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Journal du droit des jeunes

2007/7 (N° 267)


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Q. : Le sport de haut niveau et le développement de l’enfant : on sait que très tôt, les jeunes qui excellent dans une discipline sportive sont orientés par les clubs ou les entraîneurs vers une qualification qui doit les amener vers les plus grandes compétitions. De quelle façon peut-on gérer le nécessaire développement de l’enfant, son éducation, son avenir socio-professionnel avec les contraintes liées aux performances ?

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R. : Je ne peux répondre de façon générale, je ne peux que répondre sous l’angle de l’INSEP. Nous avons sur le campus environ 750 sportifs de haut niveau, dont à peu près 200 mineurs, qui vont de 15 ans, parfois 14, à la majorité. Tout mineur qui entre à l’INSEP doit obligatoirement suivre une formation. Quand il entre, on tient compte évidemment de son cursus scolaire. Quelques fois, on a des sportifs qui arrivent à l’âge de 15-16 ans et qui sont déscolarisés. Le sport de haut niveau en est la cause, ou les parents qui ont souhaité déscolariser leur enfant parce qu’ils pensaient que c’était un champion en devenir. Certains ont suivi les cours par correspondance. Pour nous, c’est de la déscolarisation parce qu’il n’y a pas de soutien ou de tutorat qui accompagne cet enseignement.

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Quand on reçoit certains jeunes, il faut les remettre dans le moule scolaire, c’est très important parce que c’est aussi le moule social. On a pour objectif de leur donner une formation et aussi de les intégrer dans leur future vie sociale. On donne une scolarité qui va de la seconde à la terminale en passant les BEP et le bac professionnel pour certains. On n’a pas toutes les filières. On a les bacs généraux, FCG (finances, comptabilité, gestion), STG (sciences et technologies de la gestion) et les bacs PRO : commerce et informatique. Malheureusement, il n’existe pas encore de bac PRO sportif.

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Sachant que pour entrer à l’INSEP, il faut déjà être d’un niveau sportif de champion ou futur champion, quel que soit le niveau de départ de l’élève, notre objectif est de s’intéresser à sa scolarité, même au-delà de l’âge de la scolarité obligatoire. On a notamment « rescolarisé » des jeunes au-delà de 16 ans et on les a conduit au passage du bac et même, pour certains, au-delà, au BTS (brevet de technicien supérieur). On prend en compte le niveau actuel du jeune, ses difficultés, on s’occupe des remises à niveau, on le replace dans des classes qui permettent la reprise d’un cursus, qu’il soit sur la voie professionnelle, technique ou générale. Jusqu’à présent, nous n’avons qu’à nous féliciter car ça marche bien.

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En « rescolarisant » des jeunes, on les a sociabilisés et même redonné le sourire à certains qui l’avaient perdu, même à l’entraînement. Il n’avaient rien d’autre dans la vie que le projet sportif. Quand la blessure arrive, ou la contre-performance, ils n’avaient pas de point d’équilibre à côté. Pour l’INSEP, il est très important que ce projet de formation des mineurs soit joint au projet sportif. Pour les majeurs, on travaille sur un ensemble de projets qu’on appelle « projets de vie », s’agissant de la liaison avec la vie sociale et familiale et aussi le projet professionnel.

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Q. : Quel type de travail peut-on avoir avec les familles, dans la mesure où un certain nombre poussent à la performance, au point de « déscolariser » leur enfant, notamment pour que la pression sur le jeune baisse un peu ?

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R. : On n’a pas le choix. On ne fait pas vraiment un travail avec la famille. Le sportif qui arrive ici est détecté par la fédération. C’est notre premier contact. Il y a évidemment des contacts avec la famille. C’est elle qui accepte que l’enfant entre à l’INSEP ; elle va donc accepter les conditions que pose l’institut. Si la famille n’accepte pas la condition de scolarisation, l’INSEP est en droit de ne pas accepter le jeune. C’est une question de déontologie et d’éthique de ne pas accepter les admissions de ceux qui n’ont d’autre projet que le sport de haut niveau. Si la fédération souhaite vraiment que le jeune y soit intégré parce qu’il y a des prétentions olympiques, par exemple à quatre ou huit ans, elle est partie prenante de notre projet et complètement dans notre façon de penser la formation du sportif.

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Q. : Y a-t-il d’autres alternatives pour les enfants de plus de 16 ans qui ne sont plus dans la scolarité obligatoire ?

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R. : Ils peuvent éventuellement trouver un entraînement privé ailleurs. Généralement, ils ne sont pas pris en charge par la fédération parce que ça coûte cher. C’est un pari sur l’avenir et les fédérations ne possèdent pas toutes les moyens de le faire. Au quotidien, nous voyons que beaucoup de fédérations vivent des subventions de l’État. Et pour faire un tel pari, il faut avoir détecté un sacré talent, et même, dans ce cas, ce n’est pas évident.

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Pour l’instant, nous n’avons jamais eu de problème avec les parents sur la question de la scolarité ; ils acceptent les contraintes et ils en voient les résultats : la réussite au bac et les résultats sportifs. Pour nous, c’est une gageure, sinon on va à la dérive. On forme des sportifs de haut niveau mais aussi des citoyens.

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Q. : Le « projet de vie » ?

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R. : C’est un concept mis en place depuis à peu près quatre ans. Pour arriver à l’excellence sportive, il faut parvenir à l’excellence dans tous les domaines. On doit accompagner le sportif de haut niveau dans l’ensemble de ses besoins et de ses projets. L’ossature, c’est le projet sportif, mais autour de ce projet, il faut accompagner la personne pour que, lorsqu’elle a terminé sa carrière de sportif de haut niveau, elle ne soit pas laissée dans la nature, devenant un futur SDF parce qu’elle n’a rien prévu.

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Au cours de sa carrière de sportif, l’INSEP accompagne dans le projet de formation et dans le projet professionnel. Notre gageure, c’est que la personne entre dans l’activité professionnelle sans attendre la fin de la carrière sportive. On essaye de mener plusieurs projets à la fois, plus ou moins de manière forte… puisque selon les périodes, notamment en année olympique, on ne peut toujours se concentrer sur les recherches d’emploi ou les concours. Cela n’empêche pas à la réflexion de fond de se poursuivre et une fois que la plus grosse échéance est passée, on travaille sur l’intégration professionnelle.

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Q. : Vous travaillez combien d’années avec un sportif, en général ?

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R. : Cela peut être deux, quatre, dix ans. L’INSEP est un établissement qui se met au service des fédérations. Elles sont « clientes » de l’INSEP pour la formation, le médical et les installations sportives. Nous proposons les services aux fédérations et aux sportifs de haut niveau. Sur le « projet de vie », on a une grande majorité des sportifs de haut niveau qui sont accompagnés. On va chercher des sportifs majeurs qui sont à l’entraînement, qui viennent de terminer leur formation jusqu’à la terminale, on va pointer du doigt ceux qui ne sont pas encore en réflexion par rapport à leur avenir professionnel autre que le sport et on va les amener à travailler sur ce projet. On a des experts avec nous, qui sont dans le monde de l’emploi, qui peuvent venir des entreprises, et qui se chargent des bilans de compétence, d’orientation, etc..

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Q. : Ils ont aussi leurs entraîneurs… N’y a-t-il pas parfois des contradictions entre la volonté de l’entraîneur de mobiliser le sportif et la préoccupation de l’INSEP de développer ce « projet de vie » ?

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R. : C’est vrai. On est dans des paradoxes en permanence et on essaye de les gérer. C’est d’abord la contrainte de haut niveau qui demande un investissement à temps plein et en même temps la réflexion sur l’après-carrière de sportif, sinon on n’y arrivera pas. Si on ne se préoccupe que du quotidien de la vie professionnelle et qu’on ne se projette pas dans un avenir et qu’on n’est pas dans une formation tout au long de la vie, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une cassure à un moment donné. Certains partent en retraite, d’autres sont au chômage s’ils n’ont pas anticipé ce qui pourrait se passer dans l’entreprise. Si on ne sait rien faire d’autre, on ne s’est pas muni des outils ou on n’a pas été suffisamment accompagné pour prendre les outils permettant d’anticiper ce qui pourrait se passer. Si on ne se préoccupe que de son quotidien par rapport à la performance et qu’on n’essaye pas de comprendre les enjeux de l’avenir, on va reporter la question à la fin de la carrière sportive.

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Q. : Existe-t-il des disciplines sportives dans lesquelles il est plus difficile que dans d’autres de se faire ce « projet de vie » ?

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R. : Bien sûr, parce qu’il y a des enjeux économiques dans certaines disciplines. Pour certains sportifs de haut niveau, il y a, notamment en athlétisme, ceux qui gagnent les meetings et pour lesquels il y a des enjeux financiers importants. Actuellement, il y a certains athlètes avec lesquels on n’arrive pas à travailler sur leur avenir. Ils vivent bien, grâce aux sponsors, aux victoires. On s’inquiète de leur avenir. La blessure peut arriver à tout moment et l’arrêt de la carrière sportive se situe autour de 30-35 ans. Certains ne sont pas prêts dans leur tête à anticiper parce que les enjeux autour d’eux sont trop forts. On a beau alerter et on n’a aucune prise.

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On a des prises sur d’autres fédérations où il y a beaucoup moins d’enjeux économiques. Il peut y avoir des enjeux médiatiques à un moment donné, mais l’on sait bien que, derrière, il n’y aura pas de grosses retombées. Des fédérations comme le judo, l’escrime, le kayak, savent qu’il y a quelques retombées quand il y a la médaille, mais après, on oublie qui était le champion olympique.

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Sur l’INSEP, on n’a pas de sport d’équipe en dehors du hockey sur gazon et le water polo, qui ne sont pas des disciplines professionnelles. Les footballeurs ne sont pas ici. Pour le basket, on a des jeunes jusqu’à 18 ou 19 ans. Ensuite, ils partent dans les clubs professionnels ou certains dans des CFA (centres de formation d’apprentis) avant la sortie de l’INSEP. C’est le rôle des fédérations d’être l’antichambre du club « pro », ce n’est pas le nôtre qui consiste à les amener jusqu’à la terminale. La fédération de basket a son staff pour cette tâche.

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Q. : Le risque de désinsertion est-il plus grand dans ces disciplines « professionnelles », d’autant que dans ces sports le recrutement se fait plus dans les milieux « populaires » ?

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R. : Moins maintenant ! Parce que les jeunes basketteurs, par exemple, on les a ici dès l’âge de 15 ans, en seconde, garçons et filles. C’est l’ossature future de l’équipe de France ou des clubs « pro ». Ils sont déjà dans un cycle scolaire jusqu’à la terminale. Même ceux qui, au départ, étaient sur une voie plus difficile intègrent le moule et il n’y a pas de souci. Quand je suis arrivée en 2001, on m’avait fait la réflexion selon laquelle ils iraient tous en BEP, vu leur niveau. Je me suis rendu compte que ce sont des gens brillants, intellectuellement, qui vont jusqu’en terminale sur des bacs généraux et qui sont en tête de classe avec des félicitations. L’analyse n’était pas bonne au départ, même si certains sortent de milieux difficiles, ce sont des jeunes qui sont brillants et qui mènent de front le basket et leurs études.

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La difficulté que l’on peut avoir, comme ce sont des jeunes brillants, c’est de savoir si en « pro » ils vont donner quelque chose ou s’il ne vaut mieux pas qu’ils continuent leurs études à l’université. Mais ce n’est plus notre problème, c’est leur engagement avec la fédération.

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Q. : Les fédérations soutiennent l’engagement dans des études plus longues ?

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R. : Après le bac, pas trop ! C’est une difficulté pour nous. Les filles un peu plus, parce qu’elles sont plus interrogatives par rapport à leur avenir professionnel. Elles savent que certaines ne vont pas gagner suffisamment, même en allant sur la ligue professionnelle parce qu’elles ne sont pas au top. Cette année, on en a trois qui veulent poursuivre des études universitaires en même temps que l’entraînement dans un club. Elles vont tout faire pour aménager leur emploi du temps pour poursuivre des études.

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Q. : N’y a-t-il pas des sports qui demandent moins d’investissement personnel que d’autres et qui permettent des études ou même un parcours professionnel ?

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R. : Oui. Il y a des sports qui demandent moins d’investissement ou plutôt qui s’organisent autrement. On n’a pas besoin d’un collectif en permanence, on peut donc s’entraîner individuellement à d’autres moments de la journée que la majorité des gens. Les athlètes, les tireurs, les nageurs… mais le problème des nageurs, c’est la durée de l’entraînement et il faut que la piscine soit libre. Si on prend l’escrime où l’on a besoin d’un collectif, ils se sont organisés de telle manière que la poursuite des études ou d’un emploi pose moins de problèmes. Il y a donc des disciplines où l’organisation fera en sorte que l’on parviendra à suivre un peu tout dans un temps à peu près normal et d’autres où ce sera encore difficile. Cela dépend donc de l’organisation et de l’engagement qu’on doit avoir par rapport à sa discipline.

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Q. : Dans la façon dont l’INSEP envisage la vie d’un sportif, peut-on considérer qu’il s’agit d’un lieu d’intégration, notamment pour des jeunes issus de minorités ou qui n’ont guère de facilités pour trouver un emploi, voire même une scolarité correcte ?

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R. : De la façon dont on a prévu l’accompagnement, pour certains sportifs c’est une chance d’être à l’INSEP. S’ils n’y étaient pas, ils seraient en grande difficulté sociale parce qu’ils seraient déscolarisés ou en déperdition dans l’environnement social. Passer à l’INSEP, c’est retrouver un cadre, une structure, des échelons qui permettront de s’insérer socialement. On le vérifie au quotidien.

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Q. : L’intégration professionnelle se fait-elle dans des métiers proches de la discipline sportive comme l’enseignement, la kinésithérapie, etc. ?

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R. : Jusqu’il y a quelques temps, on pouvait dire que les choix étaient très proches de l’environnement du sport ou du corps. Actuellement, cela se diversifie et on va plus sur le commerce, la création d’entreprise et pas forcément liée au vêtement sportif. Certains vont vers les études scientifiques. Il y a une plus grande diversité des choix, peut être aussi parce qu’à l’INSEP on s’est ouvert à différentes formations. Il y a plusieurs années, on était beaucoup plus axés sur les métiers du sport et de l’éducation physique ou la kiné. Maintenant, on s’ouvre plus sur d’autres domaines comme le commerce ou l’informatique et on est en convention avec pratiquement toutes les universités franciliennes, permettant l’aménagement des emplois du temps des sportifs, les reports d’évaluation, l’étalement des cursus universitaires. Pareil avec les écoles !

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Il y en a encore qui iront vers les métiers du sport parce qu’ils veulent transférer leur passion à d’autres. On peut le voir par rapport à certaines disciplines sportives. De ce que je retiens des entretiens que je mène, les boxeurs, les judokas, les lutteurs ont plus envie de rester dans les métiers du sport. L’athlétisme s’ouvre par contre à plus de métiers ; la palette va du médecin, au créateur d’entreprise, à l’architecte…

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Q. : L’INSEP parvient-il à travailler les entreprises pour qu’elles puissent intégrer des sportifs qui doivent accommoder leur temps de travail ?

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R. : La grande difficulté, c’est notamment celle-là. On a organisé en février le « Carrefour de la performance » auquel étaient invitées une soixantaine d’entreprises. C’était un grand forum, pas pour que les entreprises viennent proposer des emplois mais pour que les acteurs se rencontrent et se comprennent. On est parti du fait que l’entreprise travaille sur la même sémantique que les sportifs de haut niveau. Ils parlent de réussite, même quand il faut rebondir sur l’échec ; ils parlent de gestion du stress. On s’est aussi rendu compte que, travaillant sur la même sémantique, ils ne se connaissaient pas, même dans les entreprises qui s’appuient sur l’image du sportif de haut niveau. Ils ne se comprenaient forcément pas. Cette journée sera reconduite après les jeux de Pékin. Le premier objectif, c’était la rencontre des entreprises, pas avec les responsables de la communication, mais avec les directeurs ou les DRH. L’objectif était bien entendu que les sportifs de haut niveau rencontrent l’entreprise, comprennent leurs attentes et qu’ils se présentent en montrant ce qu’ils étaient capables de faire dans leur environnement. Cela a été un premier point très important. Certains sportifs ont même décroché un stage ou un emploi bien que ce n’était pas l’objectif principal.

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D’autre part, le ministère de la jeunesse et des sports travaille sur l’intégration des sportifs de haut niveau dans l’entreprise, par le biais des conventions d’insertion professionnelle (CIP). Si l’entreprise est d’accord, elle peut obtenir une aide de l’État pour dégager le sportif pour son entraînement, ses stages et ses compétitions. Si l’entreprise a un chiffre d’affaire suffisant, elle peut coupler cette aide avec la loi sur le mécénat. Actuellement, on a un dispositif ministériel qui permet à l’entreprise d’intégrer le sportif de haut niveau avec un aménagement de son temps de travail.

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Notre objectif, c’est d’intégrer dans l’entreprise alors que l’activité sportive se poursuit. On n’est pas sur le modèle de la reconversion. À partir du moment où le sportif de haut niveau n’est pas reconnu dans un autre métier, on ne peut pas agir comme pour l’intégrer. Être sportif de haut niveau, ce n’est pas un métier, c’est une qualité. Certains vont en vivre, à la marge – ils restent des amateurs -, mais ceux qu’on a l’INSEP ne vivent pas directement de leur sport ; ils reçoivent les aides personnalisées des fédérations, des clubs et des collectivités locales.

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Q. : Pour en revenir aux rapports avec les fédérations, vous évoquiez la déontologie de l’INSEP. Y a-t-il un code de déontologie ou un guide de bonnes pratiques en commun avec celles-ci ?

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R. : Nous avons des conventions avec les fédérations. Nous n’avons pas de contrat avec les athlètes. Certaines fédérations font des contrats avec les sportifs, par rapport à l’engagement de formation, à la recherche d’emploi, à la contrepartie du sportif de haut niveau, mais pas sur la performance. Des fédérations sont sur le principe d’une chartre ou d’une convention selon laquelle il y a autre chose que l’engagement sportif.

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Nos conventions avec les fédérations portent sur l’engagement de l’INSEP sur la formation et sur l’insertion professionnelle et l’engagement de la fédération à soutenir l’INSEP. Les fédérations sont vraiment conscientes des enjeux et on n’a pas de souci par rapport à ces engagements.

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Q. : Que se passe-t-il quand rien ne va plus entre un sportif et sa fédération ?

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R. : On ne voit pas ces conflits directement. C’est notamment à la fédération de régler les conflits avec les entraîneurs. Les conflits se règlent donc à l’intérieur des fédérations. Nous n’avons pas eu beaucoup de cas. L’INSEP est un établissement public à la disposition des fédérations. Quand il y a ce type de litige, nous n’intervenons pas comme médiateur ; éventuellement, il peut être fait appel au Comité national olympique sportif français (CNOSF).

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Un sportif entre à l’INSEP par le biais d’une commission d’admission bipartite (fédération/INSEP). On examine les sortants, les maintenus et les entrants. Quand il y a un conflit entre un athlète et un entraîneur, selon le point de son parcours à l’INSEP, on propose qu’il y achève sa formation, si l’on est dans un cursus engagé et qu’il n’est pas possible de terminer la formation ailleurs.

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À l’égard du sportif de haut niveau, l’INSEP s’engage à ce qu’il ne soit pas sorti complètement dès lors qu’il veut achever son cursus. La fédération peut nous dire qu’il termine sa formation à sa charge. C’est le sportif qui doit payer sa formation et ça coûte. Cela arrive que le club prenne le relais. En cas de gros litige avec la fédération, le sportif ne s’entraîne plus à l’INSEP, mais il peut y achever sa formation. Si le club où il peut s’entraîner se trouve à l’autre bout de la France, il sort complètement de l’INSEP.

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Q. : Ne peut-il y avoir un conflit avec un entraîneur qui en demande trop aux athlètes, compromettant ainsi les objectifs d’insertion de l’INSEP ?

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R. : C’est à l’INSEP de s’adapter aux contraintes de l’entraînement. On sait très bien quelles sont les contraintes de la haute performance liées à l’environnement mondial. Pour Pékin, les Chinois s’entraînent vingt heures sur vingt-quatre. Les Anglo-saxons sont sur un mode d’entraînement qui n’est pas le nôtre. Notre façon de travailler suscite leur intérêt et ils aimeraient le transposer chez eux. Notre modèle a donc un sens, mais dans la confrontation au niveau mondial, il n’est pas facile de le maintenir.

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Q. : Ne peut-on dire que l’on atteint le niveau du traitement inhumain quand on tente d’appliquer des contraintes similaires aux vingt heures d’entraînement journalier ?

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R. : Il faut certes le voir de manière philosophique et culturelle, mais aussi savoir ce qu’on va chercher aux jeux olympiques. Si on y va, c’est pour les médailles. On sait que dans certaines disciplines on est très loin du très haut niveau. Pour y arriver, il faudrait reprendre un entraînement au plus haut niveau sur une catégorie d’âge. On a des demandes de fédérations qui veulent passer à un plus gros volume d’entraînement. À nous de nous adapter pour permettre à ces jeunes de suivre quand même une scolarité tout au long de l’année et faire des étalements d’études. On ne peut rester dans un système rigoriste, quitte à ce que des fédérations contournent le système. On peut comprendre avec elles comment aller vers un entraînement plus intensif. Si on se dit qu’on se lave les mains du problème d’une fédération qui veut entraîner ses jeunes huit heures par jour, ce n’est pas la peine d’aller aux Jeux et on aura tout faux. On préfère prendre acte qu’ils vont s’entraîner huit heures par jour et on va travailler avec eux pour savoir comment s’organiser : est-ce toute l’année ? Comment intégrer quand même le jeune dans un autre cursus ?

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Il faut comprendre ce qui se passe au niveau mondial et ne pas être à la traîne et, pour autant, ne pas dévier de notre culture pour arriver à réussir à tout prix. Un entreprise ne peut fonctionner en ne tenant pas compte de la mondialisation. Le monde n’est plus le même, pour nous c’est pareil. On est constamment dans ce dilemme, d’autant qu’il y a des moyens financiers très importants qui sont engagés pour faire figurer nos sportifs dans les compétitions internationales. Même dans les indicateurs de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), les médailles collectées interviennent dans le calcul des engagements du ministère : moins de médailles, moins de moyens ! On est dans la logique des entreprises.

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Les enfants, les 15-18 ans, mis à part en gymnastique, ce sont les olympiques de demain. Ils n’ont pas les mêmes contraintes. Autant, il y a quelques années, on était sur des tranches d’âge beaucoup plus jeunes, autant maintenant, même en gymnastique, on poursuit la carrière sportive plus longtemps. En natation ou en athlétisme, c’est pareil, les médaillés olympiques peuvent avoir beaucoup plus que vingt ans, dix ans de plus désormais. On a donc un peu plus de temps avec les jeunes pour les amener à se former, même jusque BAC + 2. La longévité de la carrière sportive le permet.

Pour citer cet article

Rongé Jean-Luc, « Entretien avec Véronique Leseur, responsable du suivi socio-professionnel des sportifs de haut niveau à l'Institut national du sport et de l'éducation physique (INSEP) », Journal du droit des jeunes, 7/2007 (N° 267), p. 35-38.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2007-7-page-35.htm
DOI : 10.3917/jdj.267.0035


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