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Journal du droit des jeunes

2006/4 (N° 254)


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Si la table ronde avait pour objet d’insister prioritairement sur l’importance partagée par tous de la prévention, il me paraît que la question de l’amplification du champ de l’intervention joue depuis l’action sur l’environnement social des familles jusqu’à la mise en œuvre effective de la protection administrative des enfants.

La « prévenance » avant la prévention

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L’action sur l’environnement social des familles : beaucoup parlent de repérer, de détecter le plus tôt possible, dans une logique dite de prévention, ce qui peut être de nature à conduire l’enfant au risque et au danger. On ne doit pas oublier que lorsque l’enfance est en souffrance, ce sont souvent les familles elles-mêmes qui souffrent,qui sont en perte de repères. La première idée que j’ai développée, c’est ce que les Québécois appellent, en amont de la prévention, la prévenance : on est là pour valoriser la richesse de l’enfance et de son lien à la famille plutôt que protéger la société de la rupture de l’enfance, même si c’est dans l’air du temps de parler de façon exacerbée de lutte contre la délinquance.

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Quand je parle de prévenance, je parle de valoriser, de protéger l’enfant, d’être dans une logique de bienveillance, opposée à la malveillance. C’est toute l’action sociale qui, sur un territoire de vie, cherche à travailler sur la qualité du lien social, dans le cadre d’un projet en milieu urbain comme en secteur rural, qui concerne l’ensemble des habitants et dans lequel on ne peut pas séparer les politiques et l’intervention sociale de toutes les politiques éducatives, de transport, de sport, de culture, etc. On est sur une approche de développement social local, dans une approche globale. Cela vaut pour le décloisonnement des différents secteurs que je viens d’évoquer, mais cela vaut aussi pour le décloisonnement des services du conseil général : le service social, de l’enfance, de la PMI, tout comme ceux qui interviennent dans les politiques éducatives. Ils doivent faire converger leurs préoccupations dans une approche de développement social local, dans une logique de prévenance.

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Pour illustrer ce que je dis, je voudrais rappeler le rapport de l’ODAS de 2005 qui analyse la progression de l’enfance en risque de 2004 sur 2003. On constate l’évolution, la déstabilisation croissante des familles, la perte des repères, l’isolement social et le repli sur soi ; ce sont des éléments sur lesquels il faut agir globalement. Je ne souhaiterais pas qu’on sorte la question de l’enfance en risque du contexte dans lequel elle vit. Cela nous engage dans des évolutions dans le travail social, dans l’organisation des services, dans l’articulation avec d’autres partenaires.

L’action sociale sur le territoire

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Je voudrais revenir sur le secteur qui a été jugé comme prioritaire avant qu’on entre dans une logique d’entrée dans le judiciaire : c’est l’idée que le territoire doit aussi être le cadre dans lequel on organise cette réponse variée, la palette riche de possibilités d’intervention. Quand il y a nécessité d’intervenir, qu’il est possible que l’intervention administrative se fasse avec la volonté et l’accord des familles. Le ministre a d’ailleurs conclu son propos sur ce troisième volet : tout ce qui tourne autour de l’accueil de jour - ce que, en Meurthe-et-Moselle on appelle les relais éducatifs, les accueils séquentiels -tout ce qui tourne autour de l’engagement du voisinage, l’éducation populaire, la richesse associative et la dimension fraternelle de l’engagement. Tout cela doit être dans une palette où doivent se rencontrer les modes d’organisation associatives, les interventions individuelles de type « parrainage » et toutes sortes de nouvelles prestations innovantes, dès lors que le cadre juridique le reconnaît désormais.

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C’est par « bassin de vie » qu’il faut s’organiser par l’adaptation auquel un schéma de l’enfance doit se décliner. La question du territoire est importante dans la mise en œuvre du schéma de protection de l’enfance. Pour moi la prévention, ça va de la prévenance jusqu’à l’évolution de modes d’intervention dans les territoires.

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Je m’inquiète d’ailleurs que, alors qu’on parle, financièrement et institutionnellement, de la décentralisation de la formation sociale et des instituts régionaux de formation des travailleurs sociaux, on n’entend pas parler du contenu des formations. Plus que jamais, il m’apparaît que la formation au développement local social est un enjeu fort.

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Le deuxième élément, c’est la question de l’articulation entre le travail social polyvalent et le travail social et de santé en milieu scolaire. L’école étant un élément fondamental, tout cela doit être articulé avec elle. J’entends à nouveau parler de la « décentralisation de la santé scolaire ». Mais tout le monde est un peu fatigué en ce moment de la manière dont « l’étape deux de la décentralisation » vient de se conduire. En tout cas, il y a besoin d’un articulation forte entre le travail social polyvalent et le milieu scolaire.

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Troisième élément, il faut conserver la spécificité de la PMI, parce qu’elle s’adresse à tout public, dans une logique de service de santé, qu’elle est dans une approche préventive (notamment le dépistage des troubles de langage ou le développement de l’allaitement maternel), qu’elle est très soucieuse qu’on ne la noie pas dans un service de l’enfance qui serait de nature à ce que les publics se sentent stigmatisés. La PMI, de par son caractère universel, ne marque pas les publics. Et en même temps, on ne peut pas imaginer que, dans cette logique de prévenance et de prévention, il n’y ait pas une articulation forte entre la PMI et la protection de l’enfance.

Ne pas oublier l’éducation populaire

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J’ajouterai un dernier élément, c’est qu’il ne faut pas qu’on oublie tout le champ de l’éducation populaire et de l ’engagement militant associatif permettant à des familles de trouver des espaces de rencontre, de circulation de la parole, d’organisation des loisirs, de construction d’un projet collectif, mais aussi l’engagement de parrains, de voisins, dans la question de la prévention ou de la prévenance.

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On a privilégié la pierre et la reconstruction plutôt que l’action sociale de proximité. Avec les coups que viennent de prendre les réseaux associatifs et la politique de la ville, les mailles ne se reconstruisent pas du jour au lendemain. Il faut insister sur le fait qu’on est sur le « vivre ensemble » : l’enfance en risque, en danger et l’enfance maltraitée, tout cela n’est pas déconnecté de la vie tout court ; on est dans un politique du lien social et de la famille. Le rôle de pivot du département le contraint à s’articuler avec la « Cité ». Je peux prendre pour exemple les contrats territoriaux d’« animation-jeunesse » dans notre département : ils engagent le département, les communes, les groupements de commune, les associations, les écoles, les CAF. Tous travaillent à la construction d’un projet où l’animation n’est pas organisée uniquement dans sa dimension sociale mais en lien avec les problèmes de déplacement, de culture, d’école, de devoirs, et aussi de prévention de la délinquance.

Le débat doit se poursuivre

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Ce que j’ai dit et je peux conclure – en enlevant tout parasitage sur les effets d’annonce complémentaires (les 150 millions d’euros et les 4.000 emplois) – l’intérêt du texte présenté a l’humilité d’être clair. Articulé en trois volets, il a le mérite de poser un cadre et ne pas être dans l’outillage. J’ai utilisé la formule : « utilisons cette loi moins comme un aboutissement mais comme une opportunité d’ouvrir le chantier de la reconnaissance par nos concitoyens de ce qui pourrait être un vrai service public de l’enfance ». Je trouve intéressant que le ministre ait rappelé que le débat a eu lieu, même si je considère qu’il a été un peu court. Je comprends l’étroite fenêtre de tir dont il disposait avant qu’on entre dans les turbulences préélectorales de 2007.

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Le débat, il ne faut surtout pas dire qu’il est fini. Il faut que la loi permette qu’il se poursuive. J’espère qu’elle ne va pas être secouée par des préoccupations dogmatiques au cours du débat parlementaire. Il faut maintenant qu’on donne la parole aux familles, aux enfants, à ceux qui, à un moment, ont vécu, subi ou apprécié les services de l’intervention publique pour l’enfance. On a besoin de toutes les paroles pour construire quelque chose, que s’amplifie le débat … et que se confirme cette particularité de l’action sociale et de la protection de l’enfance, qui, depuis les lois d’après-guerre, privilégie les raisons humanistes et sociétales sur les raisons techniques.

Notes

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Président du conseil général de Meurthe-et-Moselle, président de l’ODAS.

Plan de l'article

  1. La « prévenance » avant la prévention
  2. L’action sociale sur le territoire
  3. Ne pas oublier l’éducation populaire
  4. Le débat doit se poursuivre

Pour citer cet article

« Interview de Michel Dinet », Journal du droit des jeunes, 4/2006 (N° 254), p. 37-38.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2006-4-page-37.htm
DOI : 10.3917/jdj.254.0037


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