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Journal du droit des jeunes

2005/8 (N° 248)


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Georges sortait tout juste de son entretien avec son assistant de justice. Quel marrant ce dernier, tombé par erreur dans la soupe de l’aide contrainte. Plutôt un brave type. Tellement mal à l’aise de jouer son rôle de surveillant spécialisé qu’il s’emberlificotait les pinceaux dans des considérations moralisantes à souhait. Comme pour s’excuser ! « C’est pour votre bien », « Vous allez m’obliger à sévir », « Comprenez qu’on ne fait pas cela contre vous ! » ... Mais Georges avait appris qu’il devait manœuvrer : être suffisamment respectueux des conditions fixées par le Juge d’application des peines et empli de contrition pour les marges de liberté qu’il s’était accordées. Il sortit cependant de l’entretien un peu nerveux. L’horloge derrière le bureau égrainait le temps. Cet assistant de justice aimait prendre le temps de convaincre, de s’assurer que son interlocuteur avait bien compris. Il détestait les signes d’impatience. Ils étaient pour lui une contestation de la pertinence de son aide. Georges avait stoïquement résister à sa furieuse envie de crier qu’il était pressé et il s’était rongé le sang. « S’adapter » se répétait-il.

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Il savait que sa femme, Brigitte, l’attendait. Ils avaient un entretien au service de protection de l’enfance auquel ils ne pouvaient arriver en retard. La partie allait y être serrée et ils devaient mettre tous les arguments de leur côté. Quitte à poireauter dans la salle d’attente, eux seraient à l’heure !

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Un an auparavant, lorsque Georges avait été incarcéré, Brigitte avait été suspectée de recel. Une semaine de préventive avait été nécessaire pour que la justice s’aperçoive de sa méprise. Et les gamins avaient été placés « provisoirement » en famille d’accueil. À sa sortie, Brigitte avait tout fait pour récupérer ses enfants. Sans succès. Son énervement, son acharnement à les reprendre avaient même été considérés comme les rebuffades incontrôlées d’une mère potentiellement pathogène. Qu’avait-elle de plus à offrir à ses mouflets ? Son homme en prison, elle n’avait pas de revenu. Son appartement était si étroit que les enfants dormaient dans le salon. Et puis la suspicion de l’assistante sociale qui menait l’enquête sociale l’avait démontée. Un poil et elle l’aurait cognée. Elle avait hurlé, pleuré, menacé, mugi. Cela n’avait rien arrangé. Lorsqu’elle était passée en réunion de formalisation de l’aide devant le responsable administratif, elle n’avait pu qu’accepter que le placement des enfants était une aide, une manière de les protéger. Elle avait signé, marquant ainsi son adhésion à la mesure administrative. La menace du judiciaire avait bien fonctionné. Elle se le reprocherait toute sa vie. Elle en voulait d’ailleurs secrètement à Georges ; quel idiot celui-là, s’être fait prendre pour des bêtises !

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Mais son gamin, Gaëtan, son aîné, lui était resté fidèle. Il avait mis sa famille d’accueil sans dessus dessous. La belle chambre, la maison avec jardin à la campagne, la salle de bain et les week-ends d’excursion n’avaient aucunement mis en sommeil son attachement à sa famille, à sa mère. Tout lui avait été bon pour montrer qu’il ne se sentait pas à sa place. Camille, plus petite, plus calme, avait montré son désarroi en inondant son lit toutes les nuits.

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Ereintée, la famille d’accueil insistait ardemment, depuis peu, pour qu’on envisage une solution plus spécialisée pour Gaëtan. Comme il n’y avait pas de place, le retour en famille était envisagé.

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Et aujourd’hui était le jour de la renégociation. « Se faire petit, reconnaissant, demandeur, … » avaient été les consignes de Georges. Il avait d’ailleurs du sèchement reprendre Brigitte sur le trajet : « Arrête, tu m’agaces. Tu crois qu’on a le choix ? Fais bonne figure où cela se retournera contre nous, le gamin et la gamine !!! »

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Alors l’entretien avait été à la démesure de ce qu’ils attendaient. On leur rappela d’abord que tout avait été fait pour leur bien et surtout celui des enfants. On leur demanda si enfin ils s’en rendaient compte. Georges remercia pour toute cette aide puis expliqua qu’il avait compris le malheur que son comportement avait engendré, qu’il avait beaucoup changé et suivait une psychothérapie (très bon argument). Brigitte, avait-il dit, pensait aller chez un psychiatre pour gérer ses inexcusables colères (excellent). Malgré leurs maigres revenus, ils cherchaient un autre logement (introuvable mais c’est l’intention qui compte). Ils étaient prêts à accepter toute l’aide qu’on voudrait leur proposer. Ils voulaient même bien la demander.

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D’aussi bons sentiments ne pouvaient qu’atteindre la cible : Gaëtan et Camille allaient rentrer. Sur base des avis transmis par l’assistante sociale, le responsable administratif proposait une aide négociée (qui lui apparaissait indispensable) : un éducateur passerait trois fois par semaine pour les aider ! Brigitte avait failli s’étouffer mais Georges avait coupé court à ses résistances. Il avait ponctué les yeux noirs en sa direction : « Nous en avons besoin ! ».

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En sortant, Brigitte était déchirée entre la joie de voir enfin ses enfants revenir à la maison et sa colère d’être rabaissée à une maman qui a besoin d’aide (et qui donc n’est pas une bonne maman !). Georges l’avait sécurisée. Il commençait à connaître la chanson et se rendait compte que dans un tel scénario on ne peut résister. Elle ne comprit pas bien son attitude mais lui fit confiance.

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Ils allèrent boire une tasse de café, se racontèrent leur enthousiasme et aussi leur peur de voir les enfants revenir. Surtout le gamin. Il avait tant changé !

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Ce tête à tête ne put durer. Georges avait son rendez-vous bihebdomadaire chez le psychothérapeute obligé (condition de probation). Un jeune type qu’un de ses copains lui avait recommandé. Il adorait les histoires et celle de Georges aurait inspiré Victor Hugo. Le top, ne devoir faire gaffe à rien. Seulement se laisser aller en mettant ci ou là une note dramatique qui faisait furieusement crayonné le psy.

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En rentrant, Georges soupa avec Brigitte. Le lendemain, il avait rendez-vous avec l’assistante sociale du revenu d’intégration sociale à dix heures. À onze heures trente, il rencontrait l’assistant social des logements sociaux et l’après-midi, il avait un entretien avec la directrice et le psychologue du service d’aide aux familles à domicile (S.A.F.D). Pas question d’aller boire un verre. Il fallait être en forme.

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Ils se couchèrent donc de bonne heure.

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La nuit, Georges se mit à rêver qu’il devenait écrivain. Il couchait sur papier un code de bonne conduite pour les gueux devant vouloir de l’aide. S’égrenaient dans sa tête les règles de savoir-faire-avec :

Code de bonne conduite

Règle 0 : Si vous êtes dépisté, signalé, repéré, catégorisé, stigmatisé, localisé, diagnostiqué, perçu … comme devant vouloir de l’aide, n’opposez aucune résistance.

Règle 1. Toute décision administrative ou judiciaire qui mandate un intervenant psycho-médico-social pour vous aider est énoncée pour votre bien. Ne manifestez jamais aucun doute par rapport à cela.

Règle 2 : Pourtant, ne soyez pas dupe. Même s’il cherche à vous amadouer en cherchant à vous le faire croire, le rôle de l’intervenant psycho-médico-social qui vous reçoit n’est que, tout à fait subsidiairement, de vous aider. Il est là essentiellement pour, subtilement, vous faire accepter que vous êtes éminemment responsable de la situation dans laquelle vous vous trouvez et donc de ce que vous allez mettre en place pour vous en sortir. Soyez responsable !

Règle 3 : Faites semblant que vous êtes potentiellement en besoin d’aide, de son aide. En général, il adore cela. Il vit si mal le fait d’être le gant de velours de la main de fer d’un système qui consiste à mystifier les vraies finalités de la surveillance généralisée qui se met insidieusement en place sur la pauvreté et l’exclusion. Si vous lui flanquez les vrais ressorts de son travail en pleine poire, vous en paierez les conséquences. Soyez bienveillant !

Règle 4 : Ne lui faites jamais confiance. Ne lui dites jamais les vraies raisons de votre déviance ou de votre délinquance, surtout si vous estimez que votre action était la moins mauvaise dans votre situation et pire encore, si vous estimez que c’était la bonne. Il prendra cette position comme un déni de vos responsabilités. Soyez méfiant !

Règle 5 : Mentez, rusez, feintez ! Dites lui ce qu’il veut entendre. Bien sûr vous vous reprochez votre comportement ! ; bien sûr vous êtes coupable, blâmable, fautif, condamnable, punissable de vos actes ! Vous avez besoin d’aide ! Vous apparaîtrez comme un bon déviant ou délinquant qui s’amende. Votre confession, votre contrition, votre adhésion à votre juste pénitence (son aide) et votre repentance devront être convaincantes. Quel art, ni trop, ni trop peu ! ! !

Règles 6 : Mentir, feinter, ruser n’est pas aisé. Certains, déniant les règles du jeu où vous n’avez d’autres opportunités que d’apparaître comme un « bon » déviant ou délinquant qui s’amende, vont tester votre sincérité. N’oubliez cependant pas qu’il existe des personnes trop honnêtes que pour être vraiment honnêtes et des personnes assez malhonnêtes que pour paraître honnêtes. Leurs penseurs écrivent des tas de bouquins pour s’assurer de l’objectivité de leurs constats mais c’est du pipeau. Tout est art de le convaincre que vous êtes sincèrement et spontanément ce qu’il faut que vous soyez. Soyez perspicace !

Règle 7 : Ne croyez surtout pas qu’être vraiment honnête est une position intelligente. Le travailleur social n’a aucun moyen de différencier celui qui simule, du vrai bon déviant/délinquant repenti. Tout est appréciation. Créer la bonne, vraie ou non, illusion de vérité est un sacré défi. Soyez empathique et stratège !

Règle 8 : Une bonne piste : repérer chez le travailleur social les terrains de prédilection, voire les formations psycho-médico-individualisantes qu’il suit ou a suivies. Il suffit à cette fin de percevoir ce qui se cache derrière ses entrées en matière, ses questions. S’il vous parle de vos pulsions, courrez chez votre libraire, achetez le QUE SAIS-JE de la psychanalyse. S’il se centre sur votre famille : QUE SAIS-JE sur l’approche systémique. S’il est fada de votre histoire : QUE SAIS-JE sur les thérapies transgénérationnelle. S’il s’intéresse à votre délit et votre sentiment par rapport à celui-ci : QUE SAIS JE sur la « restaurative justice » [1] , … Sachez qu’une enfance difficile, des parents foireux, une fratrie à problème, une tante suicidaire sont des atouts. Faites cependant gaffe : en dire trop pourrait lui laisser croire que vous cherchez à échapper à vos responsabilités. Terminez au moins votre vraie fausse histoire par une phrase du type : « mais cela ne m’excuse pas ; je n’aurais pas du, … ». N’oubliez pas, de plus, que certains sont saturés d’histoires sordides. Calibrez. Au moindre signe de lassitude : changez de scénario ! Soyez attentif !

Règle 9 : Face à la pénitence qui vous est imposée (son aide plus certaines conditions) et dont il est le garant de contrôle et d’exécution, ne vous montrez pas docile et soumis. Si certains peuvent se satisfaire de cette base attitude, la commande institutionnelle qui leur est faite est tout autre. Ils sont dans un système où on leur demande de vérifier votre adhésion. Soyez spontanément, volontairement volontaire.

Règle 10 : Rappel : ne vous cherchez pas d’excuses, ne tentez surtout pas de justifier vos actes par votre isolement social, le chômage, la désertification de votre quartier, la précarité de votre situation, les injustices sociales dont vous êtes victime … Il ne pourra y voir qu’ une stratégie pernicieuse pour éviter de porter la pleine responsabilité de vos actes. Soyez un bon exclu, un bon déviant, un bon délinquant qui ne se trouve aucune excuse. Soyez repenti !

Règle 11 : Sachez que l’intervenant qui vous reçoit travaille en réseau. Il a des contacts avec des travailleurs psycho-médico-sociaux d’autres services d’ « aide ». Bien sûr, ils ont ensemble des tas de théories sur le secret professionnel. Sachez que celle à la mode est celle du secret partagé. Quel pied, tant que c’est pour votre bien et inventer une meilleure manière de vous aider, tout ou beaucoup se justifie. Choisissez les secrets que vous dites à certains (ils sont très flattés) sachant que vous avez de forte chance qu’ils les apprendrons tous. Soyez (pseudo) transparent !

Règle 12 : Si vous êtes poly-aidé, mettez le doigt sur leurs contradictions mais surtout sans avoir l’air de le faire. Des phrases du type : « Oui vous avez raison, je me rends compte que votre collègue n’avait pas tout compris ! ! ! » ou « Je me rends compte en discutant avec vous que votre collègue à tort mais je suis bien perdu avec tous ces avis » vous donneront une marge de manœuvre. Le temps qu’ils se mettent d’accord, vous aurez gagné pas mal de temps. Soyez finaud !

Règle 13 : Même si vous n’avez pas grand chose à faire pour être suivis par une multitude de travailleurs psycho-médico-sociaux (Vos problèmes nécessitent évidemment de multiples interventions : PMI [2] , SEF [3] , DIPAS [4] , PJJ [5] , éducateurs de prévention, psychologue CAMSP [6] , assistant social de l’hôpital, psychiatre…), n’ayez aucune crainte à les multiplier. Bien sûr cela vous posera un problème d’agenda, mais bon, on ne peut pas avoir la paix sans en payer le prix. Soyez organisé !

Règle 14 : Sachez que votre présentation compte. Trop chic, peu de chance d’apitoiement. Trop sale, peu de chance de sympathie. Trop sympathique, manipulateur ; trop distant, peu engagé ; trop révolté, résistant ; trop à l’aise, effronté ; trop blagueur, inconscient ; … L’art somme toute n’est pas d’être vous mais d’être ce qui le met à l’aise et lui donne envie de vous aider !

Règle 15 : Vous êtes face à un professionnel qui se réjouit que votre rédemption (une rémission parfois leur suffit) soit aussi due à son intervention. C’est tout de même un être humain qui a fait des tas d’études voire des formations complémentaires pour vous aider ! Soyez sympa ! Pseudo-suivez ses conseils (quirestent souvent des propositions qui ne lui seraient pas utiles s’il était dans votre situation) et remerciez le. Soyez reconnaissant !

Règle 16 : Si rien ne marche et que vous n’arrivez pas à calmer son ardeur à vous contrôler -je glisse - à vous aider, psychiatrisez-vous ! ! ! Piste dangereuse mais infaillible. C’est le sommet de leur mise en échec.

Règle 17 : Trouvez vous un psychiatre qui comprend votre détresse. Il vous médicalisera. Y a pas grand chose à faire. En général avoir un rendez-vous est l’étape la plus difficile ! Il aura un quart d’heure à vous consacrer et vous fera entrer dans le DSM 4 [7] (merveilleux dictionnaire des étiquettes qui font de vous un « bon-exclu-qui-n’en-peut-pas-grand-chose-de-sa-situation-puisque-sa-maladie-explique-celle-ci »). Si vous n’êtes pas créatif pour simuler une bonne pathologie (donc une pathologie qui intéresse ce psychiatre), des idées suicidaires sont souvent une bonne indication de soin. « Pathologisez-vous ! »

Règle 18 : (re)Faites gaffe. Il y a des problèmes psychiatriques qui font peur aux travailleurs sociaux. La schizophrénie les tétanise. La psychose les effraie. Les border-line les inquiètent (C’est mieux). Les toxicos les ennuient. Les obsessionnels les questionnent ( assez bon !). Les dépressifs les apitoient ou les énervent (à vous de percevoir). Les maniaco-dépressifs les désarçonnent (pas mal, vous pourrez passer, selon, d’un état à l’autre) … Soyez à nouveau perspicace en veillant bien de ne jamais mettre trop en difficulté votre aidant.

Règle 19 : Vous n’êtes pas obligé d’être vraiment ce qui est le plus adapté que vous apparaissiez. Le statut de bon exclu se mérite mais ne nécessite pas que vous vous dégradiez vraiment.

Règle 20 : Bon conseil ! Constituez vous un réseau de potes qui subissent comme vous ces contraintes d’aide. Avec eux, vous pourrez rire de tout cela. Autour d’un pot, il y a moyen de se fendre la poire.

Sans cela vous risquez de vraiment devenir ce qu’il faudrait seulement que vous apparaissiez. Protégez vous par un réseau de potes !

Règle 21 : Sachez que les travailleurs sociaux sont majoritairement intelligents et sont catastrophés des règles complètement affolantes du jeu au sein duquel ils plongent avec vous. Pour ne pas en pleurer, comme vous ils en rient. Mais bien sûr, ils ne peuvent vous dire cela et vous ne pouvez leur dire. Il y a des idées qu’on ne partage pas ; même entre gens intelligents.

[1]

Très à la mode actuellement.

[2]

PMI : protections maternelles infantile

[3]

SEF : service à l’enfance et à la famille

[4]

DIPAS : direction de la prévention et de l’action sociale

[5]

PJJ : protection judiciaire de la jeunesse

[6]

CAMSP : centre d’action médico-sociale précoce

[7]

DSM 4 : diagnostic and statistical manual of mental disorders

15

Georges se réveilla. Il riait à tue-tête. Brigitte le regardait interloquée. Il lui expliqua son rêve. Brigitte lui demanda de jurer qu’il ne parlerait jamais de cela à personne. Elle conclut : « Peut-on rire de tout ? ».

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« Cela dépend avec qui », répondit-il.

17

Ils se serrèrent dans les bras et finirent la nuit sereinement. La journée allait être importante.

Notes

[*]

Auteur de Sil te plaît, ne m’aide pas ! L’aide sous injonction administrative ou judiciaire, Éditions Érès et Jeunesse et droit, ISBN : 2-86586-947-4.

Pour citer cet article

Hardy Guy, « Le crépuscule des gueux. Pas sûr ! Pamphlet ? Pas sûr non plus ! », Journal du droit des jeunes, 8/2005 (N° 248), p. 7-9.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2005-8-page-7.htm
DOI : 10.3917/jdj.248.0007


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