaire et isolée. Il fallait l’inscrire dans un ensemble, beaucoup plus global.

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L’institution ne doit pas se mettre dans une position de juge et d’acteur de la loi. C’est ce qui nous a guidés.

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Et notre décision, à ce moment là, fut probablement l’acte le plus thérapeutique posé dans toute l’histoire de ce jeune. Nous lui avons dit  : « Oui, effectivement, on te reprend… »

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Cela fut probablement également la plus grande de ses surprises.

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Quand, à l’I.P.P.J, je lui ai répété : « Tu reviens », je pense qu’elle s’est demandée si je n’étais pas fou. Elle s’imaginait encore retourner à l’hôpital. Je ne vous dis d’ailleurs pas l’inquiétude de l’hôpital qui ne le souhaitait pas vraiment…

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Mais, dire : « Tu reviens », c’était trop court. Il fallait avant tout reconstruire l’institution et ne plus prendre le risque de la faire brûler à nouveau. Ce qu’il fallait, c’était repartir, ensemble, mais dans un contexte qui donnait sens à la raison de repartir. Il n’y avait pas que le fait de dire oui. Quoi qu’elle ait fait, elle revenait, mais cela ne signifiait pas qu’elle ne payait pas les conséquences de ses actes. Et il y aurait d’autres conséquences, ne fût-ce que financières, à ce qui s’était passé…

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Mais en pratique ? Quel contexte mettre en place ?

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Nous avons remis l’hôpital autour de la table, en lui forçant un peu la main, il faut bien le dire. Et alors le discours de l’équipe hospitalière est devenu beaucoup plus vrai. « Vous avez vécu ça aussi ! », nous dirent-ils, et la réalité de la trajectoire de ce jeune, et de sa prise en charge nous apparut enfin plus clairement.

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Il devint dès lors possible de mettre en place un vrai trépied, une réelle collaboration triangulaire : entre l’institution dans laquelle elle vivait - même si, répétons-le encore, une institution ne devrait jamais être l’endroit de vie d’un jeune -, l’hôpital - non pas en tant que centre d’hébergement mais pour tout le travail qui peut nous permettre de prendre du recul face à la brutalité des faits – et, comme troisième acteur, le juge de la jeunesse.

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Qui, des trois, devait intervenir ?

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Etant, le « pied » le plus permanent, nous avons repris notre travail d’apprivoisement, de construction du lien. Nous avons pu commencer à construire, avec elle, des perspectives d’avenir, et lui avons ainsi permis d’envisager des lendemains moins angoissants.

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Dans l’année et demie qui suivit, le travail ambulatoire du médecin de l’hôpital psychiatrique reprit de manière très régulière, et ce en collaboration avec notre équipe. C’est ce qui permit le retour aux liens du passé, s’inscrivant dans la logique de ce qu’elle avait vécu, déjà, avec ces mêmes personnes.

101

Par la suite, nous avons recouru, une fois, à une nouvelle hospitalisation de quinze jours.

102

En effet, à l’approche de ses dix-huit ans, une nouvelle peur apparut. Car atteindre sa majorité signifiait un arrêt dans ce chemin parcouru ensemble. Et c’est quand même extrêmement paradoxal quand on sait que ce chemin consistait, justement, à éviter les nouvelles ruptures…

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C’était bien sûr prévisible et nous avions, des mois à l’avance, cherché des ressources, notamment du côté de la maman. Nous avions envisagé tout ce qui lui aurait permis de ne pas se sentir isolée, évoquant même des possibilités d’intervention au-delà de la majorité. Mes propos s’étaient voulus rassurants : « En tout cas, de chez nous, tu ne seras pas renvoyée ! » Mais dix-huit ans était un cap tellement insurmontable pour elle qu’à deux mois de son anniversaire, elle fit une très jolie crise.

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Nous l’avons décodée. Il fallait qu’elle soit à nouveau hospitalisée, non pas parce qu’on pensait que c’était le meilleur endroit pour elle, mais tout simplement parce qu’elle n’était plus en mesure de se gérer, ni nous non plus, d’ailleurs…

105

Une hospitalisation avec une aide médicamenteuse a été mise en place, avec le psychiatre qui avait assuré l’aide ambulatoire, dans une logique très précise, limitée dans le temps et dans ses objectifs.

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Ensuite, pour ne pas la laisser, soudain, livrée à elle-même, le tribunal de la Jeunesse a décidé d’une prolongation. Elle pouvait revenir chez nous.

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Cette décision fut prise là aussi avec des limites très précises. Il s’agissait de nous donner plus de temps pour mettre en place un dispositif qui poursuive nos objectifs : éviter la rupture du lien ! Nous voulions lui trouver un nouvel endroit de vie qui ne soit pas en rupture.

108

Et c’est ainsi que nous avons trouvé un « quatrième pied », un nouveau collaborateur : un service dépendant de l’AWIPH [11][11] Agence wallonne pour l’intégration de la personne ....

109

Notre accueil sans condition s’effectue bel et bien à la condition de ces possibilités de collaboration… Collaborer, en théorie cela semble très complexe. Au quotidien, c’est boire un café, discuter autour d’une table, parfois sans objet, accoutumer quelqu’un à votre présence, l’apprivoiser. À condition que l’autre accepte de vous voir entrer et vous asseoir. On ne s’étonnera d’ailleurs pas de retrouver du lien dans tout cela.

110

Pourquoi le parcours de cette jeune fille reste-t-il gravé dans ma mémoire ?

111

Si notre devoir professionnel et le mandat qui nous est confié nous incitent et nous obligent à trouver les solutions les plus adaptées, il ne faut pas oublier combien le rapport humain - la confiance en ce jeune - doit être une valeur incontournable.

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L’accompagnement de ces « jeunes-très-en-souffrance-et-en-rebellion » est parsemé de quelques instants, rares, que je qualifie de moments magiques. Ce sont des rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte. Des instants uniques où notre réaction, notre réponse, notre attitude, notre positionnement conditionnent l’avenir de ce futur adulte.

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L’accompagnement de cette jeune fille nous a offert quelques instants-clefs où nous ne pouvions en aucun cas ne pas nous montrer à la hauteur. À ces instants, il était impératif d’être là, d’affirmer notre confiance en elle, notre conviction qu’elle « y arriverait », et de le lui prouver par nos attitudes non-rejetantes.

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Dans le cas de cette jeune fille, marginale et limitée, qui aujourd’hui ne recourt plus à tous ses symptômes, qui a cessé de fuir notre monde, vers cette « folie », vers les hôpitaux psychiatriques, l’avenir nous a donné raison.

115

Cette adolescente attend son deuxième enfant, elle se construit une place dans la société…

5 - Conclusion

116

La non-exclusion s’inscrit donc dans une « pédagogie à haut risque » qui, si elle n’offre pas de garantie de succès, nous permet d’entrer en relation et d’aménager les conditions d’une reconstruction de liens chez une adolescente déstructurée et profondément blessée.

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Cette première étape est un peu comme la patiente élaboration d’un terreau propice à la germination d’une graine ou comme le nécessaire assèchement d’un marais avant d’y bâtir une maison. Tout comme la plus précieuse des graines ne germerait pas dans un terreau inadéquat, la plus belle des maisons s’enfoncerait dans un marais. Même si notre action se limitait là, nous aurions fait œuvre utile.

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Dans le meilleur des cas, grâce à cette première étape, il est effectivement possible d’entreprendre un travail éducatif avec une adolescente abandonnique, c’est-à-dire de l’accompagner dans la construction de son autonomie comme actrice dans la société en réalisant ce qui fait d’elle un individu tout à fait singulier…

Notes

[1]

Directeur du Toboggan (Mons, Belgique), Centre d’Accueil Spécialisé. L’auteur interviendra lors du colloque « Accueillir SANS/SOUS conditions » organisé par l’UFTS et la RAJS le 25 mars 2004 à Clermont-Ferrand

[2]

Psychologue au Toboggan

[3]

En Belgique, les Centres d’Accueil Spécialisés ont pour mission d’organiser l’accueil collectif de 15 jeunes qui nécessitent une aide particulière et spécialisée eu égard à des comportements agressifs ou violents, des problèmes psychologiques graves, des faits « qualifiés infraction » répétitifs ou lorsque la demande d’accueil concerne un jeune qui est confié au groupe des institutions publiques de protection de la jeunesse.

[4]

Et en les confrontant à celles d’autres professionnels avec lesquels nous avons réfléchi, entre autres lors de l’écriture d’un livre : « Adolescents difficiles… adolescents en difficulté. Je vais devant ou tu vas derrière ?. Pratiques de travailleurs de l’aide à la jeunesse, » éditions Luc PIRE, octobre 2003.

[5]

Genèse d’une pédagogie de la reliance Isabel sanchez y Roman in « Adolescents difficiles… adolescents en difficulté. Je vais devant ou tu vas derrière ? Pratiques de travailleurs de l’aide à la jeunesse », éditions Luc PIRE, octobre 2003.

[6]

L’exemple clinique que nous évoquons en témoigne.

[7]

Dans le sens de « relier l’adolescente à son environnement pour l’amener à l’autonomie, la maturité et l’épanouissement personnel » comme en parle Isabel Sanchez y Roman cf. « Genèse d’une pédagogie de la reliance in Adolescents difficiles… adolescents en difficulté Je vais devant ou tu vas derrière ? Pratiques de travailleurs de l’aide à la jeunesse », éditions Luc PIRE, octobre 2003

[8]

Cet exemple reprend très largement le récit de Marc Coupez « Elle, la permanence du lien » publié dans Adolescents difficiles… adolescents en difficulté Je vais devant ou tu vas derrière ? Pratiques de travailleurs de l’aide à la jeunesse, éditions Luc PIRE, octobre 2003, p 94 à 102

[9]

Institution publique de Protection de la jeunesse dans laquelle sont placés des jeunes ayant commis un fait « qualifié infraction » (art. 36/4 de la Loi).

[10]

Centre d’éducation et de formation en alternance pour des jeunes âgés de seize à dix-huit ans encore soumis à l’obligation scolaire à temps partiel (mais aussi jusqu’à 25 ans) qui désirent obtenir une formation socioprofessionnelle ou qui ont conclu soit un contrat d’apprentissage industriel, soit une convention emploi-formation dont la composante emploi représente un engagement à mi-temps.

[11]

Agence wallonne pour l’intégration de la personne handicapée

Plan de l'article

  1. 1 - La valse des institutions
    1. 1.1 - Le toboggan
    2. 1.2 - Les adolescentes accueillies
    3. 1.3 - Le renvoi
  2. 2 - Les conditions pour tisser des liens
    1. 2.1 - La non-exclusion, un préalable
    2. 2.2 - Non renvoi ou non-exclusion
      1. 2.2.1 - Accueil sans condition
      2. 2.2.2 - « Écartement temporaire »
    3. 2.3 - Un outil et non un absolu
  3. 3 - Les limites
    1. 3.1 - Du côté des adolescentes
    2. 3.2 - Du côté de l’équipe
    3. 3.3 - Du côté des familles
  4. 4 - Ce que cela nous permet
    1. 4.1 - Du côté des familles
    2. 4.2 - Du côté des éducateurs
    3. 4.3 - Du côté des adolescentes
      1. 4.3.1 - Un exemple clinique
  5. 5 - Conclusion

Pour citer cet article

Coupez Marc, Mongin Diane, « La non-exclusion ou la permanence du lien », Journal du droit des jeunes, 3/2004 (N° 233), p. 26-31.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2004-3-page-26.htm
DOI : 10.3917/jdj.233.0026


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