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Journal du droit des jeunes

2006/2 (N° 252)


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Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, je ne me rappelle pas avoir vécu une année aussi régressive en matière éducative que l’année 2005.

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Récapitulons le plus brièvement possible avant de tenter une analyse :

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- Dès son arrivée au Ministère, François Fillon avait, en même temps, pris ses distances avec le « Rapport Thélot » et confirmé les choix pédagogiques de son prédécesseur, en particulier sa méfiance à l’égard des « méthodes nouvelles » ( !).

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En décembre 2004, il propose la suppression des Travaux personnels encadrés (TPE) en terminale pendant que, partout, les moyens sont réduits pour les dispositifs du même ordre (comme les Itinéraires de découverte au collège). Les professeurs pétitionneront et les lycéens manifesteront pour le maintien des TPE : en vain ! Il faut supprimer les TPE ! Pas pour une question d’économie, comme on veut nous le faire croire (on aurait pu, pour cela, prendre des moyens sur le « suivi individualisé » en seconde dont chacun s’accordait à reconnaître qu’il fonctionnait moins bien que les TPE), mais pour une question de principe : les TPE sont inacceptables, surtout en terminale, l’année du « vrai » baccalauréat ! Il s’agit, en effet, un travail d’équipe, mettant en œuvre une démarche expérimentale et des recherches documentaires, permettant aux lycéens de s’impliquer dans un « chef d’œuvre » qui ne pourra pas être évalué selon les critères traditionnels de simple conformité à la norme ! Un travail qui rompt avec la « pédagogie bancaire » dominante. Bref, un scandale en soi quand on n’a comme seuls mots à la bouche « restaurer l’autorité » et qu’on a délibérément choisi de ne pas restaurer l’autorité du savoir et de la culture, mais celle de ceux qui « en imposent »… dans l’économie, dans les médias, dans l’école.

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- Vote de la « Loi d’orientation sur l’avenir de l’école » en mars.

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Malgré le battage médiatique et l’habileté politique de François Fillon, aucun Français aujourd’hui – ou presque – ne saurait dire quel était le fil directeur de cette loi. Quand le même ministre avait fait voter, quelques mois plus tôt, la loi sur les retraites, les Français s’y étaient, pour beaucoup, opposés, mais, au moins, en avaient-ils compris l’enjeu et le principe. Ici, s’agissant d’un point encore plus important que celui du paiement de nos futures pensions – il s’agit de l’avenir de nos enfants – personne ne comprend de quoi il en retourne ! Nous sommes, décidément, une société vieille et fatiguée, plus préoccupée de toucher ses « gages » que de préparer l’avenir !

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- Avec beaucoup de bonne volonté, cependant, on peut trouver, dans la « loi Fillon » cinq mesures « phares » (quoique le terme soit, ici, particulièrement inadapté).

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1) Première mesure : l’affirmation de la nécessité de définir un « socle commun de connaissances » que chaque élève devra avoir atteint. Que savons-nous de ce « socle ». D’abord, qu’il ne se confond pas avec les objectifs de la scolarité obligatoire : il y aura donc une instruction obligatoire « développée », pour les futures élites, et une instruction obligatoire réduite au minimum pour les futurs exclus : ou comment faire de la ségrégation objective en affichant une volonté de diminuer les écarts ! Nous savons aussi que ce « socle commun » sera réduit à des savoirs très largement fonctionnels (les arts et l’éducation physique en sont exclus) : alors que, justement, les élèves en difficulté auraient besoin d’une ambition culturelle forte, d’un détour par l’expression artistique et les grandes œuvres de la culture, pour se réconcilier avec l’école. Nous ne savons rien, en revanche, sur la manière dont vont être repensées les pratiques pédagogiques et l’organisation de l’école pour garantir l’acquisition de ce « socle ». Cela, c’est affaire de « pédagos » et, sur ces questions, on en reste aux « bonnes vieilles méthodes qui ont fait leur preuve ».

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2) Deuxième mesure : on nous promet la mise en place des « programmes personnalisés de réussite éducative », du « soutien », comme on disait dans la Réforme Haby, qu’on mettra en place pour aider les élèves en difficulté. On s’apprêtait à se demander comment mettre en œuvre ce dispositif afin qu’il s’appuie sur un travail d’équipe et contribue à « différencier sans exclure » (l’obsession des « pédagos » depuis bien longtemps) quand – patatras ! – on apprend que les PPRE ne verront le jour que plus tard, qu’ils ne sont pas vraiment d’actualité et qu’en attendant, les crédits prévus sont dévolus au « Plan Boorlo » : il s’agit d’ « externaliser » le traitement de l’échec scolaire et de mettre à contribution les collectivités territoriales. C’est mieux que rien, évidemment, et il faudra se battre pour que les crédits du « plan Boorlo » soient utilisés le moins mal possible… Mais voilà qui en dit long sur le renoncement à combattre l’échec scolaire dans l’école !

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3) La troisième mesure significative de la « Loi Fillon » est l’intégration de chaque institut universitaire de formation des maîtres dans une université. Voilà une mesure symbolique pour frapper au cœur du « pédagogisme », mais une mesure qui pose bien plus de problèmes qu’elle n’en résout : quelle université remportera le pactole et ne vont-elles pas se déchirer au moment où, précisément, elles devraient unir leurs efforts ? Et puis, comme on ne touche ni la place ni la structure des concours, la formation en IUFM va rester globalement la même : une année de bachotage et une année de stage… pendant laquelle quelques « enseignements » viendront répondre aux injonctions ministérielles sur les « priorités nationales » : la sécurité routière, la méthode syllabique, l’enseignement du fait religieux, le partenariat avec les entreprises, etc. À quand une vraie formation professionnelle en alternance, organisée autour de la résolution des problèmes professionnels, sur deux ou trois vraies années ?

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4) et 5)… Il reste deux mesures, démagogiques l’une et l’autre, et pour flatter symétriquement les électeurs parents et enseignants : l’obligation de remplacement des professeurs absents (par « réquisition », quand il aurait fallu, au contraire, promouvoir le vrai travail d’équipe avec des maîtres surnuméraires)… et le dernier mot donné aux professeurs dans les décisions de redoublement : « parce que, quand même, ça commence à suffire que les parents fassent la loi ! »… Tout ça fait une loi ou, plus exactement, ne fait pas une loi : un ensemble de mesures sans ambition ni perspective, incapables de mobiliser personne. D’ailleurs connaissez-vous quelqu’un qui se soit mobilisé pour défendre et mettre en œuvre la « loi Fillon » ?

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- En tout cas, ce n’est pas Gilles de Robien ! À peine arrivé rue de Grenelle, ce dernier a commencé par dire qu’ « il était là pour écouter » et à laisser entendre qu’il ne se sentait pas vraiment engagé par la loi portée par son prédécesseur : bel exemple d’éducation civique pour des élèves qui se demandent de plus en plus comment il se fait qu’eux doivent obéir à la loi, alors que tant d’autres s’en exonèrent…

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- Vient ensuite une rentrée techniquement sans problème majeur, malgré les réductions de postes que doivent absorber plusieurs académiesmais une rentrée morose.

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De toutes parts, on entend que les enseignants sont désabusés, voire déprimés. Malgré les déclarations d’amour de certains sondages qui semblent, au contraire, confirmer l’estime des Français pour le corps enseignant, ce dernier « n’a pas la pêche ». Dans les écoles, les collèges et les lycées, à de rares exceptions près, on « survit ». Pas de révolte, mais pas de dynamique non plus… et, quelques semaines après la rentrée, la fatigue déjà. L’École française n’a plus d’horizon, plus de perspectives claires. Elle s’englue dans une gestion policée mais insignifiante. Et, comme chaque fois dans les périodes où manque un cap politique clair, les hiérarchies intermédiaires récupèrent le pouvoir et se durcissent dans des logiques de territoire.

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- Et voilà que surviennent les « violences urbaines » (ceux qui parlent d’« émeutes urbaines » n’en ont visiblement jamais vues) !

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Des enfants, des adolescents – dont on sait aujourd’hui qu’ils n’étaient téléguidés par aucune organisation – basculent dans la violence aveugle. Et, contre toute attente, le Premier ministre en personne annonce que, pour lutter contre ces phénomènes, il faut mettre en place l’apprentissage dès quatorze ans… On tranchera, quelques jours plus tard, à quinze ans. Mais peu importe : il y aura bien des contrats de travail possibles avant seize ans. C’en est fini de la scolarité obligatoire, du projet d’élever le niveau des Français, de leur proposer plus de savoirs et de culture pour plus de démocratie. Un bond de cinquante ans en arrière ! Et, pratiquement, sans aucune réaction politique ! Normalement, si nous avions été réveillés et un peu moins fatigués, une telle mesure, avec son immense charge symbolique, aurait dû mettre un million de Français dans la rue. Au lieu de cela, rien ! Le silence de nos élites. Un sondage qui montre que 73 % de nos concitoyens considèrent cette mesure comme bénéfique (sans doute pour les enfants des autres !). Avec François Jarraud, le responsable du Café pédagogique, nous décidons de réagir et je publie un texte sur mon site le lundi 14 novembre. Ce texte sera repris par de nombreux médias et je donnerai, à partir de lui, de nombreux entretiens. Chaque fois, je pose la question au journaliste : « Pourquoi me solliciter moi qui me suis déjà exprimé sur cette question ? » Et la réponse est toujours la même : « Parce qu’on ne trouve pas d’autre personnalité sur cette question ! ». C’est faux, évidemment : les journalistes sont souvent paresseux et préfèrent solliciter toujours les mêmes personnes plutôt que de se lancer dans des recherches… Mais c’est néanmoins significatif : la mesure qui marque fondamentalement le renoncement à l’idéal d’« une démocratie par l’école » (idéal hérité de Condorcet mais aussi de Rousseau, de Ferry mais aussi de Hugo, de Léon Blum mais aussi du Général de Gaulle) apparaît comme « normale » : un petit aménagement technique, rien de plus ! On passe la marche arrière et personne ne voit que notre avenir est en jeu. On « soigne » la violence par « moins d’école » et nul ne se rend compte que c’est le fondement même de ce que nous nommons « civilisation » - et dont on sait la fragilité – qui est nié.

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- Bien sûr, le gouvernement va prendre d’autres mesures, en particulier sur la question des Zones d’Éducation prioritaire :

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Resserrement des moyens sur les établissements les plus difficiles, mise en place de « contrats sur la durée » avec les collèges, tentative pour stabiliser des enseignants chevronnés dans les lieux les plus sensibles, soutien financier plus individualisé aux « élèves méritants » et – cerise sur le gâteau – autorisation, pour les élèves ayant eu les meilleures notes au Brevet, de déroger à la sectorisation et d’intégrer les classes de seconde des lycées de centres villes ! Nous changeons radicalement de cap et, là encore, sans que les enjeux en soient clairement identifiés. On nous explique : « Il ne faut plus aider les territoires, il faut aider les personnes ». Qu’est ce que cela veut dire concrètement ? Qu’on laisse à l’abandon des pans entiers de nos villes qui ont justement besoin de plus d’État, de plus d’équipements culturels et sportifs, de plus d’associations, de plus d’éducateurs de rue et de plus d’École ? Qu’on donne aux « meilleurs » l’autorisation de « sortir » de ces territoires… au risque qu’ils s’enfoncent encore plus dans la ghettoïsation ! Il faut en finir avec cette hypocrisie : la politique qui nous est proposée ici, quels qu’en soient les habillages, n’est plus une politique de solidarité nationale. C’est une politique qui organise la concurrence entre les exclus pour obtenir la paix sociale : vieille technique bien connue dans tous les systèmes pénitentiaires et concentrationnaires…

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- On en était là quand Gilles de Robien prit l’initiative d’interdire « la méthode globale » et d’imposer « la méthode syllabique ».

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Préparée depuis de longs mois par les assauts médiatiques de quelques « professeurs de base » habitués aux succès de librairie, cette décision fit sauter les standards téléphoniques de toutes les radios et provoqua une quantité invraisemblable de réactions en chaîne. Ce fut un coup de tonnerre qui réveilla la France éducative endormie… Qu’on ne se méprenne pas : je n’ai aucune sympathie pour le B.A. BA… Et, si je ne suis pas un spécialiste de la lecture, je connais assez l’histoire des idées pédagogiques pour comprendre les enjeux qui se cachent derrière cette authentique régression (ce n’est pas l’interdiction de la « méthode globale » au sens strict – depuis longtemps abandonnée en France – qui est une régression, c’est, bien évidemment, le fait d’imposer la seule méthode syllabique). Comme Emmanuel Davidenkoff l’a facétieusement montré sur son blog, cela n’était, d’ailleurs, au programme que d’un seul parti, le Front national ! Bien évidemment, tous les adversaires de la méthode globale ne sont pas au Front national… Mais il conviendrait quand même de se demander pourquoi ce parti était sur ces positions : sont-ce des raisons de bon sens où se retrouveraient facilement Gilles de Robien et tous ceux qui le soutiennent (il n’est pas interdit de penser comme un membre du Front national… quand ce dernier prétend que 2+2 font 4 !) ? Ou bien, y a-t-il des raisons idéologiques liées à l’identité de ce parti et qui devraient alors inquiéter sérieusement ceux qui se retrouvent sur ses positions ? Plus fondamentalement, je crois qu’il faut interroger les conceptions pédagogiques de Gilles de Robien : derrière cette interdiction que cache-t-il comme convictions ? Sur ce qu’est enseigner et apprendre ? Sur ce qu’est transmettre une culture ? Sur ce qu’est former un citoyen ? Sur ce que doit être une école ?

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- Car, venant à la fin d’une année particulièrement catastrophique sur le plan pédagogique, la question des méthodes de lecture ne doit être l’arbre qui cache la forêt. Ce qu’il nous faut dénoncer, ce n’est pas seulement un oukase absurde d’un ministre mal informé, c’est une politique éducative globalement régressive. Une politique qui est, en réalité, un renoncement à éduquer :

  • Renoncement à éduquer quand on supprime les travaux personnels encadrés, qui favorisaient la démarche collective de recherche de la vérité, au profit du bachotage traditionnel.

  • Renoncement à éduquer quand on se contente de garantir à tous un « socle » de savoirs fonctionnels déconnectés de la culture qui leur donne sens.

  • Renoncement à éduquer quand on laisse les établissements se ghettoïser de plus en plus, dans l’enseignement privé comme dans l’enseignement public, et qu’en favorisant toujours « l’entre soi » on interdit la découverte de l’altérité.

  • Renoncement à éduquer quand on se propose d’installer, dans des lycées qui n’ont pas d’infirmière ou de Conseiller d’éducation, des permanences de la police.

  • Renoncement à éduquer quand on conçoit l’apprentissage de la lecture comme la simple inculcation de mécanismes.

  • Renoncement à éduquer quand on imagine réduire la formation du citoyen à l’apprentissage de La Marseillaise.

  • Renoncement à éduquer quand on diminue l’âge de la scolarité obligatoire au lieu d’aménager celle-ci pour qu’elle offre à tous les élèves les moyens d’accéder aux fondamentaux de la citoyenneté.

  • Renoncement à éduquer quand, plus globalement, on préfère toujours l’exclusion à la formation, l’expulsion à l’intégration, la sanction qui humilie à la sanction qui intègre…

- Il faut, bien sûr, résister à ces renoncements, à ce renoncement du pari dans l’homme et dans l’avenir… Et il faut aussi se battre pour faire, sans cesse et obstinément, émerger les enjeux éducatifs dans l’opinion publique.

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Je crois que nous ne l’avons pas fait assez. Les « pédagogues » n’ont pas été assez « politiques » : ils n’ont pas suffisamment su dire ce qui les animait et quelles étaient leurs valeurs… Au point que des hommes et des femmes loyaux et de bonne foi ont pu se laisser convaincre par des discours simplistes et populistes sur la baisse du niveau et la restauration de l’autorité. Mon échange avec Bernard Langlois dans Politis est, à cet égard, significatif : l’homme n’est pas suspect d’être « réactionnaire » et, pourtant, il se fait l’écho des thèses les plus vieillottes sur l’incompétence des instituteurs (« ces incapables prétentieux », comme on disait, il y a déjà un siècle), la baisse du niveau (sans préciser de qui…), le dressage pédagogique des enseignants par les « gourous des sciences de l’éducation » (comme si ces derniers avaient le pouvoir !), etc. Bernard Langlois ne dit pas un mot du recul sur la scolarité obligatoire et il charge massivement la méthode globale ! Comment a-t-on pu en arriver là ?

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- C’est que nos adversaires ont un pouvoir d’autant plus important qu’ils ne s’embarrassent pas de scrupules scientifiques, éditoriaux, voire moraux.

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Pour eux, l’exemple vaut la preuve et l’anecdote, pourvu qu’elle soit assez racoleuse, fait fonction d’argument. Face au spectacle assez pitoyable de ces ouvrages déjà écrits, qui se succèdent d’année en année et dont les tirages atteignent des chiffres astronomiques, certains d’entre nous (les meilleurs ?) ont tendance parfois à jouer la réserve, voire le mépris : pourquoi répondre ? Et à quoi bon répondre ? Répondre, c’est se laisser entraîner sur le terrain et dans la rhétorique d’un adversaire qui, médiatiquement, aura toujours raison. Certes. Et j’ai tendance à penser, moi aussi, qu’il ne faut pas répondre. Ne pas valoriser, en les prenant comme des interlocuteurs respectables, des auteurs qui ne daignent pas citer leurs sources… quand ils n’inventent pas, tout simplement, des faits. Ne pas se laisser emporter par ce que j’ai nommé, dans ma réponse à Bernard Langlois, cette « sarkosyzation » du débat public : dire n’importe quoi, faire de la surenchère, jouer la formule contre la pensée complexe, désigner des boucs émissaires pour ne pas avoir à s’interroger sur nos responsabilités, etc.

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Mais ne pas répondre, ce n’est pas nécessairement se taire. D’autant plus qu’il ne faut pas être naïf sur le pouvoir des médias : j’ai la profonde conviction que, sans le rouleau compresseur médiatique de ces derniers mois, sans le consensus antipédagogique de la presse bien-pensante (du Nouvel Observateur à Valeurs actuelles, du Point à Télérama, du Figaro à Marianne, de France 2 à M6 et à France Culture…), le ministre n’aurait jamais osé prendre les positions qu’il a prises. Le discours anti-pédagogique a fini par s’imposer comme la norme, c’est « ce qu’il faut penser » et il en convainc chacun d’autant plus aisément qu’il se présente comme « marginal » et même « persécuté » : « On nous empêche de parler… Les pédagogues s’imposent partout dans l’Éducation nationale, ils font régner un véritable terrorismeLe bon sens, la vrai liberté, c’est nous ! » Vieille ficelle rhétorique, vielle théorie du complot qui consiste à donner un pouvoir immense à son adversaire pour mieux l’abattre ! Mais ces méthodes sont efficaces et installent un climat où le pire peut advenir : l’examen d’entrée en sixième demain, les tests pour entrer au CP après-demain, le « chèque éducation » en 2007 avec le financement du homeschooling, la dénonciation, au passage, de la Convention des Droits de l’enfant et, au finish, une privatisation complète – plus ou moins officielle – de l’Éducation nationale ! « Le pire n’est jamais sûr »… Mais il risque de devenir possible, voire probable, si nous ne faisons rien. C’est pourquoi il nous faut réagir. Non pour « répondre » aux anti-pédagogues, mais pour témoigner qu’une autre manière de penser existe et qu’elle est féconde. À nous maintenant d’écrire et de prendre la parole pour témoigner de ce que les hommes et les femmes peuvent faire, quand ils sont solidaires et se coltinent la réalité du monde, quand ils sont inventifs et tentent, par l’éducation, de combattre contre toutes les formes de fatalité et de tyrannie.

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- À bientôt donc, non pour répondre aux « anti-pédagogues », mais pour, à nouveau, prendre la parole en pédagogues, fiers de l’être ! En 2006, c’est ce que je nous souhaite.

Notes

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Directeur de l’IUFM de l’Académie de Lyon.

Pour citer cet article

Meirieu Philippe, « 2005-2006 : Peut-on tomber plus bas ? », Journal du droit des jeunes, 2/2006 (N° 252), p. 7-10.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2006-2-page-7.htm
DOI : 10.3917/jdj.252.0007


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