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Journal du droit des jeunes

2005/9 (N° 249)


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Le Chanmurly est l’exemple type d’une association ayant commencé à intervenir avant la « déjudiciarisation » et qui a vu son fonctionnement largement bouleversé après le décret de 1991. Les professionnels qui y travaillent ont vécu avec satisfaction ces transformations, mais en mesurent aussi les limites.

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Lors de sa création, en 1974, le Chanmurly était un établissement ressemblant à tant d’autres : un centre résidentiel accueillant une centaine d’enfants. Au début des années 1980, une première décentralisation permet de faire éclater ce gros internat en quatre maisons de quinze lits, répartis sur tout le territoire de Liège, avec pour objectif affiché de se rapprocher du lieu de vie des enfants. La structure a ensuite suivi le vaste mouvement de « désinstitutionnalisation » qui s’est emparé de la Belgique, dans la dernière décennie du XXème siècle.

Un corps d’inspecteurs très présent

En Belgique, l’agrément d’une association doit d’abord passer sous les fourches d’un inspecteur, du Conseil d’arrondissement d’aide à la jeunesse et d’une commission d’agrément, avant d’être soumis au ministre de tutelle pour décision. Il existe comme en France un corps d’inspecteurs chargé de vérifier la gestion comptable. Mais, tous les trois ans, chaque établissement devant faire l’objet d’une évaluation globale, une équipe de dix inspecteurs pédagogiques assurent le suivi des établissements et services. Ils ont un pouvoir contraignant sur leur mode de fonctionnement. Outre l’inspection triennale obligatoire, ils viennent rencontrer tout nouveau directeur nommé et apportent leur avis sur toute action particulière proposée.

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Depuis 1991, l’hébergement ne concerne plus que treize des 39 prises en charge reparties sur trois entités distinctes de la même association. Le résidentiel est conçu avant tout comme un simple filet de sécurité, l’objectif étant bien de travailler à la réinsertion dans la famille d’origine : permettre à chacun de se réparer de son côté, avant et afin de mieux se retrouver.

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Deux autres services proposent des actions que l’on peut comparer à nos AEMO ou nos Aides éducatives administratives : l’un relève de la logique des centres d’orientation éducative (axés sur le travail autour de la parole), l’autre des services d’aide et d’intervention éducative (visites dans la famille, accompagnement du mineur et des parents dans les actes de la vie quotidienne etc.).

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Le quatrième dispositif concerne la prise en charge des jeunes en grande difficulté, ces fameux « incasables » que l’on connaît bien aussi de l’autre côté de la frontière. Dans un cas, comme dans l’autre, l’on retrouve la même philosophie : « avant le début de la prise en charge, nous organisons une négociation, entretien auquel sont conviés le mineur ou le jeune, toutes les personnes « importantes » par rapport à la situation (les parents, la famille élargie, le réseau…) le représentant de l’autorité et un ou plusieurs membres de notre service ».

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La méthodologie suivie relève de la stratégie des interventions brèves : agir sur les symptômes. Dès qu’un mieux-être peut être établi et qu’un rééquilibrage peut être attesté, un terme est mis à l’intervention. Le professionnel se doit d’occuper une position de recul et de non substitution, favorisant l’ouverture et l’émergence des potentiels des membres de la famille.

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Les professionnels du Chanmurly s’affirment satisfaits du tournant officialisé par le décret de 1991. Ils reconnaissent toutefois que la suppression des 1.000 lits sur les 4.000 qui existaient en communauté française les plonge aujourd’hui dans de sérieuses difficultés : la Communauté française de Belgique ne sait plus répondre, en temps réel, aux besoins. Il n’y a plus de places nécessaires pour accueillir des enfants quand les séparations s’avèrent indispensables. Si, dans le travail en milieu familial, un délai de trois à six mois est souvent imposé avant qu’une prise en charge puisse se réaliser, certaines maisons d’enfant imposent une liste d’attente de un à deux ans avant de pouvoir accueillir un mineur.

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Ceci incite à trouver les alternatives et explique notamment que les internats scolaires ont hérité, ces dernières années, de situations d’enfants en grande difficulté sociale et au comportement de plus en plus ingérable. Quant à l’accueil d’urgence, il est très difficile à assurer. Les centres prévus à cet effet étant saturés quasiment en permanence, ce sont les services de pédiatrie qui sont sollicités à cet effet. Même si la Communauté française de Belgique souffre, tout comme son voisin français, d’un manque de moyens accordés au social, on retrouve peut-être dans la pénurie reconnue par les acteurs, la face obscure de la « désinstitutionnalisation » !

Les prix de journées belges

Combien perçoivent les services éducatifs en Belgique ? Cela va du plus cher : 495 • pour les centres fermés au moins cher : de 12,5 à 25 • pour les services d’aide en milieu ouvert, en passant par des prix moyens : 62 • pour un hébergement classique et 124 • pour un hébergement d’urgence. Le ratio de l’hébergement classique s’élève à 6,5 éducateurs pour 10 jeunes accueillis, celui de l’hébergement spécialisé de 10 éducateurs pour 15 jeunes. Les professionnels du social travaillent 38 heures par semaine et bénéficient de 5 semaines de congés payés.

Pour citer cet article

« Une association engagée dans la protection de l'enfance », Journal du droit des jeunes, 9/2005 (N° 249), p. 24-25.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2005-9-page-24.htm
DOI : 10.3917/jdj.249.0024


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